% Fonctions holomorphes et surfaces de Riemann, chapitre VI
%
% Laurent Bonavero
% Jean-Pierre Demailly
% Université de Grenoble I, Institut Fourier
% 38402 Saint-Martin d'Hères, France
%

\input vcmac

\openauxfile

\blankline
\chaptitle{Chapitre VI}
\chaptitle{Représentation  Conforme}
\chaptitlerunning{Chap.\ VI: Représentation  Conforme}
\vskip50pt

L'objet de ce chapitre est d'étudier les transformations conformes
et de décrire un certain nombre d'exemples classiques~:
homographies, automorphismes du plan, du disque, du demi-plan, d'une
couronne. Dans le cas du disque unité ou du demi-plan, qui sont en
fait isomorphes, on obtient ce qu'on appelle des modèles de la
géométrie hyperbolique. Ces domaines possèdent en effet une
métrique hermitienne naturelle invariante par le groupe des
automorphisme holomorphes$\;$; on lui donne le nom de métrique de
Poincaré. Nous démontrons ensuite le théorème de Riemann,
connu aussi sous le nom de théorème fondamental de la
représentation conforme~: tout ouvert simplement connexe du plan
autre que le plan lui même est conformément équivalent au disque
unité. Comme application de ce théorème fondamental, nous
montrons ensuite que le revêtement universel de $\bC\ssm\{0,1\}$
s'identifie au demi-plan de Poincaré, et en déduisons le grand
théorème de Picard sur les valeurs des fonctions holomorphes
au voisinage d'un point singulier essentiel. Le chapitre se termine 
par l'étude des fonctions univalentes de la classe~$\cS$.
\medskip

\supersection{1. Définition et exemples}

\section{1.1. Équivalence conforme}

Nous rappelons d'abord les notions importantes de biholomorphisme et 
d'équi\-va\-lence conforme.

\claim Définition|Si $\Omega_1$ et $\Omega_2$ sont deux ouverts du plan
complexe $\bC$, alors une application $f:\Omega_1\to\Omega_2$ est appelée
biholomorphisme si $f$ est bijective et si $f$ et $f^{-1}$ sont
holomorphes. S'il existe un biholomorphisme entre $\Omega_1$ et
$\Omega_2$, alors ces ouverts sont dits conformément équivalents.
\endclaim

Un biholomorphisme est encore appelé {\em transformation
conforme} de $\Omega_1$ sur $\Omega_2$. Il est facile de voir
que la relation d'équivalence conforme $\sim_\conf$, comme son nom
l'indique, est bien une relation d'équivalence. Pour que $f$ soit un 
biholomorphisme, il suffit,
par le théorème d'inversion globale, que $f$ soit holomorphe
bijective. De plus, si des ouverts $\Omega_1$ et $\Omega_2$ du plan
sont conformément équivalents, alors ils sont homéomorphes, c'est-à-dire
qu'on a l'implication triviale
$$
\Omega_1\sim_\conf\Omega_2\Rightarrow \Omega_1\sim_\homeo\Omega_2.
$$
L'implication réciproque est fausse~: ainsi $\bC$ et le disque unité
$\bD=\{|z|<1\}$ sont homéomorphes via l'application $\cC^\infty$
$\varphi:\bC\to\bD$, $z\mapsto\varphi(z)=z/\sqrt{1+|z|^2}$, mais il n'existe
pas d'application holomorphe $f:\bC\to\bD$ puisque toute application
holomorphe bornée sur $\bC$ est constante d'après le théorème de Liouville.

\claim Notation|On notera $\Aut(\Omega)$ l'ensemble des biholomorphismes
d'un ouvert $\Omega$ dans lui-même, et on appellera ceux-ci
les automorphismes $($analytiques ou holomorphes$\,)$ du domaine~$\Omega$.
\endclaim 

L'ensemble $(\Aut(\Omega),\circ)$ des automorphismes muni de la
composition des applications est évidemment un groupe. L'objet de cette
section est d'étudier le groupe des automorphismes d'un certain nombre 
de domaines classiques. L'un des examples les plus simples est celui du 
plan complexe lui-même.

\claim Proposition|Les automorphismes de $\bC$ sont exactement les
applications affines $z\mapsto az + b$, avec $a\in\bC^*$ et $b\in\bC$.
\endclaim

\dem. Soit $f:\bC\to\bC$ un biholomorphisme. Alors l'application $z\mapsto
g(z)=f(1/z)$ est holomorphe injective sur $\bC^*$. En particulier
l'image $g(D(0,r)\ssm\{0\})$ d'un disque pointé n'est pas dense dans
$\bC$ puisque cet ensemble est disjoint de l'ouvert $g(\bC\ssm\ol
D(0,r))=f(D(0,1/r)\ssm\{0\})$. D'après le théorème de Weierstrass 
du III$\,$1.3, ceci entraîne que $g$ ne peut avoir une
singularité essentielle en $0$, donc il s'agit d'un pôle d'ordre
$m$, $g(z)\sim a_m z^{-m}$. On a par conséquent $f(z)\sim a_mz^m$
quand $z\to\infty$, de sorte que $f$ est un polynôme d'ordre $m$. Un
polynôme ne peut être injectif sur $\bC$ que s'il est de degré
$1$, par conséquent nous avons $f(z)=az+b$ avec $a\in\bC^*$.\qed

\section{1.2. Compactification d'un espace localement compact et notion de
bouts}

L'objet de cette section, qui ne comprend que des notions de topologie
générale, est d'approfondir un peu la notion de «\?voisinage de 
l'infini\?» dans un espace topologique $X$, supposé localement compact et
non compact.

On introduit pour cela l'ensemble $\wh X=X\cup\{\infty\}$ obtenu en adjoignant
un «\?point à l'infini\rguil. On définit une topologie sur 
$\smash{\wh X}$ en prenant comme ouverts de $\wh X$ les parties de l'un 
ou l'autre des deux types suivants~:
\smallskip
\item{$\bu$} les ouverts de $X\,$;
\smallskip
\item{$\bu$} les parties de $\wh X$ de la forme 
$V=\wh X\ssm K=\{\infty\}\cup (X\ssm K)$, lorsque $K$ décrit l'ensemble des
parties compactes de $X$. Les parties $\smash{\wh X}\ssm K$ sont donc par 
définition les voisinages ouverts de l'infini.
\smallskip
\noindent
Il est facile de voir que ceci définit bien une topologie sur $\wh X$, et que
$\wh X$ est compact~: en effet tout recouvrement ouvert $(U_i)_{i\in I}$ 
contient au moins un membre $U_{i_0}$ qui contient un voisinage 
$\wh X\ssm K$ de l'infini, et par ailleurs $(X\cap U_i)_{i\in I}$ 
recouvre~$K$, par suite on peut en extraire un sous-recouvrement fini
$\{X\cap U_{i_1},\ldots,X\cap U_{i_N}\}$. Alors 
$\{U_{i_0},U_{i_1},\ldots,U_{i_N}\}$ est un recouvrement fini de~$X$.

\claim Définition|L'espace $\wh X=X\cup\{\infty\}$ munie de la
topologie définie ci-dessus s'appelle le compactifié d'Alexandroff
de l'espace localement compact~$X$.  \endclaim

Le compactifié d'Alexandroff $\wh\bR$ de $\bR$ s'identifie par exemple au
cercle unité au moyen de l'application $x\mapsto \exp(2\ii \arctan
x)$ si $x\in\bR$, et $\infty\mapsto -1$. Le compactifié
d'Alexandroff ne distingue pas les «\?différentes
façons\?» par lesquelles un point peut s'éloigner à
l'infini, ainsi dans $\bR$ on peut s'éloigner vers l'infini en
tendant vers $-\infty$ ou vers $+\infty$, et il peut donc être plus
judicieux de compactifier $\bR$ en introduisant plutôt deux points
à l'infini$\,$; c'est ainsi que l'on considère classiquement le
compactifié $\ol\bR=[-\infty,+\infty]$. De façon générale, 
on appelle compactifié d'un espace localement compact $X$ tout 
espace compact $X'$ contenant $X$ comme sous-espace ouvert, et tel 
que $X$ soit dense dans $X'$. 

Nous allons maintenant introduire la notion générale de 
\lguil bouts\?» d'un espace topologique $X$. Pour cela, on suppose 
$X$ {\em séparé, localement compact et localement connexe}. On va
voir que ceci permet de définir un compactifié $\ol X_B$ possédant
autant de points à l'infini que de bouts de~$X$.

Soit $K$ un compact non vide de $X$ et $(C_i)_{i\in I}$ la famille des
composantes connexes de l'ouvert $X\ssm K$. Comme $X$ est localement 
connexe, les $C_i$ sont des ouverts. On partage $I$ en $I=T\cup(I\ssm T)$ 
où les composantes $\{C_i\}_{i\in T}$ sont relativement compactes dans $X$
(les «\?trous\?» de $K$), et où les $\{C_i\}_{i\in I\ssm T}$ sont les
composantes «\?infinies\?» (non relativement compactes).
Comme $X$ est localement compact, $K$ possède un voisinage
compact~$L$, c'est-à-dire que $K\subset L^\circ$. L'ensemble de parties 
$\{C_i\}_{i\in I}$ forme un recouvrement ouvert de $X\ssm K$ qui contient 
le compact $\partial L=L\ssm L^\circ$. On peut donc en extraire un
recouvrement fini
$$
\big\{C_{i_1},\ldots,C_{i_k}\big\}_{i_j\in T}\cup
\big\{C_{i_{k+1}},\ldots, C_{i_N}\big\}_{i_j\in I\ssm T}
$$
de $\partial L$ (où on fait la distinction entre les trous et les
composantes infinies). Les autres composantes $C_i$ sont disjointes de
$\partial L$, donc par connexité, elles sont contenues dans $L^\circ$
ou dans $X\ssm L$. Mais dans ce dernier cas on aurait
$$
\partial C_i\subset X\ssm L^\circ
\Rightarrow \partial C_i\cap\partial K=\emptyset
$$
ce qui est absurde puisque $\emptyset\ne\partial C_i\subset \partial K$.
Par conséquent toutes les autres composantes sont contenues dans $L^\circ$
et sont relativement compactes, ce sont des trous. On en déduit que
$I\ssm T=\{i_{k+1},\ldots,i_N\}$, et par suite le complémentaire 
$X\ssm K$ ne peut avoir qu'un nombre fini de composantes
connexes non relativement compactes. L'ensemble
$$
\wt K=K\cup\bigcup_{i\in T} C_i=X\ssm\bigcup_{i\in I\ssm T}C_i
$$
obtenu en «\?bouchant les trous de $K$\?» est compact,
puisque cet ensemble est un fermé contenu dans le compact $L\cup\ol
C_{i_1}\cup\ldots\cup\ol C_{i_k}$ (on a déjà vu que les composantes
$C_i$, $i\in T$, autres que $i_1,\ldots,i_k$ étaient contenues 
dans~$L^\circ$).  Par construction le compact $\wt K$ 
n'a plus de trous, les composantes connexes 
de $X\ssm\smash{\wt K}$ sont les composantes non relativement compactes
$\{C_i\}_{i\in I\ssm T}$ de $X\ssm K$.

\claim Notion de bouts d'un espace|Soit $X$ un espace topologique séparé
localement compact et localement connexe.  On définit un bout de $X$ 
comme étant une application $b:K\mapsto b(K)$ qui à
chaque compact $K$ de $X$ associe une composante connexe $b(K)$ de
$X\ssm K$, avec la propriété suivante~: si $K\subset L$, alors
$b(L)\subset b(K)$. L'ensemble des bouts de $X$ sera noté $\Bouts(X)$.
\endclaim

On observera que $b(K)$ ne peut jamais être un trou de $K$, car la
condition $b(L)\subset b(K)$ ne pourrait pas être vérifiée en
prenant $L=\smash{\wt K}$. On a donc en fait $b(\smash{\wt K})=b(K)$,
de sorte que le
bout $b$ est entièrement déterminé par les composantes $b(K)$
associées aux compacts sans trous. De plus, si $X$ admet une suite
exhaustive $K_n$ de compacts sans trous, ce qui sera toujours le cas
considéré ici, un bout $b$ est déterminé de manière unique
par la donnée de la suite $b_n=b(K_n)$, qui doit évidemment
vérifier $b_{n+1}\subset b_n$ pour tout~$n$. En effet, si $K$ est
un compact quelconque, il existe un $n$ tel que $K\subset
K_n$, et $b(K)$ doit être alors l'unique composante connexe de
$X\ssm K$ qui contient $b_n=b(K_n)$.  L'ensemble des bouts peut-être
très grand, comme c'est le cas pour un arbre~:

\InsertFig  20.000  43.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
1 0.6 scale
gsave
  0.500 setlinewidth 
  4.000  30.000 moveto  20.000  46.000 segment 
  4.000  30.000 moveto  20.000  14.000 segment 
 20.000  14.000 moveto  36.000  22.000 segment 
 20.000  46.000 moveto  36.000  54.000 segment 
 20.000  46.000 moveto  36.000  38.000 segment 
 20.000  14.000 moveto  36.000   6.000 segment 
 36.000  54.000 moveto  44.000  56.000 segment 
 36.000  54.000 moveto  44.000  52.000 segment 
 36.000  38.000 moveto  44.000  40.000 segment 
 36.000  38.000 moveto  44.000  36.000 segment 
 36.000  22.000 moveto  44.000  24.000 segment 
 36.000  22.000 moveto  44.000  20.000 segment 
 36.000   6.000 moveto  44.000   8.000 segment 
 36.000   6.000 moveto  44.000   4.000 segment 
  0.085 setlinewidth 
 36.000  54.000 moveto  52.000  58.000 segment 
 36.000  54.000 moveto  52.000  50.000 segment 
 36.000  38.000 moveto  52.000  42.000 segment 
 36.000  38.000 moveto  52.000  34.000 segment 
 36.000  22.000 moveto  52.000  26.000 segment 
 36.000  22.000 moveto  52.000  18.000 segment 
 36.000   6.000 moveto  52.000  10.000 segment 
 36.000   6.000 moveto  52.000   2.000 segment 
 52.000  58.000 moveto  70.000  60.000 segment 
 52.000  58.000 moveto  70.000  56.000 segment 
 52.000  50.000 moveto  70.000  52.000 segment 
 52.000  50.000 moveto  70.000  48.000 segment 
 52.000  42.000 moveto  70.000  44.000 segment 
 52.000  42.000 moveto  70.000  40.000 segment 
 52.000  34.000 moveto  70.000  36.000 segment 
 52.000  34.000 moveto  70.000  32.000 segment 
 52.000  26.000 moveto  70.000  28.000 segment 
 52.000  26.000 moveto  70.000  24.000 segment 
 52.000  18.000 moveto  70.000  20.000 segment 
 52.000  18.000 moveto  70.000  16.000 segment 
 52.000  10.000 moveto  70.000  12.000 segment 
 52.000  10.000 moveto  70.000   8.000 segment 
 52.000   2.000 moveto  70.000   4.000 segment 
 52.000   2.000 moveto  70.000   0.000 segment 
 4 setdashtype
 44.000   0.000 moveto  44.000  60.000 segment
grestore 
}
\LabelTeX 12.000 17.000 $K_n$ \ELTX
\LabelTeX 82.000 17.000 $\Bigg\}~~X$ \ELTX
\EndFig
\bigskip

\noindent
A l'opposé, on a une situation assez simple dans le cas où il existe
un entier $n_0$ tel que les composantes connexes des complémentaires
$X\ssm K_m$ et $X\ssm K_n$ sont en bijection et en nombre fini pour
tous $m,n\ge n_0$. L'ensemble $\Bouts(X)$ est alors l'ensemble fini en
bijection avec l'ensemble des composantes connexes de $X\ssm K_n$ pour
$n\ge n_0$.  Ainsi un ouvert borné $\Omega$ à bord de classe $\cC^1$
par morceaux et possédant $p$ trous admet $p+1$ bouts, en bijection
avec chacune des composantes du bord $\partial\Omega$~: les bords des
$p$ trous, et le bord de la composante connexe non bornée de
$\bC\ssm\Omega$.

\InsertFig  5.000  52.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 10.000  40.000 moveto 
[  10.000  40.000   25.000  45.000   40.000  42.000   54.000  44.000  
   70.000  38.000   76.000  19.000   56.000   1.000   34.000   1.000  
   14.000  11.000  
] closedcurve 
gsave closepath   0.820 setgray fill grestore stroke 
 11.300  39.700 moveto 
[  11.300  39.700   26.300  43.800   40.000  40.800   53.000  42.800  
   69.000  37.000   74.600  19.000   56.000   2.300   34.000   2.200  
   15.000  12.000  
] closedcurve 
gsave closepath   1.000 setgray fill grestore newpath 
%gsave closepath   0.085   1.000  60.000   0.000 hatch grestore newpath
 36.600  23.000 moveto 
 28.000  23.000   8.600   8.600   0.000 360.000   0.000 ellipsearc 
gsave closepath   0.820 setgray fill grestore newpath 
 35.200  23.000 moveto 
 28.000  23.000   7.200   7.200   0.000 360.000   0.000 ellipsearc 
gsave closepath   1.000 setgray fill grestore stroke
 48.000  16.000 moveto  62.000  32.000 rectangle 
gsave closepath   0.820 setgray fill grestore newpath 
 49.400  17.400 moveto  60.600  30.600 rectangle 
gsave closepath   1.000 setgray fill grestore stroke 
grestore 
}
\LabelTeX  9.000 10.000 $\Omega$ \ELTX
\LabelTeX 13.000 30.000 $K_n$ \ELTX
\LabelTeX 82.000 30.000 $\hbox{L'ouvert $\Omega$}$ \ELTX
\LabelTeX 82.000 25.400 $\hbox{a trois bouts}$ \ELTX
\EndFig
\medskip

\noindent
Une application continue $f:X\to Y$ entre espaces localement compacts est 
dite {\em propre} si, pour tout compact $K$ de $Y$ l'image réciproque
$f^{-1}(K)$ est un compact de $X$. Il est plus intuitif de voir cette
condition en pensant en termes de voisinages de l'infini. En effet, $f$ 
est propre si et seulement si le prolongement $\wh f:\wh X\to\wh Y$ tel que
$\wh f(\infty)=\infty$ est continu au point~$\infty$, autrement dit si
$\lim_{X\ni x\to\infty}f(x)=\infty$~: si cette condition est vraie,
pour tout compact $K$ de $Y$, $\wh Y\ssm K$ est un voisinage de l'infini
et il doit exister un compact $L$ de $X$ tel que $\wh f(\wh X\ssm L)\subset
\wh Y\ssm K$, c'est-à-dire encore $f(X\ssm L)\subset Y\ssm K$, ce qui
implique que $f^{-1}(K)\subset L$ est compact. Inversement, si $f$
est propre, il suffit de prendre $L=f^{-1}(K)$.

Si $f$ est propre, on a une application naturelle $f_*:\Bouts(X)\to\Bouts(Y)$
induite au niveau des bouts. Si $b$ est un bout de
$X$, on définit un bout $b'=f_*(b)$ de $Y$ comme suit. Pour tout compact
$K$ de $Y$, $f^{-1}(K)$ est une partie compacte de $X$, et $b(f^{-1}(K))$
est une des composantes connexes de $X\ssm f^{-1}(K)$. Par conséquent
$f(b(f^{-1}(K)))$ est un connexe contenu dans $Y\ssm K$. On définit alors
$b'=f_*(b)$ comme le bout tel que $b'(K)$ soit, pour chaque $K$, l'unique
composante connexe de $Y\ssm K$ qui contient $f(b(f^{-1}(K)))$. 

On définit le «\?compactifié par les bouts\?» $\ol X_B$ de
la manière suivante~: $\ol X_B=X\cup B$ est la réunion disjointe
de $X$ et de $B=\Bouts(X)\;$; les ouverts de $\ol X_B$ sont les
réunions de parties d'un des deux types suivants~:
\smallskip
\item{$\bu$} les ouverts de $X\,$;
\smallskip
\item{$\bu$} pour chaque compact $K$ de $X$ et chaque composante connexe
$C$ de $X\ssm K$, l'ensemble $C\cup\big\{b\in B\,;\;b(K)=C\big\}$.
\smallskip

\noindent
Il résulte de cette construction qu'un système de voisinages fondamentaux
d'un bout $b_0$ est constitué de la famille de voisinages ouverts
$$
V_{b_0,K}=b_0(K)\cup\big\{b\in B\,;\;b(K)=b_0(K)\big\}.
$$

\claim Théorème|Soit $X$ un espace séparé localement compact
et localement connexe.
\smallskip
\item{\rm(i)} Pour la topologie définie ci-dessus, 
$\ol X_B$ est compact avec 
$X$ comme ouvert dense $($en d'autre termes, $\ol X_B$ est bien un 
compactifié de $X\,)$. De plus, $B=\Bouts(X)$ est compact et
totalement discontinu.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Pour toute application propre $f:X\to Y$ entre espaces
séparés localement compacts et localement connexes, l'application 
induite \hbox{$\ol f_B:\ol X_B\to\ol Y_B$} telle que $\ol f_B(b)=f_*(b)$
pour chaque bout $b$ de $X$ est une application continue de 
$\ol X_B$ dans $\ol Y_B$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) Désignons par $\cC_K$ l'ensemble (fini) des composantes connexes
de $X\ssm K$. Puisque $B$ consiste en des applications $K\mapsto b(K)
\in\cC_K$, l'ensemble $B$ des bouts peut être vu comme un sous-ensemble
$B\subset\prod_K\cC_K$. La topologie induite par $\ol X_B$ sur $B$ 
est la même que celle induite par la topologie produit sur
$\prod_K\cC_K$ (avec la topologie discrète sur chaque facteur
fini $\cC_K$), comme il résulte du fait que
$$
B\cap V_{b_0,K}=\big\{b\in B\,;\;b(K)=b_0(K)\big\}.
$$
Les conditions $b(L)\subset b(K)$ pour $L\supset K$ équivalent à choisir
$b(L)$ parmi un nombre fini de composantes qui sont celles de 
$(X\ssm L)\cap b(K)\,$; c'est donc une condition fermée vis-à-vis de la
topologie produit. Par conséquent $B$ s'identifie à un sous-espace fermé
du produit $\prod_K\cC_K$, qui est compact (d'après le théorème de Tychonov)
et totalement discontinu. On en déduit que $B$ est lui-même compact et
totalement discontinu. Si on a un recouvrement ouvert $\cU=(U_i)_{i\in I}$
de $\ol X_B$, sa partie compacte $B$ va être recouverte par un nombre
fini de voisinages $V_{b_j,K_j}$ eux-mêmes contenus dans certains des $U_i$.
On a alors $\ol X_B=\bigcup V_{b_j,K_j} \cup \bigcup K_j$, et comme chaque
$K_j$ est recouvert par un nombre fini d'ouverts $U_i$, on en
conclut l'existence d'un sous-recouvrement fini de $\cU$. Par conséquent 
$\ol X_B$ est bien compact. Par définition $X$ est ouvert, et cet
ouvert est dense puisque $V_{b_0,K}\cap X=b_0(K)\ne\emptyset$ pour tout 
voisinage $V_{b_0,K}$.
\medskip
\noindent
(ii) Soit $V_{b'_0,K'}$ un voisinage arbitraire de $b'_0=f_*(b_0)$ et
$K=f^{-1}(K')$. Alors on a 
$$
\ol f_B(V_{b_0,K})\subset V_{b'_0,K'}
$$
car $f(b_0(K))\subset b'_0(K')$ par définition de $f_*$, tandis
que l'image $b'=f_*(b)$ de chaque bout $b$ tel que $b(K)=b_0(K)$ vérifie
$b'(K')\supset f(b(K))=f(b_0(K))$, donc $b'(K')=b'_0(K')$.\qed

Il est clair que si $f:X\to Y$ est un homéomorphisme, alors
$\ol f_B:\ol X_B\to\ol Y_B$ est aussi un homéomorphisme. Par conséquent,
pour que $X$ et $Y$ puissent être homéomorphes, il faut que $X$ et $Y$
aient le même nombre de bouts. Cette condition nécessaire vaut en
particulier pour des ouverts du plan conformément équivalents.

\section{1.3. Cas des couronnes}

Rappelons la notation déjà utilisée au chapitre III~: 
pour des rayons quelconques $0\le R_1<R_2\le+\infty$ et $z_0\in\bC$, on note 
$$
C(z_0,R_1,R_2) = \big\{z\in \bC\,;\; R_1<|z-z_0|<R_2\big\}.
$$

\claim Proposition|Étant donné deux couronnes $C(0,R_1,R_2)$ et 
$C(0,R'_1,R'_2)$ de rayons quelconques finis et non nuls, les
transformations conformes
$$
f:C(0,R_1,R_2)\to C(0,R'_1,R'_2)
$$
sont de la forme $f(z)=Az$ ou $f(z)=Bz^{-1}$ avec $A,B\in\bC^*$ des constantes
complexes telles que $|A|=R'_1/R_1$, $|B|=R_1R'_2$.
\endclaim

Il résulte de cet énoncé que les couronnes $C(0,R_1,R_2)$ et 
$C(0,R'_1,R'_2)$ de rayons finis et non nuls sont conformément 
équivalentes si et seulement si elle sont homothétiques, 
c'est-à-dire si et seulement si
$R'_2/R'_1= R_2/R_1$.

\dem. D'après la section 1.2, une couronne $C(0,R_1,R_2)$ admet deux bouts,
associés aux voisinages des bords $|z|=R_1$ et $|z|=R_2$. Toute
transformation conforme $f:C(0,R_1,R_2)\to C(0,R'_1,R'_2)$ (et plus 
généralement tout homéomorphisme) doit induire une bijection $f_*$ des bouts de
$C(0,R_1,R_2)$ dans les bouts de $C(0,R'_1,R'_2)$, c'est-à-dire que l'on
doit avoir l'une ou l'autre des deux situations suivantes~:
$$
(*)~~\left\{
{\hbox{quand $|z|\to R_1$, $|f(z)|\to R'_1$}
\atop
\hbox{quand $|z|\to R_2$, $|f(z)|\to R'_2$}}\right.
\quad\hbox{ou}\quad(**)~~
\left\{
{\hbox{quand $|z|\to R_1$, $|f(z)|\to R'_2$}\phantom{.}
\atop
\hbox{quand $|z|\to R_2$, $|f(z)|\to R'_1$}.}\right.
$$
On introduit maintenant le réel
$$
\alpha
={\ln R'_2/R'_1\over \ln R_2/R_1}
={\ln R'_2 - \ln R'_1\over \ln R_2 - \ln R_1}>0.
$$
Dans le cas $(*)$ on introduit la fonction
$$
h(z)=\ln(|f(z)|/R'_1) - \alpha \ln(|z|/R_1)
$$
et dans le cas $(**)$ la fonction
$$
h(z)=\ln(|f(z)|/R'_2) + \alpha \ln(|z|/R_1).
$$
Il est facile de voir que $h$ est une fonction harmonique sur $C(0,R_1,R_2)$,
et de plus $h(z)\to 0$ quand $|z|\to R_1$ ou quand $|z|\to R_2$. D'après
le principe du maximum, $h$ est identiquement nulle. Or, si $z^\alpha$
est une détermination holomorphe sur $C(0,R_1,R_2)\ssm\bR_-$, nous
avons $h(z)=\ln|f(z)/z^{\varepsilon\alpha}|+\hbox{Cte}$ avec
$\varepsilon=1$ dans le cas $(*)$, $\varepsilon=-1$ dans le cas $(**)$.
Ceci implique que $f(z)/z^{\varepsilon\alpha}=A$ constante, d'où $f(z)=A
z^{\varepsilon\alpha}$. Comme $f$ doit se prolonger continûment à
$C(0,R_1,R_2)$, on a nécessairement $\varepsilon\alpha\in\bZ$. Mais comme
de plus $f$ est injective, la seule possibilité est $\varepsilon\alpha=\pm 1$,
donc $\alpha=1$, $f(z)=Az$ ou $f(z)=A/z$. Dans le premier cas, on doit avoir
$|A|=R_1'/R_1$, et dans le deuxième $|A|=R_1R'_2$. De plus, les couronnes 
doivent êtres homothétiques, c'est-à-dire que $R'_2/R_2=R'_1/R_1$.\qed

\claim Corollaire|Les automorphismes de $C(0,R_1,R_2)$ sont exactement 
les applications $f:z\mapsto \lambda z$ et $g:z\mapsto \lambda R_1R_2z^{-1}$ 
où $\lambda$ décrit l'ensemble des nombres complexes de module~$1$.
\endclaim

\claim Remarque|{\rm En adaptant le raisonnement ci-dessus, on montre
facilement que les applications holomorphes propres 
$f:C(0,R_1,R_2)\to C(0,R'_1,R'_2)$
sont toutes de la forme $f(z)=Az^n$ ou $f(z)=Az^{-n}$ avec $A\in\bC^*$,
lorsque le quotient $\alpha=\ln(R'_2/R'_1)/\ln(R_2/R_1)$ est un entier $n$. 
Il n'y a pas de telles applications holomorphes propres si $\alpha$ 
n'est pas un entier.}
\endclaim

\section{1.4. Espaces projectifs et applications homo\-gra\-phiques}

Nous rappelons d'abord la notion générale d'espace projectif sur
un corps~$k$.

\claim Définition|Si $k$ est un corps $($commutatif$\,)$ et $E$ un espace
vectoriel sur~$k$, on appelle espace projectif associé à $E$ l'ensemble
quotient
$$
P_k(E) = (E\ssm\{0\})/\cR,
$$
où $\cR$ est la relation d'équivalence telle que $x\;\cR\;y$ si et 
seulement si il existe un scalaire $\lambda\in\bC^*$ tel que $y = \lambda x$.
\endclaim

En particulier, l'ensemble quotient $\bP^n_k = (k^{n+1}\ssm\{0\})/\cR$
est appelé espace projectif de dimension $n$ sur $k$ (on convient
d'écrire en général, et ceci sera justifié de façon plus
précise au chapitre VIII, que $\dim P_k(E)=\dim E-1$).

\claim Notation|Pour des scalaires $x_0,x_1,\ldots,x_n$ non tous nuls, on note
$$
[x_0 : x_1 : \ldots : x_n]
$$ 
la classe d'équivalence de $(x_0,\ldots,x_n)\in k^{n+1}\ssm\{0\}$ dans 
$\bP^n_k$. Plus généralement, pour un espace vectoriel $E$, on note
$[x]=k^* x$ la classe d'équivalence de $x\in E\ssm\{0\}$ dans $P_k(E)$,
et on introduit la projection canonique
$$
\pi:E\ssm\{0\}\to P_k(E),\qquad x\mapsto[x].
$$
\endclaim


On a par définition $[\lambda x_0 : \lambda x_1 : \ldots : \lambda
x_n] = [x_0 : x_1 : \ldots : x_n]$ pour tout scalaire $\lambda\in
k^*$, l'usage des symboles $:$ dans la notation étant là pour
rappeler que ce sont seulement les rapports $x_j/x_k$ qui sont
indépendants du représentant choisi dans la classe d'équivalence
(à condition bien sûr que ce rapport soit défini, ce qui suppose 
$x_k\ne 0$). On dit que
$x_0,\,x_1,\,\ldots\,,x_n$ sont les {\em coordonnées homogènes} du point
$[x]$.  Il est clair que l'espace projectif s'identifie à l'ensemble
des droites vectorielles de $E$, puisqu'à toute classe
d'équivalence $[x]$ on peut associer de façon bijective la
droite $kx=[x]\cup\{0\}$.

Dans le cas de la dimension $1$, on voit qu'un élément $[x_0,x_1]$
tel que $x_1\ne 0$ coïncide avec
$$
[\lambda x_0,\lambda x_1]=[x_0/x_1:1]\qquad \hbox{pour $\lambda=1/x_1$},
$$
tandis que $[x_0:0]=[1:0]$ si $x_0\ne 0$ (prendre $\lambda=1/x_0$). On
peut alors identifier $\bP^1_k$ à $k\cup\{\infty\}$ grâce aux applications
$$
\eqalign{
&\bP^1_k\to k\cup\{\infty\},\qquad [x_0:x_1]\mapsto x_0/x_1,\cr
&k\cup\{\infty\} \to \bP^1_k, \qquad x\mapsto [x:1],\quad \infty\mapsto 
[1:0].\cr}
$$
en posant $x_0/x_1=\infty$ si $x_0\ne 0$, $x_1 = 0$. Ceci justifie bien notre 
convention de poser $\dim\bP^1_k=1$.

Si $E$ est un espace vectoriel sur $k$ de dimension finie et si
$\varphi\in\GL(E)$ est une transformation linéaire bijective de $E$, alors 
$\varphi$ induit une application bijective
$$
[\varphi]:P(E)\to P(E),\qquad [x]\mapsto [\varphi(x)].
$$
appelée {\rm transformation projective} de $E$. On désigne par
$\Proj(P(E))$ l'ensemble des transformations projectives de $P(E)$.
On obtient ainsi un homomorphisme de groupes $(\GL(E),\circ)\to
(\Proj(P(E)),\circ)$ du groupe linéaire de $E$ sur l'ensemble des
transformations projectives de $P(E)$.

\claim Lemme|Si $\varphi\in \GL(E)$ alors $[\varphi] = \Id_{P(E)}$ 
si et seulement si $\varphi$ est une homothétie de rapport non nul.
\endclaim

\dem. L'hypothèse $[\varphi]=\Id_{P(E)}$ équivaut à ce que pour tout 
vecteur $x\in E\ssm\{0\}$ il existe un scalaire $\lambda_x\in k^*$ tel que
$\varphi(x)=\lambda_xx$. On choisit une base $(e_0,e_1,\ldots,e_n)$ de
$E$, et on applique l'hypothèse à $x=e_0+e_1+\ldots+e_n$. En posant
$\lambda=\lambda_{e_0+e_1+\ldots+e_n}$, ceci donne
$$
\varphi(e_0+e_1+\ldots+e_n)=\lambda(e_0+e_1+\ldots+e_n),
$$
et d'autre part
$$
\varphi(e_0+e_1+\ldots+e_n)=\varphi(e_0)+\varphi(e_1)+\ldots+\varphi(e_n)=
\lambda_{e_0}e_0+\lambda_{e_1}e_1+\ldots+\lambda_{e_n}e_n.
$$
D'après l'unicité de l'écriture dans une base il vient
$$
\lambda_{e_0}=\lambda_{e_1}=\ldots=\lambda_{e_n}=\lambda,
$$
par conséquent $\varphi(e_i)=\lambda e_i$ et $\varphi=\lambda\Id_E$.\qed

Par passage au quotient de l'application $\GL(E)\to\Proj(P(E))$ par son noyau
$k^*\Id_E$, on obtient un isomorphisme canonique
$$
\GL(E)/k^*\Id_E\to\Proj(P(E))
$$

\claim Théorème et définition|Le groupe projectif linéaire est défini
comme le quotient $\PGL(E) = \GL(E)/k^*\Id$. On a un isomorphisme
canonique
$$
\PGL(E)\simeq\Proj(P(E)).
$$
\endclaim

Si $\dim P(E)=n$, on appelle repère projectif de $P(E)$ un système
de $n+2$ points $([e_0],[e_1],\ldots,[e_{n+1}])$ tel que tout système
de $n+1$ vecteurs extrait de celui-ci $(e_i)_{i\ne i_0}$ forme une 
base de $E$. 
On peut en particulier choisir $(e_0,e_1,\ldots,e_n)$ comme base
et écrire $e_{n+1}=\lambda_0e_0+\ldots+\lambda_ne_n$. La condition
d'être un repère projectif impose que $\lambda_i\ne 0$ pour tout~$i$.
Le remplacement de $e_i$ par $\lambda_ie_i$, $0\le i\le n$,
ne change pas le point $e_i$, et on se ramène alors à ce que
$e_{n+1}=e_0+e_1+\ldots+e_n$. Il est clair que l'image d'un repère
projectif par une transformation projective est un repère
projectif. Inversement~:

\claim Proposition|Etant donné deux repères projectifs
$([w_0],[w_1],\ldots,[w_{n+1}])$ et\break $([w'_0],[w'_1],\ldots,[w'_{n+1}])$
de $P(E)$, il existe une unique transformation projective
$[\varphi]\in\Proj(P(E))$ telle que $[\varphi(w_i)]=[w'_i]$ pour
tout $i=0,1,\ldots, n+1$.
\endclaim

\dem. Comme nous l'avons expliqué ci-dessus, on peut toujours se ramener
à la situation où $w_{n+1}=w_0+w_1+\ldots+w_n$ et
$w'_{n+1}=w'_0+w'_1+\ldots+w'_n$. On doit avoir $\varphi(w_i)=\lambda w'_i$
pour $0\le i\le n+1$, ce qui donne
$$
\varphi(w_{n+1})=\sum_{i=0}^n\varphi(w_i)=
\sum_{i=0}^n\lambda_iw'_i=\lambda_{n+1}w'_{n+1}
=\lambda_{n+1}(w'_0+w'_1+\ldots+w'_n).
$$
L'unicité de l'écriture dans une base implique
$$
\lambda_0=\ldots=\lambda_n=\lambda_{n+1},
$$
ce qui montre que $\varphi$ est l'unique transformation linéaire, à un
scalaire près, telle que $\varphi(w_i)=w'_i$, $0\le i\le n$.\qed

Dans le cas de l'espace projectif $\bP^1_k$ associé à $E=k^2$, $\GL(E)$
s'identifie au groupe $\GL_2(k)$ des matrices $2\times 2$ inversibles.
Considérons l'application linéaire $\varphi_M$ associée à un matrice
$$
M=\pmatrix{a&b\cr c&d\cr},\qquad
\pmatrix{x_0\cr x_1\cr}\mapsto
\pmatrix{y_0\cr y_1\cr}=\pmatrix{ax_0+bx_1\cr cx_0+dx_1\cr}.
$$
L'identification $\bP^1_k=k\cup\{\infty\}$ est obtenue en posant
$z=x_0/x_1$, et la transformation projective
$[\varphi_M]$ est donnée par
$$
z={x_0\over x_1}\mapsto w={y_0\over y_1}={ax_0+bx_1\over cx_0+dx_1},
$$
soit encore
$$
z\mapsto w=h_M(z)={az+b\over cz+d},\qquad \infty\mapsto {a\over c},\qquad
-{d\over c}\mapsto\infty.
$$
Le groupe $\Proj(\bP^1_k)$ n'est autre que le groupe des homographies 
bijectives, et ce qui précède montre que l'application $M\to h_M$ est
un homomorphisme de groupes de $\GL_2(k)$ sur $\Proj(\bP^1_k)$, de
noyau $k^*\Id$. Ceci veut dire précisément que l'homographie
$h_{\lambda M}$ associée aux coefficients $\lambda a,\lambda b,\lambda c,
\lambda d$ coïncide avec $h_M$. Un repère projectif de $\bP^1_k$
est la même chose que la donnée de 3 points deux à deux distincts
$w_0,w_1,w_2\in k\cup\{\infty\}$. D'après ce qui précède, il existe 
toujours une unique homographie $h$ qui envoie le triplet $(w_0,w_1,w_2)$
sur un autre triplet $(w'_0,w'_1,w'_2)$ de points deux à deux distincts.

Dans le cas des corps topologiques
localement compacts $k=\bR$ ou $k=\bC$, $\bP^1_k=k\cup\{\infty\}$ est le
compactifié d'Alexandroff de $k$, et il est facile de voir que les
homographies définissent des applications continues $h_M:\bP^1_k\to\bP^1_k$.

\claim Droites et cercles de $\bP^1_\bC$|{\rm Dans le cas de $\bP^1_\bC$, on
s'intéresse aux cercles $|z-z_0|=r$ et aux droites $\Re(e^{-\ii\alpha}z)=p$,
qu'on compactifie en adjoignant le point à l'infini.
En coordonnées homogènes $(x_0,x_1)$, on pose $z=x_0/x_1$ et l'équation
d'un cercle devient $|x_0-z_0x_1|^2 - r^2|x_1|^2=0$, tandis que
l'équation d'une droite devient
$$
{e^{-\ii\alpha} x_0\over x_1}+{e^{\ii\alpha} \ol x_0\over \ol x_1}-2p=0
\Leftrightarrow e^{-\ii\alpha} x_0\ol x_1+e^{\ii\alpha} x_1\ol x_0
-2p|x_1|^2=0.
$$
En d'autres termes, les droites (compactifiées) et les cercles correspondent
exactement aux cônes isotropes $q(x_0,x_1)=0$ des formes quadratiques
hermitiennes
de signature $(1,1)$ sur $\bC^2$, après passage au quotient par la relation
de colinéarité~$\cR\,$; les cercles correspondent aux formes quadratiques
dont le  coefficient de $|x_0|^2$ est non nul, et les droites à celles 
dont le coefficient de $|x_0|^2$ est nul. L'image du cône isotrope 
$q=0$ par une transformation linéaire $\varphi$ est le cône isotrope
$q\circ\varphi^{-1}=0$, et $q\circ\varphi^{-1}$ est encore une forme 
quadratique hermitienne de signature $(1,1)$. On en déduit la conséquence
archi-classique suivante~:} \endclaim

\claim Conséquence|La collection de parties de $\bC\cup\{\infty\}$ formées
des cercles et des droites compactifiées est stable par les homographies
$z\mapsto{az+b\over cz+d}$ à coefficients complexes telles que $ad-bc\ne 0$.
\endclaim

\section{1.5. Cas du disque et du plan de Poincaré}

Le «\?demi-plan de Poincaré\?» est défini conventionnellement
comme étant le demi-plan supérieur du plan complexe. Il sera noté
$$
\bH= \big\{z\in \bC\,;\; \Im z>0\big\}.
$$
On note par ailleurs
$$
\bD = \big\{z\in \bC\,;\; |z| < 1\big\}
$$
le disque unité du plan complexe.

\claim Proposition|Les domaines $\bD$ et $\bH$ sont conformément 
équivalents via les homographies
$$
\eqalign{
&\varphi:\bD\to\bH,\qquad z\mapsto w=\ii\;{1+z\over 1-z},\cr
&\psi:\bH\to\bD,\qquad w\mapsto z={w-\ii\over w+\ii}.\cr
}
$$
qui sont des bijections réciproques l'une de l'autre.
\endclaim

\dem. Un calcul direct donne en effet
$$
\eqalign{
&\Im w={1\over 2}{(1+z)(1-\ol z)+(1+\ol z)(1-z)\over|1-z|^2}={1-|z|^2\over
|1-z|^2}>0,
\cr
&1-|z|^2={|w+\ii|^2-|w-\ii|^2\over|w+\ii|^2}={4\Im w\over|w+\ii|^2}>0,\cr
}
$$
de sorte que l'on a bien $\varphi(\bD)\subset\bH$ et $\psi(\bH)\subset\bD$.
Il est immédiat d'autre part que $\varphi$ et $\psi$ sont inverses l'une
de l'autre.\qed

\claim Proposition|Les groupes $\Aut(\bD)$ et $\Aut(\bH)$ peuvent se décrire
comme suit.
\smallskip
\item{\rm(i)} Les automorphismes de $\bD$ sont les homographies
$$
z\mapsto\lambda{z-a\over1-\ol a z},\qquad
\hbox{avec $|\lambda|=1$,~$a\in\bD$}.
$$
\item{\rm(ii)} Les automorphismes de $\bH$ sont les homographies
$$
h_{a,b,c,d}:
z\mapsto {az+b\over cz+d}\qquad
\hbox{avec $a, b, c, d\in \bR$ et $ad - bc = 1$}.
$$
\endclaim

\dem. (i) Les automorphismes du disque ont déjà été déterminés au
chapitre II, section~5.3.
\medskip
\noindent
(ii) Pour obtenir les automorphimes du demi-plan de Poincaré $\bH$, on
peut observer qu'on a un isomorphisme de groupes
$$
\Aut(\bD)\to\Aut(\bH),\qquad f\mapsto\varphi\circ f\circ\varphi^{-1},
\leqno(*)
$$
où $\varphi:\bH\to\bD$ est l'isomorphisme conforme déjà mentionné.
En particulier, tous les automorphismes de $\bH$ sont des homographies
puisque ceux de $\bD$ en sont. On pourrait bien entendu utiliser $(*)$
pour déterminer ces homographies, mais il est plus rapide de chercher
directement quelles sont les homographies $h_{a,b,c,d}$ qui
préservent $\bH$. Ces homographies doivent aussi préserver le bord de $\bH$
dans $\bC\cup\{\infty\}$, à savoir $\bR\cup\{\infty\}$. En considérant
trois points $x_1,x_2,x_3\in\bR$ deux à deux distincts et leurs images
$y_1,y_2,y_3\in\bR$ par $h_{a,b,c,d}$ (prendre $x_i\ne -d/c$) on voit que les
coefficients $(a,b,c,d)$ doivent satisfaire les équations linéaires
$$
ax_j+b-(cx_j+d)y_j=0,\qquad j=1,2,3.
$$
C'est un système de 3 équations à 4 inconnues, à
coefficients réels, et on sait que le rang est $3$ puisque les
coefficients sont uniquement déterminés à un scalaire près.
Les solutions complexes sont donc de la forme
$(a,b,c,d)=\lambda(a_0,b_0,c_0,d_0)$ avec $a_0,b_0,c_0,d_0\in\bR$
(donnés par des quotients des déterminants mineurs) et
$\lambda\in\bC$. Ceci montre que que les coefficients $a,b,c,d$, à
un scalaire multiplicatif près, peuvent être choisis réels.
Maintenant, $ad-bc=\lambda^2(a_0d_0-b_0c_0)$ et on peut donc se
ramener à $ad-bc=\pm 1$. Pour conclure, on calcule
$$
\Im\left({az+b\over cz+d}\right)=
{\Im\big((az+b)(c\ol z+d)\big)\over|cz+d|^2},
$$
soit encore
$$
\Im\left({az+b\over cz+d}\right)=(ad-bc)\;{\Im z\over|cz+d|^2},
$$
et on voit qu'une homographie à coefficients réels $h_{ab,c,d}$
envoie $\bH$ dans $\bH$ si et seulement si $ad-bc>0$.\qed

\claim Remarque|{\rm Le résultat précédent peut se reformuler en
écrivant qu'on a un isomorphisme de groupes
$$
\Aut(\bH) = \PSL_2(\bR) = \SL_2(\bR)/\{\Id, -\Id\}.
$$
En effet, lorsque la condition $ad-bc=1$ est imposée,
l'ambiguïté dans la détermination des coefficients
$(a,b,c,d)$ n'est plus que celle d'un facteur multiplicatif $\lambda=\pm 1$.}
\endclaim

\supersection{2. Métriques hermitiennes}

Une métrique hermitienne sur un ouvert $\Omega$ n'est autre qu'une
façon de mesurer la longueur d'un déplacement infinitésimal
$dz$, en utilisant une «\?unité variable\?» en fonction du
point $z$, mais en préservant le caractère conforme des
coordonnées (les petits cercles restent des petits cercles, il ne
deviennent pas des ellipses$\;\ldots$)

\section{2.1. Définitions}

\claim Définition 1|Si $\Omega$ est un ouvert de $\bC$, une métrique 
hermitienne sur $\Omega$ est la donnée, pour chaque $z\in\Omega$, 
d'une forme hermitienne $h(z) = h_1(z)\,|dz|^2$, où $h_1:\Omega\to \bR_+$ 
est une fonction positive. On dit que la métrique $h$ est de classe 
$\cC^k$ si la fonction $h_1$ est elle-même de classe $\cC^k$.
\endclaim

Si $\xi\in\bC$ est vu comme un vecteur du plan d'origine $z$ (i.e.\ comme
un élément du fibré tangent à $\Omega$ au point $z$), on définit la
norme $\Vert\xi\Vert_h$ de $\xi$ par rapport à $h$ de sorte que
$$
\Vert\xi\Vert_h^2=h_1(z)|\xi|^2.
$$

\claim Définition 2|Si $f:\Omega\to\wt\Omega$ est holomorphe
et si $\wt h(w)=\wt h_1(w)\,|dw|^2$ est une métrique sur $\smash{\wt\Omega}$,
alors on définit $\smash{f^*\wt h}$ comme la forme hermitienne obtenue
en effectuant la substitution $w=f(z)~:$
$$
f^*\wt h(z) = \wt h_1(f(z))\,|f'(z)|^2|dz|^2
$$
\endclaim

\InsertFig 0.000  80.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 10.000  40.000 moveto 
[  10.000  40.000   10.000  52.000   14.000  58.000   22.000  62.000  
   30.000  60.000   38.000  64.000   46.000  56.000   44.000  42.000  
   28.000  34.000  
] closedcurve 
stroke 
 73.000  44.000 moveto 
[  73.000  44.000   73.000  59.000   78.000  69.000   88.000  69.000  
   93.000  74.000  108.000  69.000  108.000  54.000  113.000  44.000  
  103.000  34.000   88.000  34.000  
] closedcurve 
stroke 
  0.500 setlinewidth 
 36.000  32.000 moveto 
[  36.000  32.000   58.000  28.000   73.300  35.350  
] curve 
stroke 
 74.000  36.000 moveto   0.000  40.000   2.400 vector
  0.200 setlinewidth 
 36.000  48.000 moveto  49.254   5.826   2.400 vector 
 30.000  47.000 moveto
  0.700 disk
 91.000  54.000 moveto
  0.700 disk
 30.000  47.000 moveto  11.000  57.995   2.400 vector 
 91.000  54.000 moveto  12.000 -26.565   2.400 vector 
grestore  
}
\LabelTeX   16.000  63.000 $\Omega$ \ELTX
\LabelTeX   78.000  71.000 $\wt\Omega$ \ELTX
\LabelTeX   26.500  46.000 $z$ \ELTX
\LabelTeX   89.000  56.500 $f(z)$ \ELTX
\LabelTeX   52.000  24.000 $f$ \ELTX
\LabelTeX   55.000  53.000 $df_z$ \ELTX
\LabelTeX   36.500  55.000 $\xi$ \ELTX
\LabelTeX   93.000  45.000 $\eta=f'(z)\xi$ \ELTX
\EndFig
\vskip-18mm

L'image d'un vecteur $\xi$ par la différentielle $df_z$ est le
vecteur $\eta=f'(z)\xi$ au point $f(z)$. Nous avons
$$
\Vert\xi\Vert_h^2=h_1(z)|\xi|^2,\qquad
\Vert\eta\Vert_{\wt h}^2=\wt h_1(f(z))|\eta|^2=
\wt h_1(f(z))|f'(z)|^2|\xi|^2,
$$
par conséquent, la norme de la différentielle $df_z$ relativement aux
métriques $h$, $\wt h$ est donnée par
$$
\Vvert df_z\Vvert_{h,\wt h}^2={\wt h_1(f(z))\over h_1(z)}\;|f'(z)|^2=
{f^*\wt h(z)\over h(z)}.
$$

\claim Définition 3|On dira que $f$ est une isométrie relativement 
à $h,\wt h$ si $df_z$ est une isométrie en tout point, c'est-à-dire si 
$\Vvert df_z\Vvert_{h,\wt h}= 1$ pour tout $z\in\Omega$, c'est-à-dire
encore si
$$
f^*\wt h(z) = h(z)~~\hbox{sur $\Omega$}.
$$
\endclaim

\section{2.2. Métrique de Poincaré du disque et du demi-plan}

Avec la terminologie qui précède, nous pouvons énoncer le

\claim Théorème {\rm (métrique de Poincaré du disque)}|Il 
existe sur $\bD$ une métrique définie par
$$
h(z) = {|dz|^2\over (1-|z|^2)^2},
$$
de classe $\cC^\infty$, telle que$\;:$
\smallskip
\item{\rm(i)} Toute application $f\in \Aut(\bD)$ est une
isométrie pour $h$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Toute application holomorphe $g:\bD\to\bD$ $($non 
nécessairement injective ou surjective$\,)$ est une contraction faible, 
c'est-à-dire vérifie $\Vvert dg_z\Vvert_{h,h}\le 1$ en tout point.
De plus, s'il y a égalité $\Vvert dg_z\Vvert_{h,h}=1$ en un point
$z=z_0\in\bD$, alors $g$ est un automorphisme.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) Les automorphismes du disque sont donnés par
$$
z\mapsto w=f(z)=\lambda{z-a\over 1-\ol a z},\qquad|\lambda|=1,~~a\in\bD.
$$
Des calculs directs déjà faits au II~5.3 donnent
$$
dw=\lambda{1-|a|^2\over (1-\ol a z)^2}\,dz,\qquad
1-|w|^2={(1-|a|^2)(1-|z|^2)\over |1-\ol a z|^2},
$$
par conséquent
$$
{|dw|\over 1-|w|^2}={|dz|\over 1-|z|^2},
$$
et ceci signifie que $f^*h=h$.
\smallskip
\noindent
(ii) est une reformulation du corollaire du II~5.3.\qed

\claim Théorème {\rm(métrique de Poincaré du demi-plan)}|Il existe 
sur $\bH$ une métrique 
$$
\wt h(z) = {|dz|^2\over 4\,\big|\Im z\big|^2}
$$
de classe $\cC^\infty$  telle qu'on ait $\Vvert df_z\Vvert_{\wt h,\wt h} = 1$ 
pour tout
$f\in\Aut(\bH)$ et $\Vvert dg_z\Vvert_{\wt h,\wt h}\le 1$ pour toute
application $g:\bH\to\bH$ holomorphe. De plus, toute transformation
conforme bijective $\varphi:\bD\to\bH$ est une isométrie de $(\bD,h)$ 
sur $(\bH,\wt h)$.
\endclaim

\dem. Il suffit de démontrer la dernière assertion, puisque toutes
les propriétés de $\bD$ se transporteront à $\bH$ par
isométrie. Il suffit même de vérifier que l'application
$$
\bD\to\bH,\qquad z\mapsto w=\varphi(z)=\ii \;{1+z\over 1-z}
$$
est une isométrie. Or, de nouveau, un calcul direct donne
$$
dw={-2\ii\over (1-z)^2}\,dz,\qquad \Im w={1-|z|^2\over |1-z|^2},
$$
de sorte que
$$
{|dw|\over2\,|\Im w|}={|dz|\over 1-|z|^2}.\eqno\square
$$

\section{2.3. Géométrie du plan hyperbolique}

La {\it géométrie hyperbolique plane} n'est autre que la
géométrie du disque unité~$\bD$, muni de sa distance
géodésique. Le demi-plan de Poincaré $\bH$ en fournit un
modèle isomorphe. Introduisons d'abord la notion de distance
géodésique.

\claim Définition|Soit $\Omega$ un ouvert du plan, et $h=h_1(z)\,|dz|^2$
une métrique hermitienne de classe $\cC^k$ sur $\Omega$. La longueur
d'un chemin $\gamma:[\alpha,\beta]\to\Omega$ de classe $\cC^1$ par morceaux
se calcule en posant
$$
\eqalign{
ds^2&=\gamma^*h=h_1(\gamma(t))\,|\gamma'(t)|^2\,dt^2,\cr
\lg(\gamma)&=\int_\alpha^\beta ds= \int_\alpha^\beta 
\sqrt{h_1(\gamma(t))}\,|\gamma'(t)|\,dt.\cr
}
$$
Etant donné deux points $a,\,b\in\Omega$, la distance géodésique 
$d_h(a,b)$ de $a$ à $b$ relativement à $h$ est définie par
$$
d_h(a,b)=\inf_{\gamma}~\lg(\gamma)
$$
où l'inf est étendu à tous les chemins $\gamma:[\alpha,\beta]\to\Omega$
de classe $\cC^1$ par morceaux tels que $\gamma(\alpha)=a$
et $\gamma(\beta)=b$.
\endclaim

Pour le disque et sa métrique de Poincaré
$h(z)=|dz|^2/(1-|z|^2)^2$, nous avons
$$
\lg(\gamma)=\int_\gamma{|dz|\over 1-|z|^2}=
\int_\alpha^\beta{|\gamma'(t)|\over 1-|\gamma(t)|^2}\,dt.
$$
Du fait que la métrique de Poincaré est invariante par les automorphismes
du disques, nous en déduisons aussitôt~:

\claim Proposition|Pour tout automorphisme $f\in\Aut(\bD)$ et tout
chemin de classe $\cC^1$ par morceaux $\gamma:[\alpha,\beta]\to\Omega$,
nous avons $\lg(f\circ\gamma)=\lg(\gamma)$ relativement à la
métrique de Poincaré~$h$. De plus, pour tout couple de points $a,b\in\Omega$,
nous avons 
$$
d_h(f(a),f(b))=d_h(a,b),
$$
autrement dit $f$ est une isométrie de l'espace métrique $(\bD,d_h)$.
\endclaim

Nous affirmons que le chemin de longueur minimale joignant le centre $0$
du disque à un point quelconque $w\in\bD$ est le segment $[0,w]$. En effet,
si on écrit $z=\gamma(t)=r(t)\,e^{\ii\theta(t)}$ en coordonnées polaires,
il vient
$$
dz=(dr+\ii r\,d\theta)\,e^{\ii\theta},\qquad |dz|=\sqrt{dr^2+r^2d\theta^2}\ge
dr=r'(t)dt
$$
On obtient donc
$$
\lg(\gamma)=\int_\gamma{|dz|\over 1-|z|^2}\ge\int_0^{|w|}{dr\over 1-r^2}
={1\over 2}\ln{1+|w|\over 1-|w|},
$$
et ce calcul correspond précisément à la longueur du segment $[0,w]$.
Pour trouver la distance de deux points quelconques $a$, $b$, on utilise
l'automorphisme
$$
f(z)={z-a\over 1-\ol a z}
$$
qui envoie $a$ sur $f(a)=0$ et $b$ sur $w=f(b)=\displaystyle
{b-a\over 1-\ol a b}$. On trouve
$$
d_h(a,b)=d_h(f(a),f(b))=d_h(0,w)={1\over 2}\ln
{1+{|b-a|\over |1-\ol a b|}\over 1-{|b-a|\over |1-\ol a b|}},
$$
soit encore
$$
d_h(a,b)=\ln{|1-\ol a b|+|a-b|\over\sqrt{1-|a|^2}\sqrt{1-|b|^2}}.
$$
\InsertFig -3.500  58.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 30.000  27.000 moveto  26.000 circle 
102.000  27.000 moveto  26.000 circle 
 50.177  10.843 moveto  24.000 -16.000  37.494  45.719 118.775 circlearc 
stroke 
 78.500  38.000 moveto 125.500  16.000 segment 
102.000  27.000 moveto   0.700 disk 
 20.500  21.300 moveto   0.700 disk 
 46.000  14.500 moveto   0.700 disk 
122.200  17.600 moveto   0.700 disk 
  0.400 setlinewidth 
 61.000  27.000 moveto  10.500   0.000   2.400 vector 
  0.085 setlinewidth
  7.250  17.550 moveto 
[   7.250  17.550    7.800  16.400    6.600  15.750  
] polygon 
stroke 
 49.250  11.700 moveto 
[  49.250  11.700   48.350  10.650   49.350   9.750  
] polygon 
stroke 
 80.000  37.350 moveto 
[  80.000  37.350   79.350  35.950   77.750  36.650  
] polygon 
stroke 
124.250  16.600 moveto 
[ 124.250  16.600  123.600  15.250  124.800  14.620  
] polygon 
stroke 
grestore 
}
\LabelTeX   20.000  23.000 $a$ \ELTX
\LabelTeX   45.500  16.500 $b$ \ELTX
\LabelTeX  101.500  29.000 $0$ \ELTX
\LabelTeX  122.000  19.500 $w$ \ELTX
\LabelTeX   65.500  29.000 $f$ \ELTX
\LabelTeX   53.500  40.000 $\partial\bD$ \ELTX
\EndFig
\medskip

La géodésique (chemin le plus court) joignant $a$ à $b$ est l'image
inverse par $f$ du segment $[0,w]$. C'est donc un arc de cercle
d'extrêmités $a$ et $b$, porté par un cercle orthogonal au bord $\bD$
(en effet le diamètre $\bR w$ est orthogonal au bord $\partial\bD$,
donc leurs images inverses par $f$ le sont, du fait du caractère
conforme de $f$, et $\partial\bD$ est évidemment invariant par~$f$).
La seule exception est le cas où $0,a,b$ sont alignés, auquel cas
la géodésique est le segment de droite $[a,b]$ porté par un diamètre
de~$\bD$.

De manière générale les ``droites hyperboliques'' de $\bD$ sont les
diamètres et les arcs de cercle orthogonaux au bord $\partial\bD$.
Dans le modèle équivalent du demi-plan de Poincaré~$\bH$, les
``droites'' sont les demi-cercles orthogonaux à l'axe réel
$\partial\bH$, auxquels il faut rajouter toutes les demi-droites ayant
une extrêmité sur $\partial\bH$ et othogonales à $\partial\bH$.

\InsertFig  30.000 62.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave
30 29 translate
/hom 27 def
hom dup scale
0.085 hom div setlinewidth
2 setlinejoin
/expit {
  /x exch def /r x x mul 1 add def
  x 2 mul r div def
  2 r sub r div def
} def
/doarc { 
 /yp exch def /xp exch def  /y exch def /x exch def
 /z x xp add 0.5 mul def /w y yp add 0.5 mul def
 /r z z mul w w mul add sqrt def
 /z z r div def  /w w r div def
 /r xp x sub def  /rp yp y sub def
 /rp r r mul rp rp mul add sqrt 0.5 mul def
 /r rp 1 rp rp mul sub sqrt div def
 /rp 1 r r mul add sqrt def
 /z z rp mul def  /w w rp mul def
 /a1 y x atan def
 /a2 yp xp atan def
 a1 a2 180 sub lt { /a1 a1 360 add def } if
 a1 a2 180 add gt { /a1 a1 360 sub def } if
 a1 a2 gt { z w r a1 90 add a2 270 add arc }
          { z w r a1 270 add a2 90 add arcn } ifelse
} def
1 0 moveto
/x1 /y1 -9 expit
/x2 /y2 -4 expit
/x3 /y3 -0.5 expit
/x4 /y4 0.1 expit
0.9 setgray
x1 y1 moveto
x1 y1 x3 y3 doarc
0 0 1 y3 x3 atan y4 x4 atan arc
x4 y4 x2 y2 doarc
0 0 1 y2 x2 atan y1 x1 atan arcn
fill
0 setgray
x1 y1 x3 y3 doarc stroke
x2 y2 x3 y3 doarc stroke
x2 y2 x4 y4 doarc stroke
0 0 1 0 360 arc stroke
0.250 hom div setlinewidth
/x5 /y5 -5.4 expit
/x6 /y6 -0.2 expit
x5 y5 x6 y6 doarc stroke
-0.335 -0.21 moveto 0.6 hom div disk
grestore
}
\LabelTeX   22.000  16.000 $D$ \ELTX
\LabelTeX   20.000  26.000 $p$ \ELTX
\LabelTeX   41.000  24.000 $\Delta$ \ELTX
\EndFig
\medskip

En géométrie hyperbolique, on constate facilement que les axiomes
d'incidence d'Euclide sont satisfaits, sauf précisément le 5ème 
postulat (postulat suivant lequel par tout point
passe une unique parallèle à une droite donnée)$\;$: ici, par 
tout point $p$ hors d'une ``droite'' $D$ donnée, il passe une infinité de
``droites'' $\Delta$ ne coupant pas la ``droite'' initiale. C'est la 
découverte surprenante faite par Lobatchevski en~1826, ruinant l'espoir
de déduire le 5ème postulat des autres axiomes.

\supersection{3. Le théorème de l'application conforme de Riemann}

Le résultat central de cette section est une caractérisation des
ouverts simplement connexes de $\bC$ à équivalence conforme
près. En fait, la preuve utilisera seulement la propriété
suivante de $\Omega$ (qui résulte de la simple connexité)~:
{\itemindent=7.5mm
\item{(P)} $\Omega$ est connexe, et pour toute fonction holomorphe $f$
  sur $\Omega$ ne s'annulant pas, il existe une fonction holomorphe
  $u$ telle que $u^2=f$ (i.e.\ une détermination holomorphe de la
  racine carrée de~$f$).
\vskip0pt}

\section{3.1. Enoncé et preuve du théorème de Riemann}

\claim Théorème|Soit $\Omega$ est un ouvert simplement connexe de
$\bC$, ou plus généralement un ouvert satisfaisant la
propriété {\rm(P)} ci-dessus.  Si $\Omega$ est différent de
$\bC$ lui-même, alors $\Omega$ est conformément équivalent à
$\bD$. De plus, pour tout point $z_0\in\Omega$, il existe un unique
biholomorphisme $f :\Omega\to\bD$ tel que $f(z_0) = 0$ et $f'(z_0)\in
\bR_+^*$.
\endclaim

\dem. La démonstration se fait en trois étapes. Dans la
première, on démontre l'unicité de $f$, et dans les suivantes,
l'existence de~$f$. Pour l'existence, on peut évidemment ignorer la
condition $f'(z_0)\in\bR^*_+$, puisqu'on peut s'y ramener aussitôt
en multipliant $f$ par un nombre complexe $\lambda$ de module~$1$.
\smallskip
\noindent
{\em Première étape~: unicité de $f$}. 
\smallskip
\noindent
S'il existait une deuxième solution $g:\Omega\to\bD$, alors
$\varphi=g\circ f^{-1}:\bD\to D$ serait un automorphisme du disque
vérifiant $\varphi(0)=0$ et $\varphi'(0)\in \bR^*_+$. La seule
possibilité est $\varphi=\Id_\bD$, donc $f=g$.  \medskip

\noindent
{\em Deuxième étape~:} on démontre l'existence d'une application 
holomorphe {\em injective} $f_0:\Omega\to\bD$ telle que $f_0(z_0)=0$.
\smallskip
\noindent
Fixons un point $a\in\bC\ssm\Omega$. D'après l'hypothèse (P), il existe 
une  fonction $u\in\cO(\Omega)$ telle que $u(z)^2=z-a$, puisque $z-a$ ne 
s'annule pas sur $\Omega$. Il est évident que l'on a la propriété
suivante~:
$$
u(z_1)=\pm u(z_2)\Rightarrow z_1-a=z_2-a\Rightarrow z_1=z_2,
$$
en particulier $u$ est injective. Posons $w_0=u(z_0)\ne 0$. 
Le théorème de l'application ouverte
montre que $u(\Omega)$ contient un disque $D(w_0,\varepsilon)$, avec
disons $\varepsilon<|w_0|$. Cependant, $u(\Omega)$ ne peut contenir aucun 
point $w_1\in D(-w_0,\varepsilon)$ sinon il existerait $z_1\in\Omega$ tel que 
$u(z_1)=w_1$, et par ailleurs il existerait $z_2\in\Omega$ tel que
$u(z_2)=-w_1\in D(w_0,\varepsilon)$. Mais alors on aurait $z_1=z_2$
d'après ce qui précède, donc $u(z_1)=u(z_2)$ et $w_1=0$, contradiction.
Le fait que $u(\Omega)$ soit disjoint de $D(-w_0,\varepsilon)$ signifie que
$|u(z)+w_0|\ge\varepsilon$ pour tout $z\in\Omega$, donc
$$
f_0(z)={\varepsilon/3\over u(z)+w_0}-{\varepsilon/3\over u(z_0)+w_0}
$$
est une application injective telle que $f_0(z_0)=0$ et $|f_0|\le 2/3$ (c'est
la composée de $u$ avec une transformation homographique).
A fortiori, $f_0$ envoie bien $\Omega$ dans~$\bD$ et
l'étape 2 est achevée.
\smallskip
\noindent
{\em Troisième étape}. L'objet de cette étape est d'essayer
d'«\?agrandir\?» l'image $f_0(\Omega)$ pour rendre
l'application à la fois injective et surjective. La quantité
caractéristique utilisée pour mesurer l'«\?étendue\?» de
$f(\Omega)$ sera la taille $|f'(z_0)|$ de la dérivée en~$z_0$.

Pour cela, on considère dans $\cO(\Omega)$ la partie
$$
\cP=\big\{f:\Omega\to\bD\,;\;
\hbox{$f$ injective, $f(z_0)=0$, $|f'(z_0)|\ge|f_0'(z_0)|$}\big\}.
$$
C'est une partie non vide de $\cO(\Omega)$ puisque $f_0\in\cP$.
Nous prétendons que $\cP$ est une partie compacte de $\cO(\Omega)$
pour la topologie de la convergence uniforme sur les compacts de~$\Omega$.
En fait, nous avons vu au III~6.3 (Corollaire 2 du théorème de
Rouché) qu'une limite $f$ d'applications injectives $f_n\in\cP$ est
ou bien injective ou bien constante. Mais $f$ ne peut être constante
puisque $|f'(z_0)|\ge |f_0'(z_0)|>0$. De même une limite $f$
d'applications $f_n:\Omega\to\bD$ vérifie a priori
$f:\Omega\to\ol\bD$, mais si $f$ n'est pas constante alors $f(\Omega)$
est un ouvert donc $f(\Omega)\subset\bD$. Ceci montre que $\cP$ est
une partie fermée. La compacité résulte du théorème de
Montel, puisque toutes les applications $f\in\cP$ sont uniformément
majorées par~$1$. Comme l'application
$$
\cO(\Omega)\to \bC,\qquad f\mapsto f'(z_0)
$$
est continue pour la topologie de la convergence uniforme, il existe une
application $F\in\cP$ qui atteint le maximum du module de la dérivée, 
telle que 
$$
|F'(z_0)|=\sup_{f\in\cP}|f'(z_0)|.
$$
On va démontrer que $F$ est surjective. Si ce n'est pas le cas, il existe
un plus petit rayon $r\in{}]0,1[$ tel que $F(\Omega)$ ne contient pas $D(0,r)$,
et un point $a\in\bD$, $|a|=r$, tel que $a\notin F(\Omega)$. On considère 
l'automorphisme $\varphi_a:\bD\to\bD$ tel que
$$
\varphi_a(z)={z-a\over 1-\ol a z},\qquad\varphi_a(a)=0.
$$
Alors $\varphi_a\circ F$ ne s'annule pas et $\varphi_a\circ F(z_0)=
\varphi_a(0)=-a$. Soit $b\in\bD$ une racine carrée complexe de $-a$. 
L'hypothèse (P)
implique l'existence d'une fonction holomorphe $u:\Omega\to\bD$ telle que
$u^2=\varphi_a\circ F$ et $u(z_0)=b$. L'injectivité de $F$ implique celle 
de $u$. Posons $F_1=\varphi_b\circ u=\varphi_b\circ\sqrt{\varphi_a\circ F}$. 
C'est encore une application
injective. Nous avons $F_1(z_0)=\varphi_b(u(z_0))=\varphi_b(b)=0$ et de plus
$u=\varphi_b^{-1}\circ F_1$. En notant $k:\bD\to\bD$ l'élévation 
au carré, nous trouvons
$$
\varphi_a\circ F=u^2=k\circ u=k\circ \varphi_b^{-1}\circ F_1,
$$
par conséquent
$$
F=\psi\circ F_1\qquad\hbox{avec $\psi=\varphi_a^{-1}\circ k\circ 
\varphi_b^{-1}:\bD\to \bD$}.
$$
Par construction $F(z_0)=F_1(z_0)=0$, donc $\psi(0)=0$. Or $\psi$ n'est
pas un automorphisme de $\bD$ (du fait que l'élévation au carré $k$ n'est
pas injective), donc le lemme de Schwarz implique $|\psi'(0)|<1$.
Cette inégalité entraîne à son tour
$$
|F'(z_0)|=|\psi'(0)|\;|F_1'(0)|<|F_1'(z_0)|,
$$
ce qui est une contradiction. Cette contradiction implique que $F$ doit être
surjective. Le théorème de Riemann est démontré.\qed

\claim Remarque|{\rm Un calcul immédiat donne
$$
\psi'(0)=(\varphi_a'(0))^{-1}\cdot 2\varphi_b^{-1}(0)\cdot(\varphi_b^{-1})'(0)
=(1-|a|^2)^{-1}\cdot 2b\cdot(1-|b|^2)
$$
donc $|\psi'(0)|=2\sqrt{|a|}/(1+|a|)$. Construisons une suite d'applications
holomorphes
$$
f_0, f_1,\ldots,f_n,\ldots{}:\Omega\to\bD
$$
à partir de l'application $f_0$ définie à l'étape $2$, en
posant comme ci-dessus
$$
f_{n+1}=\lambda_n\varphi_{b_n}\circ \sqrt{\varphi_{a_n}\circ f_n},
$$
où $a_n\in\bD$ est un point omis par $f_n(\Omega)$, de module minimal,
où $b_n=\sqrt{-a_n}$, et où $\lambda_n$ est un nombre complexe
de module $1$ tel que $f_{n+1}'(z_0)\in\bR^*_+$.  Nous avons
$$
|f_{n+1}'(z_0)|=|\psi_n'(0)|^{-1}|f_n'(z_0)|
={1+|a_n|\over2\sqrt{|a_n|}}|f_n'(z_0)|,
$$
et comme la suite $|f_n'(z_0)|$ est bornée, nous en déduisons que le
produit infini
$$
\prod{1+|a_n|\over2\sqrt{|a_n|}}
=\prod\left(1+{(1-|a_n|)^2\over 4|a_n|}\right)^{1/2}
$$
est convergent. Ceci équivaut à la condition $\sum(1-|a_n|)^2<+\infty$,
qui entraîne en particulier $\lim|a_n|=1$.

On voit donc que l'image $f_n(\Omega)$ recouvre des disques
$D(0,|a_n|)$ dont la suite des rayons tend vers~$1$. Soit
$g_n:D(0,|a_n|)\to\Omega$ l'application réciproque.  Pour toute limite
de sous-suite $f=\lim f_{n_k}$, on peut supposer, quitte à extraire
une sous-suite de la sous-suite, que $g=\lim g_{n_k}$ existe et
définit une application holomorphe $g:\bD\to\Omega$ (noter que
$\Omega$ est conformément équivalent à $\bD$, donc les fonctions à
valeurs dans $\Omega$ se comportent comme des fonctions bornées).  On
a alors $(f\circ g)'(0)=\lim (f_{n_k}\circ g_{n_k})'(0)= 1$, donc
$f\circ g=\Id_\bD$ par le lemme de Schwarz. Ceci implique que $f$ est
une bijection de $\Omega$ sur $\bD$, telle que $f(z_0)=0$ et
$f'(z_0)\in\bR^*_+$. L'unicité de cette fonction entraîne que toutes
les sous-suites $(f_{n_k})$ convergent vers la même limite $f$, et
par conséquent $f=\lim f_n$. On obtient ainsi une méthode 
\lguil constructive\?» pour trouver l'application conforme de Riemann.
Cette méthode est due à Paul Koebe (et a été publiée en 1915).  
L'argument qualitatif reposant sur la compacité de $\cP$ est une 
réécriture moderne de la preuve due à Henri Cartan.  } 
\endclaim

\section{3.2. Caractérisation des ouverts simplement connexes du plan}

Nous énonçons ici une conséquence simple, essentiellement topologique, 
du théorème de Riemann.

\claim Théorème|Pour un ouvert connexe $\Omega$ du plan complexe, 
les propriétés suivantes sont équivalentes.
\smallskip
\item{\rm(a)} $\Omega$ est simplement connexe.
\smallskip
\item{\rm(b)} $H_1(\Omega,\bZ)=0$.
\smallskip
\item{\rm(c)} $\Omega$ n'a pas de trous.
\smallskip
\item{\rm(d)} Toute application holomorphe $f$ dans $\Omega$ admet une
primitive $F$ holomorphe.
\smallskip
\item{\rm(e)} Toute application holomorphe $f$ dans $\Omega$ ne s'annulant
pas admet une détermi\-nation holomorphe du logarithme $\log f$.
\smallskip
\item{\rm(f)} Toute application holomorphe $f$ dans $\Omega$ ne s'annulant
pas admet une détermi\-nation holomorphe de la racine carrée $\sqrt{f}$.
\smallskip
\item{\rm(g)} $\Omega$ est homéomorphe à un disque $($ou au plan 
lui-même, qui est homéomorphe au disque$)$.
\vskip0pt
\endclaim

\claim Remarque|{\rm Bien entendu, ces propriétés sont elles-mêmes
équivalentes au fait que l'ouvert $\Omega$ soit biholomorphe
à $\bD$ ou à $\bC$, mais c'est là  une propriété beaucoup plus forte,
qui n'est pas de nature topologique.}
\endclaim

\dem. On sait que 
$$\hbox{(a)}\Rightarrow\hbox{(b)}\Rightarrow\hbox{(d)}\Rightarrow
\hbox{(e)}\Rightarrow\hbox{(f)}\Rightarrow\hbox{(g)}
$$
La dernière implication résulte en effet du théorème de
Riemann, qui montre que la propriété (P)${}={}$(f) entraîne
l'équivalence conforme de $\Omega$ au plan ou au disque. La
propriété $\hbox{(g)}\Rightarrow\hbox{(a)}$ est triviale, puisque
la simple connexité est une propriété purement topologique.
Ceci montre que les propriétés (a), (b), (d), (e), (f), (g) sont
toutes équivalentes.

L'implication $\hbox{(c)}\Rightarrow\hbox{(d)}$ résulte du Corollaire
de la formule des résidus généralisée (cf.\ III~6.2). Prouvons enfin
que $\hbox{(b)}\Rightarrow\hbox{(c)}$. Si $\Omega$ possède un trou $T$
(composante connexe bornée de $\bC\ssm \Omega)$, on montre l'existence d'un
cycle contenu dans $\Omega$, d'indice non nul par rapport à un point 
$z_0\in T$, ce qui contredira (b). Prenons un rayon $R>0$ tel que
$T\subset D(0,R/2)$. Alors $T$ est une composante connexe du 
compact $K=\ol D(0,R)\ssm\Omega$, donc $T$ est l'intersection
d'une suite de parties $T_n$ à la fois ouvertes et fermées dans $K$
(c'est une propriété bien connue des espaces métriques compacts~: il
suffit de prendre pour $T_n$ l'ensemble des points qui peuvent être
joints à un point de $T$ par une chaîne de points de distances 
mutuelles${}\le 2^{-n}$ situés dans~$K$, cf.\ exercice~??). Nous avons
$T_n\subset D(0,3R/4)$ pour $n$ assez grand. Prenons un quadrillage assez
fin du plan, de maille${}<R/10$, tel que pour tout carré du quadrillage 
on ait $T_n\cap C\ne\emptyset\Rightarrow K\cap C\subset T_n$ 
(l'existence de ce quadrillage résulte du fait que $T_n$ est un ouvert 
de~$K$). Si $L$ est la réunion des carrés qui intersectent~$T_n$, 
alors $L$ est un voisinage de $T_n$ contenu dans $D(0,R)$, tel que 
$$
L\ssm\Omega=L\cap(\ol D(0,R)\ssm\Omega)=L\cap K\subset T_n
$$
(puisque $L\cap K$ est une réunion de parties $K\cap C$ contenues
dans $T_n$). Le bord $\partial L$ 
est disjoint de $T_n$, donc de $L\ssm\Omega$, par suite 
$\partial L\subset\Omega$. C'est le cycle cherché. Son indice par rapport
à tout point $z_0\in T\subset T_n\subset L^\circ$ est égal à~$1$.\qed

\section{3.3. Continuité au bord de l'application de Riemann}

Nous allons démontrer que lorsque l'ouvert simplement connexe
$\Omega$ est suffi\-samment régulier, l'application conforme de
Riemann $f:\Omega\to\bD$ s'étend en un homéomorphisme de $\ol\Omega$
sur $\ol\bD$. La nature de la frontière $\partial\Omega$ joue un rôle
décisif.

\claim Définition|Un point $\zeta$ de la frontière $\partial\Omega$
d'un ouvert $\Omega$ du plan est dit point frontière simple si
pour toute suite $(z_k)_{k\in\bN}$ dans $\Omega$ convergeant vers $\zeta$ il 
existe un chemin continu $\gamma:[0,1]\to\Omega\cup\{\zeta\}$ et une suite
strictement croissante $(t_k)$ de réels${}>0$ tels que 
$\gamma(t)\in\Omega$ pour tout $t\in[0,1[$, $\lim_{k\to+\infty}t_k=1$
et $\gamma(t_k)=w_k$ pour tout $k$ $($de sorte qu'on a aussi 
$\gamma(1)=\zeta)$.
\endclaim

\claim Exemple|{\rm Si $\Omega$ est convexe, tout point frontière est
simple, il suffit de prendre pour $\gamma$ un chemin polygonal par
morceaux ayant pour sommets les points $z_k$, en paramétrant le
segment $[z_k,z_{k+1}]$ par l'intervalle $[1-2^{-k},1-2^{-k-1}]$
(disons). Au contraire, si $\Omega=\bD\ssm[0,1]$, il est facile de
voir que les points frontières $\zeta\in{}]0,1]$ ne sont pas simples. Un
exemple plus compliqué est donné par le domaine
$$
0<x<1,\qquad
\sin(1/x)-x<y<\sin(1/x)+x,
$$
dont aucun des points frontières $x=0$, $y\in[-1,1]$ n'est simple.
}
\endclaim

\claim Proposition|Soit $\Omega$ un ouvert simplement connexe borné du plan,
et soit \hbox{$f:\Omega\to\bD$} une application conforme de $\Omega$ sur $\bD$.
\smallskip
\item{\rm(i)} $($Koebe$)$
Si $\zeta\in\partial\Omega$ est un point frontière simple,
alors $f$ admet un prolongement continu $\ol f$ à $\Omega\cup\{\zeta\}$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} $($Lindelöf$\,)$
Si $\zeta_1,\zeta_2\in\partial\Omega$ sont deux points 
frontière simples, et si $f$ est prolongée à 
$\Omega\cup\{\zeta_1,\zeta_2\}$ comme au {\rm(i)}, alors 
$\ol f(\zeta_1)\ne \ol f(\zeta_2)$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. Notons $g:\bD\to\Omega$ l'application réciproque $g=f^{-1}$. Comme
$f$ et $g$ sont des homéomorphismes, nous avons nécessairement
$|f(z)|\to 1$ quand $d(z,\partial\Omega)\to 0$, et 
$d(g(z),\partial\Omega)\to 0$ quand $|z|\to 1$ (ceci résulte du
fait qu'on a affaire à des applications propres).

\smallskip
\noindent
(i) $\zeta\in\partial\Omega$ soit un point frontière simple. Il s'agit
de voir que la limite 
$$
\lim_{\Omega\ni z\to \zeta}f(z)=w\in\partial\bD
$$
existe et, pour cela, il suffit par compacité de $\ol\bD$ de montrer 
que $f(z)$
ne peut pas avoir deux valeurs d'adhérence distinctes $w_1\ne w_2$
dans $\ol\bD$ quand $z\to\zeta$ (ces valeurs d'adhérence étant de
toutes façons sur le cercle unité $\partial\bD$). Supposons que cette
situation se produise.  Il existe alors une suite $(z_k)_{k\ge 1}$ dans 
$\Omega$ convergeant vers $\zeta$ telle que $f(z_{2k-1})\to w_1$ et 
$f(z_{2k})\to w_2$. L'hypothèse que $\zeta$ est simple permet de trouver
un chemin continu $\gamma:[0,1]\to\Omega\cup\{\zeta\}$ 
qui relie la suite de points $z_k$
avec $\gamma(t_k)=z_k$, $t_k{\nearrow}1$. Considérons la courbe image
$\wh\gamma=f\circ\gamma:[0,1[{}\to\bD$. Cette courbe a la propriété que
$\lim_{t\to 1}|\wh\gamma(t)|=1$, mais $\wh\gamma(t)$ admet les
deux valeurs d'adhérence $w_1$ et~$w_2$. De~plus
$g(\wh\gamma(t))=g\circ f\circ\gamma(t)=\gamma(t)\to\zeta$ quand $t\to 1$.
Ceci contredit le lemme ci-dessous, puisque $g$ est bornée non constante.
\smallskip

\noindent
(ii) Supposons au contraire qu'on ait deux points frontière simples
$\zeta_1,\zeta_2\in\partial\Omega$ en lesquels $f(z)$ admet une même
limite $w\in\partial\bD$. Choisissons des chemins continus
$\gamma_j:[0,1[\to\Omega$ se prolongeant par continuité en $t=1$, avec
$\gamma_j(1)=\zeta_j$. Le chemin image $f\circ\gamma_j(t)$ a pour limite
$w$ quand $t\to 1$, donc pour tout $r\in{}]0,r_0]$ avec $r_0>0$ assez 
petit, l'arc de cercle
$\partial D(w,r)\cap\bD$ coupe le chemin $f\circ\gamma_j$ en au moins un point
$p_j(r)=w(1-re^{\ii\theta_j(r)})$, $\theta_j(r)\in{}]-\pi/2,\pi/2[$.

\noindent
Nous avons $g(p_j(r))\to \zeta_j$ quand $r\to 0$, donc quitte à
diminuer $r_0$ si nécessaire, nous pouvons supposer
$|g(p_2(r))-g(p_1(r))|\ge {1\over 2}|\zeta_2-\zeta_1|$ pour tout 
$r\in{}]0,r_0]$. En intégrant suivant l'arc de cercle
$p_1(r)p_2(r)\subset\partial D(w,r)$ (qui est de longueur au 
plus~$\pi r$), on obtient l'inégalité
$$
|g(p_2(r))-g(p_1(r))|^2=\Big|\int_{p_1(r)}^{p_2(r)}g'(z)dz\Big|^2
\le\pi r \int_{p_1(r)}^{p_2(r)}|g'(z)|^2 r\,d\theta,
$$
où l'on a posé $z=w(1-re^{\ii\theta})$, $|dz|=r\,d\theta$, et 
par conséquent
$$
{1\over 4\pi r}|\zeta_2-\zeta_1|^2\le\int_{\partial D(w,r)\cap\bD}
|g'(z)|^2rd\theta.
$$
Comme l'intégrale
$$
\int_0^{r_0}dr\int_{\partial D(w,r)\cap\bD}|g'(z)|^2rd\theta =
\hbox{Aire}\big(g(D(w,r_0)\cap\bD)\big)
$$
est convergente puique $g$ est bornée, on aboutit à une contradiction.\qed

\claim Lemme {\rm(Koebe)}|Soit $h$ une fonction holomorphe bornée
sur un disque $D(0,R)$, telle qu'il existe une courbe continue
$\gamma:[0,1[{}\to D(0,R)$ vérifiant
$\lim_{t\to1}|\gamma(t)|=R$ et $\lim_{t\to 1}h(\gamma(t))=\zeta$ existe,
mais telle que $\gamma(t)$ n'a pas de point limite quand $t\to 1$.
Alors la fonction $h$ est constante, égale à $\zeta$ sur $D(0,R)$.
\endclaim

\dem.  Quitte à remplacer $h(z)$ par $h(z)-\zeta$, nous pouvons
supposer $\zeta=0$. Les hypothèses sur $\gamma$ et la compacité de
$\ol D(0,R)$ entraînent que $\gamma(t)$ a au moins deux valeurs
d'adhérence distinctes $w_1=Re^{\ii\alpha_1},
\,w_2=Re^{\ii\alpha_2}\in \Gamma(0,R)$ quand $t\to 1$.
Grâce au théorème des valeurs intermédiaires, l'un au moins
des deux arcs joignant $w_1$~et~$w_2$ sur le cercle $\Gamma(0,R)$ est
balayé par les valeurs d'adhérence de $\gamma(t)$ quand $t\to 1$.
Quitte à remplacer $\gamma(t)$ par $e^{-\ii\alpha}\gamma(t)$ avec
$\alpha=(\alpha_1+\alpha_2)/2$, et $h(z)$ par $h(e^{\ii\alpha}z)$, on
peut supposer que l'arc $(w_1w_2)$ en question admet le point $w=R$
comme point médian, de sorte que $w_1=Re^{\ii\beta}$,
$w_2=Re^{-\ii\beta}$ où $\beta=(\alpha_1-\alpha_2)/2$. Fixons un
entier $s$ {\em pair} tel que $2\pi/s<|\beta|$ et considérons la
fonction
$$
H(z)=\prod_{j=0}^{s-1} h(e^{2\pi\ii j/s}z)\ol{h(e^{2\pi\ii j/s}\ol z)}.
$$
Soit $M=\sup_{D(0,R)}|h|$. Alors $H$ est une fonction holomorphe bornée,
majorée par $M^{2s}$. Nous allons voir que $H$ est
identiquement nulle, ce qui entraînera que $h$ elle-même est
identiquement nulle. Fixons $\varepsilon>0$
quelconque. Par hypothèse ($\zeta=0$), il existe $t_0<1$ tel que 
$|\gamma(t)|\ge R-\varepsilon$ et $|h(\gamma(t))|\le\varepsilon$ pour 
$t\in[t_0,1[$. Grâce aux propriétés des valeurs d'adhérence de 
$\gamma(t)$, on peut trouver un morceau du chemin~$\gamma$, disons
$\gamma_{|[t_1,t_1']}$ avec $[t_1,t_1']\subset [t_0,1[$,
qui joint un certain point $r\in[R-\varepsilon,1[$ d'angle
polaire nul à un certain point $r'e^{2\pi\ii/s}$, $r'\in[R-\varepsilon,1[$,
d'angle polaire $2\pi/s$. On forme un chemin $\wh\gamma(t)$ dont l'argument
varie de $0$ à $2\pi$ en reliant
\smallskip
\item{$\bu$}
$r\,e^{2\pi\ii j\pi/s}$ à 
$r'\,e^{2\pi\ii(j+1)\pi/s}$ par 
$e^{2\pi\ii j/s}\gamma_{|[t_1,t_1']}$ si $j$ est pair${}<s$, et
\smallskip
\item{$\bu$}
$r'\,e^{2\pi\ii j\pi/s}$ à $r\,e^{2\pi\ii(j+1)\pi/s}$ 
par $e^{2\pi\ii (j+1)/s}\ol\gamma_{|[t_1,t_1']}$ 
(conjugué de $\gamma_{[t_1,t_1']}$, parcouru en sens inverse), si
$j$ est impair${}<s$.
\smallskip
\noindent
Sur chaque portion du chemin $\wh\gamma$, il y a un facteur dans $H$
qui est de module${}\le\varepsilon$, donc $|H(z)|\le M^{2s-1}\varepsilon$
sur l'image $\Im(\wh\gamma)$. Cette image est contenue dans la
couronne $R-\varepsilon\le|z|<R$, son complémentaire a donc
une composante connexe $\Omega_\varepsilon$ qui contient le
disque $D(0,R-\varepsilon)$. Puisque le bord de $\Omega_\varepsilon$
est contenu dans $\Im(\wh\gamma)$, le principe du maximum fournit
$$
\sup_{D(0,R-\varepsilon)}|H|\le
\sup_{\Omega_\varepsilon}|H|\le
\sup_{\Im(\wh\gamma)}|H|\le M^{2s-1}\varepsilon.
$$
Comme $\varepsilon$ est arbitrairement petit, on en déduit bien
$H=0$ et $h=0$.\qed

\claim Théorème|Soit $\Omega$ un ouvert simplement connexe borné du plan,
tel que tout point frontière de $\Omega$ est simple. Alors toute application
conforme $f:\Omega\to\bD$ peut se prolonger en un homéomorphisme de 
$\ol\Omega$ sur $\ol\bD$.
\endclaim

\dem. La proposition qui précède montre qu'il existe un prolongement par 
continuité
$$
\ol f:\ol\Omega\to\ol\bD,
$$
qui, en outre, est une application injective. Comme l'image $\ol f(\ol\Omega)$
est un compact contenant $\bD$, cette image doit être égale à $\ol\bD$ et
par conséquent $\ol f$ est bijective. La conclusion résulte de ce que tout 
application continue bijective d'un espace compact sur un autre espace compact
est un homéomorphisme.\qed

Ce théorème admet un corollaire purement topologique. 

\claim Corollaire|Si $\Omega$ un ouvert simplement connexe borné du plan,
tel que tout point frontière de $\Omega$ est simple, alors la
frontière $\partial\Omega$ est une courbe de Jordan. $($Rappelons 
qu'on appelle
{\em courbe de Jordan} dans le plan toute image homéomorphe du cercle 
unité$\,)$.
\endclaim

\dem. En effet, la restriction au bord du prolongement continu de
n'importe quelle application conforme $f:\Omega\to\bD$ induit un
homéomorphisme $\ol f:\partial\Omega\to\partial\bD$, de sorte
que $\gamma=(\ol f)^{-1}:\partial\bD\to\partial\Omega$ est un paramétrage
de $\partial\Omega$ par le cercle unité.\qed

\claim Remarque 1|{\rm Le paramétrage $\gamma:\partial\bD\to\partial\Omega$ 
donné par la preuve du corollaire est nécessairement d'orientation 
positive, c'est-à-dire que $\gamma$ est
d'indice $+1$ par rapport à tout point $z_0\in\Omega$. En effet,
si $g=f^{-1}:\bD\to\Omega$, le lacet $\gamma$ est la limite quand $r\to 1$ 
des lacets $\gamma_r(t)=g(re^{\ii t})$ (de sorte que $r\mapsto\gamma_r$,
$r\in[0,1[$, se prolonge en une homotopie en posant $\gamma_1=\gamma$). 
Si on prend $r$ assez proche de $1$ pour que
$g(D(0,r))$ contienne $z_0$, le changement de variable $z=g(w)$ donne
$$
\Ind(\gamma_r,z_0)={1\over 2\pi\ii}\int_{\gamma_r}{dz\over z-z_0}=
{1\over 2\pi\ii}\int_{\Gamma(0,r)}{g'(w)\,dw\over g(w)-z_0}=\card
(g^{-1}(z_0))=1
$$
d'après la formule des résidus.
}
\endclaim

\claim Remarque 2|{\rm Si $f_0:\Omega\to\bD$ est une application conforme, 
les autres applications conformes $f:\Omega\to\bD$ s'obtiennent
comme les composées $f=h\circ f_0$ par un automorphisme du disque
$h$, c'est-à-dire une homographie du type
$$
h_{\lambda,a}(z)=\lambda{z-a\over 1-\ol a z},\qquad|\lambda|=1,~a\in\bD.
$$
Or on sait qu'étant donné deux triplets $(a_1,a_2,a_3)$ et
$(b_1,b_2,b_3)$ de points deux à deux distincts du cercle unité
$\partial\bD$, il existe une unique homographie $h$ telle que
$h(a_j)=b_j$. Une telle homographie préserve nécessairement le
cercle unité $\partial\bD$, et par conséquent ou bien elle envoie
$\bD$ dans $\bD$ et $\complement\ol\bD$ dans $\complement\ol\bD$, ou
bien elle échange $\bD$ et $\complement\ol\bD$. On voit aisément
que $h$ envoie $\bD$ dans $\bD$ si et seulement si les triplets
$(a_1,a_2,a_3)$ et $(b_1,b_2,b_3)$ se suivent dans la même
orientation du cercle (c'est-à-dire si les chemins fermés
constitués de la succession des arcs $a_1a_2$, $a_2a_3$, $a_3a_1$,
respectivement $b_1b_2$, $b_2b_3$, $b_3b_1$, ont le même indice
$\varepsilon=\pm1$ par rapport au centre $0$ du disque~$\bD$. Ceci résulte
de l'invariance de l'indice par homotopie (en glissant
$\lambda\in\partial\bD$ vers $1$ et $a\in\bD$ vers $0$), et du fait que
toute homographie qui échange $\bD$ avec $\complement\ol\bD$ est la
composée d'un automorphisme du disque avec l'homographie $z\mapsto 1/z$.
De là on déduit le résultat suivant~:
}
\endclaim

\claim Théorème|Soit $\Omega$ un ouvert borné du plan dont tous les
points frontière sont simples. Soient $z_1,z_2,z_3\in\partial\Omega$
et $w_1,w_2,w_3\in\partial\bD$ deux triplets ayant la même orientation
$($calculée au moyen de l'indice du bord $\partial\Omega$ 
par rapport à un point $z_0\in\Omega$, lorsque ce bord est paramétré 
comme la succession des arcs orientés $z_1z_2$, $z_2z_3$, $z_3z_1\,)$.
Alors il existe une unique application conforme $f:\Omega\to\bD$ dont
le prolongement par continuité au bord $\ol f$ vérifie $\ol f(z_j)=w_j$.
\endclaim

\claim Remarque 3|{\rm Les énoncés qui précèdent sont valables non
seulement pour des ouverts simplement connexes bornés du plan, mais plus 
généralement pour des ouverts simplement connexes 
$\Omega\subset\bP^1_\bC$ tels que le complémentaire
$E=\bP^1_\bC\ssm\Omega$ soit d'intérieur non vide. En effet, si $a$
est un point intérieur à $E$ (avec, disons, $a\ne\infty$), alors
l'homographie $z\mapsto 1/(z-a)$ envoie $\Omega$ sur un ouvert borné
$\Omega'$ du plan complexe. Il suffit alors d'appliquer les résultats
à $\Omega'$ plutôt que~$\Omega$.}
\endclaim


\claim Remarque 4 (Régularité au bord de l'application de
Riemann)|{\rm On montrera ultérieurement que si le bord
$\partial\Omega$ est de classe $C^k$, $k\ge 1$, alors l'application
de Rieman prolongée $\overline f$ est de classe $C^{k-1}$ (et même 
de classe $C^{k-\varepsilon}$) sur $\overline\Omega$. Cette preuve 
utilisera la relation qui existe entre l'application de Riemann et 
le noyau de Szegö.}  \endclaim

\section{3.4. Formule de Schwarz-Christoffel}

\noindent(A compléter !!)\hfil\break
(Exemples: uniformisation d'un rectangle, fonctions elliptiques de Jacobi)


\supersection{4. Revêtements et fonction modulaire}

\section{4.1. Notion de revêtement}

Etant donnés deux espaces topologiques $X$ et $B$, un revêtement 
\hbox{$X\to B$} peut être vu intuitivement comme un espace
$X$ constitué d'un empilement local de couches, appelées aussi 
\lguil feuilles\rguil, localement homéomorphes à $B$ et homéomorphes
entre elles. Le nombre de feuilles est supposé partout le même.
La définition précise d'un revêtement est la suivante. Tous les
espaces qui interviendront dans cette section seront supposés
{\em séparés} et {\em localement connexes}.

\claim Définition 1|Soit $\rho:X\to B$ une application continue entre
espaces topologiques $($séparés et localement connexes$\,)$, 
et soit $F$ un ensemble $($considéré comme
un espace topologique avec la topologie discrète$)$. On dit que
$\rho:X\to B$ est un revêtement de fibre typique $F$ si 
la condition suivante est satisfaite~:
\item{\rm(R)} Pour tout point $y_0$ dans $B$, il existe un
voisinage ouvert $V$ tel que $\rho^{-1}(V)$ puisse s'écrire comme une
réunion disjointe $\rho^{-1}(V)=\bigcup_{j\in F}U_j$ d'ouverts $U_j$
deux à deux disjoints, $j\in F$, et tel que la restriction
$\rho_{|U_j}:U_j\to V$ soit un homéomorphisme pour tout~$j$.
\smallskip
\noindent
Cette condition implique que $\rho^{-1}(V)$ est homéomorphe au
produit $V\times F$.
Un tel voisinage $V$ sera appelé un voisinage adapté $($au revêtement
$\rho)$.  L'espace $B$ est appelé la base du revêtement, $X$
l'espace total du revêtement. Les ouverts $U_j$ sont les
feuilles situées au dessus de $V$.
\endclaim

\InsertFig 4.000  72.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
  5.000   5.000 moveto 110.000   5.000 segment 
 20.000  65.000 moveto 
[  20.000  65.000   60.000  60.000   95.000  50.000   60.000  45.000  
   20.000  40.000   60.000  30.000   95.000  25.000   60.000  15.000  
   20.000  17.000  
] curve 
stroke 
  0.500 setlinewidth 
 73.000   5.000 moveto   2.800   0.000   0.250 bracket 
 39.000   5.000 moveto   2.800 180.000   0.250 bracket 
 39.000   5.000 moveto  73.000   5.000 segment
 39.000   12.000 moveto 
gsave
 73.000   70.000 rectangle clip newpath
 20.000  65.000 moveto 
[  20.000  65.000   60.000  60.000   95.000  50.000   60.000  45.000  
   20.000  40.000   60.000  30.000   95.000  25.000   60.000  15.000  
   20.000  17.000  
] curve 
stroke
grestore
  0.250 setlinewidth
 14.500  36.500 moveto  25.000  -90.000  2.400 vector 
  0.085 setlinewidth  
  1 setdashtype
 39.000  10.000 moveto  39.000 68.000 segment
 73.000  10.000 moveto  73.000 68.000 segment
 45.000   0.000 moveto  45.000 68.000 segment
 67.000   0.000 moveto  67.000 68.000 segment
  0 setdashtype
 56.000   1.000 moveto  11.000   0.000  2.400 vector
 56.000   1.000 moveto  11.000 180.000  2.400 vector 
grestore 
}
\LabelTeX 55.000  6.500 $V$ \ELTX
\LabelTeX 55.000 -3.000 $V'$ \ELTX
\LabelTeX 13.000  6.500 $B$ \ELTX
\LabelTeX 13.000 39.000 $X$ \ELTX
\LabelTeX 11.000 25.000 $\rho$ \ELTX
\LabelTeX 55.000 63.000 $U_1$ \ELTX
\LabelTeX 55.000 47.000 $U_2$ \ELTX
\LabelTeX 55.000 33.000 $U_3$ \ELTX
\LabelTeX 55.000 17.000 $U_4$ \ELTX
\LabelTeX  9.000 54.000 $F=\{1,2,3,4\}$ \ELTX
\EndFig
\medskip

\noindent
[{\em Nota}. Le dessin ci-dessus est quelque peu simpliste$\,$; la
propriété de revêtement ne serait pas vérifiée sur les 
extrémités gauche et droite de $B$ telles qu'elles sont 
figurées ici~$\ldots$~]

On notera que l'on peut toujours rétrécir le
voisinage $V$ en un voisinage ouvert $V'\subset V$~: la définition
est alors satisfaite avec $U'_j=U_j\cap\rho^{-1}(V')=(\rho_{|U_j})^{-1}(V')$.
On dit que le revêtement $\rho:X\to B$ est
{\em trivial} si on peut choisir $V=B$, en sorte que $X$ s'identifie
au produit $B\times F$, et $\rho$ à la première projection
$B\times F\to B$.

Comme $B$ est localement connexe, on peut choisir $V$ connexe, et les
ouverts $U_j$ sont alors nécessairement les composantes connexes de
$\rho^{-1}(V)$. On dit que les ouverts $U_j$ sont les feuilles du
revêtement au dessus de l'ouvert $V$. Si $F$ est un ensemble fini de
cardinal $N$, on dit que $\rho$ est un revêtement à $N$ feuilles
(ou encore, un revêtement de degré~$N$).

\claim Définition 2|Etant deux donnés deux revêtements 
$\rho:X\to B$ et $\rho':X'\to B$ de base $B$, on appelle homomorphisme
entre ces revêtements tout diagramme commutatif
$$
\eqalign{
&X~\build\lra|{\displaystyle\varphi}||~\;X'~~,\cr
&~\rho\searrow\quad\swarrow\rho'\cr
&\;\qquad B\cr
}
$$
autrement dit une application continue $\varphi:X\to X'$ telle que
$\rho'\circ\varphi=\rho$. On dit qu'il s'agit d'un isomorphisme de
revêtements si $\varphi$ est un homéomorphisme, et on dit que
$\varphi$ est un automorphisme du revêtement $\rho:X\to B$ si c'est
un isomorphisme du revêtement sur lui-même $(X'=X$ et
$\rho'=\rho\,)$.
\endclaim

Etant donné un homomorphisme $\varphi$ de revêtements, tout
point $b\in B$ admet un voisinage connexe $V$ qui est adapté à la
fois pour $\rho$ et $\rho'$, de sorte qu'on a des décompositions en
feuilles
$$
\rho^{-1}(V)=\bigcup_{j\in F}U_j,\qquad
\rho^{\prime-1}(V)=\bigcup_{k\in F'}U'_k,
$$
et la propriété de commutation $\rho'\circ\varphi=\rho$ implique
que $\varphi$ envoie homéomor\-phiquement chaque feuille $U_j$ sur
une certaine feuille $U'_{k(j)}$ via $\rho^{\prime-1}\circ\rho$. Il en
résulte que $\varphi(X)$ est une partie à la fois ouverte et
fermée de $X'$ (c'est une réunion de feuilles ouvertes, et son
complémentaire est la réunion des feuilles ouvertes qui ne sont
pas atteintes). En particulier, si $X'$ est connexe, tout
homomorphisme de revêtement est nécessairement surjectif.

On notera $G=\Aut(\rho)$ l'ensemble des automorphismes du revêtement
\hbox{$\rho:X\to B$}.  C'est clairement un groupe pour la composition
des applications. On l'appelle le {\em groupe} du revêtement. Ce
groupe permet de définir une relation d'équivalence $\cR$ comme
suit~: $x_1\,\cR\,x_2$ si et seulement s'il existe un automorphisme
$\varphi\in\Aut(\rho)$ tel que $x_2=\varphi(x_1)$. On note alors $X/G$
l'espace topologique quotient.  Il est facile de voir que
l'application passée au quotient $\ol\rho:X/G\to B$ est encore un
revêtement, avec les éléments des fibres identifiés entre eux
chaque fois qu'un automorphisme permet de passer de l'un à l'autre.

\claim Définition 3|On dit que le revêtement $\rho:X\to B$ est galoisien
si le groupe $G=\Aut(X)$ agit transitivement sur les fibres $\rho^{-1}(y)$,
$y\in B$.
\endclaim

Autrement dit, le revêtement $\rho$ est galoisien si $\ol\rho:X/G\to
B$ est un homéomorphisme$\,$; on a alors $B\simeq X/G$ et $\rho$ s'identifie
à l'application de passage au quotient $X\to X/G$.  On notera
qu'un revêtement trivial $B\times F\to B$ de base $B$ connexe est
galoisien de groupe $\gS_F={}$ensemble des permutations de~$F$. Cet
exemple est assez atypique dans la mesure où $X$ n'est pas connexe
(si $\card F\ge 2$), et où le groupe $G=\gS_F$ a 
éventuellement plus d'éléments que les fibres
elles-mêmes (si $\card F\ge 3$). Ceci ne se produit pas si 
$X$ et $B$ sont connexes~:

\claim Proposition|Si $\rho:X\to B$ est un revêtement d'espace total
$X$ connexe, alors deux automorphismes $\varphi$, $\psi$ qui coïncident
en un point $x_0\in X$ sont égaux. En particulier, pour chaque fibre
$\rho^{-1}(y)$, l'application
$$G\to \rho^{-1}(y),\qquad x\mapsto\varphi(x)$$
est injective et $\card G\le\card \rho^{-1}(y)$.
\endclaim

\dem. En effet l'ensemble $A=\{x\in X\,;\;\varphi(x)=\psi(x)\}$ est un
fermé, et c'est aussi un ouvert du fait de la propriété 
d'homéomorphie locale de $\rho$ qui fait que si $\varphi$, $\psi$
coïncident en un point d'une feuille connexe $U_j$, alors
il coïncident sur $U_j$ toute entière.\qed

La proposition précédente montre que $G=\Aut(\rho)$ agit sans point fixe
sur $X$, c'est-à-dire que seul l'automorphisme identique a des points
fixes. Inversement~:

\claim Théorème|Soit $X$ un espace connexe
$($localement connexe et séparé$\,)$,
et $G$ un groupe discret agissant continûment sur $X$,
c'est-à-dire encore un groupe d'homéo\-mor\-phismes de $X$.  
On dit que le groupe
agit proprement sans point fixe si la condition suivante est
satisfaite~: pour tout point $x_0\in X$, il existe un voisinage ouvert
$U$ tel que les images $\varphi(U)$, $\varphi\in G$, soient deux à
deux distinctes.  Si c'est le cas, alors l'application de passage au
quotient $\rho:X\to B=X/G$ $($par la relation $x_1\,\cR\,x_2$ si et
seulement si $x_2=\varphi(x_1)$ pour un certain $\varphi\in G\,)$ est
un revêtement galoisien de groupe $G$.  \endclaim

\dem. La preuve est très facile et les détails seront laissés au
lecteur.  Si $U$ est un voisinage ouvert comme dans la définition,
alors $V=\rho(U)$ est un voisinage ouvert adapté de
$y_0=\rho(x_0)\in X/G$, et $\rho^{-1}(V)=\bigcup_{\varphi\in G}
\varphi(U)$.\qed

\claim Exemple 1|{\rm L'application exponentielle $\rho:\bC\to\bC^*$,
$z\mapsto e^z$ identifie $\bC^*$ au quotient~$\bC/2\pi\ii\bZ$.
C'est un revêtement galoisien de groupe $\bZ$, dont les automorphismes
sont les translations $z\mapsto z+2\pi\ii k$, $k\in\bZ$.}
\endclaim

\claim Exemple 2|{\rm De même, pour
tout entier~$n$, l'application $\rho_n:\bC^*\to\bC$, $z\mapsto z^n$
est un revêtement. Le groupe du revêtement est constitué des
automorphismes $z\mapsto uz$, $u^n=1$, et donc isomorphe au groupe 
$\bZ/n\bZ$ des racines $n$-ièmes de l'unité.}
\endclaim

\claim Exemple 3|{\rm Soit $P\in\bC[z]$ un polynôme de degré~$d\ge 1$ 
(i.e.\ non constant). Le polynôme dérivé $P'$ possède un
certain nombre de racines $r_1,\ldots r_N$ (avec $N\le d-1$), et on
considère les valeurs critiques de $P$ qui sont par définition
$c_j=P(r_j)$. Alors la restriction $\rho$ de $P$ définie par
$$
\rho:\bC\ssm P^{-1}(\{c_1,\ldots,c_N\})\longrightarrow
\bC\ssm\{c_1,\ldots,c_N\},
\qquad z\mapsto P(z)
$$
est un revêtement à $d$ feuilles~: en effet, pour $w\in\bC$, $w\ne
c_j$, on a $P'(z)\ne 0$ (sinon on aurait $z=r_j$ et donc $w=P(z)=c_j$
pour un certain $j$), donc les racines de $P(z)-w=0$ sont des racines
simples. Il y a par conséquent exactement $d$ racines, et le théorème
d'inversion locale montre facilement que $\rho$ est un revêtement. En
général, pour $d\ge 3$, ce revêtement n'est pas galoisien. 
Si on prend par exemple
$P(z)=z^3-3z$, alors les racines de $P'(z)=3(z^2-1)$ sont $\pm 1$ et les
valeurs critiques $c_1=-2$, $c_2=2$ sont telles que $P^{-1}(-2)=\{1,-2\}$ et
$P^{-1}(2)=\{-1,2\}$. On obtient ainsi un revêtement à $3$ feuilles
$$
\rho:\bC\ssm\{1,2,-1,-2\}\to\bC\ssm\{2,-2\},\qquad z\mapsto z^3-3z
$$
qui n'est pas galoisien. Pour le voir on observe que le groupe 
d'un tel revêtement est précisément constitué des homographies de
$\bP^1_\bC$ qui préservent l'ensemble fini $E=P^{-1}(\{c_1,\ldots,c_N\})\cup
\{\infty\}$~: l'espace $\bC\ssm P^{-1}(\{c_1,\ldots,c_N\})=\bP^1_\bC\ssm E$
admet $E$ comme ensemble de bouts, son compactifié par les bouts est donc 
la sphère de Riemann, et  les automorphismes du revêtement s'étendent en 
des homéomorphismes de $\bP^1_\bC$ qui doivent être holomorphes. Or il est
élémentaire de vérifier que les seules homographies qui permutent non
trivialement $\{1,2,-1,-2\}$ sont $z\mapsto \pm z$ et $z\mapsto\pm 2/z$ 
(cf.\ \S$\,$1.4), et que le seul automorphisme du 
revêtement est l'application identique. Du fait que $\rho$ se prolonge
en l'application $P:\bC\to\bC$ dont les fibres ne sont plus de cardinal 
constant -- deux des 3 feuilles «\?se rejoignent\?» au dessus
des points $w=c_1,\,c_2$ où on a des racines $P(z)=w$ doubles -- on dit que
$P$ réalise  un «\?revêtement ramifié\?» à 
$d$~feuilles.\qed
}
\endclaim

On notera que si $\rho:X\to B$ est un revêtement et
$B'$ une partie de $B$, alors en posant $X'=\rho^{-1}(B')$, l'application
induite
$$
\rho'=\rho_{|X'}:X'\to B'
$$
est encore un revêtement. On l'appelle la restriction du revêtement
à $B'\subset B$. Dans les exemples 1 et 2 qui précèdent, on peut 
se restreindre par exemple au disque pointé $D(0,r)\ssm\{0\}$, ce qui
donne les revêtements
$$
\eqalign{
&\rho:\{\Re z<\ln r\}\to D(0,r)\ssm\{0\},\qquad\kern18.5pt
z\mapsto e^z\cr
&\rho_n:D(0,r^{1/n})\ssm\{0\}\to D(0,r)\ssm\{0\}.\qquad
z\mapsto z^n.\cr
}
$$
Tous ces exemples sont des revêtements {\em holomorphes}. De
façon générale, on parle de revêtement différentiable,
holomorphe, etc, si l'application $\rho$ est différentiable,
holomorphe, etc.

\claim Théorème de relèvement|Soit $\rho:X\to B$ un revêtement
de base $B$ localement connexe par arcs, $S$ un espace 
simplement connexe et $s_0$ un point de $S$. Pour toute application continue
\hbox{$f:S\to B$} et tout point $x_0\in X$ tel que $\rho(x_0)=f(s_0)$,
il existe une unique application $\wt f:S\to X$, appelée relèvement de $f$
dans $X$, telle que 
$$
\rho\circ\wt f=f\quad\hbox{et}\quad\wt f(s_0)=x_0.
$$
Ceci peut se visualiser par le diagramme suivant
$$
\eqalign{
&\kern25pt X\ni x_0\cr
\exists\;\hbox{\rlap{$\wt f$}}&\kern4pt\nearrow\kern10pt\downarrow\rho\cr
s_0\in S&\build\longrightarrow||{\displaystyle f}|B\ni f(s_0).\cr
}
$$
\endclaim

\dem. {\em Unicité}. S'il existait deux relèvements $\wt f_1$ et
$\wt f_2$, l'ensemble $E$ des $s\in S$ tels que $\wt f_1(s)=\wt
f_2(s)$ serait à la fois ouvert et fermé. En effet, si $x=\wt
f_1(a)=\wt f_2(a)$, il existe un voisinage $U$ de $x$ qui s'envoie
homéomorphiquement sur un voisinage $V$ de $\rho(x)=f(a)$
par~$\rho$, et par continuité, il existe un voisinage $W$ de $a$
dans $S$ tel que $\wt f_1(W)\subset U$ et $\wt f_2(W)\subset U$.
Comme $\rho\circ\wt f_1=\rho\circ\wt f_2=f$, ceci implique $\wt
f_1=\wt f_2$ sur $W$, par suite $E$ est ouvert. Le fait que $E$ soit
fermé résulte de ce que l'espace $X$ est supposée séparé.
Comme $s_0\in E$, la connexité de $S$ entraîne $E=S$, et
l'unicité est démontrée. Pour démontrer l'existence, nous
procédons en trois étapes.

\noindent
{\em Existence, première étape}. Nous démontrons d'abord l'existence
dans le cas $S=[0,1]$ et $s_0=0$. Comme l'image $f(S)=f([0,1])$ est
compacte, il existe un recouvrement fini de $f(S)$ par des ouverts
connexes $V_\ell$ pour lesquels $\rho^{-1}(V_\ell)=\bigcup_{j\in
F}U_{\ell,j}$ où $\rho_{|U_{\ell,j}}:U_{\ell,j}\to V_\ell$ est un
homéomorphisme. Quitte à prendre une subdivision $[k/N,(k+1)/N]$
assez fine de $[0,1]$, on peut supposer que $f([k/N,(k+1)/N])$ est
entièrement contenu dans un certain ouvert $V_{\ell(k)}$ pour
tout~$k=0,1,\ldots,N-1$. On montre alors qu'on peut choisir par récurrence
sur $k$ un indice $j(k)$ tel que
$$
\wt f=(\rho_{|U_{\ell(k),j(k)}})^{-1}\circ f\qquad
\hbox{en restriction à $[k/N,(k+1)/N]$}.
$$
Pour $k=0$, on choisit $j(0)$ en sorte que $x_0\in U_{\ell(0),j(0)}$, 
ce qui est possible puisque 
$$
\rho(x_0)=f(s_0)=f(0)\in V_{\ell(0)}.
$$ 
Ce choix donne bien $\smash{\wt f}(0)=x_0$. Supposons main\-tenant que
$\smash{\wt f}$ ait déjà été construite sur $[(k-1)/N,k/N]$,
$k\ge 1$. On choisit alors $j(k)$ en sorte que $\smash{\wt f}(k/N)\in
U_{\ell(k),j(k)}$, ce qui est possible puisque $\rho(\wt
f(k/N))=f(k/N)\in V_{\ell(k)}$. On voit alors que $\smash{\wt f}$ se
recolle en une fonction continue sur $[0,1]$.

\noindent
{\em Existence, deuxième étape}$\;$: cas du carré $S=[0,1]^2$,
$s_0=(0,0)$.  La preuve est tout à fait analogue à celle du
segment $[0,1]$. On utilise cette fois un quadrillage assez fin de
sorte que chaque petit carré $C$ du quadrillage s'envoie sur
$f(C)\subset V_{\ell}$, puis on relève consécutivement les
carrés adjacents ligne par ligne, en partant du carré qui contient
$s_0=(0,0)$.

\noindent
{\em Existence, cas général $(S$ simplement connexe
quelconque$\,)$}.  Puisque $S$ est connexe par arcs, on peut choisir
pour tout $s\in S$ un chemin $\gamma:[0,1]\to S$ tel que
$\gamma(0)=s_0$ et $\gamma(1)=s$.  D'après la première étape
appliquée à $g=f\circ\gamma:[0,1]\to B$, il existe une unique
fonction $\wt g:[0,1]\to X$ telle que $\wt g(0)=x_0$ et $\rho\circ \wt
g=g=f\circ\gamma\;$:
$$
\eqalign{
&\kern29pt X\ni x_0\cr
\exists\;\hbox{\rlap{$\wt g$}}&\kern4pt\nearrow\kern14pt\downarrow\rho\cr
0\in [0,1]&~\longrightarrow~B\ni g(0)=f(s_0).\cr
\noalign{\vskip-2pt}
&g=f\circ\gamma\cr
}
$$
On définit alors $\wt f(s)=\wt g(1)$, de
sorte que $\rho\circ\wt f(s)=g(1)=f\circ\gamma(1)=f(s)$. Il faut
vérifier que l'image $\wt f(s)$ ne dépend pas du chemin $\gamma$
choisi pour effectuer le relèvement. Si $\gamma'$ est un autre
choix, l'hypothèse de simple connexité de $S$ entraîne
l'existence d'une homotopie
$$
h:[0,1]\times[0,1]\to S
$$
telle que $h(0,t)=\gamma(t)$, $h(1,t)=\gamma'(t)$,
$g(u,0)=s_0$, $h(u,1)=s$ pour tous $t,u\in[0,1]$. D'après la
deuxième étape appliquée à $G=f\circ h:[0,1]^2\to B$, il existe
un relèvement $\wt G$ de $G$ tel que $\wt G(0,0)=x_0\;$: 
$$
\eqalign{
&\kern29pt X\ni x_0\cr
\exists\;\hbox{\rlap{$\wt G$}}&\kern4pt\nearrow\kern14pt\downarrow\rho\cr
(0,0)\in [0,1]^2&~\longrightarrow~B\ni G(0,0)=f(s_0).\cr
\noalign{\vskip-2pt}
&G=f\circ h\cr
}
$$
L'unicité implique
que $G(0,t)=\wt g(t)$ et $G(1,t)=\wt g\,{}'(t)={}$relèvement de
$f\circ\gamma'$. Mais comme $\rho\circ\wt G(u,1)=G(u,1)=s={}$constante,
la fonction $u\mapsto\wt G(u,1)$ est constante, ce qui entraîne
$$
\wt g(1)=G(0,1)=G(1,1)=\wt g\,{}'(1).
$$
La continuité de $\wt f$ se déduit aisément de cette observation et
du fait que $B$ est localement connexe par arcs.\qed

\claim Exemple|{\rm Comme l'application $\exp:\bC\to\bC^*$ est un
revêtement, on retrouve ainsi l'existence d'un relèvement $\wt
f$ tel que $\exp(\wt f)=f$ pour toute application continue
$f:S\to\bC^*$ définie sur un espace $S$ simplement connexe.
Autrement dit, $f$ possède une détermination continue $\wt
f=\log f$ de son logarithme complexe. Idem pour les racines
$n$-ièmes ${}^n\!\!\sqrt{f}$. On voit ici que ces propriétés
étaient des faits purement topologiques.}
\endclaim

\claim Corollaire 1|Soit $X$ un espace simplement connexe
et localement connexe, et $G$ un groupe opérant proprement sans
point fixe sur~$X$.  Considérons la projection $\rho:X\to X/G$ et
un point base $x_0\in X$.  On a alors un isomorphisme canonique
$$
\pi_1(X/G,\rho(x_0))\simeq G.
$$
\endclaim

\dem. Nous définissons une application $\Psi:G\to
\pi_1(X/G,\rho(x_0))$ comme suit. Pour tout $g\in G$, on choisit un
chemin $\gamma:[0,1]\to X$ tel que $\gamma_g(0)=x_0$ et
$\gamma_g(1)=g\cdot x_0$. Alors $\rho\circ\gamma_g:[0,1]\to X/G$ est un
lacet basé en $\rho(x_0)$, puisque $\rho(g\cdot x_0)=\rho(x_0)$. On
définit $\Psi(g)=(\rho\circ\gamma_g)^{\hat{}}$ comme la classe
d'homotopie de $\rho\circ\gamma_g$. Ceci ne dépend pas du choix de
$\gamma_g$, puisque tous les chemins sont homotopes dans $X$ d'après
l'hypothèse de simple connexité. Considérons le
chemin concaténé $\gamma_g\cdot (g\circ\gamma_{g'})$ qui joint $x_0$ à
$gg'\cdot x_0$ en passant par le point intermédiaire $g\cdot x_0$, 
et observons que $\rho\circ g\circ\gamma_{g'}=\rho\circ\gamma_{g'}$.
On voit alors que 
$$
\Psi(gg')=(\rho\circ\gamma_g)^{\hat{}}\cdot(\rho\circ\gamma_{g'})^{\hat{}}
=\Psi(g)\Psi(g'),
$$
c'est-à-dire que $\Psi$ est un homomorphisme de groupes.

Comme $\rho:X\to X/G$ est un revêtement, la propriété de relèvement
entraîne que tout lacet $\ol\gamma$ basé en $\rho(x_0)$ se relève en
un certain chemin $\gamma$ joignant $x_0$ à un point $x_1$ tel que
$\rho(x_1)=\rho(x_0)$. Mais alors $x_1=g\cdot x_0$ pour un certain
$g\in G$, donc $\dot{\ol\gamma}=(\rho\circ\gamma)^{\hat{}}=\Psi(g)$ 
et on voit que $\Psi$ est surjective. Montrons enfin que $\Psi$ est
injective~: si $\Psi(g)=(\rho\circ\gamma_g)^{\hat{}}=1$, le chemin
$\ol\gamma=\rho\circ\gamma:[0,1]\to X/G$ est homotope au lacet trivial
par une certaine homotopie $\ol h:[0,1]^2\to X/G$. On sait que cette homotopie
se relève en une homotopie $h:[0,1]\to X$ qui relie $\gamma$ à un
chemin de projection constante par $\rho$, donc constant. Par
conséquent $x_0=\gamma(0)=\gamma(1)=g\cdot x_0$, ce qui implique $g=1$
du fait que $G$ agit sans point fixe.\qed

\claim Corollaire 2|Si $X$ est un espace simplement connexe, tout revêtement
$\rho:X\to B$ est galoisien, et le groupe d'automorphismes $G=\Aut(\rho)$ 
s'identifie à $\pi_1(B,b_0)$.
\endclaim

\dem. Etant donné $b_0\in B$ et deux éléments $x_0$, $x_1$ de la fibre
$\rho^{-1}(b_0)$, le théorème de relèvement implique l'existence
d'un diagramme commutatif 
$$
\eqalign{
&\kern25pt X\ni x_1\cr
\exists\;\hbox{\rlap{$\varphi$}}&\kern4pt\nearrow\kern10pt\downarrow\rho\cr
x_0\in X&\build\longrightarrow||{\displaystyle\rho}|B\ni b_0.\cr
}
$$
Par échange des rôles de $x_0$ et $x_1$ et unicité du relèvement, on
voit que $\varphi$ est un automorphisme de~$X$. Le groupe $G=\Aut(\rho)$
agit transitivement sur les fibres, donc $\rho$ est galoisien et
$B\simeq X/G$. Le corollaire~1 fournit un isomorphisme
canonique $\pi_1(B,b_0)\simeq G$.\qed

Un concept très important de revêtement est celui de {\em
revêtement universel} d'un espace, à savoir par définition un 
revêtement dont la base est l'espace donné et dont l'espace total est 
simplement connexe. On va voir que c'est en fait le «\?
plus grand\?» revêtement connexe possible de la base.

\claim Définition 4|Soit $B$ un espace topologique connexe. 
On dit que $\pi:\wt B\to B$ est le revêtement universel
de $B$ si c'est un revêtement et si $\wt B$ est simplement connexe.
\endclaim

\claim Théorème|Soit $B$ un espace topologique connexe. 
\smallskip
\item{\rm(i)} Le revêtement universel, s'il existe, est unique à
isomorphisme près de revêtement.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Si la base $B$ est localement simplement connexe 
$($c'est-à-dire si tout point de $B$ admet un système fondamental de
voisinages ouverts simplement connexes$\,)$, alors le revêtement 
universel $\wt B$ existe.
\smallskip
\item{\rm(iii)} Si $\wt B$ existe et si $B=\wt B/G$ avec
$G=\pi_1(B,b_0)$, tout revêtement connexe $\rho:X\to B$ admet 
une factorisation
$$
\wt B\to\wt B/H\simeq X\build\lra|\rho||\wt B/G\simeq B
$$
pour un certain sous-groupe $H\subset G$. Le revêtement $\rho$ est
galoisien si et seulement si $H$ est un sous-groupe distingué de $G$,
et son groupe d'automorphismes s'identifie alors à $G/H$. En général,
$\Aut(\rho)$ s'identifie à $N_H/H$ où $N_H$ est le normalisateur de
$H$ dans $G$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) L'unicité à isomorphisme près résulte facilement du
théorème de relèvement, et du fait que tout relèvement entre
deux revêtements universels $\wt B_1$ et $\wt B_2$ va donner un
isomorphisme.
\medskip

\noindent
(ii) Supposons que $B$ soit localement simplement connexe et fixons un point
base $b_0\in B$. On définit un ensemble $\wt B$ comme l'ensemble des 
couples $(b,\dot\gamma)$ où $b\in B$ et où $\dot\gamma$ est une classe
d'homotopie de chemin reliant $b_0$ à $b$, muni de la première projection
$\rho:\wt B\to B$. Si $V$ est un voisinage simplement connexe d'un
point $b\in B$, on considère l'ensemble $F$ de toutes les classes
d'homotopie de chemins reliant $b_0$ à $b$. Soit $b'\in V$. On utilise
le fait qu'il existe une seule classe d'homotopie d'arc 
reliant $b$ à $b'$ dans $V$. Ceci permet de définir pour chaque $
\dot\gamma\in F$
une feuille $U_{\dot\gamma}\subset\wt B$ constitué des paires
$$
(b',\dot\gamma\;{}\cdot\build bb'|\frown||),\qquad b'\in V,
$$
où $\smash{\build bb'|\frown||}$ est l'unique classe d'homotopie d'arc 
reliant $b$ à $b'$ dans $V$. Les feuilles $U_{\dot\gamma}$ sont alors
disjointes et en bijection avec $V$. On munit $\wt B$ de la topologie
dont les ouverts sont les réunions d'ouverts des différentes feuilles
$U_{\dot\gamma}$ (avec la topologie induite par la bijection avec $V$).
Il est clair que $\rho:\wt B\to B$ est un revêtement de fibre typique
$F$ (et que $F$ est en bijection avec $\pi_1(B,b_0)$). On voit 
aussi que $\wt B$ est simplement connexe, en effet si $\wt\gamma$ est
un lacet de base $\wt b_0$ et $\gamma=\rho\circ\wt\gamma$ son image,
le fait que $\wt\gamma(1)=\wt\gamma(0)=\wt b_0$ signifie
précisément que $\gamma$ est homotope au lacet trivial basé en
$b_0$, et cette homotopie doit se relever à $\wt\gamma$.  \medskip

\noindent
(iii) Soit $\rho:X\to B$ un revêtement quelconque d'espace total
$X$ {\em connexe}. Fixons un point $b_0\in B$ et des points $\wt b_0\in\wt B$
et $x_0\in X$ tels que \hbox{$\pi(\wt b_0)=\rho(x_0)=b_0$}. Comme $\wt B$
est simplement connexe, nous savons qu'il existe un relèvement
\hbox{$\wt\pi:\wt B\to X$} tel que $\rho\circ\wt\pi=\pi$ et 
$\wt\pi(\wt b_0)=x_0$.
$$
\eqalign{
&\kern25pt X\ni x_0\cr
\exists\;\hbox{\rlap{$\wt\pi$}}&\kern4pt\nearrow\kern10pt\downarrow\rho\cr
\wt b_0\in\wt B&\build\longrightarrow||{\displaystyle\pi}|B\ni b_0.\cr
}
$$
Alors $\wt\pi$ est un homomorphisme de revêtements, et comme $X$ est
connexe, cet homomorphisme est surjectif. Il est facile de voir
que $\wt\pi$ est lui-même un revêtement et que 
$H=\Aut(\wt B\to X)$ est un sous-groupe de $G=\Aut(\wt B\to B)$ puisque
la propriété $\wt\pi\circ\varphi=\wt\pi$ entraîne 
$\pi\circ\varphi=\pi$ en composant avec $\rho$. On a donc une identification 
$$
\rho:X=\wt B/H\lra B=\wt B/G.
$$
Par le théorème de relèvement, tout automorphisme $f$
de $\Gamma:=\Aut(\rho:X\to B)$ se relève en un automorphisme $\wt f$ de
$G=\Aut(\pi:\wt B\to B)$. Les fibres de $\wt\pi$ sont les
orbites $H\cdot\wt b$ de~$H$. Le relèvement $\wt f$ doit 
nécessairement
permuter ces orbites, i.e.\ 
$$
\wt f\cdot H\cdot\wt b= H\cdot\wt f\cdot\wt b,
$$
par conséquent $\wt f\cdot H= H\cdot\wt f$ et $\wt f$ est dans le 
normalisateur $N_H$ de $H$. Inversement, si c'est le cas, 
l'homéomorphisme $\wt f$ permute les fibres de $\wt\pi$ et induit donc 
un automorphisme $f\in\Gamma$. Le noyau
de $N_H\to\Gamma$ est $H$ lui-même (l'égalité
$\wt f\cdot H\cdot\wt b=H\cdot\wt b$ équivaut à $\wt f\in H$), donc 
$\Gamma\simeq N_H/H$.
Pour que le revêtement $\rho$ soit galoisien, il faut que le groupe
$N_H/H$ agisse transitivement sur les fibres de $\rho$, et comme celles-ci
sont en bijection avec $G/H$, il faut que $N_H=G$, autrement dit
il faut (et il suffit) que $H$ soit un sous-groupe distingué de $G$.\qed

\section{4.2. Fonction modulaire $\lambda$}

Pour tout entier $m\ge 2$, on définit le {\em sous-groupe de congruence}
$\Gamma_m$ de $\PSL_2(\bZ)$ par
$$
\Gamma_m=\left\{
\pmatrix{a & b \cr c & d\cr}\in \SL_2(\bZ)\,;\;
\hbox{$a,d\equiv 1$ mod $m$,~ $b,c\equiv 0$ mod $m$}.
\right\}/\{+\Id,-\Id\}.
$$
Il s'agit d'un sous-groupe distingué de $\PSL_2(\bZ)$, puisque c'est
le noyau de l'homomorphisme évident $\PSL_2(\bZ)\to\PSL_2(\bZ/m\bZ)$. 
En particulier $\Gamma_2$, qui consiste en l'ensemble des matrices de
coefficients $a,\,d$ impairs et $b,\,c$ pairs, est un sous-groupe
de~$\PSL_2(\bZ)$. Comme $\PSL_2(\bZ)$ est lui-même un sous-groupe
de $\PSL_2(\bR)$ et que celui-ci s'identifie au groupe $\Aut(\bH)$ des
automorphismes du demi-plan de Poincaré, on a une action naturelle
$$
\Gamma_2\times\bH\to\bH,\qquad
\left(\pmatrix{a & b \cr c & d\cr},z\right)\mapsto {az+b\over cz+d}.
$$
On va voir que l'action de $\Gamma_2$ sur $\bH$ possède une
domaine fondamental $Q$ qui est délimité par les demi-droites $\Re
z=+1$, $\Re z=-1$ et l'extérieur des cercles de centres $z=\pm1/2$ et
de rayon $1/2$, à savoir de façon précise le domaine
$$
Q=\big\{z\in\bH\,;\;\hbox{$-1<\Re z\le 1$, $|z-1/2|\ge1/2$, $|z+1/2|>1/2$}
\big\}.
$$
Ce domaine est figuré ci-dessous en gris, on a noté $Q_+=Q\cap\{
\Re z\ge 0\}$, $Q_-=Q\cap\{\Re z<0\}$.

\InsertFig -2.000  67.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 25.000  60.000 moveto 
[  25.000  60.000   25.000  10.000   45.000  30.000   65.000  10.000  
   85.000  30.000  105.000  10.000  105.000  60.000  
] (YAAAAY) 
mixedpath 
gsave closepath   0.900 setgray fill grestore newpath
 10.000  10.000 moveto 110.000   0.000   2.400 vector 
 65.000   0.000 moveto  60.000  90.000   2.400 vector 
  0.300 setlinewidth 
105.000  10.000 moveto 105.000  60.000 segment
105.000  10.000 moveto  85.000  10.000  20.000   0.000 180.000 circlearc 
stroke 
  4 setdashtype
 25.000  60.000 moveto  25.000  10.000 segment 
 65.000  10.000 moveto  45.000  10.000  20.000   0.000 180.000 circlearc 
stroke 
grestore 
}
\LabelTeX   24.000   6.000 $-1$ \ELTX
\LabelTeX   62.000   6.000 $0$ \ELTX
\LabelTeX  104.000   6.000 $1$ \ELTX
\LabelTeX   44.000  43.000 $Q_-$ \ELTX
\LabelTeX   84.000  43.000 $Q_+$ \ELTX
\EndFig

\claim Proposition|Le groupe $\Gamma_2$ et son action sur $\bH$ possèdent
les propriétés suivantes.
\smallskip
\item{\rm(i)} $\Gamma_2$ est engendré par les deux transformations
$z\mapsto z+2$ et $z\mapsto z/(2z+1)$, correspondant respectivement aux
matrices
$$
\pmatrix{1 & 2\cr 0 & 1\cr},\qquad\pmatrix{1 & 0\cr 2 & 1\cr}.
$$
\item{\rm(ii)} $\Gamma_2$ agit proprement et sans point fixe sur $\bH$.
\smallskip
\item{\rm(iii)} $Q$ est un domaine fondamental pour l'action de $\Gamma_2$
dans $\bH$, c'est-à-dire que les parties $\gamma(Q)$, $\gamma\in\Gamma_2$,
sont deux-à-deux disjointes, et $\bH=\bigcup_{\gamma\in\Gamma_2}\gamma(Q)$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) Posons 
$$
A=\pmatrix{1 & 2\cr 0 & 1\cr},\qquad B=\pmatrix{1 & 0\cr 2 & 1\cr},\qquad
M=\pmatrix{a & b\cr c & d\cr}.
$$
avec $ad-bc=1$, $a,d$ impairs, $b,c$ pairs. Nous avons
$$
M'=MA^k=\pmatrix{a & b+2ka\cr c & d+2kc\cr},\qquad
M''=M'B^\ell=\pmatrix{a'+2\ell b' & b'\cr c'+2\ell d' & d'\cr}.
$$
En choisissant $k$ convenable, on se ramène à $b'=b+2ka$ tel
que $|b'|<|a|$ (il ne peut y avoir égalité du fait les coeffcients
$a$ et $b$ n'ont pas même parité). Puis, si $b'\ne 0$, on peut
choisir $\ell$ convenable pour se ramener à $a''=a'+2\ell b'$ tel
que $|a''|<|b'|<|a|$.  Ceci montre qu'on peut multiplier $M$ à
droite par un produit de puissances convenables de $A$ et $B$ afin de
se ramener à une matrice $M$ telle que $b=0$.  Une telle matrice $M$
vérifie $ad=1$, donc $a=d=\pm 1$. Quitte à changer $M$ en $-M$, on
peut supposer $a=d=1$, $b=0$, et comme $c=2p$ est pair, on a alors
$M=B^p$. Ceci montre que $A$ et $B$ engendrent~$\Gamma_2$.  \medskip

\noindent
(ii) Si $z\in\bH$ est un point fixe de $M\in\Gamma_2$, $M\ne\pm\Id$, 
l'équation $h_M(z)=z$ s'écrit $az+b=z(cz+d)$, c'est-à-dire
$$
cz^2+(d-a)z-b=0.
$$
Si $c=0$, $h_M$ est de la forme $h_M(z)=z+2p$, $p\ne 0$, et n'a
pas de point fixe. Si $c\ne 0$, il s'agit d'une équation du
second degré et le discriminant $\Delta=(d-a)^2+4bc=(a+d)^2-4$ est 
positif ou nul si $a+d\ne 0$ (car $a+d$ est pair). Dans ce cas les
racines sont réelles et il n'y a donc pas de point fixe dans~$\bH$.
Si $d=-a$, if vient $a^2=-ad=-bc-1\equiv -1$ mod~4, ce qui impossible.
Ceci montre que $\Gamma_2$ agit sans point fixe.
\medskip

\noindent
(iii) Montrer que $\gamma_1(Q)$ est disjoint de $\gamma_2(Q)$ pour
$\gamma_1\ne\gamma_2$ revient à montrer que $\gamma(Q)$ est
disjoint de $Q$ pour $\gamma\ne\Id$. Posons $\gamma=h_M$. Si $c=0$
alors $\gamma(z)=z+2p$, $p\ne 0$. Par conséquent $\gamma$ est une 
translation horizontale de vecteur $2p+0\ii$ avec $|2p|\ge 2$ et il 
est évident que $\gamma(Q)\cap Q=\emptyset$.

Si $c\ne 0$, nous affirmons que $|cz+d|>1$ pour tout $z\in Q$. 
Sinon le disque $|cz+d|\le 1$ de centre $-d/c$ et de rayon $|1/c|\le 1/2$
rencontre $Q$, et la définition de $Q$ implique que ce
disque doit contenir l'un des trois points $z_0=-1$, $z_0=0$ ou $z_0=1$ en son
intérieur. Mais alors $|cz_0+d|<1$, ce qui est contradictoire puisque
$cz_0+d$ est un entier impair. La formule 
$$
\Im(h_M(z))={\Im z\over|cz+d|^2}
$$
implique donc $\Im(h_M(z))<\Im z$ pour tout $z\in Q$. Cependant, la matrice 
$M^{-1}$ a elle aussi un coefficient $c\ne 0$, et on a de même
$\Im(h_M^{-1}(w))<\Im w$ pour tout $w\in Q$. Ceci entraîne la non
existence d'un point $z\in Q$ tel que $w=h_M(z)\in Q$, car sinon on aurait
à la fois $\Im w<\Im z$ et $\Im z=\Im(h_M^{-1}(w))<\Im w$. Dans tous les cas
nous avons $\gamma(Q)\cap Q=\emptyset$ pour $\gamma\ne\Id$.

Montons maintenant que $\bH=\bigcup_{\gamma\in\Gamma_2}\gamma(Q)$. Fixons
$w\in\bH$. Comme $\Im w>0$ il existe seulement un nombre fini de couples
d'entiers $c,d$ tels que $|cw+d|\le 1$, en effet cette inégalité implique
$|c|\le 1/\Im w$, puis $|d|\le 1+c|w|\le 1+|w|/\Im w$. Par conséquent,
tous les points de l'orbite $\Gamma_2w$ ont une partie imaginaire
inférieure à celle de $w$ sauf un nombre fini, ce qui montre l'existence
dans cette orbite d'un point $w_0$ de partie imaginaire maximale. Quitte
à translater $w_0$ par l'une des translations $z\mapsto z+2p$, $p\in\bZ$,
nous pouvons supposer $-1<\Re w_0\le 1$. Nous avons nécessairement
$|\pm 2w_0+1|\ge 1$, sinon l'image de $w_0$ par $z\mapsto z/(\pm 2z+1)$
serait de partie imaginaire strictement supérieure à celle de $w_0$.
Ceci montre que $w_0\in Q$, à moins que $w_0$ appartienne au demi-cercle
$\bH\cap\{|2z+1|=1\}$ de centre $-1/2$ et de rayon $1/2$. Dans ce cas,
le point $w_1=w_0/(2w_0+1)$ est sur le demi-cercle image, qui est le 
demi-cercle de diamètre $[0,1]$, et on a bien $w_1\in Q$.
Ceci montre que toute orbite contient un point de $Q$, et par conséquent
$\bH=\bigcup_{\gamma\in\Gamma_2}\gamma(Q)$.

Il reste à voir que tout point $w_0\in\bH$ possède un voisinage
ouvert $V$ tel que les images $\gamma(V)$, $\gamma\in\Gamma_2$ soient
deux à deux disjointes.  D'après ce qui précède, il suffit de
le faire pour $w_0\in Q$. Le résultat est clair si $w_0\in Q^\circ$
(intérieur de~$Q$),
puisqu'on peut prendre $V=Q^\circ$ dans ce cas. Restent les cas des
points du demi-cercle de diamètre $[0,1]$ et de la demi-droite $\Re
z=1$. Pour traiter le cas où $\Re w_0=1$, on
observe que le translaté $\tau(Q)$ par la translation $z\mapsto z+1$ 
(qui {\em n'est cependant pas} dans $\Gamma_2\,!\,$)
est encore un domaine fondamental de $\Gamma_2$, du fait que
$$
\tau\circ h_M\circ \tau^{-1}(z)={a(z-1)+b\over cz+d}+1=
{(a+c)z+b+(d-a)\over cz+d}
$$
entraîne $\tau\Gamma_2\tau^{-1}=\Gamma_2$. On prend alors 
$V=\tau(Q^\circ)$. Le cas du demi-cercle de diamètre $[0,1]$ se
ramène à celui de la demi-droite $\Re z=-1$, puisque ce demi-cercle
est précisément l'image de $\{\Re z=-1\}$ par l'homographie
$z\mapsto z/(2z+1)$. Lorsque $\Re w_0=-1$, il est clair qu'on peut prendre
$V=\tau^{-1}(Q^\circ)$.\qed

Il est peut-être plus parlant de visualiser le pavage du demi-plan 
supérieur défini par le groupe $\Gamma_2$. Le schéma ci-dessous représente
les images $\gamma(Q)$ du domaine fondamental par les différents éléments
$\gamma\in\Gamma_2$.

\InsertFig 0.000  82.000  {
/level 5 def
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave
62 4 translate
/hom 18 def
hom dup scale
0.085 hom div setlinewidth
2 setlinejoin
/doarc { 
 /y exch def /x exch def
 /z x y add 0.5 mul def
 /r y x sub abs 0.5 mul def
 x y lt { z 0 r 180 0 arcn } { z 0 r 0 180 arc } ifelse
} def
/settilecolor {
   /k a a mul b b mul c c mul d d mul add add add 2 sub 24 mod 4 div cvi def
% Comment this line out for color output !!
   /k k 2 mod 6 add def
   k 0 eq { 1 0.85 0.85 setrgbcolor } if
   k 1 eq { 0.85 1 0.85 setrgbcolor } if
   k 2 eq { 0.85 0.85 1 setrgbcolor } if
   k 3 eq { 1 1 0.7 setrgbcolor } if
   k 4 eq { 1 0.7 1 setrgbcolor } if
   k 5 eq { 0.7 1 1 setrgbcolor } if
   k 6 eq { 0.9 setgray } if
   k 7 eq { 1.0 setgray } if
} def
0 setgray
-3.3 0.0 moveto 6.6 0 2.4 hom div vector
%% Main loop
/num level 4 mul def
num neg 1 add 4 num 1 add { /a exch def
num neg 2 num { /b exch def
num neg 2 num { /c exch def
num neg 1 add 4 num 1 add { /d exch def
a d mul b c mul sub 1 eq { 
 c 0 eq { 
  /x2 b a sub d div def
  /x3 b d div def
  /x4 b a add d div def
  x2 -3 ge x2 3 le and
  x3 -3 ge and x3 3 le and
  x4 -3 ge and x4 3 le and
   {
   x2 70 hom div moveto x2 0 lineto
   x2 x3 doarc
   x3 x4 doarc
   x4 70 hom div lineto
   gsave settilecolor fill grestore
   0 setgray stroke
   } if
  }
  {
  /x1 a c div def
  /x2 b a sub d c sub div def
  /x3 b d div def
  /x4 b a add d c add div def
  x1 -3 ge x1 3 le and
  x2 -3 ge and x2 3 le and
  x3 -3 ge and x3 3 le and
  x4 -3 ge and x4 3 le and
   {
   x1 0 moveto
   x1 x2 doarc
   x2 x3 doarc
   x3 x4 doarc
   x4 x1 doarc
   gsave settilecolor fill grestore
   0 setgray stroke
   } if
  } ifelse
 } if
} for } for } for } for
grestore
grestore
}
\EndFig

\noindent
Et voici une image isomorphe du même pavage sur le disque unité, obtenue
au moyen de la transformation conforme $\psi:\bH\to\bD$, $w\mapsto 
(w-i)/(w+i)$.

\InsertFig 0.000  85.000  {
/level 5 def
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave
62 40 translate
/hom 40 def
hom dup scale
0.085 hom div setlinewidth
2 setlinejoin
/expit {
  /x exch def /r x x mul 1 add def
  x 2 mul r div def
  2 r sub r div def
} def
/doarc { 
 /yp exch def /xp exch def  /y exch def /x exch def
 /z x xp add 0.5 mul def /w y yp add 0.5 mul def
 /r z z mul w w mul add sqrt def
 /z z r div def  /w w r div def
 /r xp x sub def  /rp yp y sub def
 /rp r r mul rp rp mul add sqrt 0.5 mul def
 /r rp 1 rp rp mul sub sqrt div def
 /rp 1 r r mul add sqrt def
 /z z rp mul def  /w w rp mul def
 /a1 y x atan def
 /a2 yp xp atan def
 a1 a2 180 sub lt { /a1 a1 360 add def } if
 a1 a2 180 add gt { /a1 a1 360 sub def } if
 a1 a2 gt { z w r a1 90 add a2 270 add arc }
          { z w r a1 270 add a2 90 add arcn } ifelse
} def
/settilecolor {
   /k a a mul b b mul c c mul d d mul add add add 2 sub 24 mod 4 div cvi def
% Comment this line out for color output !!
%   /k k 2 mod 6 add def
   k 0 eq { 1 0.85 0.85 setrgbcolor } if
   k 1 eq { 0.85 1 0.85 setrgbcolor } if
   k 2 eq { 0.85 0.85 1 setrgbcolor } if
   k 3 eq { 1 1 0.7 setrgbcolor } if
   k 4 eq { 1 0.7 1 setrgbcolor } if
   k 5 eq { 0.7 1 1 setrgbcolor } if
   k 6 eq { 0.9 setgray } if
   k 7 eq { 1.0 setgray } if
} def
0 setgray
0 0 1 0 360 arc stroke
%% Main loop
/num level 4 mul def
num neg 1 add 4 num 1 add { /a exch def
num neg 2 num { /b exch def
num neg 2 num { /c exch def
num neg 1 add 4 num 1 add { /d exch def
a d mul b c mul sub 1 eq { 
 c 0 eq { 
  /x1 -1 def /y1 0 def
  }
  {   
  /x1 a c div def
  /x1 /y1 x1 expit
  } ifelse
 /x2 b a sub d c sub div def
 /x3 b d div def
 /x4 b a add d c add div def
 /x2 /y2 x2 expit
 /x3 /y3 x3 expit
 /x4 /y4 x4 expit
 x1 y1 moveto
 x1 y1 x2 y2 doarc
 x2 y2 x3 y3 doarc
 x3 y3 x4 y4 doarc
 x4 y4 x1 y1 doarc
   gsave settilecolor fill grestore
   0 setgray stroke
 } if
} for } for } for } for
grestore
grestore
}
\EndFig


\claim Théorème|Il existe une fonction, dite «\?fonction 
modulaire\?» $\lambda:\bH\to\bC\ssm\{0, 1\}$ qui vérifie :
\smallskip
\item{\rm(i)} $\lambda$ est holomorphe$\;;$
\smallskip
\item{\rm(ii)} $\lambda$ est $\Gamma_2$-invariante, i.e.\ 
pour tout $\gamma\in\Gamma_2$, $\lambda\circ\gamma=\lambda\;;$
\smallskip
\item{\rm(iii)} l'application induite $\wt\lambda:\bH/\Gamma_2
\to\bC\ssm\{0,1\}$ est un homéomorphisme.
\smallskip
\noindent
Autrement dit, l'application $\lambda:\bH\to\bC\ssm\{0,1\}$ est un
revêtement de groupe $\Gamma_2$, et comme $\bH$ est simplement connexe,
c'est le revêtement universel de $\bC\ssm\{0,1\}$.
\endclaim

\dem. La construction de $\lambda$ est une conséquence assez simple du 
théorème de Riemann et du principe de réflexion de Schwarz.
\smallskip
\noindent
{\em Première étape\/$:$ construction de $\lambda$ sur $Q_+$}.

L'ouvert $(Q_+)^\circ$ est simplement connexe, et tous ses points frontière
sont simples. D'après le théorème de l'application conforme de Riemann,
il existe une application biholomorphe $(Q_+)^\circ\to\bD$, et le théorème
final du \S$\,$3.3 montre que l'on peut choisir cette application 
de sorte que le prolongement continu $F:\ol Q_+\to\ol\bH$ 
vérifie $F(0)=0$, $F(1)=1$, $F(\infty)=\infty$
(voir aussi la Remarque~3). Pour cela, il faut vérifier
que le triplet $(0,1,\infty)$ a la même orientation 
sur $\partial Q_+\cup\{\infty\}$ et sur $\partial\bH\cup\{\infty\}$
(à savoir en l'occurrence l'orientation d'indice $+1$). Ceci résulte
d'un argument d'homotopie évident, en calculant les indices par rapport
à un point~$z_0\in Q_+^\circ$. On prend tout simplement
$\lambda=F$ sur $Q_+$.
\smallskip
\noindent
{\em Deuxième étape\/$:$ extension de $\lambda$ à $\ol Q$}.

D'après ce qui précède, $F$ envoie les demi-droites $[0,\infty)$ et 
$[1,\infty)$ de $\partial Q_+$ sur les demi-droites 
$[0,\infty)$ et $[1,\infty)$ de l'axe réel,
et le demi-cercle de diamètre $[0,1]$ dans $\partial Q_+$ sur le segment 
$[0,1]\subset\bR$. Le fait que $F$ prenne des valeurs réelles sur 
$\partial Q_+$ nous permet d'appliquer le principe de réflexion de Schwarz.
De façon précise, on pose 
$$
\eqalign{
\lambda(z)&=F(z)\qquad\hbox{si $z\in\ol Q_+$},\cr
\lambda(z)&=\ol{F(-\ol z)}\qquad\hbox{si $z\in\ol Q_-$}.\cr
}
$$
Du fait que $F$ est réelle sur $\partial Q_+$, les deux définitions
se recollent sur la demi-droite $\ii \bR_+=[0,\infty]\subset\partial Q_+$.
La fonction $\lambda$ est ainsi bien définie sur $\ol Q$, et le principe
de réflexion de Schwarz montre qu'elle est holomorphe sur l'intérieur
$Q^\circ$ du domaine fondamental. 
\smallskip
\noindent
{\em Troisième étape\/$:$ extension de $\lambda$ à $\bH$}.

D'après la deuxième étape, on a
$$
\lambda(-1+\ii y)=\ol{F(1+\ii y)}=F(1+\ii y)\qquad\hbox{si $y\in\bR_+$},
$$
toujours du fait que $F$ est réelle sur $\partial Q_+$. Ceci montre
qu'on peut recoller $\lambda$ par périodicité vis à vis de la translation
$\tau(z)=z+2$, en posant $\lambda(\tau^k(z))=\lambda(z)$ pour
$z\in Q$. Il reste à examiner le comportement de $F$ vis-à-vis
de l'autre générateur $\sigma(z)=z/(2z+1)$ du groupe $\Gamma_2$. Ici encore,
on va pouvoir poser
$$
\lambda(\sigma(z))=\lambda(z)
$$
pour tout $z\in\ol Q$, car l'intersection $\ol Q\cap\sigma(\ol Q)$ se réduit
au demi-cercle $C_+$ de diamètre $[0,1]$, qui est l'image par $\sigma$
du demi-cercle $C_-$ de diamètre $[0,-1]$. Pour $z=-{1\over 2}+{1\over 2}
e^{\ii\theta}\in C_-$, $\theta\in[0,\pi]$, il est
facile de constater que 
$$
\sigma(z)={-{1\over 2}(1-e^{\ii\theta})\over e^{\ii\theta}}
={1\over 2}(1-e^{-\ii\theta})=-\ol z\in C_+,
$$
donc on a bien
$\lambda(\sigma(z))=\lambda(z)$ sur les points pour lesquels on dispose
déjà de deux définitions. Pour conclure, tout point $w\in\bH$ s'écrit
comme l'image $w=\varphi(z)$ d'un point $z\in\ol Q$ sous l'action
d'un élément
$$
\varphi=\sigma^{n_1}\tau^{p_1}\sigma^{n_2}\tau^{p_2}\ldots
\sigma^{n_k}\tau^{p_k}\in\Gamma_2,\qquad n_j,\,p_j\in\bZ,
$$
et on définit alors
$$
\lambda(w)=\lambda(\varphi(z))=\lambda(z).\leqno(*)
$$
Ce choix fournit éventuellement plusieurs définitions
simultanées de $\lambda(w)$ lorsque $z\in\partial Q_+$, en fonction
de l'arc de cercle $(-1,0)$, $(0,1)$ ou de la demi-droite
$(\infty,-1)$, $(1,\infty)$ à laquelle $z$ appartient. Suivant le
cas, $z'=\sigma(z)$, $z'=\sigma^{-1}(z)$, $z'=\tau(z)$ ou
$z'=\tau^{-1}(z)$ appartient encore à $\partial Q$, et d'après ce
que avons vu on a $\lambda(z')=\lambda(z)$ dans chacun des cas. 
Par conséquent la définition $(*)$ est non ambigue. Grâce au
principe de réflexion de Schwarz, on voit que $\lambda$ est
holomorphe sur $\bH$ tout entier. On vérifie aisément que
$\lambda$ est une bijection de $Q$ sur $\lambda(Q)=\bC\ssm\{0,1\}$.
Ceci implique que l'application induite
$\wt\lambda:\bH/\Gamma_2\to\bC\ssm\{0,1\}$ est un
homéomorphisme.\qed

\claim Remarque|{\rm Les fibres $\lambda^{-1}(w)$ de la 
fonction modulaire $\lambda:\bH\to \bC\ssm\{0,1\}$ sont les
orbites $\Gamma_2\cdot z$ de l'un quelconque des antécédents
de $w$ par $\lambda$. Or, ces orbites sont localement finies
dans $\bH$, mais elles admettent $\bR\cup\{\infty\}$
comme l'ensemble de leurs valeurs d'adhérence. En effet, tout réel
$x_0$ peut être approché d'aussi près que l'on veut par un rationnel
$a/c$ qui est un quotient d'un entier $a$ impair par un entier $c$
pair (on peut même supposer que $a$ et $c$ sont premiers entre eux,
par exemple en prenant pour $c$ une puissance de $2$). L'identité de 
Bezout implique alors l'existence d'entiers $b$, $d$ tels que $ad-bc=1$, 
et les matrices
$$
\pmatrix{a & ka+b \cr  c & kc+d\cr},\qquad k\in\bN
$$
définissent des éléments de $\PSL_2(\bZ)$ tels que les images 
$(az+ka+b)/(cz+kc+d)$ tendent vers $a/c$ quand $k\to+\infty$. En particulier
les zéros de $\lambda(z)-w$ admettent des points d'accumulation en tout point
de l'axe réel, et ceci entraîne que $\lambda$ ne peut admettre de prolongement
holomorphe sur aucun voisinage $V$ d'un point $x_0\in\bR$. 
}
\endclaim

\section{4.3. Nouvelle démonstration des théorèmes de Picard}

Nous allons voir ici que l'existence de la fonction modulaire 
fournit une nouvelle démonstration assez simple des théorèmes de Picard.

\claim Petit théorème de Picard|Si $f\in\cO(\bC)$ est une fonction
holomorphe non constante, alors $f$ omet au plus une valeur du plan complexe.
\endclaim

\dem. Supposons que $f$ omette deux valeurs distinctes $w_1,w_2\in\bC$. 
Après transformation de $f$ en $(f(z)-w_1)/(w_2-w_1)$, on peut
supposer que $f$ omet les deux valeurs $0$ et $1$. Comme
$\lambda:\bH\to\bC\ssm\{0,1\}$ est un revêtement et que $\bC$ est
simplement connexe, il existe un relèvement holomorphe $\wt
f:\bC\to\bH$ tel que $\lambda\circ\wt f=f$.  Mais $\bH$ est
isomorphe au disque $\bD$, et le théorème de Liouville implique que $\wt
f$ est constante. Par suite $f$ serait constante.  C'est une
contradiction.\qed

\claim Grand théorème de Picard|Si $f\in\cO
(D(z_0,r_0)\ssm\{0\})$ et si $z_0$ est un point singulier essentiel de $f$, 
il existe une partie $E\subset\bC$ contenant au plus un point, telle que
$f$ atteint une infinité de fois toute valeur de $\bC\ssm E$ sur tout 
voisinage pointé $V\ssm\{z_0\}$ de~$z_0$.
\endclaim

Comme au Chapitre~III, \S$\,$8, la preuve découle de la proposition
suivante, appliquée à $\Omega=\bD$, $z_0=0$ et $\Omega'=\bC\ssm\{0,1\}$.

\claim Proposition|Soit $\Omega$ un ouvert connexe de $\bC$ et $\Omega'$ 
un ouvert dont le complé\-mentaire n'est pas réduit à un seul point.
On considère un point $z_0\in\Omega$ et un compact 
$L_0\subset\Omega'$. Alors pour tout compact 
$K\subset\Omega$, il existe un compact
$L\subset\Omega'$ dépendant de $K$ et $L_0$, tel que pour toute application
holomorphe $f:\Omega\to\Omega'$ vérifiant $f(z_0)\in L_0$ on
ait $f(K)\subset L$.
\endclaim

\dem. Puisque ce résultat a déjà fait l'objet d'une preuve
complète, on se contentera ici de traiter le cas $\Omega=\bD$,
$z_0=0$ et $\Omega'=\bC\ssm\{0,1\}$. Grâce à la propriété de 
revêtement de $\lambda:\bH\to\bC\ssm\{0,1\}$ et à la simple connexité
de~$\Omega$, il existe un compact $\smash{\wt L_0}$ de $\bH$ tel que 
$\lambda(\smash{\wt L_0})=L_0$ (ceci résulte du fait qu'on peut 
recouvrir $L_0$ par un nombre fini d'ouverts adaptés). D'après 
le théorème de
relèvement, toute application holomorphe $f:\Omega\to\bC\ssm\{0,1\}$
telle que $f(0)\in L_0$ se relève en une application holomorphe
$\wt f:\Omega\to\bH$ telle que $\wt f(0)\in\wt L_0$ et
$f=\lambda\circ\wt f$. On voit alors 
que la proposition se ramène au cas où $\Omega'=\bH$ (mais comme
$\bH$ est conformément équivalent au disque, on peut tout
aussi bien supposer $\Omega'=\bD$)$\,$; en effet, pour tout compact $K$
de $\Omega$, on pourra trouver un compact $\wt L$ tel que 
$\wt f(K)\subset \wt L$, et il suffira de prendre $L=\lambda(\wt L)$.

Dans le cas $\Omega'=\bD$, fixons un disque $\ol D(0,R_0)$ qui 
contient $L_0$, et si $a=f(z_0)$, considérons la composée
$\varphi_a\circ f$ avec $\varphi_a(z)=(z-a)/(1-\ol a z)$, $a=f(0)$.
Alors $\varphi_a\circ f$ est une application du disque dans lui-même 
envoyant $0$ sur $0$, donc $|\varphi_a\circ f(z)|\le |z|$ par le lemme 
de Schwarz. Comme l'image par $\varphi_a^{-1}=\varphi_{-a}$ du
disque $\ol D(0,r)$ est contenue dans le disque de rayon 
$(|a|+r)/(1+|a|r)\le (R_0+r)/(1+R_0r)$, on en déduit
$$
f(\ol D(0,r))\subset \ol D(0,M_{R_0}(r)),\qquad
\hbox{où}~~M_{R_0}(r)={R_0+r\over 1+R_0r}.
$$
Ceci démontre la Proposition (et le grand théorème de Picard
en découle comme au Chapitre~III, \S$\,$8).\qed

\claim Remarque|{\rm Le petit théorème et le grand théorèmes de Picard 
admettent également des versions pour les fonctions méromorphes. Ils
s'énoncent comme suit~:
\smallskip
\item{\rm(i)} {\em Toute application méromorphe non constante
$f\in\cM(\bC)$ omet au plus deux valeurs de $\bP^1_\bC=\bC\cup\{\infty\}$.}
\smallskip
\item{\rm(ii)} {\em Toute application méromorphe
$f:D(z_0,r_0)\ssm\{z_0\}\to \bC\cup\{\infty\}$ admettant une
singularité essentielle en $z_0$ $($c'est-à-dire un point
singulier non isolé, ou bien un point singulier isolé mais qui
est une singularité essentielle de $f$ comme fonction
holomorphe$)$ prend une infinité de fois toute valeur dans le
complémentaire $\bP^1_\bC\ssm E$, où $E$ est une partie de
$\bP^1_\bC$ comportant au plus deux points.}
\smallskip
\noindent
[Si $a$ est une valeur omise par $f$ et $a\ne\infty$, on peut en effet 
raisonner sur la fonction $g(z)=1/(f(z)-a)$ qui est une fonction holomorphe].
}

\endclaim

\supersection{5. Fonctions univalentes}

L'objet de cette section est de prouver quelques estimations quantitatives
concernant les fonctions injectives (dites encore univalentes) sur le 
disque unité.

\claim Définition|On note $\cS$ l'ensemble des fonctions
holomorphes injectives $f$ sur le disque unité $\bD$ telles que
$f(0)=0$ et $f'(0)=1$.
\endclaim

Ainsi toute fonction $f\in\cS$ admet un développement en série
de la forme 
$$
f(z)=z+\sum_{n=2}^{+\infty}a_nz^n,\qquad z\in\bD.
$$
La fonction $F=1/f$ est méromorphe sur $\bD$ et admet du fait de
l'injectivité de $f$ un unique pôle simple en $z=0$. On a donc un
développement en série convergent
$$
F(z)={1\over z}+\sum_{n=0}^{+\infty}\alpha_nz^n,\qquad z\in\bD.
$$
On notera que si $c\in\bD$, alors la fonction 
$$
f_c(z)=c^{-1}f(cz)=z+\sum_{n=2}^{+\infty}a_nc^{n-1}z^n
$$
est encore dans $\cS$.

\claim Exemple|{\rm La fonction
$$
f_1(z)={z\over (1-z)^2}=\sum_{n=1}^{+\infty}nz^n
$$
est un élément de $\cS$. En effet, si $f(z)=f(w)$, alors 
$(z-w)(1-zw)=0$ et le second facteur n'est pas nul si
$|z|<1$ et $|w|<1$. On vérifie aisément que
l'image $f_1(\bD)$ est égale à $\bC\ssm{}]-\infty,-1/4[$. Ceci résulte
du fait que l'équation du second degré $(1-z)^2-z/w=0$ a deux racines
dont le produit est égal à $1$, et ces racines ne peuvent être complexes
conjuguées que si $w$ est réel avec $\Delta=(2+1/w)^2-4\le 0$, ce qui équivaut
à $w\in{}]-\infty,-1/4]\;$; dans tout autre cas, une des racines $z$ (et une
seulement) est de module${}<1$. D'après la remarque ci-dessus, la fonction
$$
f_c(z)=c^{-1}f_1(cz)={z\over(1-cz)^2},\qquad |c|=1
$$
est également dans $\cS$, et son image est le complémentaire dans $\bC$
de la demi-droite $]-\infty,-1/4]\;{}c^{-1}$.}
\endclaim

\claim Théorème de l'aire|Soit $f\in\cS$ et
$$
F(z)={1\over f(z)}={1\over z}+\sum_{n=0}^{+\infty}\alpha_nz^n,\qquad
z\in\bD.
$$
\vskip-14pt\noindent
Alors~~ $\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty}n|\alpha_n|^2\le 1$.
\endclaim

\dem. La preuve repose sur une estimation de l'aire couverte par l'image
$F(C_r)$ de la couronne $C_r=C(0,r,1)$, lorsque $r\in{}]0,1[$ tend vers~$0$. 
Cette aire est donnée par $A(r)=\int\!\!\int_{C_r}|F'(z)|^2d\lambda(z)$,
car la différentielle d'une application holomorphe $F$ est une similitude
de rapport $F'(z)$ (de sorte que l'image d'un rectangle infinitésimal est
un rectangle infinitésimal dont l'aire est multipliée par $|F'(z)|^2$). 
En passant en coordonnées polaires, il vient
$$
A(r)=\int_r^1\rho d\rho \int_0^{2\pi}|F'(\rho e^{\ii\theta})|^2d\theta.
$$
La dérivée $F'(\rho e^{\ii\theta})$ s'exprime comme la série de Fourier
$$
F'(\rho e^{\ii\theta})=-{1\over z^2}+\sum_{n=1}^{+\infty}n\alpha_n z^{n-1}=
-\rho^{-2}e^{-2\ii\theta}+\sum_{n=1}^{+\infty}n\alpha_n \rho^{n-1}
e^{(n-1)\ii\theta}.
$$
La formule de Parseval nous donne par conséquent
$$
\int_0^{2\pi}|F'(\rho e^{\ii\theta})|^2d\theta=2\pi\Big(
\rho^{-4}+\sum_{n=1}^{+\infty}n^2|\alpha_n|^2\rho^{2n-2}\Big),
$$
d'où
$$
A(r)=\pi\Big(r^{-2}-1+\sum_{n=1}^{+\infty}n|\alpha_n|^2(1-r^{2n})\Big).
$$
Par ailleurs, du fait de l'injectivité de $F$, l'image $F(C_r)$
est contenue dans le complémentaire de l'image du disque
$F(D(0,r))$, qui est un voisinage de l'infini bordé par l'image
$F(\Gamma(0,r))$ du cercle de rayon $r$. Nous allons estimer l'image
de ce cercle à partir du développement en série de Laurent
de~$F$. Nous pouvons ne pas tenir compte du coefficient $\alpha_0$,
puisque celui-ci produit juste une translation de l'image de $F$.  Par
ailleurs, quitte à changer $F(z)$ en $cF(cz)$ avec $|c|=1$, le
coefficient $\alpha_1$ est remplacé par $\alpha_1 c^2$ et on peut
donc supposer $\alpha_1$ réel positif. Dans ces conditions, si nous
posons $z=r e^{\ii\theta}$, il vient
$$
u+\ii v=F(r e^{\ii\theta})=r^{-1}e^{-\ii\theta}+\alpha_1r e^{\ii\theta}+O(r^2),
$$
donc
$$
u=(r^{-1}+\alpha_1 r)\cos\theta+O(r^2),\qquad 
v=-(r^{-1}-\alpha_1 r)\sin\theta+O(r^2).
$$
Ceci entraîne que
$$
{u^2\over (r^{-1}+\alpha_1r)^2}+{v^2\over (r^{-1}-\alpha_1r)^2}<1+Cr^3,
$$
donc l'image $F(\Gamma(0,r))$ est contenue dans l'ellipse
$E_r$ dont les demi-axes sont $a=(r^{-1}+\alpha_1r)\sqrt{1+Cr^3}$ et
$b=(r^{-1}-\alpha_1r)\sqrt{1+Cr^3}$. D'après ce qui précède, l'image
$F(C_r)$ est contenue dans $E_r$, et son aire satisfait donc la majoration
$$
A(r)\le\pi ab=\pi(r^{-1}+\alpha_1r)(r^{-1}-\alpha_1r)(1+Cr^3)=\pi(r^{-2}+O(r)).
$$
En combinant cette inégalité avec la formule explicite déjà établie
pour $A(r)$, nous obtenons
$$
-1+\sum_{n=1}^{+\infty}n|\alpha_n|^2\le 0
$$
lorsque $r\to 0$, et le «\?théorème de l'aire\?» est 
démontré.\qed

\claim Corollaire 1|Si $f\in\cS$, alors le coefficient $\alpha_1$ de $z$
dans $F(z)=1/f(z)$ vérifie $|\alpha_1|\le 1$.
\endclaim
 
Cette inégalité est optimale, puisque la fonction $f_c(z)=z/(1-cz)^2$ de $\cS$
est telle que $F_c(z)=1/f_c(z)=z^{-1}-2c+c^2z$, et on a donc $|\alpha_1|=1$
lorsque $|c|=1$.

\claim Corollaire 2|Si $f\in\cS$, alors le coefficient $a_2$ de $z^2$ dans
$f(z)$ vérifie $|a_2|\le 2$.
\endclaim

\dem. Si $f(z)=z+\sum_{n=2}^{+\infty}a_nz^n$, on considère la fonction
$$
g(z)=\sqrt{f(z^2)}=\sqrt{z^2+a_2z^4+a_3z^6+\ldots}=
z\sqrt{1+a_2z^2+a_3z^4+\ldots}
$$
La fonction $g$ est impaire. Elle est dans $\cS$ puisque $g(z)=g(w)$ implique
$f(z^2)=f(w^2)$, donc $z^2=w^2$ et $w=\pm z\;$; or l'imparité de $g$
exclut la possibilité $w=-z$ si $z\ne 0$, donc $g$ est bien injective.
Nous avons
$$
G(z)={1\over g(z)}={1\over z}(1+a_2z^2+a_3z^4+\ldots)^{-1/2}=
{1\over z}-{a_2\over 2}z+\Big({3\over 8}a_2^2-{1\over 2}a_3\Big)z^3+
\ldots
$$
Le corollaire~1 nous donne alors $|{a_2\over 2}|\le 1$. De nouveau cette
égalité est optimale comme le montre l'exemple de la fonction
$f(z)=z/(1-z)^2=z+2z^2+3z^3+\ldots\;$.\qed

\claim Corollaire 3|Si $f\in\cS$, alors $f(\bD)$ contient le disque
$D(0,{1\over 4})$, et si $F=1/f$, l'image $F(\bD)$ contient le 
complémentaire du disque fermé du rayon $2$ centré au point~$-a_2$.
\endclaim

\dem. Si $w\notin f(\bD)$, alors la fonction
$$
g(z)={f(z)\over 1-f(z)/w}
$$
qui est la composée de $f$ avec une homographie est encore injective.
De plus $g(0)=0$ et $g'(0)=f'(0)=1$, donc $g\in\cS$. Si 
$f(z)=z+a_2z^2+\ldots$~, un calcul du développement limité donne
$$
g(z)=z+\Big(a_2+{1\over w}\Big)z^2+\ldots
$$
donc $|a_2+{1\over w}|\le 2$. Ceci montre que $F(\bD)$ contient le 
complémentaire du disque fermé de centre $-a_2$ et de rayon~$2$. De plus 
$|a_2|\le 2$, donc on a $|{1\over w}|\le 4$ et $|w|\ge{1\over 4}$. Il en
résulte que $f(\bD)\supset D(0,{1\over 4})$. La fonction
$f(z)=z/(1-z)^2$ a pour image $f(\bD)=\bC\ssm{}]-\infty,-1/4]$, 
tandis que $g(z)=z/(1+z^2)$ est également injective, et admet une 
fonction inverse $G=1/g=1/f+2$ qui a pour image $G(\bD)=(\bC\cup\{\infty\})
\ssm[-2,2]$, avec un coefficient $a_2=0$. Par conséquent le corollaire~3 
ne peut pas être amélioré.\qed
\end

% Local Variables:
% TeX-command-default: "eTeX"
% End:
