% Fonctions holomorphes et surfaces de Riemann, chapitre III
%
% Laurent Bonavero
% Jean-Pierre Demailly
% Université de Grenoble I, Institut Fourier
% 38402 Saint-Martin d'Hères, France
%

\input vcmac

\openauxfile

\blankline
\chaptitle{Chapitre III}
\medskip
\chaptitle{Points singuliers, fonctions}
\chaptitle{méromorphes et résidus}
\chaptitlerunning{Chap.\ III: Points singuliers, fonctions 
méromorphes et résidus}
\vskip50pt

Ce chapitre constitue ce qui peut être considéré à bon droit
comme le coeur de la théorie des fonctions d'une variable complexe.
Nous établissons l'existence du développement en série de
Laurent pour les fonctions holomorphes définies sur une couronne,
puis nous développons la théorie des points singuliers et de leurs
résidus. Les singularités qui sont des pôles donnent lieu à ce
qu'on appelle des \lguil fonctions méromorphes\rguil, qui sont aux
fonctions holomorphes ce que les fractions rationnelles sont aux
polynômes. La formule dite des résidus permet de relier les
intégrales sur un contour à la somme des résidus aux points
intérieurs à ce contour. Ceci donne un moyen puissant pour
évaluer des intégrales qui ne peuvent pas s'obtenir par des
calculs de primitives explicites.
\smallskip

\noindent
{\em Notations.} On désignera par $C(z_0, R_1, R_2) = \big\{z\in\bC\,;\; 
R_1 < |z - z_0| < R_2\big\}$ la couronne ouverte de centre $z_0$, de 
rayon intérieur $R_1$ et de rayon extérieur $R_2$ (avec 
$0\le R_1<R_2\le +\infty$).
On convient que la couronne est vide si $R_1\ge R_2$. On notera que l'on
n'exclut pas le cas où le rayon intérieur $R_1$ est nul, ni le cas où le
rayon extérieur $R_2$ vaut $+\infty$.
\bigskip\null

\supersection{1. Développement en série de Laurent}

\section{1.1. Définitions}

On appelle {\em série de Laurent} de la variable complexe $z$ toute 
série de la forme 
$$
S(z)=\sum_{n\in\bZ}a_nz^n\leqno(1.1.1)
$$
avec des coefficients $a_n$ complexes et $z\in\bC^*$. On peut bien entendu
décomposer une telle série en deux séries entières indexées sur 
les entiers positifs ou nuls, en posant $p=-n$ si $n<0$ et $w=1/z$~:
$$
\sum_{n\ge 0}a_nz^n+\sum_{p>0}a_{-p}w^p.\leqno(1.1.2)
$$
On dit que la série de Laurent converge si les deux séries
entières ainsi obtenues convergent. Si $R\in[0,+\infty]$ est le rayon
de convergence de la série $\sum_{n\ge 0} a_n z^n$ et $R'$ le rayon
de convergence de la série $\sum_{p<0}a_{-p}w^p$, alors la série
de Laurent (1.1.1) converge pour tout nombre complexe $z$ tel que
$1/R'<|z|<R$, c'est-à-dire sur la couronne ouverte $C(0,1/R',R)$
(celle-ci est vide si $1/R'\ge R$, c'est-à-dire si $R'\le 1/R$).  D'après
la théorie des séries entières, on voit que la convergence est
uniforme sur toute couronne compacte $\ol C(0,r_1,r_2)\compact
C(0,1/R',R)$. Les sommes $F(z)$ et $G(w)$ des séries entières sont
des fonctions holomorphes sur leurs disques ouverts de convergence 
respectifs, donc la somme $S(z)=F(z)+G(1/z)$ de la série de Laurent est
bien une fonction holomorphe sur la couronne $C(0,1/R',R)$, ayant pour 
dérivée complexe 
$$
S'(z)=F'(z)-{1\over z^2}G'(1/z).
$$
Comme $G'(w)=\sum_{p>0}pa_{-p}w^{p-1}$, on voit, d'après le théorème I.1.3 de 
dérivation terme à terme des séries entières, que les séries de Laurent sont
également dérivables terme à terme sur la couronne ouverte où elles
convergent, et que
$$
S'(z)=\sum_{n\in\bZ}na_nz^{n-1}\leqno(1.1.3)
$$
avec convergence uniforme sur toute couronne compacte
$\ol C(0,r_1,r_2)\compact C(0,{1\over R'},R)$.

\section{1.2. Existence du développement en série de Laurent}

Le théorème suivant garantit l'existence du développement en série de Laurent
dans de nombreuses situations.

\claim Théorème|Si $f$ est holomorphe dans une couronne
$C(z_0, R_1, R_2)$ du plan complexe avec $0\le R_1<R_2\le+\infty$, alors 
$f$ y est développable comme somme d'une série de Laurent de la variable
$z-z_0$, soit
$$
f(z)=\sum_{n\in\bZ}a_n(z-z_0)^n,
$$ 
avec convergence normale sur tout compact de $C(z_0, R_1, R_2)$. De plus,
pour tout $r\in{}]R_1, R_2[$ et tout entier $n\in\bZ$, le coefficient 
$a_n$ est déterminé de manière unique par l'intégrale
$$
a_n = {1\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_0,r)}{f(w)\over (w-z_0)^{n+1}}dw 
= {1\over 2\pi r^n}\int_0^{2\pi} f(z_0 + r e^{\ii t})\,e^{-n\ii t}dt.
$$
\endclaim

\dem. Quitte à effectuer un changement d'origine et à poser \hbox{$z'=z-z_0$},
nous pouvons supposer que $z_0=0$. Considérons une couronne compacte
$$
K=\ol C(0,r_1,r_2)\compact C(0,R_1,R_2).\qquad R_1<r_1<r_2<R_2.
$$
Son bord $\partial K$ est
constitué de la réunion des deux cercles $\Gamma(0,r_1)$ $\Gamma(0,r_2)$,
le premier étant orienté positivement et le second négativement.
La formule de Cauchy II.2.3 donne par conséquent pour tout 
$z\in C(0,r_1,r_2)$ l'égalité
$$
f(z)={1\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(0,r_2)}{f(w)\over w-z}dw -
{1\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(0,r_1)}{f(w)\over w-z}dw.
$$
Pour $w\in \Gamma(0,r_2)$ nous avons $|z|<r_2=|w|$ et nous écrirons donc
$$
{1\over w-z} = {1\over w}\,{1\over 1- z/w} = {1\over w}
\sum_{n=0}^{+\infty}\Big({z\over w}\Big)^n
= \sum_{n=0}^{+\infty}{z^n\over w^{n+1}}.
$$
Cependant, lorsque $w\in \Gamma(0,r_1)$ nous avons $|z|>r_1=|w|$ et 
nous écrirons alors plutôt
$$
{1\over w-z} = -{1\over z}\,{1\over 1- w/z} = -{1\over z}
\sum_{p=0}^{+\infty}\Big({w\over z}\Big)^p
= -\sum_{p=0}^{+\infty}{w^p\over z^{p+1}}.
$$
Dans les deux cas il y a a convergence normale sur le cercle $w=r_je^{it}$, 
puisque les modules des quotients $|z/w|=|z|/r_2$ (resp.\ $|w/z|=r_1/|z|$)
sont strictement inférieurs à $1$ et indépendants de $t\in[0,2\pi]$. Par
substitution dans les intégrales et interversion des symboles $\int$ et 
$\sum$, la propriété de convergence uniforme entraîne
$$
f(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}\Big({1\over 2\pi\ii}\int_{\Gamma(0,r_2)}
{f(w)\over w^{n+1}}dw\Big)z^n +
\sum_{p=0}^{+\infty}\Big({1\over 2\pi\ii}\int_{\Gamma(0,r_1)}
f(w) w^p\,dw\Big)z^{-p-1}.
$$
Si nous introduisons $n=-p-1\le -1$ (soit encore $p=-n-1$), ceci peut se 
récrire $f(z)=\sum_{n\in\bZ}a_nz^n$ avec
$$
a_n={1\over 2\pi\ii}\int_{\Gamma(0,r_2)} {f(w)\over w^{n+1}}dw\quad
\hbox{si $n\ge 0$},\qquad
a_n={1\over 2\pi\ii}\int_{\Gamma(0,r_1)} {f(w)\over w^{n+1}}dw\quad
\hbox{si $n\le -1$}.
$$
Nous affirmons que l'intégrale $\int_{\Gamma(0,r)}{f(w)\over w^{n+1}}dw$ est 
en fait indépendante de $r\in{}]R_1,R_2[$. En effet, le théorème de Cauchy 
appliqué à la fonction holomorphe $g(w)={f(w)\over w^{n+1}}$ et au compact
$$
K=\ol C(0,r_1,r_2)\compact C(0,R_1,R_2)
$$
implique
$\int_{\partial K}g(w)dw=\int_{\Gamma(0,r_2)}g(w)dw-\int_{\Gamma(0,r_1)}g(w)dw
=0$ pour tous $r_1<r_2$ dans l'intervalle $]R_1,R_2[$. Ceci démontre la
validité du développement en série de Laurent dans toute la couronne
$C(0,R_1,R_2)$, du fait que $r_1\in{}]R_1,R_2[$ peut être pris
arbitrairement proche de $R_1$ et $r_2\in{}]R_1,R_2[$ arbitrairement
proche de $R_2$. L'expression de $a_n$ comme coefficient de Fourier s'obtient
en posant $w=re^{it}$, $dw=ire^{it}dt$. Enfin, si une autre série de Laurent
$\sum_{n\in\bZ}b_nz^n$ convergeait vers $f$ sur $C(0,R_1,R_2)$, il y aurait
convergence normale sur tout compact et la formule intégrale donnant
les coefficients montrerait aussitôt que $a_n=b_n$.\qed

\claim Remarque|{\rm Il résulte de la convergence de la série de Laurent
sur la couronne $C(z_0,R_1,R_2)$ que le rayon de convergence $R_2'$ de la
série entière $\sum_{n\ge 0}a_n(z-z_0)^n$ est au moins égal à $R_2$, tandis
que celui de la série entière $\sum_{p>0}a_{-p}w^p$ vérifie
$\rho_1'\ge 1/R_1$ (en posant $w=1/(z-z_0)$). Si l'une des inégalités sur les
rayons de convergence est stricte, on voit que la fonction $f$ se prolonge 
en une fonction holomorphe sur une
couronne $C(z_0,1/\rho_1', R_2')$ contenant strictement $C(z_0,R_1,R_2)$.}
\endclaim

\section{1.3. Point singuliers, pôles, points singuliers essentiels}

Nous examinons ici la situation d'une fonction holomorphe définie sur un
voisinage ouvert $V$ d'un point $z_0\in\bC$, sauf peut-être au point $z_0$
lui-même.

\claim Définition|Si $V$ est un voisinage ouvert d'un point $z_0\in\bC$ et 
$f\in\cO(V\ssm\{z_0\})$ on dit que
{\itemindent=1.2cm
\smallskip
\item{$(1.3.1)$} $z_0$ est un point régulier de $f$ si $f$ peut se prolonger
en une fonction holomorphe $\wt f\in\cO(V)$.
\smallskip
\item{$(1.3.2)$} $z_0$ est un point singulier de $f$ dans le cas contraire,
c'est-à-dire si $f$ ne peut se prolonger en une application holomorphe 
$\wt f$ définie sur $V$ tout entier.
\vskip0cm
}
\endclaim

Dans les deux cas, on peut supposer que $V=D(z_0,\varepsilon)$ est un
disque assez petit, de sorte que $V\ssm\{z_0\}=C(z_0,0,\varepsilon)$ est
un couronne de rayon intérieur nul et de rayon extérieur $\varepsilon$.
Ceci entraîne que $f$ admet un développement en série de Laurent
$$
f(z)=\sum_{n\in\bZ}a_n(z-z_0)^n
$$
avec rayon de convergence au moins $\varepsilon$ pour la partie
positive $\sum_{n\ge 0}a_n(z-z_0)^n$ (et un rayon de convergence $+\infty$
pour la partie négative $\sum_{p>0}a_{-p}w^p$). Si $f$ peut se prolonger
en une fonction holomorphe $\smash{\wt f}$ sur le disque $D(z_0,\varepsilon)$,
on a un développement en série entière
$$
\wt f(z)=\sum_{n\in\bN}b_n(z-z_0)^n\quad\hbox{sur $D(z_0,\varepsilon)$}.
$$
D'après l'unicité des coefficients de la série de Laurent,
nous devons avoir dans ce cas $a_n=b_n$ pour $n\ge 0$ et $a_n=0$ pour
$n<0$.  Par conséquent~:

\claim Proposition|Une fonction $f\in\cO(V\ssm\{z_0\})$ admet $z_0$
comme point régulier si et seulement si les coefficients $a_n$ de sa
série de Laurent en $z_0$ vérifient $a_n=0$ pour tout $n<0$.
\endclaim

\claim Corollaire|Une fonction $f\in\cO(V\ssm\{z_0\})$ admet $z_0$ comme
point régulier si et seulement si $f$ est bornée au voisinage de $z_0$.
\endclaim

\dem. La condition est évidemment nécessaire, car si $f$ se prolonge 
holomorphiquement en $z_0$ alors ce prolongement est continu et donc borné
au voisinage de $z_0$. Inversement, si $|f(z)|\le M$ sur un certain
disque $D(z_0,\delta)$ assez petit, alors en choisissant $r<\delta$, 
l'intégrale donnant $a_n$ comme coefficient de Fourier implique 
$$
|a_n|=\Big|{1\over 2\pi r^n}\int_0^{2\pi}
f(z_0+re^{\ii t})e^{-\ii nt}dt\Big|\le Mr^{-n},
$$
(par un raisonnement analogue à celui des inégalités de Cauchy),
d'où il résulte que $a_n=0$ pour $n<0$ en faisant tendre $r$ vers~$0$.\qed

Supposons maintenant que $z_0$ soit un {\em point singulier}. La partie
négative $\sum_{n<0}a_n(z-z_0)^n$ est alors non identiquement nulle. 
Deux cas se présentent suivant que cette série se réduit ou non à une 
somme finie.

\claim Cas d'un \lguil pôle\rguil|{\rm Si la partie 
négative $\sum_{n<0}a_n(z-z_0)^n$ se réduit à une somme
finie, soit $m$ le maximum des entiers positifs $|n|$ pour lesquels $a_n\ne 0$,
de sorte que
$$
f(z)={a_{-m}\over (z-z_0)^m}+\ldots+{a_{-1}\over (z-z_0)}+\sum_{n=0}^{+\infty}
a_n(z-z_0)^n,\qquad a_{-m}\ne 0.\leqno(1.3.3)
$$
On dit alors que $z_0$ est un {\em pôle d'ordre $m$} (ou {\em pôle de 
multiplicité $m$}) de $f$ et que
$$
{a_{-m}\over (z-z_0)^m}+\ldots+{a_{-1}\over (z-z_0)}
$$
est {\em la partie polaire de $f$}. Il est immédiat dans ce cas que
$$
a_{-m}=\lim_{z\to z_0}(z-z_0)^mf(z)\leqno(1.3.4)
$$
et que $f(z)$ admet au voisinage de $z$ une majoration de la forme
$$
|f(z)|\le {C\over |z- z_0|^m}
$$
pour une certaine constante $C>0$. De plus, on peut écrire
$\displaystyle f(z)={g(z)\over(z-z_0)^m}$,
où
$$
g(z)=a_{-m}+a_{1-m}(z-z_0)+\ldots+a_n(z-z_0)^{n+m}+\ldots
$$
est une fonction holomorphe au voisinage de $z_0$ vérifiant en outre
$g(z_0)=a_{-m}\ne 0$, de sorte que $f(z)\sim a_{-m}(z-z_0)^{-m}$ quand
$z$ tend vers $z_0$.}
\endclaim

\claim Cas d'une \lguil singularité essentielle\rguil|{\rm Si la
partie négative $\sum_{n<0}a_n(z-z_0)^n$ est une série infinie,
la fonction $g_m(z)=(z-z_0)^mf(z)$ est non bornée au voisinage de
$z_0$, et ceci quel que soit l'entier $m>0$, sinon $g_m$ se
prolongerait en une fonction holomorphe en $z_0$ et on verrait alors
à partir du développement en série entière
$g_m(z)=\sum_{n\ge 0}b_n(z-z_0)^n$ que la série de Laurent de
$f(z)=g_m(z)/(z-z_0)^m$ aurait, contrairement à l'hypothèse, une
partie négative finie. On dit alors que {\em $z_0$ est un point
singulier essentiel}, ou {\em singularité essentielle} de $f$.}
\endclaim

\claim Exemple|{\rm La fonction $f(z)=\exp(1/z)$ est holomorphe sur $\bC^*$
et admet en $z_0=0$ une singularité essentielle. Sa série de Laurent est
en effet trivialement donnée par
$$
\exp(1/z)=\sum_{n=0}^{+\infty}{1\over n!}{1\over z^n},
$$
dont la partie négative est infinie.}
\endclaim

Le résultat suivant fournit une autre dichotomie permettant 
de distinguer les points singuliers essentiels des pôles.

\claim Théorème (Casorati-Weierstrass)|Soit $f:V\ssm\{z_0\}\to\bC$ une 
fonction holomorphe admettant un point singulier en $z_0$.
\smallskip
\item{\rm(i)} Si $z_0$ est un pôle, alors $|f(z)|\to +\infty$
lorsque $z\to z_0$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Si $z_0$ est un point singulier assentiel, alors tout
point de $\bC$ est valeur d'adhérence de $f(z)$ lorsque $z\to z_0$, autrement
dit $\ol{f(W\ssm\{z_0\})}=\bC$ pour tout voisinage $W$ de $z_0$.\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) résulte de (1.3.4). Si la conclusion de (ii) était inexacte,
il existerait un voisinage connexe $W$ de $z_0$ tel que 
$\ol{f(W\ssm\{z_0\})}\ne\bC$, par suite
si $a\in\bC\ssm\ol{f(W\ssm\{z_0\})}$ nous aurions 
$|f(z)-a|\ge \varepsilon$ pour
tout $z\in W\ssm\{z_0\}$. Ceci implique que la fonction holomorphe 
$g(z)=1/(f(z)-a)$ vérifie $|g(z)|\le 1/\varepsilon$ sur $W\ssm\{z_0\}$, 
par conséquent
$g$ se prolonge en une fonction holomorphe non nulle sur~$W$. Nous
avons alors $f(z)=a+1/g(z)$. Si $g$ admet un zéro d'ordre $m$ en $z_0$, il
est facile de voir que $f$ admet un pôle d'ordre $m$, donc la singularité
de $f$ n'est pas une singularité essentielle.\qed

\supersection{2. Fonctions méromorphes}

\section{2.1. Définitions}

De même que les fonctions rationnelles sont par définition des
quotients de polynômes, on introduit les fonctions méromorphes comme
étant (au moins localement) des quotients arbitraires de fonctions 
holomorphes~:

\claim Définition|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et 
$f:\Omega\to\bC\cup\{\infty\}$. On dit
que $f$ est méromorphe sur $\Omega$ si pour tout point $z_0\in\Omega$
il existe un voisinage ouvert connexe $V$ de $z_0$ et des fonctions holomorphes
$g$, $h$ dans $V$ telles que $f=g/h$ dans $V$, avec~$h$ non identiquement 
nulle. On note $\cM(\Omega)$ l'ensemble des fonctions
méromorphes sur~$\Omega$.
\endclaim

\claim Théorème|Une fonction $f:\Omega\to\bC\cup\{\infty\}$ est
méromorphe si et seulement $f$ est holomorphe en dehors d'une suite
de points singuliers $(a_k)$ localement finie dans~$\Omega$, et si tous
ses points singuliers sont des pôles.  \endclaim

\dem. Si $f$ s'écrit $f=g/h$ avec $g,h\in\cO(V)$, l'hypothèse que
$h$ soit non identiquement nulle implique l'existence d'un disque
$D(z_0,\varepsilon)\subset V$ et d'une factorisation $h(z)=(z-z_0)^m
u(z)$ sur où $u$ est holomorphe et sans zéros
sur~$D(z_0,\varepsilon)$. On en déduit
$f(z)=(z-z_0)^{-m}g(z)u(z)^{-1}$ avec une fonction $g(z)u(z)^{-1}$ qui
est holomorphe sur $D(z_0,\varepsilon)$. Par suite $z_0$ est un pôle
d'ordre${}\le m$. Inversement, si $f$ n'admet que des points
singuliers isolés qui sont des pôles, on a déjà vu que $f$
pouvait s'écrire sous la forme $f(z)=g(z)/(z-z_0)^m$ avec $g$
holomorphe au voisinage d'un tel point $z_0$, donc $f$ est
méromorphe.\qed

\claim Exemples|{\rm Les fractions rationnelles $P(z)/Q(z)$ sont des
fonctions méromorphes sur $\bC$ tout entier. La fonction 
$f(z)=(\sin(1/\pi z))^{-1}$ est holomorphe sur l'ouvert $\bC\ssm A$ où 
$A=\{0\}\cup\{1/k\,;\,k\in\bN^\star\}$. Les points $z=1/k$ sont des pôles,
donc $f$ est méromorphe sur $\bC^*$, mais $f$ n'est pas méromorphe sur
$\bC$ du fait que que la suite des pôles $\{1/k\}$ n'est pas localement 
finie au voisinage de $0$.}
\endclaim

\claim Définition|On appelle diviseur sur un ouvert $\Omega$ de $\bC$
une application $\delta:\Omega\to\bZ$ telle que l'ensemble 
$\Supp(\delta)=\{z\in\Omega\,;\;\delta(z)\ne 0\}$ forme une suite
localement finie $\{a_\nu\}$ dans $\Omega$. Si $m_\nu=\delta(a_\nu)$,
on dit que $m_\nu$ est la multiplicité du point $a_\nu$ dans le
diviseur $\delta$. On convient de noter
$$
\delta=\sum_\nu m_\nu[a_\nu]
$$
un tel diviseur.
\endclaim

L'ensemble des diviseurs a une structure de groupe additif (preuve évidente
laissée au lecteur$\,\ldots$)

\claim Théorème et définition|Si $\Omega$ est un ouvert et si $f$ est une
fonction méromorphe qui ne s'annule identiquement dans aucune
composante connexe de $\Omega$, alors l'ensemble $Z$ des
zéros de $f$ est une suite localement finie dans $\Omega$, l'ensemble 
$P$ des pôles de $f$ est également une suite localement finie.
On associe à $f$ le diviseur
$$
\div(f)=\sum_\nu m_\nu[a_\nu]
$$
où $\{a_\nu\}=Z\cup P$, $m_\nu>0$ si $a_\nu$ est un zéro, $m_\nu<0$ si
$a_\nu$ est un pôle, $|m_\nu|$ étant la $($valeur absolue$)$ de la 
multiplicité du zéro ou du pôle.
\endclaim

Il est clair que le produit de deux fonctions méromorphes $f_1$, $f_2$ est
méromorphe, et que $\div(f_1f_2)=\div(f_1)+\div(f_2)$ si aucune ne s'annule
identiquement dans l'une des composantes connexes de $\Omega$. De même,
si $f$ est une telle fonction méromorphe, alors $1/f$ est méromorphe
et $\div(1/f)=-\div(f)$. Une fonction méromorphe $f$ non identiquement nulle
est holomorphe si et seulement si $\div(f)\ge 0$.

\dem. Le théorème résulte aussitôt du fait que les zéros
d'une fonction holomorphe non identiquement nulle sont isolés.\qed

\section{2.2. Théorème de factorisation de Weierstrass}

Pour tout entier $p\ge 0$, on introduit la fonction $W_p$ appelée 
{\em facteur principal de Weierstrass d'ordre $p$}, telle que
$$
W_p(z)=(1-z)\exp\Big(z+{z^2\over 2}+\ldots+{z^p\over p}\Big)
\qquad\hbox{si $p\ge 1$}\leqno(2.2.1)
$$
et $W_0(z)=1-z$ si $p=0$. Par construction, la fonction $W_p$ admet $z=1$ 
comme zéro simple, et on a au point $z=0$ le développement en série
entière
$$
\Log W_p(z)=\Log(1-z)+z+{z^2\over 2}+\ldots+{z^p\over p} = 
-\sum_{n=p+1}{z^n\over n}
$$
de rayon de convergence $1$, où $\Log$ est la détermination 
principale du logarithme. Ceci entraîne la majoration
$$
\big|\Log W_p(z)\big|\le {1\over p+1}\;{|z|^{p+1}\over 1-|z|},
\leqno(2.2.2)
$$
et en particulier $\big|\Log W_p(z)\big|\le 2^{-p}$ si $|z|\le 1/2$.

\claim Théorème|Pour tout diviseur $\delta=\sum m_\nu[a_\nu]\ge 0$ 
 dans un ouvert $\Omega$, il existe une fonction
holomorphe $f\in\cO(\Omega)$ telle que $\div(f)=\delta$, autrement
dit une fonction holomorphe $f$ qui admet pour zéros
précisément les points $a_\nu$ avec les entiers $m_\nu$ comme
multiplicités.  \endclaim

\dem. On peut évidemment supposer que les points $a_\nu$ sont tous non nuls
(sinon, on a par exemple $a_0=0$ et on ajoutera un facteur supplémentaire
$z^{m_0}$ à la fonction construite pour les $(a_\nu)_{\nu\ge 1}$). 

On commence par démontrer le résultat dans le cas plus
simple où $\Omega=\bC$. Dans ce cas, l'hypothèse que la suite
$(a_\nu)$ est localement finie signifie que $\lim|a_\nu|=+\infty$. On
pose alors
$$
f(z)=\prod_{\nu\in\bN}W_{\nu+m_\nu}(z/a_\nu)^{m_\nu}.
$$
D'après les observations du II~7.3, il suffit de montrer que la
série 
$$
\sum m_\nu|\Log W_{\nu+m_\nu}(z/a_\nu)|
$$ 
(convenablement tronquée) converge uniformément sur tout compact.
Or, si $z\in\ol D(0,R)$, il existe un entier $\nu_0$ tel que
$|a_\nu|\ge 2R$ pour $\nu\ge\nu_0$. L'inégalité (2.2.2) nous donne
alors
$$
\big|\Log W_{\nu+m_\nu}(z/a_\nu)\big|\le 2^{-(\nu+m_\nu)}
$$
pour $z\in \ol D(0,R)$ et $\nu\ge \nu_0$, ce qui implique la convergence
uniforme de la série $\sum m_\nu\big|\Log W_{\nu+m_\nu}(z/a_\nu)\big|$
sur $\ol D(0,R)$, et donc celle du produit infini $f(z)=\prod 
W_{\nu+m_\nu}(z/a_\nu)^{m_\nu}$ sur tout compact de~$\bC$. Il est clair que
$f$ a les zéros prescrits.

Dans le cas d'un ouvert $\Omega\ne\bC$, l'hypothèse de locale finitude
signifie que $\max\big(|a_\nu|,d(a_\nu,\partial\Omega)^{-1}\big)\to
+\infty$. On effectue une partition $\bN=P\cup Q$ des indices en sorte
que
$$
\nu\in P\Leftrightarrow |a_\nu| \ge d(a_\nu,\partial\Omega)^{-1},\qquad
\nu\in Q\Leftrightarrow |a_\nu| < d(a_\nu,\partial\Omega)^{-1}.
$$
On a alors $\lim_{P\ni\nu\to+\infty}|a_\nu|=+\infty$. Le raisonnement
précédent montre que la fonction $g(z)=\prod_{\nu\in P}
W_{\nu+m_\nu}(z/a_\nu)^{m_\nu}$ converge (sur $\bC$ tout entier), et 
qu'elle admet pour zéros les points $(a_\nu)_{\nu\in P}$ avec
multiplicités~$m_\nu$.

Nous avons d'autre part $\lim_{Q\ni\nu\to+\infty}d(a_\nu,\partial\Omega)=0$.
Choisissons un point $b_\nu\in\partial\Omega$ tel que $|a_\nu-b_\nu|=
d(a_\nu,\partial\Omega)$. On pose alors
$$
h(z)=\prod_{\nu\in Q}W_{\nu+m_\nu}\big((a_\nu-b_\nu)/(z-b_\nu)\big)^{m_\nu},
$$
en se basant sur le fait que $W_{\nu+m_\nu}\big((a_\nu-b_\nu)/(z-b_\nu)\big)$ 
s'annule en l'unique point $z=a_\nu$ pour lequel $(a_\nu-b_\nu)/(z-b_\nu)=1$.
Soit $K$ une partie compacte de $\Omega$
et $\delta=d(K,\partial\Omega)$. Pour $\nu\ge \nu_0$ assez grand, nous avons
$|a_\nu-b_\nu|=d(a_\nu,\partial\Omega)\le\delta/2$, donc
$$
\Big|{a_\nu-b_\nu\over z-b_\nu}\Big|\le{\delta/2\over\delta}={1\over 2}
\qquad\hbox{pour $z\in K$}.
$$
Ceci implique $\big|\Log W_{\nu+m_\nu}\big((a_\nu-b_\nu)/(z-b_\nu)\big)
\big|\le 2^{-(\nu+m_\nu)}$ sur $K$, et on conclut comme précédemment que
le produit infini $h$ converge uniformément sur tout compact de $\Omega$,
avec les $(a_\nu)_{\nu\in Q}$ comme zéros. La fonction $f=gh$ répond
à la question.\qed

\claim Remarque|{\rm Le choix des indices $\nu+m_\nu$ dans la preuve
du théorème de factorisation de Weierstrass est souvent inutilement
précautionneux. Par exemple, si $(a_\nu)$ est une suite localement
finie de points de $\bC$ telle que
$$
\sum {m_\nu\over|a_\nu|^{p+1}}<+\infty,
$$
alors le produit infini $\prod W_p(z/a_\nu)^{m_\nu}$ converge
uniformément sur tout compact de $\bC$, sans qu'il soit besoin de
faire tendre les indices $p$ vers l'infini. Ceci résulte de (2.2.2),
qui implique la majoration
$$
|\Log W_p(z/a_\nu)|\le {|z|^{p+1}\over |a_\nu|^{p+1}}
$$
pour $z\in\ol D(0,R)$ et $|a_\nu|\ge 2R$. En particulier, si la série
$\sum {m_\nu\over|a_\nu|}$ converge, alors $\prod(1-z/a_\nu)^{m_\nu}$
est la solution du problème.}
\endclaim

\claim Corollaire|Si $f$ est une fonction méromorphe dans un ouvert
$\Omega$ de $\bC$, il existe une écriture globale de $f$ comme fraction
$f=g/h$, où $g$ et $h$ sont des fonctions holomorphes dans $\Omega$, et où
$h$ admet pour seuls zéros les pôles de $f$, et comme multiplicités les
multiplicités correspondantes des pôles.
\endclaim

\dem. Considérons le diviseur $\delta=\div(f)$, que nous écrivons
sous la forme
$$
\delta=\sum_{\nu\in Z}m_\nu[a_\nu]+\sum_{\nu\in P}m_\nu[a_\nu]
$$
où $\{a_\nu\}_{\nu\in Z}$ est l'ensembles de zéros ($m_\nu>0$), et
$\{a_\nu\}_{\nu\in P}$ est l'ensembles des pôles ($m_\nu<0$).
On peut appliquer le théorème de Weierstrass
pour trouver une fonction holomorphe $h\in\cO(\Omega)$ dont le diviseur
est $\delta_-=\sum_{\nu\in P}|m_\nu|\,[a_\nu]$. Il est alors évident 
que le produit $g=fh$ est holomorphe dans $\Omega$, et que $g$ a pour diviseur
$\delta_+=\sum_{\nu\in Z}m_\nu[a_\nu]$.\qed

\claim Corollaire|Si $\Omega$ est un ouvert connexe, alors l'espace des
fonctions holomorphes $\cO(\Omega)$ constitue un anneau intègre, et
$\cM(\Omega)$ est son corps des quotients.
\endclaim

\supersection{3. Formule des résidus}

\section{3.1. Définition et invariance}

On considère ici une fonction holomorphe $f$ sur un voisinage pointé
$V\ssm\{z_0\}$ d'un point $z_0\in\bC$ (présentant ou non un point singulier 
au point~$z_0$). On lui associe la $1$-forme holomorphe $\beta=f(z)dz$ sur
$V\ssm\{z_0\}$.

\claim Définition|On appelle résidu en $z_0$ de la $1$-forme holomorphe
$\beta$ définie sur $V\ssm\{z_0\}$, la valeur de l'intégrale 
$$
\Res(\beta,z_0):={1\over 2\pi\ii}\int_{\Gamma(z_0,r)}\beta,
\leqno(3.1.1)
$$
calculée sur un ``petit cercle'' tel que $\ol D(z_0,r)\subset V$.
\endclaim 

D'après le Théorème~1.2, on a aussi
$$
\Res\big(f(z)dz,z_0\big)=\hbox{coefficient $a_{-1}$ de la 
série de Laurent de $f$ en $z_0$}.\leqno(3.1.2)$$
Le résidu est {\em nul} si $z_0$ est
un point régulier, comme il résulte du théorème de Cauchy. En pratique, 
dans le cas où $f$ est 
méromorphe en $z_0$, soit $f=u/v$, on calcule des développement limités
(i.e.\ des développements en série tronqués) de $u$ et $v$ en $z_0$, et on
en déduit celui de $f$. Dans le cas d'un pôle simple pour lequel $u(z_0)\ne 0$,
$v(z_0)=0$ et $v'(z_0)\ne 0$ on a bien entendu
$$
v(z)\sim v'(z_0)(z-z_0),\qquad f(z)={u(z)\over v(z)}\sim 
{u(z_0)\over v'(z_0)}(z-z_0)^{-1}.
$$
On a donc en général
$$
\Res\Big({u(z)\over v(z)}dz,z_0\Big)= {u(z_0)\over v'(z_0)}\qquad
\hbox{si $v(z_0)=0$, $v'(z_0)\ne 0$}
\leqno(3.1.3)
$$
(puisque le point $z_0$ est en fait régulier si $u(z_0)=0$). On remarquera
qu'il n'est pas nécessaire d'intégrer sur un cercle pour obtenir le
résidu. En fait, si $\ol U\subset V$ est un voisinage compact de $z_0$ 
possédant un bord $\partial U$ de classe $\cC^1$ par morceaux, on a aussi
$$
\Res(\beta,z_0)={1\over 2\pi\ii}\int_{\partial U}\beta
$$
puisque le théorème de Cauchy appliqué au compact $K=\ol U\ssm D(z_0,r)
\subset V\ssm\{z_0\}$ implique
$$
0=\int_{\partial K}\beta=\int_{\partial U}\beta-\int_{\Gamma(z_0,r)}\beta
$$
pour $r$ assez petit. De là on déduit la propriété fondamentale 
d'invariance qui suit.

\claim Invariance par biholomorphisme|Si $\beta=f(z)dz$ est une $1$-forme
holomorphe avec un point singulier éventuel en $z_0$ et si $z=\varphi(w)$ est
un changement de variable biholomorphe d'un voisinage de $w_0$ sur un
voisinage de $z_0$, avec $z_0=\varphi(w_0)$, alors la forme
$\varphi^*\beta=f(\varphi(w))\varphi'(w)dw$ obtenue par substitution de 
variable vérifie
$$
\Res(\varphi^*\beta, w_0)=\Res(\beta, z_0).
\leqno(3.1.4)
$$
\endclaim

\dem. En effet, pour $W$ voisinage à bord $\cC^1$ assez petit de $w_0$, 
l'ouvert image $U=\varphi(W)$ est un voisinage à bord $\cC^1$ de $z_0$,
et on a
$$
\Res(\varphi^*\beta, w_0)={1\over 2\pi\ii}\int_{\partial W}f(\varphi(w))
\varphi'(w)dw={1\over 2\pi\ii}\int_{\partial U}f(z)dz=\Res(\beta,z_0)
$$
par changement de variable dans l'intégrale curviligne. Pour être
tout à fait complet, il faut noter que l'orientation directe du bord
est préservée du fait de l'orientation positive de la
différentielle de $\varphi$.\qed

\section{3.2. Formule des résidus}

Soit $f$ une fonction qu'on suppose holomorphe sur un ouvert $\Omega$,
sauf peut-être en une suite de points isolés. On a alors la formule
fondamentale suivante.

\claim Formule des résidus|On suppose que $f$ est holomorphe sur
$\Omega\ssm\{a_\nu\}$ où $\{a_\nu\}$ est une suite localement finie 
dans $\Omega$. Alors pour tout compact $K$ à bord de classe~$\cC^1$
tel que $\partial K\cap\{a_\nu\}=\emptyset$, l'intégrale de la
$1$-forme $\beta=f(z)dz$ est donnée~par
$$
\int_{\partial K}\beta=2\pi\ii \sum_{a_\nu\in K}\Res\big(\beta,a_\nu\big).
$$
\endclaim

\dem. La preuve est une conséquence quasi-immédiate du
théorème de Cauchy.  Les hypothèses entraînent en effet que
$K\cap\{a_\nu\}$ est constituée d'un nombre fini de points qui
n'appartiennent pas au bord $\partial K$.  Il existe des rayons
$r_\nu>0$ tel que $\ol D(z_\nu,r_\nu)\subset K^\circ$, et alors
$K'=K\ssm\bigcup \ol D(z_\nu,r_\nu)$ est un compact à bord $\cC^1$ au
voisinage duquel $f$ est holomorphe. On a donc
$$
0=\int_{\partial K'}f(z)dz=\int_{\partial K}f(z)dz-
\sum_{a_\nu\in K}\int_{\Gamma(a_\nu,r_\nu)}f(z)dz,
$$
ce qui équivaut à la formule.\qed

\supersection{4. Technologie de calcul des intégrales à l'aide de la 
formule des résidus}

L'objet de cette section est d'expliquer comment la formule des résidus 
peut être utilisée pour évaluer certaines intégrales mettant en jeu
des fonctions holomorphes, même dans des situations où l'on n'est pas 
capable d'expliciter des primitives de ces fonctions. Il arrive aussi assez
souvent que le calcul d'une primitive soit possible, mais que la formule 
des résidus conduise au résultat de façon beaucoup plus rapide.

\section{4.1. Intégrales de fractions rationnelles sur $]-\infty,+\infty[$}

On se propose de calculer l'intégrale $\int_{-\infty}^{+\infty}f(x)\,dx$ 
où $f(x)=P(x)/Q(x)$ est une fraction rationnelle sans pôle sur
l'axe réel. Soit $c$ le rapport des coefficients directeurs des
polynômes $P$ et $Q$ et $d=\deg Q -\deg P$. Comme on a $R(x)\sim c
x^{-d}$ à l'infini, l'intégrale converge absolument si et
seulement si $d=\deg Q -\deg P\ge 2$.  Pour évaluer l'intégrale,
on considère l'intégrale de la forme méromorphe $f(z)dz$ sur le
contour $\gamma$ donné par le bord du demi-disque $K=\ol
D(0,R)\cap\{\Im z\ge 0\}$, lorsque le rayon $R$ tend vers $+\infty$.

Comme $|f(z)|\sim |c|\,|z|^{-d}$ lorsque $|z|\to+\infty$, l'intégrale
sur le demi-cercle $\Gamma(0,R)\cap \{\Im z\ge 0\}$ admet une majoration
$$
\Big|\int_{\Gamma(0,R)\cap \{\Im z\ge 0\}}f(z)\,dz\Big|\le
\pi R\,(|c|+1)R^{-d}= C R^{1-d}
$$
pour $R$ assez grand, de sorte que cette intégrale tend vers $0$.

\InsertFig  -3.000  50.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 10.000   0.000 moveto 110.000   0.000   2.400 vector 
 65.000  -6.000 moveto  51.000  90.000   2.400 vector 
  0.500 setlinewidth 
 30.000   0.000 moveto 
[  30.000   0.000  100.000   0.000   65.000  35.000   30.000   0.000  
] (YAA) 
closedmixedpath 
stroke 
  0.250 setlinewidth 
 49.000   0.000 moveto   0.000   0.000   2.400 vector 
 83.000   0.000 moveto   0.000   0.000   2.400 vector 
 90.600  24.000 moveto   0.000 129.000   2.400 vector 
 39.550  23.950 moveto   0.000 -135.000   2.400 vector 
 75.500  18.000 moveto   0.700 disk 
 42.700  10.000 moveto   0.700 disk 
grestore 
}
\LabelTeX   28.000  -4.000 $-R$ \ELTX
\LabelTeX   62.000  -4.000 $0$ \ELTX
\LabelTeX   98.500  -4.000 $+R$ \ELTX
\LabelTeX  119.000  -4.000 $x$ \ELTX
\LabelTeX   61.000  43.500 $y$ \ELTX
\LabelTeX   81.500  34.000 $\gamma$ \ELTX
\LabelTeX   44.300  11.000 $a_1$ \ELTX
\LabelTeX   77.000  19.000 $a_2$ \ELTX
\EndFig
\bigskip

\noindent
Comme
$$
\int_\gamma f(z)dz=\int_{-R}^R f(x)dx+
\int_{\Gamma(0,R)\cap \{\Im z\ge 0\}}f(z)\,dz=
2\pi\ii\sum_{a_j\in K}\Res(f(z)dz, a_j),
$$
on en déduit à la limite quand $R\to+\infty$
$$
\int_{-\infty}^{+\infty}f(x)dx=
2\pi\ii\sum_{\Im(a_j)>0}\Res\big(f(z)dz,a_j\big).\leqno(4.1.1)
$$
On aurait pu également considérer le demi-disque situé dans le demi-plan 
inférieur $\{\Im z\le 0\}$, et dans ce cas, l'orientation de l'axe réel 
étant opposée, on aurait trouvé
$$
\int_{-\infty}^{+\infty}f(x)dx=
-2\pi\ii\sum_{\Im(a_j)<0}\Res\big(f(z)dz,a_j\big).\leqno(4.1.2)
$$
Dans la situation considérée ici (c'est-à-dire 
$\deg Q-\deg P\ge 2$, pas de pôles
sur l'axe réel), la conjonction des deux formules (4.1.1) et (4.1.2)
entraîne que la somme de tous les résidus est nulle. C'est en fait un 
résultat général, pour peu qu'on veuille bien introduire les notions de 
singularité, pôle et résidu \lguil à l'infini\rguil.

\claim Définition|Soit $f$ une fonction holomorphe définie au voisinage
de l'infini, c'est-à-dire sur $\bC\ssm \ol(D(0,R)=C(0,R,+\infty)$ pour
$R$ assez grand, et soit $\beta=f(z)dz$. Le changement de variable involutif
$w=\varphi(z)=1/z$ nous ramène au cas d'une fonction $w\mapsto f(1/w)$ 
définie au voisinage de $0$, et on a $\varphi^*\beta=-f(1/w)w^{-2}dw$.
On définit alors
$$\Res(\beta,\infty)=\Res\big(-f(1/w)w^{-2}dw,0\big),$$
c'est-à-dire que $\Res(\beta,\infty)$ est l'opposé du coefficient de 
$w=1/z$ dans le développement en série de Laurent de $f$. On dit que
$z=\infty$ est un pôle de $f(z)$ si $w=0$ est un pôle de $f(1/w)$, ce qui 
équivaut à dire qu'il n'y a qu'un nombre fini d'indices $n\ge 0$ pour
lesquels $a_n\ne 0$ dans le développement en série de Laurent de~$f$.
Sinon, on dit que $\infty$ est un point singulier essentiel.
\endclaim

\claim Proposition|Soit $\beta=f(z)dz$, avec $f(z)=P(z)/Q(z)$, une forme 
méromorphe rationnelle sur~$\bC$. Alors la somme des résidus étendus à 
tous les pôles $($y compris le point à l'infini$)$ est nulle~:
$$
\sum_{a\in\bC\cup\{\infty\}}\Res(\beta,a)=0.\leqno(4.1.3)
$$
\endclaim

\dem. On considère un grand disque $D(0,R)$ contenant tous les pôles autres
que le point à l'infini. On a alors
$$
\int_{\Gamma(0,R)}\beta =2\pi\ii\sum_{a\in\bC}\Res(\beta,a).
$$
D'autre part, le changement de variable $w=1/z$ renverse le sens 
d'intégration sur le cercle, ce qui donne
$$
\int_{\Gamma(0,R)}\beta =
-\int_{\Gamma(0,1/R)} \varphi^*\beta = -2\pi\ii\,\Res(\varphi^*\beta, 0)=
-2\pi\ii\,\Res(\beta, \infty).\eqno{\square}
$$

\section{4.2. Cas des fractions rationnelles trigonométriques}

On considère ici des intégrales de la forme
$$
I=\int_0^{2\pi}F(\cos t,\sin t)\,dt
$$
où $F(x,y)$ est une fraction rationnelle n'ayant pas de pôle sur le cercle
$x^2+y^2=1$. Posons $z=e^{\ii t}$. Lorsque $t$ croît de $0$ à $2\pi$, 
$z$ décrit le cercle unité. On a donc
$$
I=\int_{\Gamma(0,1)}F\Big({1\over2}\Big(z+{1\over z}\Big),
{1\over 2\ii}\Big(z-{1\over z}\Big)\Big){dz\over \ii z},
$$
de sorte que
$$
I=2\pi\sum_{a\in D(0,1)}\Res\Big(
F\Big({1\over2}\Big(z+{1\over z}\Big),
{1\over 2\ii}\Big(z-{1\over z}\Big)\Big){dz\over z}\,,\; a\Big).
$$
D'après (4.1.3), on peut bien entendu sommer aussi sur les pôles situés hors 
du disque unité (point infini inclus), et changer le signe.

\section{4.3. Intégrales de Fourier}

Le calcul de transformées de Fourier met en jeu des intégrales de la
forme
$$
I=\int_{-\infty}^{+\infty}f(x)e^{\ii \omega x}dx.
$$
On peut toujours se ramener, quitte à changer le signe de $x$, à ce que 
$\omega>0$. Ce signe est néanmoins à prendre en compte, car si $z=x+iy$, on a
$|e^{\ii \omega z}|=e^{-\omega y}$ et le comportement de l'exponentielle
est très différent suivant le signe de $\omega y$. On supposera ici
$\omega>0$ de façon à pouvoir travailler sur le demi-plan supérieur $y\ge 0$.

\claim Proposition|On suppose que $\omega>0$ et que $f(z)$ se prolonge en 
une fonction holomorphe définie au voisinage du demi-plan supérieur 
$\Im z\ge 0$, à l'exception d'un nombre fini de points singuliers~$a_j$
non réels. On suppose par ailleurs que 
$$
\lim_{|z|\to+\infty,\,|\Im z\ge 0}f(z)=0.
$$
Alors
$$
\lim_{R\to+\infty}\int_{-R}^{+R}f(x)e^{\ii \omega x}dx
= 2\pi\ii\sum_{\Im a_j>0}\Res\big(f(z)e^{\ii \omega z}dz\,,\;a_j\big).
$$
\endclaim

\dem. On intègre la $1$-forme $f(z)e^{\ii \omega z}dz$ sur le
contour déjà décrit au~4.1. Il faut majorer l'intégrale sur le
demi-cercle de rayon $R$.  Pour cela, on écrit $z=x+\ii y =
R\cos t+\ii R\sin t$ et on observe que
$$
|e^{\ii \omega z}|=e^{-\omega y}=e^{-\omega R\sin t},\quad t\in[0,\pi],
\quad\hbox{et $|dz|=R\,dt$}.
$$
Ceci donne
$$
\Big|\int_{\{|z|=R,\Im z\ge 0\}}f(z)e^{\ii \omega z}dz\Big| \le
\sup_{\{|z|=R,\Im z\ge 0\}}|f(z)|\;R \int_0^\pi e^{-\omega R\sin t}dt.
$$
La concavité de la fonction $\sin$ implique $\sin t\ge {2\over \pi}t$
pour $t\in[0,{\pi\over 2}]$, donc on a
$$
\int_0^\pi e^{-\omega R\sin t}dt\le
2\int_0^{\pi/2} e^{-\omega R\sin t}dt
\le 2\int_0^{\pi/2} e^{-\omega R(2/\pi)t}dt={\pi\over 2R\omega}.
$$
Ceci donne la majoration explicite
$$
\Big|\int_{\{|z|=R,\Im z\ge 0\}}f(z)e^{\ii \omega z}dz\Big| \le
{\pi\over 2\omega}
\sup_{\{|z|=R,\Im z\ge 0\}}|f(z)|\leqno(4.3.1)
$$
et l'hypothèse entraîne que cette intégrale tend vers~$0$. A
titre d'application on vérifie immédiatement que
$\Res(e^{\ii \omega z}/(1+z^2),\, \ii)=e^{-\omega}/2\ii$, d'où en 
général
$$
\int_{-\infty}^{+\infty}{e^{\ii \omega x}\over 1+x ^2} dx=\pi\, e^{-|\omega|}.
$$
Dans ce cas précis, l'intégrande n'admet pas de primitive connue.\qed

La méthode décrite plus haut fonctionne aussi dans le cas où $f(z)$ admet
un ou plusieurs pôles simples sur l'axe réel. On se contentera de traiter
l'exemple classique de l'intégrale semi-convergente
$\int_0^{+\infty}{\sin x\over x}dx$. Pour la calculer, on intègre la forme
méromorphe $e^{\ii z}dz/z$ sur le contour ci-dessous.

\InsertFig  -3.000  50.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 10.000   0.000 moveto 110.000   0.000   2.400 vector 
 65.000  -6.000 moveto  51.000  90.000   2.400 vector 
  0.500 setlinewidth 
100.000   0.000 moveto 
[  100.000   0.000   65.000  35.000   30.000   0.000  60.000   0.000  
    65.000   5.000   70.000   0.000  100.000   0.000
] (AAYAAY) 
closedmixedpath 
stroke 
  0.250 setlinewidth 
  49.000   0.000 moveto   0.000   0.000   2.400 vector 
  83.000   0.000 moveto   0.000   0.000   2.400 vector 
  90.600  24.000 moveto   0.000 129.000   2.400 vector 
  39.550  23.950 moveto   0.000 -135.000   2.400 vector 
  62.500   4.400 moveto   0.000   45.000   2.400 vector 
grestore 
}
\LabelTeX   28.000  -4.000 $-R$ \ELTX
\LabelTeX   57.700  -4.000 $-\varepsilon$ \ELTX
\LabelTeX   69.500  -4.000 $\varepsilon$ \ELTX
\LabelTeX   98.500  -4.000 $+R$ \ELTX
\LabelTeX  119.000  -4.000 $x$ \ELTX
\LabelTeX   61.000  43.500 $y$ \ELTX
\LabelTeX   81.500  34.000 $\gamma$ \ELTX
\EndFig
\bigskip

\noindent
Il n'y a aucun pôle à l'intérieur du contour, et $1/z$ tend vers $0$ à 
l'infini, donc d'après (4.3.1) on obtient
$$
\lim_{R\to+\infty,\varepsilon\to 0_+}
\Big(\int_{-R}^{-\varepsilon}{e^{\ii x}\over x}dx+
\int_{\varepsilon}^{R}{e^{\ii x}\over x}dx+
\int_{\{|z|=\varepsilon,\Im z\ge 0\}}{e^{\ii z}\over z}dz\Big)= 0.
$$
La dernière intégrale du membre de gauche se calcule en effectuant le 
dévelop\-pe\-ment limité 
$$
{e^{\ii z}\over z}={1\over z}+\ii+O(z),
$$
de sorte que la substitution $z=\varepsilon e^{\ii t}$, $t\in[0,\pi]$ fournit
$$
\int_{\{|z|=\varepsilon,\Im z\ge 0\}}{e^{\ii z}\over z}dz
= -\int_0^\pi \big(\varepsilon^{-1}e^{-\ii t}+\ii+O(\varepsilon)\big)
\varepsilon \ii e^{\ii t}dt = -\ii\pi+2\ii\varepsilon+O(\varepsilon^2).
$$
On en déduit
$$
\eqalignno{
\int_0^{+\infty}{\sin x\over x}dx&=
\lim_{R\to+\infty,\varepsilon\to 0_+}
\int_\varepsilon^R{e^{\ii x}-e^{-\ii x}\over 2\ii x}dx\cr
&=-{1\over 2\ii}\lim_{\varepsilon\to 0_+}
\int_{\{|z|=\varepsilon,\Im z\ge 0\}}{e^{\ii z}\over z}dz=
{\pi\over 2}.&\square\cr}
$$

\section{4.4. Intégrales contenant un facteur $x^\alpha$}
On s'intéresse ici aux intégrales du type
$$
I=\int_0^{+\infty}f(x) x^\alpha dx
$$
où $f(x)=P(x)/Q(x)$ est une fraction rationnelle et $\alpha$ un réel. 
On supposera que
$\alpha$ est non entier, sinon il s'agit de l'intégrale d'une fraction
rationnelle qu'on peut intégrer a priori par des méthodes élementaires
(on pourrait aussi atteindre éventuellement le cas d'un entier par
passage à la limite sur $\alpha$).  Nous supposerons en outre 
que $Q$ n'admet pas de zéro sur l'intervalle $[0,+\infty[$ et que 
$P(0)\ne 0$ (sinon on factorise la puissance adéquate de~$x$ dans $P(x)$). 
Dans ces conditions,
l'intégrale converge au voisinage de $0$ dès que $\alpha>-1$, et
converge au voisinage de l'infini dès que $\alpha<\deg Q-\deg P-1$
(on notera que ces conditions ne peuvent se produire simultanément que 
si $\deg Q>\deg P$). 

\InsertFig  -3.000  50.000  {
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\LabelTeX   55.000  -4.000 $-\varepsilon$ \ELTX
\LabelTeX   70.300  -4.000 $\varepsilon$ \ELTX
\LabelTeX  100.500  -4.000 $+R$ \ELTX
\LabelTeX  119.000  -4.000 $x$ \ELTX
\LabelTeX   61.000  43.500 $y$ \ELTX
\LabelTeX   81.500  34.000 $\gamma$ \ELTX
\LabelTeX   45.000  14.000 $K_{R,\varepsilon,\delta}$ \ELTX
\LabelTeX   44.300 -21.000 $a_1$ \ELTX
\LabelTeX   81.000 -21.000 $a_2$ \ELTX
\LabelTeX   77.000  19.000 $a_3$ \ELTX
\LabelTeX   10.000  -1.000 $2\delta$ \ELTX
\EndFig
\vskip2cm
\phantom{$~$}

\noindent
La méthode de calcul consiste à intégrer la 
fonction $f(z)z^\alpha$ sur le contour $\gamma$
constitué d'un arc du cercle $\Gamma(0,R)$ parcouru dans le sens
direct, d'un arc du cercle $\Gamma(0,\varepsilon)$ parcouru dans le
sens indirect, et des segments
$[\sqrt{\varepsilon^2-\delta^2},\sqrt{R^2-\delta^2}]\pm\ii\delta$,
(avec $\delta\ll\varepsilon$ très petit), parcourus dans le sens
indiqué par le schéma. Ce contour est le bord d'un compact
$K_{R,\varepsilon,\delta}$ qui contient tous les pôles de la fraction
rationnelle $P(z)/Q(z)$ si $R$ est assez grand et si $\delta\ll
\varepsilon$ sont assez petits (ceci n'est vrai bien sûr que parce
que $Q(x)$ n'a pas de zéros sur $[0,+\infty[$, par hypothèse).

Un point très important est de choisir la détermination adéquate de
la fonction $z^\alpha=\exp(\alpha\log z)$~: on choisit ici
la détermination définie sur $\bC\ssm[0,+\infty[$, telle que 
$0<\arg z<2\pi$. Comme $\alpha$ est supposé réel, on a
$|z^\alpha|=|z|^\alpha$ tandis que $\arg(z^\alpha)=\alpha\arg z$.
Dans ces conditions, lorsque $\delta$ tend vers $0$, la somme des
intégrales sur les segments horizontaux 
$[\sqrt{\varepsilon^2-\delta^2},\sqrt{R^2-\delta^2}]\pm\ii\delta$
converge vers
$$
(1-e^{2\pi\ii\alpha})\int_\varepsilon^R f(x)x^\alpha dx.
$$
On fait maintenant tendre $\varepsilon$ vers $0$ et $R$ vers l'infini.
La majoration
$$
\Big|\int_{\Gamma(0,r)}f(z) z^\alpha dz\Big|
\le 2\pi r^{1+\alpha}\sup_{\Gamma(0,r)}|f(z)|
$$
entraîne que les intégrales sur les cercles $\Gamma(0,\varepsilon)$
et $\Gamma(0,R)$ tendent vers $0$ dès lors que $1+\alpha>0$ et 
$1+\alpha+\deg P-\deg Q<0$, ce qui équivaut à la convergence de
l'intégrale $I$ en $0$ et $+\infty$, respectivement. On aboutit à la
formule
$$
(1-e^{2\pi\ii\alpha})\int_0^{+\infty}f(x)x^\alpha dx =
2\pi\ii\sum_{a\in\bC\ssm[0,+\infty[}\Res(f(z)z^\alpha\,,\;a).
$$

\section{4.5. Intégrales contenant un logarithme}

Le dernier cas que nous traiterons est celui des intégrales de la forme
$$
I=\int_0^{+\infty}\ln x\, f(x)\,dx
$$
où $f(x)=P(x)/Q(x)$ est une fraction rationnelle. L'intégrale converge dès
que $Q$ n'a pas de zéros situés sur l'axe réel et que $\deg Q\ge\deg P+2$.
Ici, la méthode consiste à intégrer la forme holomorphe
$(\log z-\ii\pi)^2 f(z)\,dz$ sur le contour décrit au~4.4 (c'est bien le 
{\em carré} d'un logarithme qu'il faut considérer~!), avec la détermination 
telle
que $0<\arg z<2\pi$. Il n'est pas difficile de voir que
les intégrales sur les cercles $\Gamma(0,\varepsilon)$ et
$\Gamma(0,R)$ tendent vers 0, sous les hypothèses qui ont été faites. 
Sur l'axe réel, on est amené à intégrer $(\ln x-\ii\pi)^2f(x)dx$ de
$\varepsilon$ à $R$, puis $(\ln x+\ii\pi)^2f(x)dx$
dans le sens opposé. La somme de ces deux intégrales est égale~à
$$
-4\ii\pi\int_\varepsilon^R\ln x\,f(x)\,dx.
$$
On aboutit alors à la formule
$$
\int_0^{+\infty}\ln x\,f(x)\,dx=-{1\over 2}
\sum_{a\in\bC\ssm[0,+\infty[}\Res\big((\log z-\ii\pi)^2f(z)\,,\;a\big).
$$
On notera que l'intégrale de gauche est encore convergente si $f$ admet
un pôle simple au point $x=1$. Dans ce dernier cas, on évite le point $1$
en modifiant un peu le chemin $\gamma$, de façon à contourner le point
$1$ par des arcs situés sur le cercle $\Gamma(1,\varepsilon)$, orientés 
de manière {\em indirecte}. Il faut alors évaluer la limite
$$
\lim_{\varepsilon\to 0_+}\int_{\Gamma(1,\varepsilon)\cap\{\Im z\ge 0\}}
(\Log z-\ii\pi)^2f(z)\,dz +
\int_{\Gamma(1,\varepsilon)\cap\{\Im z\le 0\}}(\Log z+\ii\pi)^2f(z)\,dz
$$
où la détermination du logarithme est {\em cette fois} la détermination 
principale telle que $\Log 1=0$ et $-\pi<\arg z<\pi$. Il est facile de voir
que les termes mettant en jeu le logarithme sont bornés en $z=1$ et ont 
une contribution nulle du fait que la longueur des arcs tend vers~$0$, 
tandis que le terme sans logarithme a pour limite
$$
\lim_{\varepsilon\to 0_+}\int_{\Gamma(1,\varepsilon)}
-\pi^2 f(z)\,dz=-2\pi^3\ii \Res(f(z)dz,1).
$$
Il vient alors
$$
\int_0^{+\infty}\ln x\,f(x)\,dx=-{1\over 2}
\sum_{a\in\bC\ssm[0,+\infty[}\Res\big((\log z-\ii\pi)^2f(z)\,,\;a\big)
+{\pi^2\over 2}\Res\big(f(z)\,,\;1\big).
$$
On obtient ainsi par exemple
$\displaystyle\int_0^{+\infty}{\ln x\over x^2-1}dx={\pi^2\over 4}$. Plus
généralement, il serait possible d'évaluer des intégrales de la
forme
$$
J=\int_0^{+\infty}A(\ln x)f(x)\,dx
$$
où $A$ est un polynôme. Dans cette situation, on intègre la forme holomorphe 
$B(\log z) f(z)\,dz$ avec un polynôme $B$ choisi tel que 
$B(z+2\pi\ii)-B(z)=A(z)$, ce qui est toujours possible.


\end
% Local Variables:
% TeX-command-default: "eTeX"
% End:
