% Fonctions holomorphes et surfaces de Riemann, chapitre V
%
% Laurent Bonavero
% Jean-Pierre Demailly
% Université de Grenoble I, Institut Fourier
% 38402 Saint-Martin d'Hères, France
%

\input vcmac

\openauxfile

\blankline
\chaptitle{Chapitre V}
\chaptitle{Fonctions harmoniques}
\chaptitle{et sous-harmoniques}
\chaptitlerunning{Chap.\ V: Fonctions harmoniques et sous-harmoniques}
\vskip50pt

Les fonctions sous-harmoniques sont en quelque sorte les analogues
complexes des fonctions convexes~: par définition, ce sont les
fonctions semi-continues supé\-rieu\-rement sur un ouvert du plan complexe
qui satisfont les inégalités de moyenne relativement à tous les
disques contenus dans cet ouvert. De même que les fonctions convexes
sont caractérisées par la positivité de la dérivée seconde,
les fonctions sous-harmoniques sont, quant à elles,
caractérisées par la positivité du laplacien. Nous les
étudions en démontrant au passage un certain nombre de formules
intégrales importantes, comme la formule de Green-Riesz, qui exprime
une fonction sur un disque en termes de ses valeurs au bord et d'une
certaine intégrale de son laplacien. De cette formule générale,
nous déduisons la formule de Poisson qui donne la solution du
problème de Dirichlet pour les fonctions harmoniques. La formule de
Jensen s'obtient d'autre part comme conséquence de la formule de
Lelong-Poincaré calculant le laplacien d'une fonction
sous-harmonique du type $\ln|f|$ avec $f$ holomorphe. Le chapitre
s'achève avec la preuve du principe de réflexion de Schwarz, 
via une version forte du principe du maximum pour les fonctions faiblement
sous-harmoniques.

\supersection{1. Généralités sur les fonctions semi-continues}

Rappelons qu'une fonction $u$ définie sur un espace topologique $X$ et
à valeurs dans $\bR$ ou dans $[-\infty,+\infty[$ est dite
{\it semi-continue supérieurement} en un point $x_0$ si pour tout
$\lambda>u(x_0)$ il existe un voisinage $V$ de $x_0$ sur lequel on a
$u<\lambda$. De façon équivalente, $u:X\to{}]-\infty,+\infty]$ est 
semi-continue supérieurement en $x_0$ si
$$
\limsup_{x\to x_0}u(x)\le u(x_0).\leqno(1.1)
$$
De façon analogue, on dit que $u$ est {\it semi-continue inférieurement}
en $x_0$ si
$$
\liminf_{x\to x_0}u(x)\ge u(x_0).\leqno(1.2)
$$
Il est clair que la fonction $u$ est continue en $x_0$ si et seulement
si elle y est semi-continue supérieurement et inférieurement. Nous nous
restreignons maintenant au cas de la semi-continuité supérieure, en laissant
au lecteur le cas de la semi-continuité inférieure. On a le résultat
évident qui suit.

\claim Théorème et définition|La fonction $u$ est dite 
semi-continue supérieurement sur $X$ si elle
l'est en tout point $x_0\in X$. Cette propriété équivaut aux deux suivantes~:
\smallskip
\item{\rm(i)} Pour tout réel $\lambda$, l'ensemble
$\{u<\lambda\}=\{x\in X\,;\;u(x)<\lambda\}$ est un ouvert.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Pour tout réel $\lambda$, l'ensemble
$\{u\ge\lambda\}=\{x\in X\,;\;u(x)\ge \lambda\}$ est un fermé.
\vskip0pt
\endclaim

On en déduit aisément le résultat qui suit.

\claim Proposition|Si $u$ est semi-continue supérieurement sur $X$, alors
pour toute partie compacte $K$ de $X$ il existe un point $x_0\in K$
tel que
$$
\sup_{x\in K} u(x) = u(x_0).
$$
\endclaim

\dem. Soit en effet $S=\sup_{x\in K}u(x)$. Pour tout $\lambda<S$, l'ensemble
$\{u\ge\lambda\}$ est une partie fermée non vide
de $K$. Comme $K$ est compact, on en déduit que le fermé
$F=\{u\ge S\}=\bigcap_{\lambda<S}\{u\ge\lambda\}$ est non vide. Or 
si $x_0\in F$, on a d'une part $u(x_0)\ge S$,
et d'autre part $u(x_0)\le S$ puisque $x_0\in K$.\qed

Le résultat suivant est facile à démontrer.

\claim Théorème A|Toute limite d'une suite décroissante de fonctions
semi-continues supérieurement est semi-continue supérieurement,
en particulier, toute limite d'une suite décroissante de fonctions continues
est semi-continue supérieurement.\endclaim

Dans le cas d'un espace métrisable, on a un énoncé réciproque~:

\claim Théorème B|Soit $X$ un espace topologique métrisable.
Alors toute fonction $u$ de $X$ dans $[-\infty,+\infty[$ qui est
semi-continue supérieurement est limite d'une suite décroissante
$(u_n)$ de fonctions continues de $X$ dans~$\bR$.
\endclaim

\dem. Comme $[-\infty,+\infty[$ est isomorphe à l'intervalle $[0,1[$ 
en tant qu'ensemble ordonné (avec par exemple 
l'isomorphisme $x\mapsto e^x/(1+e^x)$), on peut tout aussi bien 
travailler avec des fonctions $u$ à valeurs dans $[0,1[$.

Soit $d$ une distance compatible avec la topologie de $X$.
Pour tout entier $n$, on pose
$$
u_n(x)=\sup_{y\in X} \big(\max(u(y),2^{-n-1})- 2^n d(x,y)\big).
$$
Les propriétés suivantes sont immédiates à vérifier~:

$\bu$ $(u_n)$ est une suite décroissante$\;$;

$\bu$ Pour tout $x\in X$, $u_n(x)\ge\max(u(x),2^{-n-1})\ge u(x)\;;$

$\bu$ $u_n$ est à valeurs dans $[2^{-n-1},1]\subset{}]0,1]$.

$\bu$ $u_n$ est lipschitzienne de rapport $2^n$ et donc continue sur $X$.

\noindent
Pour tout $\lambda>u(x)$, il existe par hypothèse une boule 
$B(x,2^{-N})$  sur laquelle $u<\lambda$. Pour $y\in X\ssm B(x,2^{-N})$ on
a alors $d(x,y)\ge 2^{-N}$ et donc
$$
\max(u(y),2^{-n-1})- 2^n d(x,y)\le 1-2^{n-N}\le 0\le u(x)<\lambda
$$
si $n\ge N$, tandis que pour $y\in B(x,2^{-N})$ et $n>-\log_2\lambda$ il vient
$$
\max(u(y),2^{-n-1})- 2^n d(x,y)\le \max(u(y),2^{-n})<\lambda.
$$
Par conséquent $u_n(x)\le \lambda$ pour $n\ge\max(N,[-\log_2\lambda]+1)$.
Ceci montre que $\lim_{n\to+\infty}u_n(x)=u(x)$. Enfin, il est clair
que l'on a $u_n(x)<1$ pour tout $x$ et tout $n$ (utiliser les
majorations précédentes avec $\lambda<1$). La suite $(u_n)$ répond à
la question.\qed

Si $X$ est un espace métrisable et localement compact muni d'une mesure
de Radon positive $\mu$ sur $X$, on peut définir l'intégrale
$\int_K u\,d\mu\in[-\infty,+\infty[$ d'une fonction semi-continue 
supérieurement $u$ en posant, sur chaque compact $K\subset X$
$$
\int_ K u\,d\mu = \lim_{n\to+\infty} \int_K u_n\,d\mu\leqno(1.3)
$$
pour toute suite $(u_n)$ de fonctions continues réelles qui
convergent simplement en décroissant vers $u$. D'après le théorème de
convergence monotone, on a $u\in L^1(K,\mu)$ si et seulement si
$\int_K u\,d\mu>-\infty$.

\supersection{2. Fonctions sous-harmoniques}

\section{2.1. Notion de sous-harmonicité}

La notion de sous-harmonicité est en quelque sorte l'analogue complexe
de la notion réelle de convexité. Pour cela, on remplace
l'inégalité de convexité relative au milieu des cordes par une
inégalité de moyenne sur les cercles.

\claim Définition|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$. Une fonction
$u:\Omega\to[-\infty, +\infty[$ est dite sous-harmonique si
les deux propriétés suivantes sont satisfaites~:
\smallskip
\item{\rm(i)} $u$ est semi-continue supérieurement sur $\Omega$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} $u$ vérifie l'inégalité de la moyenne~: pour tout point
$z_0\in\Omega$ et pour tout $r>0$ tel que $\ol D(z_0,r)\subset\Omega$, on a
$$
u(z_0)\le{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}u(z_0 + re^{\ii\theta})d\theta.
$$
\vskip-5pt
\endclaim

\claim Notation|On note $\SH(\Omega)$ l'ensemble des fonctions
sous-harmoniques sur~$\Omega$.
\endclaim

\claim Exemples|{\rm L'ensemble $\SH(\Omega)$ contient~:
\par\noindent
$\bu$ Les fonctions convexes dans $\Omega$ (i.e.\ les fonctions
qui sont convexes sur tout segment $[a,b]\subset\Omega$). En effet, si $u$ est
convexe sur $\Omega$ et si $\ol D(z_0,r)\subset\Omega$, on a
$$
u(z_0)\le {1\over 2}\big(u(z_0+re^{\ii\theta})+u(z_0-re^{\ii\theta})\big),
$$
ce qui implique l'inégalité de moyenne sur le cercle après intégration
sur l'intervalle $[0,2\pi]$.
\par\noindent
$\bu$ Pour tout $f\in \cO(\Omega)$, les fonctions $\Re(f)$, $\Im(f)$ et 
$|f|^2$ sont des fonctions sous-harmoniques. Pour le voir, on écrit
$$
f(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}a_n(z-z_0)^n=\sum_{n=0}^{+\infty}a_n r^n 
e^{\ii n\theta}\qquad
\hbox{si $z=z_0+re^{\ii\theta}$,}
$$
et on utilise les formules usuelles concernant les séries de Fourier
pour obtenir
$$
\eqalign{
f(z_0)&=a_0={1\over 2\pi}\int_0^{2\pi} f(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta,\cr
|f(z_0)|^2&=|a_0|^2\le\sum_{n=0}^{+\infty}|a_n|^2r^{2n}=
{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi} |f(z_0+re^{\ii\theta})|^2\,d\theta\cr
}
$$
(égalité de Parseval). La première ligne entraîne bien
que $\Re f$ et $\Im f$ satisfont l'égalité de moyenne, tandis que
la seconde entraîne la sous-harmonicité de $|f|^2$.
}
\endclaim

{\itemindent=7mm
\claim Proposition|La classe des fonctions sous-harmoniques jouit des
propriétés de stabilité suivantes.
\smallskip
\item{\rm(i)} Si $u,v\in\SH(\Omega)$ et $\lambda,\mu\in\bR^+$ alors
$\lambda u+\mu v$ et $\max(u, v)$ sont sous-harmo\-niques.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Si $(u_n)\in \SH(\Omega)$ est une suite décroissante 
alors $\lim u_n\in \SH(\Omega)$.
\smallskip
\item{\rm(iii)} Si $\chi:\bR\to\bR$ est une fonction croissante et convexe, 
et si $u\in\SH(\Omega)$ alors 
$$
\chi\circ u\in\SH(\Omega)
$$
$[$on convient ici que $\chi(-\infty)=\lim_{t\to-\infty}\chi(t)\;]$.
\smallskip
\item{\rm(iv)} Si $\chi:\bR^p\to\bR$ est une fonction croissante et
convexe par rapport à chaque variable, et si
$u_1,\ldots,u_p\in\SH(\Omega)$ alors $\chi(u_1,\ldots,u_p)\in\SH(\Omega)$.
\smallskip
\item{\rm(v)} Si $u_1,\ldots,u_p\in\SH(\Omega)$ alors 
$\ln(e^{u_1}+\ldots+e^{u_p})\in\SH(\Omega)$.
\endclaim
}

\dem. (i) se déduit aussitôt de la définition, (ii) résulte du
théorème de convergence monotone et du fait que la limite d'une suite
décroissante de fonctions semi-continues supérieurement est semi-continue
supérieurement.

Pour obtenir (iii), on pose $t_0=u(z_0)$ et on utilise le fait que le graphe
de $\chi$ est situé au dessus de l'une ou l'autre de ses demi-tangentes,
par exemple la demi-tangente à gauche
$$
t\mapsto at+b=\chi'(t_0-0)(t-t_0)+\chi(t_0).
$$
L'égalité $\chi(t_0)=at_0+b$ combinée à l'inégalité
$\chi(t)\ge at+b$ implique alors
$$
\chi(u(z_0))=a u(z_0)+b\le{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}
\big(au(z_0+r e^{\ii\theta})+b\big)\,d\theta
\le{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}
\chi\big(u(z_0+r e^{\ii\theta})\big)\,d\theta.
$$
On utilise ici de façon essentielle la positivité du coefficient
$a=\chi'(t_0-0)\ge 0$, qui découle de la croissance de $\chi$.
Pour obtenir (iv) on raisonne de même en utilisant le fait que
le graphe de $\chi$ est situé au dessus de l'hyperplan d'appui
défini par
$$
(t_1,\ldots,t_p)\mapsto a_1t_1+\ldots+a_pt_p+b,\qquad
a_j={\partial\chi\over\partial t_j}(t_j-0)\ge 0.
$$
(v) C'est un cas particulier de (iv), car $\chi(t_1,\ldots,t_p)=
\ln(e^{t_1}+\ldots+e^{t_p})$ est une fonction convexe de
$(t_1,\ldots,t_p)$, croissante en chaque variable. On sait en effet
que la convexité équivaut à la condition $\chi''(t)\ge 0$ en une
variable, et à la positivité de la forme quadratique $\sum
\chi''_{t_it_j}a_ia_j$ en un nombre quelconque de variables. La
vérification de cette propriété sera laissée au lecteur.\qed

\claim Inégalité de la moyenne sur un disque|Si 
$u\in\SH(\Omega)$, alors pour tout $z_0\in\Omega$ et tout $r>0$ tel que 
$\ol D(z_0,r)\subset\Omega$ on a~: 
$$
u(z_0)\le{1\over \pi r^2}\int_{D(z_0,r)} u(z)\,d\lambda(z).
$$
\endclaim

\dem. On passe en coordonnés polaires et on écrit
$$
\eqalign{
{1\over \pi r^2}\int_{D(z_0,r)} u(z)\,d\lambda(z)&=
{1\over \pi r^2}\int_{0\le\rho\le r,~0\le\theta\le2\pi} 
u(z_0+\rho e^{\ii\theta})\,\rho\,d\rho\,d\theta\cr
&={2\over r^2}\int_0^r\rho\,d\rho\bigg(
{1\over 2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+\rho e^{\ii\theta})\,d\theta\bigg)\cr
}
$$
Il est clair que l'inégalité de moyenne sur les cercles
${1\over 2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+\rho e^{\ii\theta})\,d\theta\ge u(z_0)$
implique l'inégalité de moyenne sur le disque.\qed

\claim Corollaire|Si $\Omega$ est un ouvert connexe et si $u\in \SH(\Omega)$,
alors soit $u$ est identiquement $-\infty$ sur $\Omega$, 
soit $u$ est dans $L^1_\loc(\Omega)$.
\endclaim

\dem. Supposons $u\not\equiv -\infty$, et considérons l'ensemble $E$
des points $z_0\in\Omega$ tel qu'il existe un voisinage $V_{z_0}$
sur lequel $u\in L^1(V_{z_0})$. Par définition même $E$ est un ouvert.
Par ailleurs, si $z_0$ est un point tel que $u(z_0)\ne-\infty$,
alors d'une part la semi-continuité supérieure entraîne l'existence
d'un disque $\ol D(z_0,r)$ sur lequel $u\le M=u(z_0)+1$, et d'autre part
l'inégalité de moyenne sur le disque implique
$$
{1\over \pi r^2}\int_{D(z_0,r)} u(z)\,d\lambda(z)\ge u(z_0)>-\infty,
$$
d'où $u\in L^1(D(z_0,r)$. Par conséquent $E$ contient
tous les points tels que \hbox{$u(z_0)\ne-\infty$}, et, en
particulier, $E$ est donc non vide.
Montrons pour terminer que $E$ est {\em fermé} dans $\Omega$, ce 
qui achèvera la démonstration grâce à la connexité de~$\Omega$.
Soit $z_0\in\ol E\cap\Omega$, $z_0=\lim a_\nu$, $a_\nu\in E$.
Comme $u$ est intégrable au voisinage de $a_\nu$, il y a des points
$b_\nu$ arbitrairement proches de $a_\nu$ tels que $u(b_\nu)>-\infty$ et
$\lim b_\nu=z_0$.
Soit $\delta={1\over 3}d(z_0,\complement\Omega)$. Pour $\nu$ assez grand
on a $|b_\nu-z_0|<\delta$, donc $z_0\in D(b_\nu,\delta)$ et 
$D(b_\nu,\delta)\subset K=\ol D(z_0,2\delta)$
qui est un compact contenu dans $\Omega$. Sur ce compact, la semi-continuité
supérieure de $u$ entraîne $u\le M=\sup_K u<+\infty$, tandis que
$$
{1\over \pi \delta^2}\int_{D(b_\nu,\delta)} u(z)\,d\lambda(z)\ge 
u(b_\nu)>-\infty.
$$
Comme $D(b_\nu,\delta)$ est un voisinage de $z_0$, ceci implique bien que $u$
est $L^1$ au voisinage de~$z_0$. Par suite $z_0\in E$ et $E$ est fermé.\qed

\section{2.2. Formule de Lelong-Jensen}

Nous obtenons ici une formule reliant les valeurs moyenne d'une
fonction sur un cercle, à une certaine intégrale de son laplacien sur
un disque. La généralisation de cette formule à $\bC^n$ est souvent
appelée formule de Lelong-Jensen. Nous nous restreindrons ici au cas du plan
et du disque.

\claim Formule de Lelong-Jensen|Soit $u$ une fonction de classe
$\cC^2$ sur un disque fermé~$\ol D(z_0,r_0)$. Alors
$$
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+r_0e^{\ii\theta})\,d\theta = u(z_0)+
{1\over2\pi}\int_0^{r_0}\bigg(\int_{D(z_0,t)}\Delta u(z)\,d\lambda(z)\bigg)
{dt\over t}.\leqno(2.2.1)
$$
\endclaim

\dem. Pour simplifier les notations, nous supposons $z_0=0$ et utilisons
les coordonnées polaires dans $\bC\simeq \bR^2$ pour écrire
$u(x,y)=u(r\cos\theta,r\sin\theta)$. Nous devons calculer
$$
\mu(r)={1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}u(r\cos\theta,r\sin\theta)\,d\theta.
$$
Le théorème de dérivation sous le signe $\int$ implique
$$
\mu'(r)={1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}\big(u'_x(r\cos\theta,r\sin\theta)
\,\cos\theta+u'_y(r\cos\theta,r\sin\theta)\,\sin\theta\big)\,d\theta.
$$
En écrivant $x=r\cos\theta$, $y=r\sin\theta$ sur le
cercle $\Gamma(0,r)$, il vient
$$
\cos\theta\,d\theta={1\over r}dy,\qquad
\sin\theta\,d\theta=-{1\over r}dx,
$$
d'où
$$
\eqalign{
\mu'(r)&={1\over 2\pi r}\int_{\Gamma(0,r)} u'_xdy-u'_ydx
={1\over 2\pi r}\int_{D(0,r)} d\big(u'_xdy-u'_ydx\big)\cr
&={1\over 2\pi r}\int_{D(0,r)}u''_{xx}\,dx\wedge dy-u''_{yy}\,dy\wedge dx
={1\over 2\pi r}\int_{D(0,r)}\Delta u(z)\,d\lambda(z)\cr}
$$
en utilisant la formule de Green-Riemann. le lemme résulte alors 
de l'égalité
$$
\mu(r_0)=\mu(0)+\int_0^{r_0}\mu'(t)\,dt.\eqno\square
$$

Nous énonçons maintenant deux variantes utiles de la formule
précédente.

\claim Variantes|Soit $u$ une fonction de classe $\cC^2$ sur un disque
fermé~$\ol D(z_0,r)$. Alors pour $\varepsilon\in{}]0,r[$ on a
$$
\leqalignno{\kern40pt 
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta &= u(z_0)+
{1\over2\pi}\int_{D(z_0,r)}\ln{r\over|z-z_0|}\,\Delta u(z)\,
d\lambda(z).&(2.2.2)\cr
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta &-
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+\varepsilon e^{\ii\theta})\,d\theta
&(2.2.3)\cr
= {1\over2\pi}&\int_{D(z_0,r)}\min\bigg(\ln{r\over|z-z_0|},
\ln{r\over\varepsilon}\bigg)\,\Delta u(z)\,
d\lambda(z).\cr
}
$$
\endclaim

\dem. Nous reprenons les calculs précédents, en supposant de
nouveau $z_0=0$.  L'égalité
$\mu(r)-\mu(\varepsilon)=\int_\varepsilon^r\mu'(t)\,dt$ et le
théorème de Fubini fournissent
$$
\eqalign{
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(re^{\ii\theta})\,d\theta &-
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(\varepsilon e^{\ii\theta})\,d\theta\cr
&=\int_\varepsilon^r{1\over 2\pi t}\bigg(
\int_{D(0,t)}\Delta u(z)\,d\lambda(z)\bigg)dt\cr
&={1\over 2\pi}\int\!\!\!\int_{\varepsilon<t<r,\,\,|z|<t}
\Delta u(z)\,d\lambda(z)\,{dt\over t}\cr
&={1\over 2\pi}\int_{z\in D(0,r)}
\bigg(\int_{\max(|z|,\varepsilon)}^r{dt\over t}\bigg)\,
\Delta u(z)\,d\lambda(z)\cr
&={1\over 2\pi}\int_{D(0,r)}
\min\bigg(\ln{r\over|z|},\ln{r\over\varepsilon}\bigg)\,
\Delta u(z)\,d\lambda(z).\cr}
$$
Ceci implique l'égalité (2.2.3), et le cas particulier (2.2.2) s'obtient 
en faisant tendre $\varepsilon$ vers $0$.\qed

\section{2.3. Formule de Green-Riesz}

L'objet de cette section est de démontrer une formule très importante
permettant de représenter des fonctions en termes de leur laplacien sur
un compact $K$ et de leurs valeurs sur le bord $\partial K$. Nous nous
restreindrons au cas du disque, pour lequel on a une formule 
complètement explicite.

On introduit ci-dessous deux fonctions que l'on appelle respectivement 
«\?noyau de Poisson\?» $P_K$ et «\?noyau de Green\?» $G_K$
associés au disque fermé $K=\ol D(z_0,r)$. Il existe en fait de
tels noyaux $P_K$ et $G_K$ pour tout compact $K$ à bord de classe
$\cC^1$ par morceaux, définis respectivement sur $\partial K\times
K^\circ$ et $K\times K$, avec $G_K(z,z)=-\infty$ sur la diagonale
(cf.~problème~??). De façon précise, on pose\break $P_{\ol
  D(z_0,r)}=P_{z_0,r}$ et $G_{\ol D(z_0,r)}=G_{z_0,r}$ avec
$$
\leqalignno{
\kern10pt P_{0,r}(z,w)&={1\over 2\pi r}\,{r^2-|w|^2\over |z-w|^2}\kern40pt
\hbox{pour $(z,w)\in\partial D(0,r)\times D(0,r)$},&(2.3.1)\cr
\kern10pt G_{0,r}(z,w)&={1\over 2\pi}\ln\bigg({r|z-w|\over |r^2-z\ol w|}\bigg)
\qquad\hbox{pour $z\ne w$ dans $\ol D(0,r)$}.&(2.3.2)\cr
}
$$
La translation $\ol D(z_0,r)\mapsto \ol D(0,r)$,
$z\mapsto z-z_0$ conduit à poser plus généralement
$$
P_{z_0,r}(z,w)=P_{0,r}(z-z_0,w-z_0),\qquad
G_{z_0,r}(z,w)=G_{0,r}(z-z_0,w-z_0),
$$
de sorte que
$$
\eqalign{
P_{z_0,r}(z,w)&={1\over 2\pi r}\,{r^2-|w-z_0|^2\over |z-w|^2}\kern30pt
\hbox{pour $(z,w)\in\partial D(z_0,r)\times D(z_0,r)$},\cr
G_{z_0,r}(z,w)&={1\over 2\pi}
\ln\bigg({r|z-w|\over |r^2-(z-z_0)(\ol w-\ol z_0)|}
\bigg)\kern10pt
\hbox{pour $z\ne w$ dans $\ol D(z_0,r)$}.\cr
}
$$

\claim Formule de Green-Riesz|Soit $u$ une fonction de classe $\cC^2$
sur un disque fermé $K=\ol D(z_0,r)$. Alors pour tout $w\in K^\circ$ on a
$$
u(w)=\int_{\partial K}P_K(z,w)\,u(z)\,|dz|+
\int_{K}G_K(z,w)\,\Delta u(z)\,d\lambda(z)
\leqno(2.3.3)
$$
où $|dz|=\sqrt{dx ^2+dy^2}$ désigne l'élément infinitésimal d'abscisse 
curviligne de~$\partial K$. De plus $P_K$ et $G_K$ vérifient 
les propriétés suivantes~:
$$
\leqalignno{
P_K(z,w)&>0\quad\hbox{sur $\partial K\times K^\circ$},&(2.3.4)\cr
\int_{\partial K}P_K(z,&w)\,|dz|=1,\quad\forall w\in K^\circ,&(2.3.5)\cr
G_K(z,w)&<0\quad\hbox{et}\quad G_K(z,w)=G_K(w,z)\quad\hbox{sur 
$K^\circ\times K^\circ$},&(2.3.6)\cr
\noalign{\vskip5pt}
G_K(z,w)&=0\quad\hbox{sur $(K^\circ\times\partial K)\cup
(\partial K\times K^\circ)$}.&(2.3.7)\cr
}
$$
\vskip-6pt
\endclaim

\dem. Après translation on peut évidemment supposer $z_0=0$. De plus, le
changement de variable $z=rz'$, $w=rw'$ ramène le calcul au cas du disque
unité~$D(0,1)$. Pour $w=0$, la formule (2.3.3) équivaut à
$$
u(0)={1\over 2\pi}\int_{\Gamma(0,1)}u(z)\,|dz|+
{1\over 2\pi}\int_{D(0,1)}\ln|z|\,\Delta u(z)\,d\lambda(z),
\leqno(2.3.8)
$$
et celle-ci résulte de (2.2.2) dans le cas du rayon unité $r=1$.
Pour obtenir le cas d'un point $w$ quelconque,
on effectue un changement de variable au moyen d'une homographie bijective
du disque unité dans lui-même, à savoir
$$
\varphi_w(z)={z-w\over 1-z\ol w},\qquad
\varphi_w^{-1}(\zeta)={\zeta+w\over 1+\zeta\,\ol w}.
$$
En appliquant la formule (2.3.8) à la fonction 
$u\circ\varphi_w^{-1}(\zeta)$ on obtient
$$
u(w)={1\over 2\pi}\int_{\Gamma(0,1)}
u(\varphi_w^{-1}(\zeta))\,|d\zeta|+
{1\over 2\pi}\int_{D(0,1)}\ln|\zeta|\,
\Delta_\zeta\big(u(\varphi_w^{-1}(\zeta))\big)\,d\lambda(\zeta).
$$
On exploite maintenant le fait que l'expression
$$
\Delta_z u(z)\,d\lambda(z)=2\ii {\partial^2 u\over \partial z\partial\ol z}\,
dz\wedge d\ol z
$$
est un {\em invariant conforme}~: si on substitue $z=\psi(\zeta)$ avec 
$\psi$ holomorphe, on a $dz=\psi'(\zeta)\,d\zeta$, donc 
$\partial^2 u/\partial z\partial\ol z$ devient
$$
{1\over\psi'(\zeta)\ol{\psi'(\zeta)}}\,
{\partial^2 u(\psi(\zeta))\over \partial\zeta\partial\ol\zeta}
$$
tandis que $dz\wedge d\ol z$ devient $\psi'(\zeta)\ol{\psi'(\zeta)}\,
d\zeta\wedge d\ol\zeta$. Par conséquent
$$
\Delta_z u(z)\,d\lambda(z)=
\Delta_\zeta\big(u(\psi(\zeta))\big)\,d\lambda(\zeta).
$$
En appliquant cette invariance conforme avec le changement de variable 
$\zeta=\varphi_w(z)$ (c'est-à-dire $z=\psi(\zeta)=
\varphi_w^{-1}(\zeta)$), nous obtenons
$$
u(w)={1\over 2\pi}\int_{\Gamma(0,1)}u(z)\,|d\varphi_w(z)|+
{1\over 2\pi}\int_{D(0,1)}\ln|\varphi_w(z)|\,
\Delta_z u(z)\,d\lambda(z).
$$
Comme
$$
|d\varphi_w(z)|=|\varphi'_w(z)|\,|dz|={1-|w|^2\over |1-z\ol w|^2}\,|dz|
={1-|w|^2\over |w-z|^2}\,|dz|,
$$
si $|z|=1$, la formule de Green-Riesz s'ensuit.\qed

\section{2.4. Sous-harmonicité et positivité du laplacien}

Comme conséquence de la formule de Green-Riesz, on obtient une 
carac\-térisation nécessaire et suffisante des fonctions sous-harmoniques
de classe~$\cC^2$. Nous améliorerons cette caractérisation dans
la section~3, en la généralisant au fonctions sous-harmoniques
quelconques.

\claim Proposition|Soit $\Omega$ un ouvert de~$\bC$.
Une fonction $u$ de classe $\cC^2$ dans $\Omega$ est sous-harmonique si et 
seulement si $\Delta u\ge 0$ sur $\Omega$.
\endclaim

\dem. Si $\Delta u\ge 0$ sur $\Omega$, l'égalité (2.2.1)
$$
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta = u(z_0)+
{1\over2\pi}\int_0^r\bigg(\int_{D(z_0,t)}\Delta u(z)\,d\lambda(z)\bigg)
{dt\over t}
$$
montre que l'inégalité de moyenne
$$
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta \ge u(z_0)
$$
est satisfaite pour tout disque $\ol D(z_0,r)$. Inversement, s'il existe
un point $z_0\in\Omega$ tel que $\Delta u(z_0)<0$, alors par continuité
il existe un disque $\ol D(z_0,r)\subset\Omega$ sur lequel $\Delta u<0$, par
suite
$$
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta < u(z_0)
$$
et $u$ n'est pas sous-harmonique.\qed

Dans les résultats ci-dessous, nous aurons besoin d'utiliser les procédés
usuels de régularisation. Pour cela, on choisit une fonction 
$\wt\rho:[0,+\infty[{}\to\bR_+$ de classe $\cC^\infty$ dont le support
est égal à $[0,1]$~; la fonction 
$$
\wt\rho(t)=\cases{
\exp(-1/(1-t))&si $t\in [0,1]$\cr
\noalign{\vskip4pt}
0             &si $t\in[1,+\infty[$\cr
}
$$
convient. On pose ensuite 
$$
\rho_\varepsilon(z)={C\over\varepsilon^2}
\wt\rho\Big({|z|^2\over\varepsilon^2}\Big),
$$
où $C>0$ est une constante choisie en sorte que $\int_\bC
\rho_\varepsilon(z)\,d\lambda(z)=1$. Il est bien connu
que si $u$ est une fonction localement intégrable dans $\bC$, alors la
{\em convolution}
$$
u*\rho_\varepsilon(z)=\int_{w\in\bC}u(w)\rho_\varepsilon(z-w)\,d\lambda(w)
=\int_{w\in D(z,\varepsilon)}u(w)\rho_\varepsilon(z-w)\,d\lambda(w)
$$
est une fonction $\cC^\infty$ qui converge vers $u$ dans $L^1$ sur tout
compact. Plus précisément, si $u$ est définie sur un compact $\Omega$, alors
$u*\rho_\varepsilon$ est définie sur
$$
\Omega_\varepsilon=\big\{z\in\Omega\,;\;d(z,\complement\Omega)>\varepsilon
\big\},
$$
avec $\Omega=\bigcup_{\varepsilon>0}\Omega_\varepsilon$. De plus,
par dérivation sous le signe somme, nous avons
$D^\alpha(u*\rho_\varepsilon)=u*(D^\alpha\rho_\varepsilon)$ pour tout
opérateur de différentiation $D^\alpha$. Si $u$ est continue, on
démontre aisément la convergence uniforme de $u*\rho_\varepsilon$ vers
$u$ sur tout compact, et de là, la convergence dans $L^1$ par densité
des fonctions continues à support compact.

\claim Théorème|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et
$u:\Omega\to[-\infty,+\infty[$ une fonction semi-continue
supérieurement.
 \smallskip
\item{\rm(i)} Si $u\in\SH(\Omega)$ alors, pour tout $z_0\in\Omega$, 
l'application
$$
r\mapsto\mu_{z_0,r}(u)={1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta
$$ 
est croissante sur $[0,d(z_0,\complement\Omega)[$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Si $u\in\SH(\Omega) \cap L^1_\loc(\Omega)$ alors 
$u*\rho_\varepsilon$ est sous-harmonique dans $\Omega_\varepsilon$.
De plus $\varepsilon\mapsto u*\rho_\varepsilon(z)$ est une fonction 
croissante et on a $\lim_{\varepsilon\to0_+}u*\rho_\varepsilon(z)=u(z)$
en tout point.
\smallskip
\item{\rm(iii)} Si $u\in\SH(\Omega)$ alors $u$ est 
la limite simple sur $\Omega$ d'une suite décroissante $u_\nu$ de 
fonctions sous-harmoniques de classe $\cC^\infty$, définies sur des
ouvert $\Omega_{1/\nu}$ formant une suite croissante et tels que
$\bigcup\Omega_{1/\nu}=\Omega$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. Lorsque $u$ est de classe $\cC^2$, la propriété (i) résulte
aussitôt de la formule (2.2.1) et de la positivité du laplacien.

\noindent
(ii) La convolution peut s'écrire aussi
$$
u*\rho_\varepsilon(z)=\int_{w\in\bC}u(z-w)\rho_\varepsilon(w)\,d\lambda(w).
$$
C'est une fonction $\cC^\infty$, donc continue. De plus, en prenant la
valeur moyenne sur un cercle $\Gamma(z_0,r)$, on déduit du théorème
de Fubini que l'inégalité de moyenne est satisfaite, par conséquent
$u*\rho_\varepsilon$ est sous-harmonique et nous en déduisons
de (i) que 
$$ r\mapsto \mu_{z_0,r}(u*\rho_\varepsilon)$$
est une fonction croissante de $r$, pour $r<d(z_0,\complement\Omega)
-\varepsilon$. Après changement de variable $w\mapsto\varepsilon w$, nous 
pouvons écrire
$$
\eqalign{
u*\rho_\varepsilon(z)
&=C\int_{w\in\bC}u(z-\varepsilon w)\wt\rho(|w|^2)\,d\lambda(w)\cr
&=C\int_0^1\bigg(\int_0^{2\pi}u(z+\varepsilon re^{\ii\theta})\,d\theta\bigg)
\wt\rho(r^2)\,r\,dr\cr
&=2\pi C\int_0^1\mu_{z,\varepsilon r}(u)\,\wt\rho(r^2)\,r\,dr\cr}
$$
De là, nous déduisons que $\varepsilon\mapsto
u*\rho_\varepsilon(z)$ est fonction croissante de $\varepsilon$
si $u$ est de classe $\cC^2$. En particulier, nous pouvons appliquer ce 
resultat pour $u*\rho_\delta$, mais comme $u*\rho_\delta\to u$ dans $L^1$
sur tout compact, nous avons
$$
u*\rho_\varepsilon(z) =\lim_{\delta\to 0_+}
(u*\rho_\delta)*\rho_\varepsilon(z)
$$
et il en résulte, sans hypothèse de régularité sur $u$, que
$\varepsilon\mapsto u*\rho_\varepsilon(z)$ est fonction croissante
de $\varepsilon$. Maintenant, la dernière formule intégrale combinée
à l'inégalité de moyenne pour $u$ implique
$$
u*\rho_\varepsilon(z)\ge 
2\pi C\int_0^1 u(z)\,\wt\rho(r^2)\,r\,dr = u(z)\int_{D(0,1)}\rho_1(w)\,
d\lambda(w)=u(z).
$$
De plus, pour tout $\lambda>u(z)$, la semi-continuité supérieure
de $u$ implique l'existence d'un disque $D(z,\varepsilon_0)$ sur
lequel $u<\lambda$. Nous avons alors $u*\rho_\varepsilon(z)\le\lambda$
pour $\varepsilon<\varepsilon_0$, et donc $\lim_{\varepsilon\to 0}
u*\rho_\varepsilon(z)=u(z)$.

