Activités de recherche
Durant ces dernières années, mon activité de
recherche s'est développée principalement dans deux
directions : l'étude mathématique des équations de
la mécanique des fluides,
et la dynamique des ondes non
linéaires dans les systèmes de
réaction-diffusion ou les équations dispersives.
I. Mécanique des fluides
Mon activité dans ce domaine s'est développée
avant tout dans le cadre d'une longue collaboration avec C.E. Wayne
(Boston), qui a démarré en été 2000. Nos
premiers travaux sont consacrés au comportement asymptotique en
temps des solutions des équations de Navier-Stokes
incompressibles dans R2 (ici) ou R3 (là). L'originalité de notre approche
consiste à étudier l'équation pour le tourbillon
associé au champ de vitesse du fluide, dans des variables
autosimilaires. En supposant que ce tourbillon décroît
suffisamment vite à l'infini (en espace), nous contruisons au
voisinage de la solution nulle des variétés invariantes
de dimension ou de codimension finie, qui permettent de décrire
précisément le comportement asymptotique en temps de
toutes les petites solutions. Ceci nous permet, par exemple, de
caractériser l'ensemble des solutions qui convergent vers
zéro plus vite que t -(n+2)/4 en norme
d'énergie, et de revisiter ainsi de façon originale des
résultats de T. Miyakawa et M.E. Schonbek. Plus
généralement, ces travaux (et ceux qui les ont suivis)
illustrent l'intérêt et la puissance des méthodes
de type ``systèmes dynamiques'' dans l'étude
mathématique des équations de la mécanique des
fluides.
Dans le cas bidimensionel, les résultats locaux obtenus
précédemment ont été
généralisés à toutes les solutions de
l'équation de Navier-Stokes (ici). Sous
la seule hypothèse que le tourbillon initial est
intégrable dans le plan, nous montrons en effet que la solution
de l'équation converge lorsque t
tend vers
l'infini vers une solution autosimilaire explicite, appelée tourbillon d'Oseen. Ce
résultat assez frappant est obtenu par une étude
détaillée
de l'équation du tourbillon en variables autosimilaires. Notre
contribution principale est la découverte d'une nouvelle fonction de Lyapunov
du système : l'entropie relative de la distribution de
vorticité par rapport à la distribution gaussienne du
tourbillon d'Oseen. Judicieusement utilisée, cette fonction de
Lyapunov permet d'éliminer complètement les
hypothèses de petitesse limitant la portée des travaux de
nos prédécesseurs (Y. Giga et T. Kambe 1988, A. Carpio
1994). Le résultat obtenu a d'importantes conséquences :
il implique par exemple que les tourbillons d'Oseen sont les seules
solutions autosimilaires de l'équation de Navier-Stokes dont la
vorticité est intégrable, et que ces solutions sont
stables pour toutes les valeurs du nombre de Reynolds de circulation.
Par ailleurs, en étudiant l'opérateur
linéarisé dans des espaces à poids, nous obtenons
également des estimations précises de la vitesse de
convergence vers le tourbillon d'Oseen, sous des hypothèses
appropriées sur le tourbillon initial.
Pour une présentation plus détaillée des
résultats décrits jusqu'ici : cliquer ici.
Il est bien connu que, dans les équations aux
dérivées partielles possédant une invariance
d'échelle, le comportement asymptotique en temps des solutions
(et en particulier leur convergence vers des solutions autosimilaires)
est lié au caractère bien posé du problème
de Cauchy dans des espaces de fonctions peu régulières.
Dans le cas de l'équation de Navier-Stokes dans le plan,
l'espace naturel (invariant d'échelle) pour le tourbillon est
l'espace des mesures finies
sur R2.
L'existence de solutions dans ce cadre a été
démontrée par G.-H. Cottet (1986), Y. Giga, T. Miyakawa
et H. Osada (1988), ainsi que par T. Kato (1994). L'unicité, en
revanche, n'était connue que pour des données initiales
dont la partie atomique est suffisamment petite devant la
viscosité. Or un sous-produit de nos résultats est
l'unicité de la solution lorsque le tourbillon initial est une
masse de Dirac, quelle que soit son amplitude (la solution en question
est précisément le tourbillon d'Oseen). Dans un article
en collaboration avec I.
Gallagher (Paris 7), nous étendons ce résultat
d'unicité au cas d'une mesure finie quelconque, et montrons donc
que l'équation du tourbillon dans R2
est globalement bien posée dans l'espace des mesures finies (ici). Ce travail répond à une
question ouverte depuis 18 ans, et constitue le premier résultat
d'unicité à grandes données (pour
l'équation de Navier-Stokes) dans un espace suffisamment grand
pour contenir les données initiales de certaines solutions
autosimilaires. Une démonstration alternative de
l'unicité lorsque la donnée initiale est une masse de
Dirac, basée sur des techniques de réarrangements
symétriques, a été obtenue en collaboration avec
I. Gallagher et P.-L. Lions (ici).
Une généralisation tridimensionnelle de ces travaux est
l'étude de l'existence et de la stabilité des tourbillons
de Burgers, qui interviennent fréquemment dans la
modélisation des structures dissipatives en turbulence
développée. Les tourbillons de Burgers sont des solutions
stationnaires des équations de Navier-Stokes incompressibles
dans R3
en présence d'un ``champ d'étirement''. Ces solutions
sont données par une formule explicite seulement dans le cas
o\`u le champ d'étirement est à symétrie
cylindrique. L'existence de telles solutions dans le cas
général a été établie formellement
par Moffatt, Kida et Ohkitani (1994) et leur stabilité
étudiée numériquement par Prochazka et Pullin
(1995). Nous montrons rigoureusement l'existence de tourbillons de
Burgers dans le cas faiblement asymétrique, pour toutes les
valeurs du nombre de Reynolds de circulation, ainsi que leur
stabilité vis-à-vis de perturbations bidimensionnelles (ici). D'autre part, lorsque le nombre de
Reynolds est suffisamment petit, nous montrons que la famille des
tourbillons de Burgers asymétriques est ``asymptotiquement
stable avec déphasage'' pour des perturbations
tridimensionnelles dans un espace approprié (ici).
Ces résultats constituent probablement les premiers travaux
entièrement rigoureux consacrés à la
stabilité des structures dissipatives en turbulence
tridimensionnelle.
Des variantes et des extensions des résultats ci-dessus ont
également été obtenues par mes étudiants
dans le cadre de leur travail de thèse. Ainsi, Violaine Roussier
(qui a soutenu sa thèse en décembre 2003) a
étudié le
comportement asymptotique en temps des solutions de l'équation
de Navier-Stokes dans un domaine compris entre deux plaques planes
infiniment étendues, et obtenu dans ce cadre des
résultats
comparables à ceux décrits ci-dessus. Luis Miguel
Rodriguès (qui a commencé sa thèse en 2004)
travaille actuellement sur la stabilité des tourbillons d'Oseen
dans les fluides incompressibles à
densité variable.
II. Dynamique des ondes non
linéaires
Mon activité dans ce domaine est bien plus ancienne, et remonte
à mon travail de thèse (1994). Elle s'est poursuivie
durant la période 2003-2006 notamment dans le cadre d'une ACI
``jeunes chercheurs'' du MENRT coordonnée par M. Haragus
(Besançon). Voici un bref aperçu des recherches
effectuées et des travaux en cours :
1) Stabilité des fronts
modulés dans les équations de réaction-diffusion.
Dans une série d'articles récents, B.
Sandstede et A. Scheel
ont étudié, dans le cadre des sytèmes de
réaction-diffusion, la persistance de solutions de type
``fronts'' en présence d'une instabilité dite
"essentielle". Une telle instabilité se
produit lorsque l'état stationnaire à l'avant ou à
l'arrière du front devient essentiellement instable, dans le
sens où une partie du spectre essentiel de l'opérateur
linéarisé franchit l'axe imaginaire dans le plan
complexe. Après bifurcation, le front n'est plus une solution
stationnaire mais une solution périodique en temps dans un
référentiel en translation uniforme.
Dans un article en collaboration avec G.
Schneider (Stuttgart) et H.
Uecker (Karlsruhe), nous montrons (sur un exemple
représentatif) que si le front était stable avant la
bifurcation, alors le front modulé construit par Sandstede et
Scheel reste stable en un sens que nous précisons (ici). La démonstration est très
technique et repose sur des estimations spectrales dans des espaces
à poids combinées avec une méthode de
``renormalisation'' qui permet de contrôler les perturbations
à l'arrière du front. Appliqué à des
systèmes issus de l'optique non linéaire, ce
résultat indique qu'il est possible de transporter de
l'information (sous forme numérisée) même en
présence d'instabilités essentielles dans le milieu
de propagation.
2) Stabilité des ondes
progressives périodiques dans l'équation de
Schrödinger non linéaire.
L'équation de Schrödinger non linéaire cubique
à une dimension possède une famille à six
paramètres de solutions quasi-périodiques de la forme u(x,t) = ei(kx - pt) V(x - ct), où le profil V est une fonction
périodique de son argument. Aux symétries
près, ces ondes progressives peuvent être
caractérisées par deux quantités réelles :
la période du module du profil, et la variation de la phase de
l'onde sur une période du module (exposant de Floquet). Dans un
travail en commun avec M. Haragus (ici), nous montrons que la famille des ondes
progressives périodiques de l'équation de
Schrödinger défocalisante est orbitalement stable dans la classe
des solutions ayant même période et même exposant de
Floquet que l'onde initiale. La démonstration repose sur
l'approche classique de la stabilité orbitale
développée par Grillakis, Shatah et Strauss, et
nécessite une analyse détaillée du système
dynamique hamiltonien vérifié par le profil de l'onde. Le
résultat s'applique également aux ondes progressives de
l'équation focalisante, sous une condition de
non-dégénérescence que nous vérifions
analytiquement pour les ondes de petite amplitude et
numériquement dans le cas général. Par ailleurs,
nous montrons également (là)
que les ondes progressives périodiques de petite amplitude sont spectralement stables (sans
hypothèse de périodicité sur les perturbations)
dans le cas défocalisant, et instables dans le cas focalisant.
La démonstration consiste à étudier le spectre de
Bloch de l'opérateur différentiel à coefficients
périodiques obtenu en linéarisant l'équation
autour de l'onde progressive, ce que nous ne savons faire pour
l'instant que perturbativement, en supposant que l'onde en question est
de petite amplitude. De façon générale, la
stabilité non linéaire des ondes progressives
périodiques vis-à-vis de perturbations ne respectant pas
la périodicité de l'onde est un problème ouvert,
non seulement pour l'équation de Schrödinger mais pour
toutes les équations dispersives non linéaires.
3) Convergence vers des ondes
progressives dans les systèmes formellement gradients.
L'existence et la stabilité locale des ondes progressives dans
les systèmes de réaction-diffusion ont fait l'objet de
très nombreux travaux. En revanche, on ne connaît que
très peu de résultats de convergence globale, sauf
lorsque le système en question admet un principe de comparaison
(principe du maximum). Cette question a connu récemment une
avancée significative grâce aux travaux d'Emmanuel Risler (INSA
Lyon), qui a montré que l'on pouvait obtenir des
résultats de stabilité globale pour des ondes
progressives bistables sans hypothèse de monotonicité, en
utilisant uniquement des estimations d'énergie
appropriées. Dans un premier article (ici),
nous étudions une équation parabolique scalaire avec
non-linéarité bistable et nous montrons comment la
méthode de Risler permet de retrouver, de façon purement
variationnelle, les résultats obtenus il y a une trentaine
d'années par P. Fife et J.B. McLeod (qui utilisaient, eux, le
principe du maximum). Il s'agit donc d'une contribution de nature
pédagogique, destinée essentiellement à rendre
plus accessibles les techniques (assez compliquées) de Risler en
les mettant en oeuvre dans un cas relativement simple. Dans un
travail en cours de rédaction avec Romain
Joly, nous illustrons la puissance de ces méthodes en
étudiant un problème réellement nouveau, celui de
l'équation hyperbolique amortie a utt + ut = uxx - V'(u), qui ne possède pas
de principe du maximum si le paramètre d'inertie a est suffisamment grand. Sous des
hypothèses appropriées sur le potentiel V, nous montrons que, pour une
grande classe de données initiales caractérisées
par leur comportement à l'infini en espace, la solution converge
asymptotiquement en temps vers
une onde progressive, et que la convergence est exponentielle.
4) Comportement à grands
temps des solutions de l'équation de Hamilton-Jacobi.
L'étude du comportement asymptotique en temps des solutions
positives de l'équation de Hamilton-Jacobi visqueuse
révèle une compétition entre la diffusion
(linéaire) et le terme de transport (non linéaire).
Lorsque l'exposant q dans le terme non linéaire excède la
valeur critique qc
= (N+2)/(N+1), où N
est la dimension de l'espace, la diffusion l'emporte et les solutions
ressemblent pour les grands temps à celles de l'équation
de la chaleur. A l'inverse, si q
< qc la non-linéarité
domine et accélère la décroissance temporelle des
solutions. Celles-ci peuvent même s'éteindre en temps fini
si 0 < q < 1 et si les
données initiales sont à support compact. Dans un travail
en commun avec Ph. Laurençot (ici), nous
étudions en détail le cas critique q = qc où
le comportement asymptotique des solutions est le plus délicat
à établir. En écrivant le système en
variables autosimilaires et en construisant une variété
centrale, nous montrons que les solutions issues de données
initiales bornées et bien localisées en espace
décroissent comme t(-N/2) log(t)(-N-1) lorsque t tendvers l'infini, et que leur
profil converge asymptotiquement vers la solution fondamentale de
l'équation de la chaleur, avec un préfacteur
indépendant des données initiales. L'influence de la
non-linéarité critique se traduit donc par une
accélération logarithmique de la décroissance
temporelle des solutions.