\noindent
(iii) résulte de (ii) en prenant par exemple $u_\nu=u*\rho_{1/\nu}$,
du moins lorsque $u$ est localement intégrable sur $\Omega$. Si $u$
n'est pas localement intégrable, on sait que $u$ est identiquement
égale à $-\infty$ dans les composantes connexes où il n'y a pas
intégrabilité, et il est évident dans ce cas qu'on peut prendre
$u_\nu(z)=-\nu$.  La propriété (i) s'ensuit sans hypothèse sur $u$, 
en considérant la suite $(u_\nu)$ et en appliquant le théorème de
convergence monotone.\qed

\claim Corollaire|Si $f:\Omega'\to\Omega$ est holomorphe et 
$u\in \SH(\Omega)$ alors $u\circ f\in \SH(\Omega')$.
\endclaim

\dem. Nous considérons d'abord le cas où $u$ est de classe~$\cC^2$.
Du fait de l'holomorphie de $f$, nous avons
$$
{\partial^2 (u\circ f)\over\partial z\partial\ol z}
={\partial^2 u\over\partial z\partial\ol z}(f(z))\,f'(z)\,\ol{f'(z)},
$$
et la positivité de $\Delta u$ entraîne donc celle de $\Delta(u\circ f)$.
En général, on écrit $u$ comme limite décroissante $\lim u_\nu$
de fonctions sous-harmoniques de classe~$\cC^\infty$, et on en déduit que
$u\circ f=\lim u_\nu\circ f$ est sous-harmonique.\qed

\claim Exemple|{\rm Un exemple fondamental est celui de la fonction
$u(z)=\ln|z|$, étendue à $\bC$ tout entier en posant $\ln 0=-\infty$.
Nous avons 
$$
\ln|z|=\lim_{\varepsilon\to 0_+}{1\over 2}\ln(|z|^2+\varepsilon^2),
$$
et des calculs aisés donnent
$$
\eqalign{
{\partial\over\partial \ol z}\ln(|z|^2+\varepsilon^2)&=
{z\over |z|^2+\varepsilon^2},\cr\qquad
{\partial^2\over\partial z\partial \ol z}\ln(|z|^2+\varepsilon^2)&=
{1\over |z|^2+\varepsilon^2}-{|z|^2\over(|z|^2+\varepsilon^2)^2}
={\varepsilon^2\over(|z|^2+\varepsilon^2)^2}\ge 0.\cr}
$$
Par conséquent, les fonctions $z\mapsto\ln(|z|^2+\varepsilon^2)$ et
$z\mapsto\ln|z|$ sont sous-harmoniques sur $\bC$ tout entier.}
\endclaim

\claim Conséquence|{\rm Il résulte de l'exemple précédent que pour 
toute fonction holomorphe $f\in\cO(\Omega)$, la
fonction $\ln|f|$ est sous-harmonique dans $\Omega$.
Plus généralement, si $\chi(t_1,\ldots,t_p)$ est une fonction convexe 
croissante et si $f_1,\ldots,f_p\in\SH(\Omega)$, alors 
$\chi(\alpha_1\ln|f_1|,\ldots,\alpha_p\ln |f_p|)\in\SH(\Omega)$
pour tout système $\alpha_1,\ldots,\alpha_p$ de coeffi\-cients${}\ge 0$.
Ceci implique que
$$
\eqalign{
&\max\big(\alpha_1\ln|f_1|,\ldots,\alpha_p\ln|f_p|\big)\in\SH(\Omega),\cr
&\ln\big(|f_1|^{\alpha_1}+\ldots+|f_p|^{\alpha_p}\big)\in\SH(\Omega).\cr
}
$$
pour $\alpha_1,\ldots,\alpha_p\ge 0$.}
\endclaim

\claim Remarque|{\rm À partir de la fonction logarithme, il est aisé
de produire des fonctions sous-harmoniques fortement discontinues. Posons par
exemple
$$
u(z)=\sum_{n=2}^{+\infty}2^{-n}\ln|z-a_n|
\qquad\hbox{$z\in \bC$},
$$ 
où $(a_n)_{n\ge 1}$ est une suite dénombrable dense dans $\bC$, telle que
$1/n\le|a_n|\le n$. Sur~le disque $D(0,R)$ nous avons 
$|z-a_n|<R+n$ et on peut écrire
$$
u(z)=\sum_{n=2}^{+\infty}2^{-n}\ln{|z-a_n|\over R+n}
+\sum_{n=2}^{+\infty}2^{-n}\ln(R+n).
$$
La deuxième série est convergente et la première est composée de
termes négatifs, donc décroissante, ce qui entraîne que $u$ est
sous-harmonique sur $D(0,R)$ et donc sur $\bC$ tout entier. Nous avons
$$
u(0)\ge \sum_{n=2}^{+\infty}2^{-n}\ln{1\over n}>-\infty,
$$
donc $u$ n'est pas identiquement $-\infty$. Cependant $u(a_n)=-\infty$,
donc $u(z)$ est égale à $-\infty$ sur une partie dense. La fonction
positive $v=e^u$ est également sous-harmonique, elle est nulle sur
une partie dense de $\bC$ sans être identiquement nulle.}
\endclaim

\supersection{3. Laplaciens comme mesures positives}

\section{3.1. Dérivation au sens des distributions}

Il sera commode d'utiliser ici quelques rudiments de la théorie des
distributions, de façon à pouvoir différentier des fonctions qui sont
seulement localement intégrables par rapport à la mesure de Lebesgue
$d\lambda$. Nous nous contenterons d'un cas très particulier, qui met
en jeu seulement des mesures, mais pas des distributions quelconques.
Comme souvent, le mot mesure désignera ici des mesures 
«\?de~Radon\?», c'est-à-dire des mesures de masse finie sur 
les compacts.

Étant donné un ouvert $\Omega$ dans $\bR^n$, on note $\cC_c(\Omega)$
l'ensemble des fonctions continues à support compact dans $\Omega$, et
$\cD(\Omega)$ l'ensemble des fonctions $\cC^\infty$ à support
compact dans $\Omega$. Grâce aux procédés standard de convolution,
on montre facilement que $\cD(\Omega)$ est dense dans $\cC_c(\Omega)$
pour la topologie de la convergence uniforme. Enfin, on considère
des opérateurs différentiels à coefficients constants
$$
P(D)=\sum_{|\alpha|\le m}a_\alpha D^\alpha=
\sum_{\alpha_1+\ldots+\alpha_n\le m}a_{\alpha_1\ldots\alpha_n} 
{\partial^{\alpha_1+\ldots+\alpha_n}\over
\partial x_1^{\alpha_1}\ldots\partial x_n^{\alpha_n}}~.
$$
Le point de départ consiste à observer que l'on a la formule
d'intégration par parties
$$
\int_\Omega P(D)u(x)\,v(x)\,d\lambda(x)=
\int_\Omega u(x)\,P(-D)v(x)\,d\lambda(x)\leqno(3.1.1)
$$
chaque fois que $u$ et $v$ sont des fonctions de classe $\cC^m$
dans $\Omega$, l'une d'entre elles au moins étant à support
compact. L'opérateur $P(-D)$ provient du changement de signe
lorsqu'on effectue une intégration par parties ordinaire. Ceci nous
amène à la définition suivante.

\claim Définition|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bR^n$, $u$ une
fonction réelle localement intégrable au sens de Lebesgue et $\mu$
une mesure réelle dans $\Omega$. Nous écrirons que l'on a
$$
P(D)u = \mu
$$ 
«\?au sens des distributions\?» si on a l'égalité
$$
\mu(f) = \int_\Omega u(x)\,P(-D)f(x)\,d\lambda(x)
$$
pour toute fonction $f\in\cD(\Omega)$ de classe $\cC^\infty$ à support 
compact dans $\Omega$.
\endclaim

Comme les fonctions $f$ de classe $\cC^\infty$ à support compact sont denses
dans les fonctions continues à support compact pour la topologie de la
convergence uniforme, la mesure $\mu$, si elle existe, est
nécessairement unique. On observera que si $u$ est de classe $\cC^m$, alors
la formule (3.1.1) montre que la mesure $\mu=P(D)u$ est la mesure à
densité continue par rapport à la mesure de Lebesgue telle que
$$
d\mu(x)=P(D) u(x)\,d\lambda(x),
$$
l'écriture $\mu=\Delta u$ revient donc simplement à identifier la mesure 
$\mu$ avec sa densité $P(D)u$.

\section{3.2. Convergence vague des mesures}

Nous aurons besoin de quelques résultats élémentaires sur la 
«\?conver\-gence vague\?» des mesures (parfois aussi appelée 
«\?convergence faible\?», mais nous éviterons cette terminologie 
pour éviter la confusion avec la notion analogue mais distincte en 
théorie des distributions).

\claim Notion de convergence vague|On dit qu'une suite de mesures
$(\mu_j)_{j\in\bN}$ converge vaguement vers une mesure $\mu$ sur $\Omega$
si la suite réelle $(\mu_j(f))_{j\in\bN}$ converge vers $\mu(f)$ pour 
toute fonction continue $f$ à support compact dans $\Omega$.
\endclaim

\claim Proposition|Soit $\cP$ une partie dense dans l'espace des fonctions 
continues à support compact dans $\Omega$ et $(\mu_j)_{j\in\bN}$ une
suite de mesures dans~$\Omega$.
\smallskip
\item{\rm(i)} Pour que la suite $(\mu_j)$ converge vaguement
vers une mesure $\mu$, il faut et il suffit d'une part que
pour tout compact $K\subset\Omega$, la suite réelle $(|\mu_j|(K))_{j\in\bN}$ 
soit bornée, et d'autre part que $\mu_j(f)\to\mu(f)$ pour tout $f\in \cP$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} On a la propriété de compacité suivante pour la 
convergence vague~:
si pour tout compact $K\subset\Omega$ la suite $(|\mu_j|(K))_{j\in\bN}$ 
est bornée, alors il existe une sous-suite $(\mu_{j_\nu})$ qui converge 
vaguement vers une mesure $\mu$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) Considérons l'espace $\cC_K(\Omega)$ des fonctions continues
à support dans un compact quelconque $K\subset\Omega$. C'est un espace
de Banach pour la topologie de la convergence uniforme, et toute
mesure $\mu$ sur $\Omega$ donne lieu à une forme linéaire continue
$f\mapsto \mu(f)$ sur $\cC_K(\Omega)$, dont la norme est égale à
$|\mu|(K^\circ)$ (noter que les fonctions de $\cC_K(\Omega)$ sont
nulles sur le bord~$\partial K$).  Si la suite $(\mu_j)$ converge
vaguement vers $f$, alors c'est une suite de formes linéaires 
«\?simplement bornée\?» sur $\cC_K(\Omega)$, c'est-à-dire que la
suite $(\mu_j(f))$ est bornée pour tout $f\in\cC_K(\Omega)$. Un
théorème classique d'analyse fonctionnelle (le théorème de
Banach-Steinhaus) dit alors que la suite des normes $\Vert\mu_j\Vert$
est bornée, donc les «\?masses\?» $|\mu_j|(K^\circ)$ sont
bornées. Quitte à agrandir un peu le compact, on en conclut que les
masses $|\mu_j|(K)$ sont bornées.  

Inversement, supposons que les masses $|\mu_j|(K)$ soient bornées et
que\break $\lim\mu_j(f)=\mu(f)$ pour tout $f\in \cP$. L'hypothèse de 
densité de $\cP$ dans
$\cC_c(\Omega)$ signifie de façon précise que pour tout $f_0\in\cC_c(\Omega)$,
il existe un compact $K$ dans~$\Omega$, contenant le support de $f_0$, 
tel que pour tout  $\varepsilon>0$ on peut trouver une
fonction $f_\varepsilon\in \cP$, à support dans $K$, telle que $\Vert
f_\varepsilon-f_0\Vert \le\varepsilon$. Désignons par $C_K$ une constante
majorant les normes $\Vert\mu\Vert$ et $\Vert\mu_j\Vert\le|\mu_j|(K)$. Alors
$$\eqalign{
|\mu_j(f_0)-\mu(f_0)|
&\le |\mu_j(f_\varepsilon)-\mu(f_\varepsilon)|+
|\mu_j(f_\varepsilon-f_0)|+|\mu(f_\varepsilon-f_0)|\cr
&\le |\mu_j(f_\varepsilon)-\mu(f_\varepsilon)|+ 2C_K\varepsilon.\cr}
$$
Par hypothèse $f_\varepsilon\in \cP$, et il existe un indice 
$N(\varepsilon)$ tel que 
$|\mu_j(f_\varepsilon)-\mu(f_\varepsilon)|\le\varepsilon$ pour~$j\ge 
N(\varepsilon)$. On voit donc que l'on a bien $\lim\mu_j(f_0)=\mu(f_0)$
pour tout $f_0\in\cC_c(\Omega)$.

\noindent
(ii) On utilise ici l'existence d'une partie dénombrable
$\cP=\{f_\nu\}_{\nu\in\bN}$ dense dans $\cC_c(\Omega)$ (si
$\theta_\nu$ est une suite de fonctions tronquantes à support
compact, égales à $1$ sur des compacts $K_\nu$ formant une suite
exhaustive de $\Omega$, on peut prendre $\cP=\{x\mapsto
\theta_\nu(x)p(x)\}$, où $p(x)$ décrit l'ensemble des polynômes
à coefficients rationnels). On construit par récurrence une suite
de parties infinies emboîtées $S_\nu$ dans l'ensemble des
entiers naturels, telles que
$$
\bN\supset S_0\supset S_1\supset\ldots\supset S_\nu\supset\ldots,
$$
et telles que la sous-suite $\mu_j(f_\nu))_{j\in S_\nu}$ soit convergente
pour chaque indice $\nu$. Ceci est possible, puisque
$$
|\mu_j(f_\nu)|\le C_K\Vert f_\nu\Vert,
$$
si $K$ est un compact contenant le support de $f_\nu$ et
$C_K$ un majorant de $|\mu_j|(K)$. Désignons par $j_\nu$ le $n$-ième
élément de $S_\nu$. L'inégalité
$$
|\mu_j(f)-\mu_k(f)|\le |\mu_j(f_\nu)-\mu_k(f_\nu)|+
|\mu_j(f-f_\nu)|+|\mu_k(f-f_\nu)|
$$
et la densité de $\cP$ impliquent  facilement que
$(\mu_{j_\nu}(f))$ est une suite de Cauchy pour tout $f\in\cC_c(\Omega)$.
Il est facile de voir que la limite
$$
\mu(f)=\lim_{\nu\to+\infty}\mu_{j_\nu}(f)
$$
définit une forme linéaire continue sur $\cC_c(\Omega)$, donc une mesure
sur~$\Omega$, et que $(\mu_{j_\nu})$ converge vaguement vers $\mu$.\qed

\claim Corollaire|Soit $(u_j)_{j\in\bN}$ une suite de fonctions
localement intégrables au sens de Lebesgue sur $\Omega$. On suppose
que $\mu_j=P(D)u_j$ est une mesure positive et que $u_j$ converge en
norme $L^1$ sur tout compact vers une limite $u\in L^1_\loc(\Omega)$.
Alors la suite $(\mu_j)_{j\in\bN}$ converge vaguement vers une mesure
positive $\mu$ sur $\Omega$, et on a $\mu=P(D)u$.
\endclaim

\dem. Nous montrons tout d'abord que les masses $|\mu_j|(K)=\mu_j(K)$
sont bornées pour tout compact $K$ de~$\Omega$. Fixons une fonction
$\theta\in\cC^\infty(\Omega)$, à support compact, telle que $0\le\theta\le 1$
et $\theta=1$ sur $K$. Par définition de $\mu_j$ et grâce à l'hypothèse
de positivité, on a
$$
0\le\mu_j(K)\le\mu_j(\theta)=\int_\Omega u_j\,P(-D)\theta\,d\lambda
\le \Vert P(-D)\theta\Vert_\infty~\Vert u_j\Vert_{L^1(K')}
$$
où $K'=\Supp(\theta)$. Or, du fait de la convergence $L^1$ locale, la
suite des normes $\Vert u_j\Vert_{L^1(K')}$ est bornée. On sait alors
d'après (ii) qu'il existe une sous-suite $(\mu_{j_\nu})$ convergeant 
vaguement vers une mesure $\mu$. Puisque les $\mu_{j_\nu}$ sont positives, 
il est clair que $\mu$ est positive. Par convergence $L^1$ sur tout compact
de la suite $(u_j)$, l'égalité
$$
\mu_j(f)=\int_\Omega u_j\,P(-D)f\,d\lambda\qquad \forall f\in\cD(\Omega)
$$
implique à la limite
$$
\mu(f)=\int_\Omega u\,P(-D)f\,d\lambda\qquad \forall f\in\cD(\Omega),
$$
par conséquent $\mu=P(D)u$. Grâce à la densité de $\cD(\Omega)$ dans 
$\cC_c(\Omega)$, la partie (i) de la proposition montre que 
$(\mu_j)_{j\in\bN}$ converge vaguement vers~$\mu$.\qed

Il faut remarquer que le corollaire précédent est faux dans le cas de
mesures non positives. Par exemple la suite de fonctions $u_j(x)=2^{-j}
\sin(4^j x)$ converge vers $0$ dans $L^1_\loc(\bR)$ mais
$\mu_j(x)={d\over dx}u_j(x)=2^j\cos(4^j x)$ n'est pas de norme $L^1$
localement bornée sur les compacts, de sorte qu'il ne saurait y avoir
de limite vague de la suite de mesures $\mu_j(x)\,dx$. 

\section{3.3. Équation de Lelong-Poincaré}

Nous appliquons ici les résultats qui précèdent au cas des fonctions 
sous-harmoniques. Nous obtenons tout d'abord le fait que le laplacien
est une mesure positive, en même temps qu'un résultat général de 
convergence vague.

\claim Théorème|Soit $u$ une fonction sous-harmonique $u$ dans un
ouvert $\Omega$, qui n'est identiquement égale à $-\infty$ dans aucune
des composantes connexes. Alors le laplacien $\Delta u$ est une mesure 
positive. De plus, si 
$(u_\nu)_{\nu\in\bN}$ est une suite décroissante de fonctions
sous-harmoniques convergeant vers $u$, la suite de mesures
$\Delta u_\nu$ converge vaguement vers $\Delta u$.
\endclaim

\dem. Nous savons qu'une telle fonction sous-harmonique $u$ est localement
intégrable, et qu'on peut choisir une suite décroissante $(\wt u_\nu)$ de 
fonctions
sous-harmoniques de classe $\cC^\infty$ convergeant vers~$u$. Dans ce cas
$\Delta \wt u_\nu$ est une fonction $\cC^\infty~\ge{}0$, et le corollaire 
précédent implique que $\Delta u$ est une mesure positive. Le résultat
général de convergence vague résulte aussi du corollaire.\qed

\claim Exemple|Au sens des distributions, on a
$$
\Delta \ln|z| = 2\pi\delta_0,
$$
où $\delta_0$ désigne la mesure de Dirac en $0$.
\endclaim

\dem. Considérons la fonction
$$
u_\varepsilon(z)={1\over 2}\ln\big(|z|^2+\varepsilon^2\big),
$$
qui converge en décroissant vers $u(z)=\ln|z|$ quand $\varepsilon$ tend 
vers $0$ en décroissant. D'après
un calcul déjà fait dans la section~2.4, nous avons
$$
\Delta u_\varepsilon(z)={2\varepsilon^2\over (|z|^2+\varepsilon^2)^2}.
$$
Pour toute fonction $f\in\cD(\bC)$, nous trouvons
$$
\int_\bC \Delta u_\varepsilon(z)\,f(z)\,d\lambda(z)=
\int_\bC {2\over(1+|w|^2)^2}\,f(\varepsilon w)\,d\lambda(w)
$$
en effectuant un changement de variable $z=\varepsilon w$. Or, cette
intégrale converge vers $I\, f(0)$ avec
$$
I=\int_\bC {2\over(1+|w|^2)^2}d\lambda(w)=
2\pi\int_0^{+\infty} {2rdr\over(1+r^2)^2}=2\pi
$$
(on a posé $w=re^{\ii\theta}$, $d\lambda(w)=rdr\,d\theta$). Par conséquent
$$
\lim_{\varepsilon\to 0}
\int_\bC \Delta u_\varepsilon(z)\,f(z)\,d\lambda(z)=2\pi f(0)=2\pi\delta_0(f)
$$
et le résultat est démontré.\qed

\claim Équation de Lelong-Poincaré|Soit $f$ une fonction mémomorphe
sur un ouvert $\Omega$ de $\bC$, non identiquement nulle sur chaque 
composante connexe, et soit 
$$
D=\sum m_j[a_j]
$$
son diviseur des zéros et des pôles. Alors la fonction $\ln|f|$ est 
localement intégrable sur $\Omega$, et au sens des 
distributions on a
$$
{1\over 2\pi}\Delta\ln|f|=\sum_j m_j\delta_{a_j}
$$
où $\delta_{a_j}$ est la mesure de Dirac au point $a_j$.
\endclaim

\dem. Il suffit d'après l'unicité de démontrer l'égalité au voisinage
d'un point $z_0$ quelconque. Sur un disque $D(z_0,r)$ assez petit,
on peut écrire $f(z)=(z-z_0)^mu(z)$ où $m$ est la multiplicité
de $z_0$ (nulle si $z_0$ n'est ni un zéro ni un pôle$\,$!) et $u$ une
fonction holomorphe inversible dans $D(z_0,r)$. On a alors $\Delta\ln|u|=0$
puisque
$$
{\partial\over\partial z}\ln (u\,\ol u)={u'\,\ol u\over u\,\ol u}={u'\over u},
\qquad
{\partial^2\over\partial z \partial \ol z}\ln (u\,\ol u)=
{\partial\over\partial \ol z}\left({u'\over u}\right)=0.
$$
Comme $\ln|f(z)|=m\ln|z-z_0|+\ln|u(z)|$ sur $D(z_0,r)$, on obtient
$$
\Delta\ln|f(z)|=2\pi m\,\delta_{z_0}
\quad\hbox{sur $D(z_0,r)$}.\eqno\square
$$

\section{3.4. Formules de Jensen et de Green-Riesz généralisées}

En utilisant le formalisme du laplacien généralisé au sens des
distributions, il est facile d'obtenir le résultat suivant.

\claim Théorème|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$
et $u$ une fonction sous-harmonique sur $\Omega$ qui n'est égale 
identiquement à $-\infty$ sur aucune des composantes connexes. Soit $\Delta u$
la mesure positive «\?laplacien au sens des distributions\?». Alors
pour tout disque fermé $\ol D(z_0,r)$ contenu dans $\Omega$ on a
\smallskip
\item{\rm(i)} Formule de Lelong-Jensen~$:$
$$
\eqalign{
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+r e^{\ii\theta})\,d\theta - u(z_0) 
&={1\over2\pi}\int_0^r\bigg(\int_{D(z_0,t)}\Delta u(z)\,d\lambda(z)\bigg)
{dt\over t}\cr
&={1\over2\pi}\int_{D(z_0,r)}\ln{r\over |z-z_0|}\,
\Delta u(z)\,d\lambda(z).\cr
}
$$
\smallskip
\item{\rm(ii)} Formule de Green-Riesz~$:$ pour tout point $w\in D(z_0,r)$ 
$$
u(w)=\int_{\Gamma(z_0,r)}P_{z_0,r}(z,w)\,u(z)\,|dz|+
\int_{D(z_0,r)}G_{z_0,r}(z,w)\,\Delta u(z)\,d\lambda(z).
$$
\smallskip
\item{\rm(iii)} Inégalité de Green-Riesz~$:$ pour tout point $w\in D(z_0,r)$ 
$$
u(w)\le\int_{\Gamma(z_0,r)}P_{z_0,r}(z,w)\,u(z)\,|dz|.
$$
Dans ces trois formules, les intégrales étendues au cercle $\Gamma(z_0,r)$ 
sont toujours convergentes.
\endclaim

\dem. On remarquera que l'intégrale double du (i) peut-être divergente,
c'est le cas si et seulement si $u(z_0)=-\infty$. De même l'intégrale
$\smash{\int_{D(z_0,r)}}\ldots$ du (ii) converge si et seulement si
$u(w)>-\infty$.

Pour démontrer ces formules, on reprend l'égalité (2.2.3)
$$
\eqalign{
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta &-
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+\varepsilon e^{\ii\theta})\,d\theta
\cr
= {1\over2\pi}&\int_{D(z_0,r)}\min\bigg(\ln{r\over|z-z_0|},
\ln{r\over\varepsilon}\bigg)\,\Delta u(z)\,
d\lambda(z).\cr
}
$$
déjà démontrée lorque $u$ est de classe $\cC^2$. Si $u$ n'est pas de classe
$\cC^2$, on applique cette égalité aux régularisées $u_\nu=u * \rho_{1/\nu}$
et on observe que la fonction $f$ définie par
$$
f(z)=\cases{
\min\big(\ln{r\over|z-z_0|},
\ln{r\over\varepsilon}\big)&sur $D(z_0,r)$,\cr
0&sur $\bC\ssm D(z_0,r)$\cr
}
$$
est continue à support compact dans $\Omega$ (avec $\Supp f=\ol D(z_0,r)$). 
La convergence
vague $\Delta u_\nu\to\Delta u$ implique que 
$$
\lim_{\nu\to+\infty}\int f(z)\,\Delta u_\nu(z)\,d\lambda(z)=
\int f(z)\,\Delta u(z)\,d\lambda(z)
$$
tandis que les intégrales $\int_0 ^{2\pi}u_\nu(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta$
et $\int_0 ^{2\pi}u_\nu(z_0+\varepsilon e^{\ii\theta})\,d\theta$
admettent les limites voulues par convergence
monotone $u_\nu\to u$. Ces limites sont finies car 
la propriété de croissance des moyennes en fonction du rayon implique
$$
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta \ge
{1\over \pi r^2}\int_{D(z_0,r)}u(z)\,d\lambda(z)>-\infty
$$
du fait de l'intégrabilité locale de $u$. En faisant tendre
$\varepsilon$ vers $0$, on obtient l'égalité
$$
{1\over2\pi}\int_0 ^{2\pi}u(z_0+re^{\ii\theta})\,d\theta - u(z_0)
= {1\over2\pi}\int_{D(z_0,r)}\ln{r\over|z-z_0|}\,\Delta u(z)\,
d\lambda(z)
$$
équivalente à (i). La formule (ii) se déduit de celle-ci comme dans
la section 2.3, en se ramenant à $z_0=0$, $r=1$, puis en effectuant
un changement de variable $\zeta=\varphi_w(z)$. L'inégalité (iii)
résulte immédiatement de (ii), de la positivité du laplacien $\Delta u$
et de la négativité du noyau de Green $G_{z_0,r}$.\qed

La formule plus classique connue sous le nom de formule de Jensen 
s'obtient en prenant $u=\ln|f|$ avec $f$ holomorphe.

\claim Formule de Jensen|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et $f$ une
fonction méromorphe sur~$\Omega$, de diviseur $D=\sum m_j[a_j]$
$($on suppose $f$ non identiquement nulle sur chaque composante connexe$)$.
Alors pour tout disque $\ol D(z_0,r)\subset\Omega$ on a
$$
{1\over 2\pi}\int_ 0^{2\pi}\ln\big|f(z_0+re^{\ii\theta})\big| 
d\theta - \ln|f(z_0)| = \sum_{a_\nu\in D(0,r)} 
m_\nu \ln\bigg({r\over|a_\nu-z_0|}\bigg).
$$
\endclaim

\dem. Lorsque $f$ est holomorphe, c'est le cas particulier de
la formule de Lelong-Jensen appliquée à $u=\ln|f|$,
dans laquelle on utilise l'égalité de Lelong-Poincaré
$$
{1\over 2\pi}\Delta u = \sum_j m_j\delta_{a_j}.
$$
Lorsque $f$ est méromorphe, il suffit d'écrire $f$ comme un quotient
$g/h$ de fonctions holomorphes, et de soustraire les égalités obtenues
pour $g$ et $h$. On notera que l'égalité a bien encore lieu lorsque 
$z_0$ est un zéro ou un pôle de$f$, dans ce cas les deux membres sont infinis
et du même signe ($+\infty$ pour un zéro, $-\infty$ pour un pôle).\qed

\supersection{4. Fonctions harmoniques}

\section{4.1. Définition et relation avec les fonctions holomorphes}

En combinant les résultats déjà obtenus pour les fonctions sous-harmoniques,
il facile d'obtenir diverses caractérisations équivalentes des fonctions
harmoniques.

{\itemindent=7mm
\claim Théorème|Soit $\Omega$ est un ouvert de $\bC$ et $h:\Omega\to\bR$
une fonction réelle sur $\Omega$. Les propriétés suivantes sont 
équivalentes~:
\smallskip
\item{\rm(i)} la fonction $h$ est semi-continue $($supérieurement ou
inférieurement$\,)$ sur $\Omega$ et pour tout 
disque $\ol D(z_0,r) \subset\Omega$ elle satisfait l'égalité de moyenne
$$
h(z_0)={1\over 2\pi}\int_0^{2\pi} h(z_0 + re^{\ii\theta})\,d\theta.
$$
\smallskip
\item{\rm(ii)} $h\in C^2(\Omega)$ et $\Delta h=0$.
\smallskip
\item{\rm(iii)} $h\in C^\infty(\Omega)$ et $\Delta h=0$.
\smallskip
\noindent
On dit alors que $h$ est harmonique sur $\Omega$.
\endclaim
}

\dem. Il est évident que $\hbox{(iii)}\Rightarrow
\hbox{(ii)}\Rightarrow\hbox{(i)}$. Supposons maintenant que 
l'hypothèse (i) soit satisfaite, avec (disons) $h$ semi-continue
supérieurement; dans l'autre cas il suffira de changer $h$ en $-h$.
Alors $h$ est sous-harmonique, donc localement intégrable sur $\Omega$,
et l'égalité de moyenne sur les cercles implique que $h*\rho_\varepsilon=h$
sur $\Omega_\varepsilon=\{z\in\Omega\,;\;d(z,\complement\Omega)>\varepsilon\}$
(passer en coordonnées polaires pour calculer $h*\rho_\varepsilon$, comme à
la section~2.4). Ceci entraîne que $h$ est de classe $\cC^\infty$, puisque
$h*\rho_\varepsilon$ l'est. Par suite $h$ et $-h$ sont sous-harmoniques
et on doit avoir simultanément $\Delta h\ge 0$, $\Delta h\le 0$, ce qui 
entraîne $\Delta h=0$. Nous avons bien démontré que
$\hbox{(i)}\Rightarrow\hbox{(iii)}$.\qed

Nous relions maintenant les fonctions harmoniques aux fonctions
holomorphes.

\claim Théorème|Si $\Omega$ est un ouvert simplement connexe de
$\bC$, alors toute fonction harmonique réelle $h$ sur $\Omega$ s'écrit
comme la partie réelle $h=\Re(f)$ d'une fonction holomorphe $f$ sur
$\Omega$. En particulier, toute fonction harmonique est
$\bR$-analytique.  \endclaim

\dem. L'hypothèse d'harmonicité $\partial^2 h/\partial z\partial\ol z=0$
s'écrit encore  
$${\partial\over \partial\ol z}\left({\partial h\over \partial z}\right)=0,
$$
donc $g=\partial h/\partial z$ est holomorphe sur~$\Omega$. Comme $\Omega$ est
simplement connexe, $g$ possède une primitive $G$ sur $\Omega$, c'est-à-dire
que $\partial G/\partial z = g = \partial h/\partial z$ tandis que
$\partial G/\partial\ol z=0$. Nous en déduisons que
$$
{\partial\over\partial z}(G+\ol G -h)={\partial \over\partial z} (G-h) = 0,
$$
et comme $G+\ol G-h$ est réelle, cette égalité entraîne que
$d(G+\ol G-h)=0$ puisque la relation conjuguée est également satisfaite.
Il existe par conséquent une constante $C$ réelle telle que
$G+\ol G-h=C$, de sorte que
$$
h=G+\ol G-C=\Re(f)
$$
avec $f=2G-C$. Le résultat est démontré.\qed

\claim Remarque 1|{\rm Dans le théorème précédent, les fonctions 
holomorphes $f\in \cO(\Omega)$ telles que $h = \Re(f)$ sont uniques 
à l'addition d'une constante imaginaire pure $\ii C$ près. Dans tout
disque $D(z_0,r)\subset\Omega$ on a un développement en série entière
convergent
$$
h(z)=a_0+\sum_{n=1}^{+\infty}\Re\big(a_n(z-z_0)^n\big),
$$
avec $a_0\in\bR$ et $a_n\in\bC$. Ces coefficients sont uniques et sont donnés
par $a_0=h(z_0)$ et $a_n=2{\partial^nh\over\partial z^n}(z_0)$ pour $n\ge 1$.
}
\endclaim

\claim Remarque 2|{\rm Si $h$ est une fonction harmonique à valeurs complexes
sur un ouvert simplement connexe $\Omega$, il est facile de voir que l'on peut
écrire $h=f+\ol g$ avec \hbox{$f$, $g$} holomorphes sur~$\Omega$. Les
fonctions $f$ et $g$ sont uniques à des constantes additives près.}
\endclaim

\section{4.2. Problème de Dirichlet}

Étant donné une fonction $f\in\cC^0(\Gamma(z_0,r),\bR)$ définie et continue
sur un cercle, le «\?problème de Dirichlet\?» consiste à trouver une
fonction $h\in\cC^0(\ol D(z_0,r))$ continue sur le disque fermé, telle que
$$
\cases{
\Delta h = 0 &sur $D(z_0,r)$\cr
\noalign{\vskip3pt}
h_{|\Gamma(z_0,r)}= f &sur $\Gamma(z_0,r)$,\cr
}\leqno(4.2.1)
$$
autrement dit, une fonction $h$ harmonique sur le disque $D(z_0,r)$
et continue jusqu'à la frontière, admettant $f$ comme valeur au bord.

\claim Théorème|Le problème de Dirichlet $(4.2.1)$ admet une solution 
unique. Cette solution est donnée par
$$
h(w)=\int_{\Gamma(z_0,r)}P_{z_0,r}(z,w)\,f(z)\,|dz|\leqno(4.2.2)
$$
où
$$
P_{z_0,r}(z,w) = {1\over 2\pi r}{r^2-|w-z_0|^2\over |z-w|^2}>0
$$
est le noyau de Poisson du disque $\ol D(z_0,r)$. On notera
$h=P_{z_0,r}[f]$.
\endclaim

\dem. Démontrons d'abord l'unicité. Si $h$ existe, la formule intégrale de
Green-Riesz donne $h=P_{z_0,r'}[h]$ sur tout disque $D(z_0,r')$ avec 
$r'<r$, et donc aussi $h=P_{z_0,r}[h]$ sur $D(z_0,r)$ par continuité.
Comme $h_{|\Gamma(z_0,r)}=f$ par hypothèse, on en déduit que l'on a 
nécessairement $h=P_{z_0,r}[f]$.

Pour démontrer l'existence, on supposera $z_0=0$ afin de simplifier les
notations. On pose évidemment $h=P_{z_0,r}[f]$. Comme le noyau de Poisson est 
de classe $\cC^\infty$ sur $\Gamma(z_0,r)\times D(z_0,r)$, il est
évident par dérivation sous le signe $\int$ que $h$ est de 
classe $\cC^\infty$ sur $D(z_0,r)$. De plus un calcul facile donne
$$
P_{0,r}(z,w)={1\over 2\pi r}{r^2-|w|^2\over |z-w|^2}=
{1\over 2\pi r}\Re{z+w\over z-w},
$$
donc la fonction $w\mapsto P_{0,r}(z,w)$ est harmonique sur $D(0,r)$ pour 
tout $z\in\Gamma(0,r)$. Il en résulte bien que $\Delta h(w)=0$ sur $D(z_0,r)$.
Pour conclure la démonstration, il suffit de vérifier que
$$
\lim_{D(z_0,r)\ni w\to z_1}P_{z_0,r}[f](w) = f(z_1)\leqno(4.2.3)
$$
pour tout point $z_1\in\Gamma(z_0,r)$. Comme $\int_{\Gamma(z_0,r)}
P_{z_0,r}(z,w)\,|dz|=1$ d'après (2.3.5), nous pouvons écrire
$$
h(w)-f(z_1)=\int_{\Gamma(z_0,r)}P_{z_0,r}(z,w)\,\big(f(z)-f(z_1)\big)\,|dz|.
$$
Comme $f$ est supposée continue, étant donné $\varepsilon>0$ quelconque,
il existe $\delta>0$ tel que $z\in \Gamma(z_0,r)\cap D(z_1,\delta)$ implique
$|f(z)-f(z_1)|\le\varepsilon$. On en déduit
$$
\big|h(w)-f(z_1)\big|\le \varepsilon+
\int_{\Gamma(z_0,r)\ssm D(z_1,\delta)}P_{z_0,r}(z,w)\,\big|f(z)-f(z_1)\big|\,
|dz|.
$$
Prenons maintenant $|w-z_1|\le \eta\le\delta/2$ et $z\in 
\Gamma(z_0,r)\ssm D(z_1,\delta)$. Il vient $|z-w|\ge\delta/2$
et $|w|\ge |z_1|-\eta\ge r-\delta'$, donc
$$
P_{0,r}(z,w)={1\over 2\pi r}
{r^2-|w|^2\over|z-w|^2}\le {2\over\pi r}{r^2-(r-\eta)^2\over
\delta^2}\le {4\over\pi}{\eta\over\delta^2}.
$$
Le choix $\eta={1\over 2}\varepsilon\delta^2$ donne
$$
\big|P_{z_0,r}(z,w)\big|\le\varepsilon\quad\hbox{pour $w\in D(z_1,\eta)$
et $z\in \Gamma(z_0,r)\ssm D(z_1,\delta)$},
$$
de sorte que pour tout $w\in D(z_0,r)\cap D(z_1,\eta)$ on a
$$
|h(w)-f(z_1)|\le \varepsilon+\varepsilon\cdot 2M\cdot 2\pi r
$$ 
avec $M=\sup_{\Gamma(z_0,r)}|f|$. Ceci entraîne bien (4.2.3), et le
théorème s'ensuit.\qed

\supersection{5. Fonctions faiblement sous-harmoniques et principe du maximum}

\section{5.1. Notion de sous-harmonicité faible}

Nous commençons par introduire une notion a priori plus faible que
la sous-harmonicité. On verra en fait plus loin que les deux notions
sont équivalentes.

\claim Définition|Si $\Omega$ est un ouvert de $\bC$, une fonction 
$u:\Omega\to [-\infty, +\infty[$ est dite faiblement sous-harmonique 
si elle est semi-continue supérieurement sur $\Omega$ et si, pour
tout point $z_0\in\Omega$, il existe une suite de rayons $r_\nu>0$ tendant 
vers $0$ telle que l'inégalité de moyenne soit satisfaite pour cette
suite de rayons~:
$$
u(z_0)\le {1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}u(z_0 + r_\nu e^{\ii\theta})\,d\theta.
$$
\endclaim

On notera (et c'est là le point crucial de la définition$\;$!) que 
la suite de rayons $r_\nu>0$ pour lesquels 
l'inégalité de moyenne est supposée être vérifiée peut très bien 
dépendre du point $z_0$.

\section{5.2. Principe du maximum}

La stratégie est de démontrer ce principe pour toutes les fonctions 
faiblement sous-harmoniques.

\claim Principe du maximum|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et 
$u$ une fonction faiblement sous-harmonique sur $\Omega$.
\smallskip
\item{\rm(i)}S'il existe $z_0\in\Omega$ tel que 
$u(z_0)=\sup_\Omega u$, alors $u$ est constante sur la
composante connexe de $z_0$ dans~$\Omega$.
\smallskip
\item{\rm(ii)}Pour tout compact $K$ de $\Omega$, on a 
$$
\sup_K u = \sup_{\partial K}u.
$$
\endclaim

\claim Remarque|{\rm Si $h$ est harmonique sur $\Omega$, alors $h$ et 
$-h$ sont  sous-harmoniques sur~$\Omega$ et on a donc aussi
$\sup_K|h| = \sup_{\partial K}|h|$.}
\endclaim

\dem. Pour (i), nous pouvons supposer $\Omega$ connexe (en remplaçant
éventuellement $\Omega$ par la composante connexe du point $z_0$).
Considérons l'ensemble
$$
E=\big\{z\in\Omega\,;\;u(z)<u(z_0)\big\}.
$$
C'est un ensemble ouvert d'après l'hypothèse de semi-continuité 
supérieure de $u$, et $E$ est distinct de $\Omega$ puisque $z_0\notin E$.
Nous voulons montrer que $E=\emptyset$. Sinon, $E$ aurait une composante
connexe $E_0$ non vide, et cette composante $E_0$ aurait un
point frontière $a\in\Omega$ (sinon $E_0$ serait à la fois ouvert et fermé 
dans $\Omega$, avec $E_0\ne\Omega$, donc $E_0=\emptyset\,!$). Comme 
$E$ est ouvert nous avons
$a\in\Omega\ssm E$, donc $u(a)=u(z_0)$. Par hypothèse, il existe
une suite de rayons $r_\nu>0$ tendant vers $0$ tels que
$$
u(a)\le{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}u(a+r_\nu e^{\ii\theta})\,d\theta.
$$
Pour $r_\nu$ assez petit, le cercle $E_0$ intersecte à la fois
$\Omega\ssm\ol D(a,r_\nu)$ (prendre $b\in E_0$, $n\ne a$ et
$r_\nu<|b-a|$) et le disque $D(a,r_\nu)$ (puisque $a$ est adhérent
à $E_0$). La connexité de $E_0$ entraîne alors que $E_0$
intersecte le cercle $\Gamma(a,r_\nu)$, nécessairement le long d'un
ouvert de ce cercle, et sur cet ouvert on a $u(z)<u(z_0)$ par
définition de $E$.  Sur le complémentaire on a de toutes
façons $u(z)\le u(z_0)$. Ceci entraîne
$$
{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}u(a+r_\nu e^{\ii\theta})\,d\theta<u(z_0)=u(a),
$$
contradiction. Cette contradiction montre que $E=\emptyset$ et (i) 
est démontré.

\noindent
(ii) Nous appliquons (i) à l'ouvert $\Omega'=K^\circ$. Si nous
avions $\sup_{\partial K}u<\sup_K u$, le~sup serait atteint pour un
point $z_0\in K^\circ=\Omega'$. Par conséquent $u$ serait constante
dans la composante connexe $\Omega'_0$ de $\Omega'$ contenant $z_0$,
égale à $u(z_0)$. Mais alors, la semi-continuité supérieure de
$u$ impliquerait $u(a)\ge u(z_0)$ pour tout point frontière
$a\in\partial\Omega'_0$. Comme $\partial\Omega'_0\subset
\partial\Omega'\subset\partial K$, c'est une contradiction et (ii)
s'ensuit.\qed

\section{5.3. Équivalence de la sous-harmonicité et de la 
sous-harmonicité faible}

Soit $u$ une fonction faiblement sous-harmonique dans un ouvert $\Omega$
de $\bC$, et soit $\ol D(z_0,r)\subset\Omega$. Comme la fonction
$u_{|\Gamma(z_0,r)}$ est semi-continue supérieurement, on peut écrire
$u=\lim_{\nu\to+\infty}f_\nu$ sur $\Gamma(z_0,r)$, pour une certaine
suite décroissante de fonctions continues $f_\nu$ sur le cercle.
Considérons les solutions
$$
h_\nu=P_{z_0,r}[f_\nu]
$$
du problème de Dirichlet sur le disque. Ce sont des fonctions
continues sur $\ol D(z_0,r)$, harmoniques sur $D(z_0,r)$. Comme
$h_\nu$ satisfait l'égalité de moyenne, Il en résulte aussitôt
que $u-h_\nu$ est faiblement sous-harmonique sur $D(z_0,r)$. De plus,
pour tout point $z_1\in\Gamma(z_0,r)$ la semi-continuité
supérieure de $u$ implique
$$
\limsup_{D(z_0,r)\ni z\to z_1}u(z)-h_\nu(z)\le
u(z_1)-h_\nu(z_1) = u(z_1)-f_\nu(z_1)\le 0.
$$
Nous en déduisons $u(z)-h_\nu(z)\le 0$ sur $D(z_0,r)$, sinon le principe du
maximum serait contredit. En particulier, comme $P_{z_0,r}(z,z_0)=
{1\over 2\pi r}=\hbox{Cte}$, on a
$$
u(z_0)\le h_\nu(z_0)=P_{z_0,r}[f_\nu](z_0)=
{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}f_\nu(z_0+r e^{\ii\theta})\,d\theta.
$$
Comme $\lim f_\nu=u$ sur $\Gamma(z_0,r)$, le théorème de convergence
monotone implique
$$
u(z_0)\le{1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}u(z_0+r e^{\ii\theta})\,d\theta.
$$
Par conséquent $u$ est sous-harmonique.\qed

\claim Corollaire|Soit $h:\Omega\to\bR$ une fonction faiblement 
harmonique, au sens où $h$ est semi-continue supérieurement
$($ou inférieurement$\,)$ sur $\Omega$, et pour tout $z_0\in\Omega$, 
il~existe une suite de rayons $r_\nu>0$ tendant vers $0$ tels que
$$
h(z_0)={1\over2\pi}\int_0^{2\pi}h(z_0+r_\nu e^{\ii\theta})\,d\theta.
$$
Alors $h$ est harmonique dans $\Omega$.
\endclaim

\dem. Supposons par exemple $h$ semi-continue supérieurement. Alors
$h$ est sous-harmonique, donc $\Delta h$ est une mesure positive.  La
formule de Lelong-Jensen appliquée au rayon $r_\nu$ implique que
$\Delta h$ doit être nulle sur $D(z_0,r_\nu)$. Par conséquent
$\Delta h$ est nulle au voisinage de tout point, et donc identiquement
nulle. Ceci implique que $h$ vérifie l'égalité de la moyenne
pour tout rayon $r$ tel que $\ol D(z_0,r)\subset\Omega$ et par suite 
$h$ est harmonique.\qed

\supersection{6. Principe de réflexion de Schwarz}

Noux commençons par démontrer un théorème de prolongement
par continuité pour les fonctions holomorphes.

\claim Théorème de prolongement par continuité|Soit $\Omega$ un
ouvert de $\bC$ et $A$ une partie fermée de $\Omega$ qui est
localement réunion finie d'arcs réguliers de classe $\cC^1$ par
morceaux à demi-tangentes distinctes. De façon précise, pour
tout point $z_0\in\Omega$, on suppose qu'il existe un voisinage ouvert
$V$ tel que $A\cap V$ soit la réunion d'un nombre fini d'arcs
réguliers de classe $\cC^1$, fermés dans $V$, se rencontrant avec
des demi-tangentes différentes en chacun de leurs points
d'intersection. Soit $f$ une fonction holomorphe sur $\Omega\ssm A$,
admettant un prolongement continu à~$\Omega$ encore noté~$f$. Alors
$f$ est holomorphe sur $\Omega$.
\endclaim

\dem. Désignons par $E$ l'ensemble des points qui sont ou bien des
extrêmités libres d'arcs composant $A$, ou bien des points
anguleux, ou bien des points multiples. D'après l'hypothèse, c'est
un ensemble localement fini dans $\Omega$.

\InsertFig   2.000  60.000  {
1 mm unit 
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   22.000   7.000  
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}
\LabelTeX   7.500  10.000  $\Omega$ \ELTX
\LabelTeX  12.000  35.000  $A$ \ELTX
\LabelTeX  47.000  42.500  $E$ \ELTX
\LabelTeX  46.000  23.000  $R$ \ELTX
\LabelTeX  35.500  19.000  $z$ \ELTX
\LabelTeX  40.700  21.600  $z_0$ \ELTX
\LabelTeX 113.600  28.600  $R$ \ELTX
\LabelTeX 107.500  43.700  $z$ \ELTX
\LabelTeX  96.000  45.000  $R_\varepsilon^+$ \ELTX
\LabelTeX  96.000  12.000  $R_\varepsilon^-$ \ELTX
\LabelTeX  88.000  35.000  $v=h(u)+\varepsilon$ \ELTX
\LabelTeX  88.000  23.000  $v=h(u)-\varepsilon$ \ELTX
\EndFig 

\noindent
Nous commençons par montrer que $f$ est holomorphe au voisinage de tout
point $z_0\in A\ssm E$. Pour cela, on choisit un rectangle
$R$ de centre $z_0$, assez petit, tel que l'intersection
$A\cap R$ s'écrive comme un graphe $v=h(u)$ suivant les coordonnées
$(u,v)$ données par les axes de symétrie du rectangle. Pour montrer
que $f$ est holomorphe sur l'intérieur de $R$, il suffit de vérifier
que la formule de Cauchy
$$
f(z)={1\over 2\pi\ii}\int_{\partial R}{f(w)\over w-z}\,dw\leqno(*)
$$
est satisfaite pour tout $z\in R^\circ$. Par continuité, il suffit
même de montrer que cette formule est satisfaite pour $z\in R^\circ\ssm A$,
puisque $R^\circ\ssm A$ est dense dans $R^\circ$. Or, pour $\varepsilon>0$,
on peut considérer les graphes translatés $v=h(u)+\varepsilon$, 
$v=h(u)-\varepsilon$, ce qui permet de délimiter deux régions compactes
disjointes $R_\varepsilon^+$ et $R_\varepsilon^-$, avec
$$
\bigcup_{\varepsilon>0}R_\varepsilon^+\cup R_\varepsilon^-=R\ssm A.
$$
Comme $f$ est holomorphe sur $\Omega\ssm A$ et
$\partial R_\varepsilon^+\cup\partial R_\varepsilon^-\subset\Omega\ssm A$, 
la formule de Cauchy implique
$$
f(z)={1\over 2\pi\ii}\int_{\partial R_\varepsilon^+\cup
\partial R_\varepsilon^-}{f(w)\over w-z}\,dw
$$
pour tout $z\in R^\circ\ssm A$ et $\varepsilon>0$ assez petit. Quand
$\varepsilon$ tend vers $0$, on en déduit par continuité que $(*)$
est satisfaite. Ceci montre que $f$ est holomorphe sur $\Omega\ssm E$.
Mais comme $E$ est formé de points isolés, l'hypothèse que $f$ est
continue sur $\Omega$ entraîne que les points de $E$ ne peuvent pas
être des points singuliers. Par conséquent $f$ est bien holomorphe
sur~$\Omega$.\qed

Nous en venons maintenant au principe de réflexion de Schwarz.
Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ invariant par réflexion 
suivant l'axe réel, c'est-à-dire invariant par la conjugaison 
$z\mapsto\ol z$. On note
$$
\Omega_+=\big\{z\in\Omega\,;\;\Im z>0\big\},\qquad
\Omega_-=\big\{z\in\Omega\,;\;\Im z<0\big\}.
$$

\claim Principe de réflexion de Schwarz|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ 
invariant par réflexion et soit $f\in\cO(\Omega_+)$. Si la fonction $f$ 
vérifie 
$$
\lim_{\Omega_+\ni w\to z}\Im(f(w)) = 0\qquad\hbox{en tout point
$z\in\Omega\cap\bR$},
$$
alors il existe un prolongement holomorphe $\smash{\widetilde f}$ de $f$ sur 
$\Omega$ tel que
$$
\widetilde f(z)=\cases{
f(z) &si $z\in\Omega_+$,\cr
\noalign{\vskip5pt}
\lim_{\Omega_+\ni w\to z}\Re(f(w)) &si $z\in\Omega\cap\bR$,\cr
\noalign{\vskip3pt}
\ol{f(\ol z)} &si $z\in\Omega_-$.\cr
}
$$
\endclaim

On notera que l'existence d'une limite de $\Re(f)$ aux points de
$\Omega\cap\bR$ n'est nullement évidente, cela fait partie des
affirmations du théorème.

\dem. Si l'on fait en outre l'hypothèse que $\Re(f)$ se prolonge par
continuité aux points de $\Omega\cap\bR$, alors il est clair que
$\smash{\wt f}$ est continue sur $\Omega$ et holomorphe sur
$\Omega\ssm (\Omega\cap\bR)$. La conclusion s'obtient donc aussitôt
à l'aide du théorème de prolongement par continuité, avec
$A=\Omega\cap\bR$. La difficulté est de s'affranchir de l'hypothèse
de continuité de $\Re(f)$. Pour cela, on considère la partie imaginaire
$h=\Im(\smash{\wt f}):\Omega\to\bR$ telle que
$$
\cases{
h(z)=\Im(f(z)) &si $z\in\Omega_+$,\cr
\noalign{\vskip3pt}
h(z)=0 &si $z\in\Omega\cap\bR$,\cr
\noalign{\vskip3pt}
h(z)=-\Im({f(\ol z)}) &si $z\in\Omega_-$.\cr
}
$$
Nous affirmons que $h$ est faiblement harmonique. En effet, $h$ est continue
sur $\Omega_+$ (et donc aussi sur $\Omega_-$), et l'hypothèse implique que
$h$ est continue en tout point de $\Omega\cap\bR$. De plus il est clair
par symétrie que
$$
h(z_0)=0={1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}h(z_0+r e^{\ii\theta})\,d\theta
$$
en tout point $z_0\in\Omega\cap\bR$. Si $z_0\in\Omega\ssm(\Omega\cap\bR)$,
on a aussi
$$
h(z_0)={1\over 2\pi}\int_0^{2\pi}h(z_0+r e^{\ii\theta})\,d\theta
$$
pour $r<\min(|\Im z_0|,d(z_0,\complement\Omega))$ puisque $h$ est harmonique 
séparément sur $\Omega_+$ et~$\Omega_-$. On en déduit que
$h$ est faiblement harmonique, donc harmonique sur $\Omega$ et, en particulier,
de classe~$\cC^\infty$. Comme $f-\ol f=2\ii\,h$ sur $\Omega_+$, il vient 
$f'(z)=2\ii\,\partial h/\partial z$. On voit que $f'(z)$ se prolonge de 
façon continue à $\Omega_+\cup(\Omega\cap\bR)$, ce qui implique que 
$f$ elle même se prolonge de façon continue à 
$\Omega_+\cup(\Omega\cap\bR)$.
Par conséquent $\smash{\wt f}$ est continue sur~$\Omega$ et la conclusion
s'obtient à l'aide du théorème de prolongement par continuité.\qed

Nous allons maintenant généraliser un peu le principe de réflexion de
Schwarz. Supposons qu'on ait un ouvert $\Omega$ de $\bC$ muni d'une
involution anti-holomorphe $\sigma:\Omega\to\Omega$, c'est-à-dire une
bijection $\sigma$ telle que \hbox{$z\mapsto \overline{\sigma(z)}$} soit
holomorphe et $\sigma\circ\sigma=\Id_\Omega$, et une partition
$\Omega=\Omega_+\cup\Omega_-\cup E$, où $E$ est l'ensemble des points
fixes de $\Omega$ et $\sigma(\Omega_+)=\Omega_-$. L'exemple fondamental est
bien sûr l'application de conjugaison $\sigma(z)=\ol z$ avec
$$
E=\Omega\cap\bR,\quad\Omega_+=\Omega\cap\{\Im z>0\},\quad
\Omega_-=\Omega\cap\{\Im z<0\}.
$$ 
Un autre exemple est l'inversion 
$$
\sigma(z)=1/\ol z\qquad\hbox{sur $\Omega=\bC^*$},
$$
dont l'ensemble des points fixes $E$ est le cercle unité $|z|=1\,$; on
peut voir l'inversion comme une ``réflexion par rapport au cercle'',
avec $\Omega_+=D(0,1)\ssm\{0\}$ et $\Omega_-=\bC\ssm\ol D(0,1)$. De
manière générale, il existe localement des réflexions par rapport à
n'importe quelle courbe analytique réelle lisse.

\claim Proposition|Soit $E$ une courbe analytique réelle lisse dans
un ouvert du plan complexe. Alors pour tout point $z_0\in E$ il existe
un voisinage $V$ de $z_0$ et une involution anti-holomorphe $\sigma:V\to V$
tels que $E\cap V$ soit l'ensemble des points fixes de $\sigma$ et 
que $V\ssm E$ soit formé de deux composantes connexes $V_+$, $V_-$
échangées par $\sigma$.
\endclaim

\dem. Par définition de ce qu'est une courbe analytique réelle, on peut
trouver un voisinage $V'$ de $z_0$ de sorte que $E\cap V'$ coïncide avec
l'image d'une application analytique réelle
$\gamma:{}]-\varepsilon,\varepsilon[{}\to E$, $\,t\mapsto\sum c_nt^n$
avec $\gamma(0)=c_0=z_0$ et $\gamma'(0)=c_1\ne 0$. Quitte à diminuer
$\varepsilon$ et à prendre un voisinage plus petit $V\subset V'$,
on a un biholomorphisme $\psi:D(0,\varepsilon)\to V$,
$z\mapsto \sum c_nz^n$ qui étend $\gamma$ aux valeurs complexes du paramètre,
en sorte que $\psi^{-1}(E\cap V)={}]-\varepsilon,\varepsilon[$. Soit
$\tau(z)=\ol z$ l'involution anti-holomorphe canonique. On peut
obtenir une involution anti-holomorphe $\sigma$ sur $V$ en transportant
$\tau$ par le biholomorphisme $\psi$, c'est-à-dire en posant
$\sigma=\psi\circ\tau\circ\psi^{-1}$. Il est clair que $\sigma$
échange $V_+=\psi(D_+(0,\varepsilon))$ et $V_-=\psi(D_-(0,\varepsilon))$,
où $D_\pm(0,\varepsilon)$ désigne le demi-disque 
$D(0,\varepsilon)\cap\{\pm\Im z>0\}$.\qed

Réciproquement, le résultat suivant montre qu'une involution anti-holomorphe 
est toujours une réflexion par rapport à la courbe de ses points fixes,
et que celle-ci est une courbe analytique réelle lisse.

\claim Lemme|Si $\sigma:\Omega\to\Omega$ est une anti-involution holomorphe,
alors 
\smallskip
\item{\rm (i)} L'ensemble des points fixes $E=\{z\in\Omega\,;\;\sigma(z)=z\}$
est une courbe analytique réelle lisse.
\smallskip
\item{\rm (ii)} Pour tout point $z_0\in E$, il existe un voisinage $V$ de $z_0$
et un biholomorphisme $\varphi:V\to D(0,\varepsilon)$ sur un petit 
disque, tel que $\sigma_{|V}=\varphi^{-1}\circ\tau\circ\varphi$ où 
$\tau:D(0,\varepsilon)\to D(0,\varepsilon)$ est la conjugaison complexe
$z\mapsto \tau(z)=\ol z$.\vskip0pt
\endclaim

\dem. Il suffit de démontrer (ii), puisque si (ii) a lieu, alors
l'ensemble des points fixes de $\tau$ coïncide avec l'axe réel, donc
$E\cap V=\varphi^{-1}(D(0,\varepsilon)\cap\bR)=
\varphi^{-1}(]-\varepsilon,\varepsilon[)$, ce qui implique que $E$
est une courbe analytique réelle lisse. 

Soit donc $z_0\in E$ un point fixe. Quitte à effectuer le changement de
variable $z\mapsto z-z_0$, nous pouvons supposer $z_0=0$. La fonction
$\sigma$ est alors définie sur un voisinage $D(0,\varepsilon)$ de $0$,
et puisque $\ol\sigma$ y est holomorphe, on a un développement en série 
entière
$$
\ol{\sigma(z)}=\sum_{n=1}^{+\infty}a_nz^n,\quad\hbox{soit encore}\quad
\sigma(z)=\sum_{n=1}^{+\infty}\ol a_n\ol z^n.
$$
La différentielle $d\sigma_0$ est donnée par $\xi\mapsto \ol a_1\ol\xi$, et
puisque $\sigma$ est une involution, $d\sigma_0$ est aussi une involution,
ce qui équivaut à la condition $|a_1|^2=1$, autrement dit $d\sigma_0$
est une symétrie orthogonale par rapport à une droite du plan complexe. 
Étant donné un nombre complexe $\lambda\ne 0$, nous considérons la 
fonction
$$
\varphi(z)=\lambda z+\ol\lambda\,\,\ol{\sigma(z)}
=(\lambda+\ol\lambda a_1)z+ \sum_{n=2}^{+\infty}\ol\lambda a_n z^n.
$$
Pour que $\varphi$ soit un biholomorphisme d'un voisinage de $0$ sur un 
voisinage de $0$, il suffit que $\lambda+\ol\lambda a_1\ne 0$, ce qui ne
laisse que l'embarras du choix (on peut prendre par exemple $\lambda=
{1\over 2}\sqrt{a_1}$, ce qui donne $\lambda+\ol\lambda a_1=2\lambda=
\sqrt{a_1}
\ne 0$ et une différentielle $d\varphi_0$ qui est une rotation). 
La propriété d'involutivité $\sigma\circ\sigma=\Id$ implique aussitôt
$$
\varphi(\sigma(z))=\lambda\sigma(z)+\ol\lambda\,\ol z=
\ol{\varphi(z)}=\tau\circ\varphi(z),
$$
par conséquent nous avons bien $\sigma=\varphi^{-1}\circ\tau\circ\varphi$
au voisinage de $0$.\qed

On notera (c'est déjà clair à partir de la démonstration) qu'il n'y a pas 
unicité du biholomorphisme $\varphi$, on peut en fait remplacer $\varphi$
par $\psi\circ\varphi$ où $\psi$ est un biholomorphisme quelconque
$\psi(z)=\sum_{n\ge 1} c_nz^n$ à coefficients $c_n$ {\em réels}, puisqu'un
tel biholomorphisme commute avec $\tau$.

\claim Principe de Schwarz généralisé|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ 
admettant une
involution anti-holomorphe~$\sigma$, soit $E$ l'ensemble des points fixes
de $\sigma$ dans~$\Omega$, et $\Omega_+$, $\Omega_-$ des composantes 
connexes $($ou réunions de composantes connexes$)$ de $\Omega\ssm E$ telles 
que $\Omega\ssm E=\Omega_+\cup\Omega_-$ et $\Omega_-=\sigma(\Omega_+)$.
Soit enfin $f\in\cO(\Omega_+)$ vérifiant
$$
\lim_{\Omega_+\ni w\to z}\Im(f(w)) = 0\qquad\hbox{en tout point
$z\in E$}.
$$
Alors il existe un prolongement holomorphe $\smash{\widetilde f}$ de $f$ sur 
$\Omega$ tel que
$$
\widetilde f(z)=\cases{
f(z) &si $z\in\Omega_+$,\cr
\noalign{\vskip5pt}
\lim_{\Omega_+\ni w\to z}\Re(f(w)) &si $z\in E$,\cr
\noalign{\vskip3pt}
\ol{f(\sigma(z))} &si $z\in\Omega_-$.\cr
}
$$
\endclaim

\dem. Au voisinage d'un point fixe $z_0\in E$, le changement de variable
$w=\varphi(z)$ nous ramène au cas de l'involution usuelle $\tau$.\qed

\end
% Local Variables:
% TeX-command-default: "eTeX"
% End:
