% Fonctions holomorphes et surfaces de Riemann, chapitre II
%
% Laurent Bonavero
% Jean-Pierre Demailly
% Université de Grenoble I, Institut Fourier
% 38402 Saint-Martin d'Hères, France
%

\input vcmac

\openauxfile

\blankline
\chaptitle{Chapitre II}
\medskip
\chaptitle{Holomorphie et analyticité}
\chaptitle{Résultats fondamentaux}
\chaptitlerunning{Chap.\ II: Holomorphie et analyticité}
\vskip50pt

Les propriétés fondamentales satisfaites par les fonctions
holomorphes sont pour la plupart conséquences de la formule de Cauchy.
Cette formule calcule la valeur d'une fonction holomorphe en un point
quelconque d'un domaine suf\-fisamment régulier, à partir des seules
valeurs prises sur la frontière du domaine. Il en résulte que les
fonctions holomorphes vérifient un certain nombre de propriétés de
«rigidité\rguil\ que ne possédent pas en général les
fonctions (indéfiniment) différentiables, et qui sont dues à la
nature conforme de la différentielle. La preuve de ces diverses
propriétés (inégalités de Cauchy, analyticité, principe du
prolongement analytique, principe du maximum$\ldots$) constitue le coeur
de ce chapitre.  Quelques rappels sur les intégrales curvilignes
seront nécessaires pour commencer.
\bigskip\null

\supersection{1. Rappels sur les formes différentielles}

\section{1.1. Intégration des formes différentielles de degré $1$}

Soit $\Omega$ un ouvert connexe de $\bR^n$. Une {\em $1$-forme
différentielle} complexe continue sur $\Omega$ est une application
continue  $\alpha:\Omega\rightarrow\cL_\bR(\bR^n,\bC)$.
D'après I-(2.2.5), si $(x_1,\ldots, x_n)$ désignent les coordonnées
sur $\bR^n$, l'espace vectoriel complexe $\cL_\bR(\bR^n,\bC)$ admet
$(dx_1,\ldots,dx_n)$ comme «base canonique\rguil, et on peut donc
écrire $\alpha(x_1,\ldots,x_n)=\sum_{i=1}^n\alpha_i(x_1,\ldots,x_n)dx_i$
où les $\alpha_i$ sont $n$ fonctions continues de 
$\Omega$ dans $\bC$. Un exemple important de $1$-forme est donné par
la différentielle $df$ d'une fonction $f:\Omega\rightarrow\bC$ de
classe $\cC^p$ ($p\ge 1$)
$$
df=\sum_{1\le j\le n}{\partial f\over\partial x_j}\,dx_j.
$$
Un {\em chemin de classe $\cC^p$ par morceaux}
tracé dans $\Omega$ est une application continue $\gamma$ d'un
intervalle $[a,b]$ dans $\Omega$ telle qu'il existe une subdivision
$a=\tau_0<\tau_1<\ldots<\tau_N=b$ avec 
$\gamma_{|[\tau_i,\tau_{i+1}]}$ de classe $\cC^p$ (en général, les
points $\gamma(\tau_i)$ seront des «points anguleux\rguil\ du
chemin. Sauf précision contraire, on oriente un tel chemin 
dans le sens des paramètres croissants. Si $\gamma$
est un tel chemin, on définit sa longueur par
$$
\lg(\gamma)=\int_a^b \Vert\gamma'(t)\Vert dt
=\int_a^b \sqrt{\gamma'_1(t)^2+\cdots+\gamma'_n(t)^2}\,dt
$$
où $\Vert x\Vert=\sqrt{x_1^2+\cdots+x_n^2}$ est la norme euclidienne
de $x=(x_1,\ldots,x_n)\in\bR^n$.

\claim Définition|Soit $\gamma(t)=(\gamma_1(t),\ldots,\gamma_n(t))$ et
$\alpha=\sum_{i=1}^n\alpha_i(x_1,\ldots,x_n)dx_i$ l'écriture de $\gamma$
et de $\alpha$ en coordonnées. L'intégrale curviligne
$\int_{\gamma}\alpha$ est l'intégrale simple obtenue en effectuant
les substitutions $x_i=\gamma_i(t)$ et $dx_i=\gamma_i'(t)dt$~:
$$
\int_{\gamma}\alpha=\int_{\gamma}\sum_{i=1}^n\alpha_i(x_1,\ldots,x_n)dx_i=
\varepsilon\int_a^b\sum_{i=1}^n\alpha_i(\gamma_1(t),\ldots,\gamma_n(t))
\gamma_i'(t)\,dt
$$
où $\varepsilon=+1$ si on oriente $\gamma$ dans le sens des paramètres $t$
croissants, et $\varepsilon=-1$ si on oriente $\gamma$ dans le sens des
paramètres décroissants.
\endclaim

Deux chemins $\gamma_1:[a_1,b_1]\to\Omega$ et
$\gamma_2:[a_2,b_2]\to\Omega$ de classe $\cC^p$ (resp.\ de classe
$\cC^p$ par morceaux) sont dits équivalents s'il existe un changement
de variable $\psi:[a_1,a_1]\to[a_2,b_2]$ de classe $\cC^p$ (resp.\
$\cC^p$ par morceaux), bijectif, de dérivée à droite et à gauche
partout non nulle (i.e.\ un difféomorphisme de classe $\cC^p$, resp.\
de classe $\cC^p$ par morceaux), et {\em strictement croissant}, tel que
$\gamma_1=\gamma_2\circ\psi$. On appelle {\em arc orienté} de classe
$\cC^p$ (par morceaux) une classe d'équivalence de chemins de classe
$\cC^p$ (par morceaux); tous les chemins $\gamma:[a,b]\to\Omega$ d'une
même classe d'équivalence ont bien sûr la même image ensembliste
$\gamma([a,b])$.

Remarquons que l'intégrale curviligne $\int_{\gamma}\alpha$ ne dépend
que de l'arc défini par $\gamma$, et non de la paramétrisation.
En effet, si $\psi:{}[a',b']\rightarrow{}[a,b]$ est un
difféomorphisme définissant une nouvelle paramétrisation, on a
$\int_{\gamma\circ\psi}\alpha =\int_{\gamma}\alpha$ si $\psi$ conserve
l'orientation (i.e.\ $\psi$ croissant et $\psi(a')=a$, $\psi(b')=b$) et
$\int_{\gamma\circ\psi}\alpha =-\int_{\gamma}\alpha$ si $\psi$ renverse
l'orientation (i.e.\ $\psi$ décroissant et $\psi(a')=b$,
$\psi(b')=a$). Ceci se voit facilement en effectuant le changement de
variable $t=\psi(s)$ dans l'intégrale simple $\int_a^b\sum(\ldots)\,dt$.
De même, la longueur $\lg(\gamma)$ ne dépend que de l'arc défini
par~$\gamma$.
La proposition suivante regroupe les propriétés élémentaires les
plus importantes des intégrales curvilignes.

\itemindent=1.5\parindent
\claim Proposition|Soient $\alpha$ une $1$-forme différentielle
complexe continue sur $\Omega$ et $\gamma$ un chemin de classe $\cC^1$
par morceaux dans $\Omega$. Alors
\smallskip
\item{\rm(i)} Si $f$ est une fonction de classe $\cC^1$ sur $\Omega$,
on a 
$$\int_{\gamma}df = f(\gamma(b))-f(\gamma(a)),$$ 
en particulier $\int_\gamma df=0$ si le chemin $\gamma$ est un 
«lacet\rguil\ $($on dit aussi un «chemin fermé\rguil$)$, 
c'est-à-dire si $\gamma(b)=\gamma(a)$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} $\disp{\Big|\int_{\gamma}\alpha\Big| 
\le \lg(\gamma)\sup_{t\in [a,b]}\Vert\alpha(\gamma(t))\Vert}$~
où $\Vert\alpha\Vert= \sqrt{\sum_i|\alpha_i|^2}$,
\smallskip
\item{\rm(iii)} $\disp{\int_{\gamma}\alpha = \lim_{\varepsilon\rightarrow0}
\sum_{j=0}^{N-1}\sum_{i=1}^n\alpha_i(\gamma(\xi_j))(\gamma_i(\tau_{j+1})
-\gamma_i(\tau_j))}$\hfil\break
où la subdvision $a=\tau_0<\tau_1<\ldots<\tau_N=b$ décrit l'ensemble des
subdivisions de $[a,b]$ telles que $\sup_j (\tau_{j+1}-\tau_j)
\le\varepsilon$ et où les $\xi_j\in [\tau_{j+1},\tau_j]$ sont des points
arbitraires.
\vskip0pt
\endclaim 
\itemindent=\parindent

\dem. (i) résulte de la définition des intégrales curvilignes et du
fait que
$$
\sum_{i=1}^n{\partial f\over\partial x_i}(\gamma_1(t),\ldots,
\gamma_n(t))\gamma_i'(t)=(f\circ\gamma)'(t).
$$
(ii) est conséquence de l'inégalité de Cauchy-Schwarz, qui donne
$$
\Big|\sum_{i=1}^n\alpha_i(\gamma_1(t),\ldots,\gamma_n(t))
\gamma_i'(t)\Big|\le \Vert\alpha(\gamma(t))\Vert\cdot\Vert\gamma'(t)\Vert
$$
en chaque point $t\in[a,b]$. Enfin, il n'est pas difficile de voir
que
$$
\eqalign{
\Big|\int_{\tau_j}^{\tau_{j+1}}\sum_{i=1}^n\alpha_i(\gamma_1(t),\ldots,
\gamma_n(t))\gamma_i'(t)\,dt
&{}-\sum_{i=1}^n\alpha_i(\gamma(\xi_j))(\gamma_i(\tau_{j+1})
-\gamma_i(\tau_j))\Big|\cr
&\le \omega_j\int_{\tau_j}^{\tau_{j+1}}\Vert\gamma'(t)\Vert\,dt\cr}
$$
où $\omega_j=\sup_{t\in[\tau_j,\tau_{j+1}]}
\Vert\alpha\circ\gamma(t)-\alpha\circ\gamma(\xi_j)\Vert$. Comme
$\max_{0\le j<N}\omega_j$ tend vers $0$ avec $\varepsilon$ par
continuité uniforme de $\alpha\circ\gamma$, la propriété (iii)
s'ensuit facilement.\qed

\section{1.2. Notion de compact à bord régulier par morceaux
de $\bR^2$}

Soit $K$ un compact de $\bR^2$ et $p$ un entier positif.

\InsertFig   0.000  91.000  {
1 mm unit 
%/fill {stroke} def
initcoordinates 
gsave 
 20.000  20.000 moveto 
[  20.000  20.000   10.000  40.000   10.000  70.000   20.000  80.000  
   40.000  80.000   60.000  85.000   90.000  85.000  110.000  65.000  
  110.000  35.000  115.000  20.000   90.000   5.000   50.000  10.000  
] closedcurve 
gsave closepath 0.950 setgray fill grestore stroke
 30.000  60.000 moveto 
[  30.000  60.000   50.000  70.000   80.000  70.000   90.000  50.000  
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] (YYBBBAA) 
closedmixedpath 
gsave closepath 1.000 setgray fill grestore stroke
 79.000  32.800 moveto   0.800 disk 
 79.000  32.800 moveto  10.000 rotation 
 83.900  55.300 moveto   5.300   0.000 2.4 vector
 83.900  55.300 moveto   5.000 180.000 2.4 vector
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  0.500 setlinewidth
 89.000  13.800 moveto  69.000  51.800 rectangle 
stroke 
resetcoordinates 
 69.300  30.000 moveto 
[  69.300  30.000   72.100  30.100   74.600  30.800   77.000  31.900  
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] curve 
stroke 
  0.250 setlinewidth
 56.900   8.270 moveto  0.000 -10.000   2.400 vector 
 55.190  38.270 moveto  0.000 130.000   2.400 vector 
grestore
}
\LabelTeX   20.000  30.000 $K$ \ELTX
\LabelTeX   68.000  45.500 $R$ \ELTX
\LabelTeX   73.800  27.500 $v=h(u)$ \ELTX
\LabelTeX   78.700  36.200 $z_0$ \ELTX
\LabelTeX   60.000  26.000 $u$ \ELTX
\LabelTeX   85.000   9.000 $v$ \ELTX
\LabelTeX   79.000  58.000 $\varepsilon$ \ELTX
\LabelTeX   95.500  25.500 $\delta$ \ELTX
\EndFig

\claim Définition| Le compact $K$ est dit à 
bord de classe $\cC^p$ par morceaux si pour tout point $z_0$
du bord $\partial K = K \ssm K^\circ$, il existe des 
coordonnées $(u,v)$ associées à un repère
affine de $\bR^2$ d'origine $z_0$, et un rectangle ouvert
$R=\{-\varepsilon<u<\varepsilon\}\times \{-\delta<v<\delta\}$
assez petit de sorte que $K\cap R=\{(u,v)\in R\,;\,v\ge h(u)\}$,
où $h$ est une fonction de classe $\cC^p$ par morceaux sur
$[-\varepsilon,\varepsilon]$ avec $h(0)=0$ et $\sup|h|<\delta$.
\endclaim

Alors $\partial K\cap R={}$graphe de~$h=\{(u,v)\in R\,;\,v=h(u)\}$,
et la compacité de $\partial K$ entraîne que $\partial K$ peut
être recouvert par un nombre fini de rectangles. Par suite, si $K$
est à bord de classe $\cC^p$ par morceaux ($p\ge1$), le bord $\partial K$
est paramétrisable par un nombre fini d'arcs de classe $\cC^p$ par
morceaux, de la forme $\gamma:u\mapsto(u,h(u))$. De même,
$\partial K$ ne possède qu'un nombre fini de points anguleux, et
l'angle en chacun de ces points n'est pas nul$\,$; en effet, le graphe
d'une fonction $h$ de classe $\cC^1$ par morceaux jouit de ces
propriétés. Dans tout cet ouvrage, nous adopterons la convention
suivante pour orienter le bord d'un compact à bord régulier.

\claim Orientation canonique du bord|Supposons que les repères
intervenant dans la définition ci-dessus soient orientés
positivement par rapport à l'orientation définie par la base
canonique de $\bR^2$. On oriente alors le bord $\partial K$ en orientant
les arcs $u\mapsto(u,h(u))$ dans le sens des $u$ croissants.
\endclaim

Pour que cette orientation soit définie de manière cohérente, on
doit bien sûr vérifier le lemme suivant.

\claim Lemme|Soient $R$, $R'$ des rectangles ouverts tels que
$\partial K\cap R\cap R'\ne\emptyset$ et
$$
\partial K\cap R=\{(u,v)\in R\,;\,v\ge h(u)\},\qquad
\partial K\cap R'=\{(u',v')\in R\,;\,v'\ge h'(u')\},
$$
dans des repères affines orientés de~$\bR^2$. Alors les orientations
de $\partial K\cap R\cap R'$ définies par les paramètres $u$ et $u'$
coïncident.
\endclaim

\dem. Il suffit de se placer au voisinage d'un point \hbox{$z_0\in\partial
K\cap R\cap R'$} où $\partial K$ admet une tangente (puisque les points
anguleux sont en nombre fini). Supposons, après avoir effectué une
translation, que $z_0$ soit choisi comme origine des coordonnées, et
soient $(z_0\,;\,e_1,e_2)$, $(z_0\,;\,e_1',e_2')$ les repères
définissant les coordonnées $(u,v)$, $(u',v')$. Dans ces conditions,
quitte à changer $h$ en $\wt h(u)=h(u)-h'(0)u$ et les coordonnées
$(u,v)$ en $(\wt u,\wt v)=(u,v-h'(0)u)$ (ce qui ne change pas
l'orientation, puisque le déterminant de la matrice de passage
est~$1$), on voit qu'on peut supposer $h'(0)=0$, i.e.\ que le vecteur de
base $e_1$ est tangent à~$\partial K$ en $z_0\,$; on peut bien
sûr faire la même hypothèse pour~$e_1'$, et le problème est
alors de montrer que les vecteurs colinéaires $e_1$ et $e_1'$
sont de même sens. Or les vecteurs $e_2$ et $e_2'$ se situent dans
le même demi-plan ouvert de $\bR^2$ délimité par la tangente (vue
comme droite vectorielle), à savoir le demi-plan des vecteurs $\xi$
tels que $z_0+\lambda \xi\in K$ pour $\lambda>0$ assez petit. Le fait
que les bases $(e_1,e_2)$ et $(e_1',e_2')$ aient la même orientation
impose que $e_1$ et $e_1'$ soient de même sens.\qed

Finalement, introduisons la notion de trou d'un compact.

\claim Définition|On appelle trou d'un compact $K\subset\bR^2$
toute composante connexe bornée de $\bR^2\ssm K$.
\endclaim 

Remarquons alors qu'un compact à bord  de classe $\cC^p$ par morceaux
avec $p\ge 1$ n'a qu'un nombre fini de trous (chacun de ces trous
étant bordé par au moins un des arcs constituant $\partial K$,
lesquels sont en nombre fini).

\section{1.3. Formule de Stokes bidimensionnelle}

Rappelons d'abord brièvement le formalisme des formes différentielles,
en nous limitant pour l'essentiel au cas de la dimension~$2$ (le lecteur 
pourra se reporter aux ouvrages traitant du calcul différentiel pour 
la généralisation en dimension supérieure). Si $\alpha$ et 
$\beta$ sont deux formes linéaires
sur un plan vectoriel~$E$, on définit le {\em produit extérieur
$\alpha\wedge\beta$} comme étant la forme bilinéaire alternée
$E\times E\to\bR$ telle que
$$
\alpha\wedge\beta(\xi,\eta)=\alpha(\xi)\beta(\eta)-\alpha(\eta)\beta(\xi).
$$
On a en général $\alpha\wedge\alpha=0$ et $\beta\wedge\alpha=
-\alpha\wedge\beta$. 

Une {\it forme différentielle de degré $p$} ou encore {\it 
$p$-forme différentielle} sur un ouvert $\Omega$ de $\bR^n$ est par 
définition une application $\beta:\Omega\to\cA_p(\bR^n)$
où $\cA_p(E)$ désigne l'ensemble des formes $p$-linéaires
alternées sur l'espace vectoriel~$E$. En dimension $2$, on notera
$(x,y)$ les coordonnées de $\bR^2$ et 
$dx$, $dy$ leurs différentielles vues comme des formes linéaires
sur~$\bR^2$, c'est-à-dire comme éléments de $\cA_1(\bR^2)$. La paire
$(dx,dy)$ forme une base de $\cA_1(\bR^2)$, donc les seuls produits
extérieurs à considérer sont
$$
dx\wedge dx=dy\wedge dy=0,\qquad dx\wedge dy=-dy\wedge dx.
$$
Étant donné des vecteurs $\xi=(\xi_1,\xi_2),\,\eta=(\eta_1,\eta_2)\in\bR^2$,
on a
$$
dx\wedge dy(\xi,\eta)=\xi_1\eta_2-\eta_1\xi_2,
$$
de sorte que le produit $dx\wedge dy$ s'interprète comme la forme 
bilinéaire déterminant dans la base canonique. On peut encore voir
$dx\wedge dy(\xi,\eta)$ comme l'aire (algébrique) du parallélogramme dont 
les côtés sont les vecteurs $\xi$, $\eta$, et pour cette raison on
considère $dx\wedge dy$ comme une expression algébrique de la mesure
d'aire de Lebesgue dans le plan (souvent notée également $dx\,dy$).

Une {\em forme différentielle
$\beta$ de degré~$2$} sur un ouvert $\Omega\subset\bR^2$ se réduit donc à
une expression du type $\beta=b(x,y)\,dx\wedge dy$. Étant donné 
une $1$-forme $\alpha=u(x,y)dx+v(x,y)dy$ et un point $z=(x,y)\in\Omega$,
les valeurs prises par $\alpha$, $\beta$ au point $z$ sur les vecteurs
$\xi$ (resp.\ $\xi$, $\eta$) sont données par
$$
\alpha_z(\xi)=u(x,y)\xi_1+v(x,y)\xi_2,\qquad
\beta_z(\xi,\eta)=b(x,y)(\xi_1\eta_2-\eta_1\xi_2).
$$
Si $\alpha$ est une $1$-forme de classe $\cC^1$, sa
différentielle extérieure est par définition la $2$-forme $d\alpha$ 
telle que
$$
d\alpha=du\wedge dx+dv\wedge dy=\Big({\partial v\over\partial x}-
{\partial u\over\partial y}\Big)dx\wedge dy.
$$
Si $\alpha$ est définie dans un ouvert $\Omega$ d'un plan vectoriel
$E$ plutôt que dans $\bR^2$, on peut montrer que la forme $d\alpha$ ne
dépend pas du choix des coordonnées $x,y$ de~$E$; la vérification
est immédiate à partir de la formule de définition \lguil
intrinsèque\rguil\ (i.e.\ ne faisant pas intervenir de coordonnées)
$$
(d\alpha)_z(\xi,\eta)=d(\alpha_z(\eta))(\xi)-d(\alpha_z(\xi))(\eta),
\qquad\forall z\in\Omega,~~\xi,\eta\in E,
$$
dont l'équivalence avec la première définition sera facilement
vérifiée par le lecteur. On a alors la formule dite de Green 
([Green, 1828], déjà connue d'Euler au 18${}^{\rm e}$ siècle),
qui est un cas particulier de la formule générale de Stokes.

\claim Formule de Green|Soit $K$ un compact du plan complexe, admettant
un bord $\partial K$ de classe $\cC^1$ par morceaux. Soit $\alpha=
u(x,y)dx+v(x,y)dy$ une $1$-forme différentielle de classe $\cC^1$
sur un voisinage de~$K$. Alors, si $\partial K$ est muni de son
orientation canonique, on a
$$
\int_{\partial K}\alpha=\int_{K}d\alpha,\qquad\hbox{i.e.}\quad
\int_{\partial K}u(x,y)dx+v(x,y)dy=
\int_{K}\Big({\partial v\over\partial x}-
{\partial u\over\partial y}\Big)dx\,dy,
$$
\endclaim

\dem. Par compacité de $K$, on peut trouver un nombre fini de rectangles
ouverts $R_j$ recouvrant $K$, tels que ou bien
$\partial K\cap R_j=\emptyset$ (i.e.\ $R_j\subset K^\circ$), ou bien
$\partial K\cap R_j$ est le graphe d'une fonction $h_j$, et
$K\cap R_j$ est la partie située au dessus du graphe; en effet, d'après
la définition initiale de ce paragraphe, chaque
point $x\in K=K^\circ\cup\partial K$ admet comme voisinage un tel
rectangle. En utilisant une partition de l'unité différentiable
(Appendice ??), on peut écrire $\alpha=\sum\alpha_j$, avec des
$1$-formes $\alpha_j$ de classe $\cC^1$ à support dans $R_j$ (le support
est l'adhérence de l'ensemble des points où la forme prend des valeurs
non nulles); en particulier $\alpha_j=0$ aux points de $\partial R_j$.
Il suffit alors de montrer que
$\int_Kd\alpha_j=\int_{\partial K}\alpha_j$ pour chaque
$j$ et de faire la somme. Pour simplifier l'écriture, on supprime
l'indice~$j$, ce qui revient à supposer que $R$ est l'un des rectangles
$R_j$ et que $\alpha=\alpha_j$ est à support dans~$R$. Supposons
également (après changement de coordonnées) que $R=[-\varepsilon,
\varepsilon]\times[\delta,\delta]$. Si $R\subset K^\circ$, on a
$$
\int_Kd\alpha=\int_Rd\alpha=\int_{\textstyle
{-\varepsilon\le x\le\varepsilon\atop-\delta\le y\le\delta}}
\Big({\partial v\over\partial x}-{\partial u\over\partial y}\Big)dx\,dy=0.
$$
En effet, $u=v=0$ sur $\partial R$, donc
$$
\eqalign{
\int_{-\varepsilon}^\varepsilon{\partial v\over\partial x}(x,y)\,dx&=
v(\varepsilon,y)-v(-\varepsilon,y)=0,\cr
\int_{-\delta}^\delta{\partial u\over\partial y}(x,y)\,dy&=
u(x,\delta)-u(x,-\delta)=0.\cr}
$$
Par ailleurs le support de $\alpha$ ne rencontre pas $\partial K$, donc
$\int_{\partial K}\alpha=0=\int_K d\alpha$. Dans le cas où
$K\cap R=\{(x,y)\in R\,;\,y\ge h(x)\}$, on trouve
$$
\eqalign{\int_K
&d\alpha=\int_{K\cap R}d\alpha=
\int_{-\varepsilon}^\varepsilon dx\int_{h(x)}^\delta
\Big({\partial v\over\partial x}-{\partial u\over\partial y}\Big)dy\cr
&=\int_{-\varepsilon}^\varepsilon dx \Big[
{\partial\over\partial x}\Big(\int_{h(x)}^\delta
v(x,y)\,dy\Big)+v(x,h(x))h'(x)-\big(u(x,\delta)-u(x,h(x))\big)\Big],\cr
&=\int_{h(\varepsilon)}^\delta v(\varepsilon,y)\,dy
-\int_{h(-\varepsilon)}^\delta v(-\varepsilon,y)\,dy
+\int_{-\varepsilon}^\varepsilon\big(v(x,h(x))h'(x)+u(x,h(x))\big)dx,\cr}
$$
tandis que
$$
\int_{\partial K\cap R}\alpha=\int_{\partial K\cap R}u(x,y)dx+v(x,y)dy=
\int_{-\varepsilon}^\varepsilon
u(x,h(x))\,dx+v(x,h(x))h'(x)\,dx,
$$
puisque l'arc $\partial K\cap R$ peut être paramétrisé par
$y=h(x)$. Compte tenu du fait que $\Supp\alpha\subset R$, on a
$v(\varepsilon,y)=v(-\varepsilon,y)=0$, et par conséquent $\int_{K
\cap R}d\alpha=\int_{\partial K\cap R}\alpha$.\qed

\supersection{2. Théorèmes de Cauchy et de Goursat}

La formule de Cauchy est une formule de représentation des
fonctions holomorphes en termes des valeurs prises sur un contour$\,$;
c'est un résultat clé dans l'étude des fonctions holomorphes.
Le point le plus étonnant est que les propriétés
de dérivabilité peuvent souvent se traiter en intégrant$\,$! 

\section{2.1. Théorème de Cauchy}

Le résultat connu sous le nom de «Théorème de Cauchy\rguil\
a été énoncé par Cauchy en 1825 (avec une justification partielle
reposant sur le calcul des variations), puis démontré rigoureusement
par Riemann en 1851, sous l'hypothèse supplémentaire que la fonction 
holomorphe $f$ est de classe~$\cC^1\,$; Goursat a montré ultérieurement 
([Goursat,~1884,~1900]) que cette hypothèse était en fait inutile.

\claim Théorème de Cauchy|Soient $\Omega \subset \bC$ un ouvert
et $K$ un compact à bord de classe $\cC^1$ par morceaux
inclus dans $\Omega$, avec l'orientation canonique du bord.
Alors, pour toute fonction holomorphe $f\in \cO(\Omega)$, on a
$$
\int_{\partial K}f(z)dz = 0.
$$
\endclaim

\dem\ (donnée par Riemann sous l'hypothèse supplémentaire
$f\in\cC^1(\Omega)$). Considérons la forme différentielle
$\alpha=f(z)dz$, qui est de classe $\cC^1$. On a alors
$$
d\alpha=df\wedge dz=f'(z)dz\wedge dz=0
$$
car le produit extérieur d'une $1$-forme par elle-même est toujours
nul. La formule de Green-Riemann implique
$$
\int_{\partial K}\alpha=\int_K d\alpha=0.\eqno\square
$$

\section{2.2. Théorème de Goursat}

Pour démontrer le théorème de Cauchy en toute généralité, on
commence par traiter le cas ou le compact $K$ est un triangle. On
appelle ici triangle du plan l'enveloppe convexe de $3$ points non
alignés. C'est un compact à bord $\cC^\infty$ par morceaux. On
utilise ici encore l'orientation canonique du bord.

\claim Lemme de Goursat|Soient $\Omega \subset \bC$ un ouvert
et $T$ un triangle inclus dans $\Omega$. Alors
$$
\forall f\in \cO(\Omega)\qquad \int_{\partial T}f(z)dz = 0.
$$
\endclaim

\InsertFig   0.000  32.000  {
1 mm unit 
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24.500  0.500 lineto 
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25.500  0.500 moveto 
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10.800 15.000 moveto 
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0.4 disk
grestore 
}
\LabelTeX  13.000 19.000 $T$ \ELTX
\LabelTeX  28.000 19.000 $T_1$ \ELTX
\LabelTeX  18.000  5.000 $T_2$ \ELTX
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\LabelTeX 105.000 15.000 $T'_0=T$ \ELTX
\LabelTeX  79.200 3.700 $T'_n$ \ELTX
\LabelTeX  76.000 9.000 $z_0$ \ELTX
\EndFig
\bigskip\medskip

\dem. Posons $I = \int_{\partial T}f(z)dz$. On découpe $T$ en $4$ triangles
$T_1,\ldots,T_4$ dont les sommets sont ceux de $T$ et
les milieux des côtés de $T$. Du fait des orientations deux à 
deux opposées des arêtes des triangles $T_k$ intérieures au triangle $T$, 
on a $I = \sum_{k=1}^4\int_{\partial T_k}f(z)dz$ et il existe donc
un indice $k$ tel que $|\int_{\partial T_k}f(z)dz| \ge |I|/4$.
De cette façon, on construit par récurrence
une suite de triangles $T'_n$ emboités telle que $T'_0=T$,
$T'_1=T_k$, $\diam (T'_n) = \diam (T)/2^n$ et
$ |\int_{\partial T'_n}f(z)dz| \ge |I|/4^n$.
Dans ces conditions, l'intersection décroissante des $T'_n$
est réduite à un point que l'on note $z_0$. Exprimons alors
la condition de $\bC$-différentiabilité de $f$ en $z_0$~:
$$ f(z) = f(z_0) + (z-z_0)f'(z_0) + (z-z_0)\varepsilon (z),$$ où
$\varepsilon (z)$ tend vers $0$ quand $z$ tend vers $z_0$. Comme
$$
(f(z_0)+(z-z_0)f'(z_0))dz=
d\Big(f(z_0)z+{1\over 2}(z-z_0)^2f'(z_0)\Big)
$$
est d'intégrale nulle sur le lacet fermé $\partial T'_n$, il s'ensuit
$$
\eqalign{
\Big|\int_{\partial T'_n}f(z)dz\Big|=
\Big|\int_{\partial T'_n}(z-z_0)\varepsilon(z)dz\Big|
&\le\lg(\partial T'_n) \sup_{\partial T'_n}|z-z_0\Vert\varepsilon (z)|\cr
&\le 3 (\diam(T'_n))^2\sup_{\partial T'_n}|\varepsilon (z)|.\cr}
$$
De là on déduit 
$$
|I| \le 4^n \Big|\int_{\partial T'_n}f(z)dz\Big| \le
3 (\diam (T))^2\sup_{\partial T'_n}|\varepsilon (z)|.
$$
Or le membre de droite de cette inégalité tend vers $0$, donc $I=0$.\qed

Le lemme de Goursat admet une réciproque que nous verrons
au paragraphe 3.1 (théorème de Morera). Pour l'instant, nous
sommes en mesure de prouver le

\claim Théorème de Goursat|Le «théorème de Cauchy\rguil\
affirmant la nullité des intégrales $\int_{\partial K}f(z)dz=0$ est vrai 
pour toute $f\in\cO(\Omega)$ $($sans supposer de plus que l'on ait
$f\in\cC^1(\Omega))$.
\endclaim

Comme on le verra ultérieurement, ce résultat permet de démontrer
que toute fonction holomorphe $f$ est en fait automatiquement
de classe~$\cC^\infty$. La preuve se fait en utilisant une
approximation de $K$ par des compacts à bords polygonaux.

\InsertFig  15.000  55.000  {
%/fill {stroke} def
1 mm unit 
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   35.000   7.000  
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[  20.000  10.000   10.000  20.000   10.000  40.000   40.000  45.000  
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stroke 
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[  30.000  20.000   25.000  30.000   35.000  35.000   45.000  35.000  
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stroke 
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 55.000   7.000 moveto  50.000  25.000 segment 
 50.000  25.000 moveto  75.000  27.000 segment 
 75.000  27.000 moveto  45.000  35.000 segment 
 45.000  35.000 moveto  75.000  37.000 segment 
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[  45.000  35.000   75.000  27.000   75.000  37.000  
] closedpolygon 
stroke 
  0.250 setlinewidth
 63.000  26.000 moveto   0.000   3.000   2.400 vector 
 59.500  31.100 moveto   0.000 167.000   2.400 vector 
 48.150  28.500 moveto   0.000 -65.000   2.400 vector 
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 39.300   8.400 moveto   0.000  -4.000   2.400 vector 
 46.200  14.700 moveto   0.000 137.000   2.400 vector 
 29.200  14.600 moveto   0.000 207.000   2.400 vector 
grestore 
}
\LabelTeX   15.500  46.000 $K$ \ELTX
\LabelTeX   76.500  26.500 $\gamma(\tau_j)$ \ELTX
\LabelTeX   76.500  37.000 $\gamma(\tau_{j+1})$ \ELTX
\LabelTeX   68.700  11.500 $\partial K$ \ELTX
\LabelTeX   40.000  28.000 $\partial K_\varepsilon$ \ELTX
\LabelTeX   37.000  12.000 $T_i$ \ELTX
\EndFig

\dem. Notons $\delta = d(K,\bC\ssm\Omega) >0$. On paramétrise
$\partial K$ par un nombre fini d'arcs $\cC^1$ par morceaux, et
pour chaque tel arc $\gamma:[a,b]\to\Omega$, on utilise une subdivision
$a=\tau_0<\tau_1<\cdots<\tau_N=b$ de sorte que
$\Vert\gamma(\tau_{j+1})-\gamma(\tau_j)\Vert\le \varepsilon \le \delta/2$.
Par suite, chacun des segments $[\gamma(\tau_{j+1}),\gamma(\tau_j)]$ 
est inclus dans~$\Omega$. Pour $\varepsilon$ assez petit, la réunion
de ces segments constitue le bord d'un compact $K_{\varepsilon}$
à bord polygonal. Un tel compact est naturellement triangulable,
de sorte que $K_{\varepsilon} = \bigcup_i T_i$ est réunion de triangles
adjacents et que le lemme de Goursat donne~:
$$ \int_{\partial K_{\varepsilon}}f(z)dz = \sum_i 
\int_{\partial T_i}f(z)dz = 0.$$
La première égalité vient du fait que chacun des segments composant les
$\partial T_i$ et ne figurant pas dans $\partial K_\varepsilon$ apparaît
deux fois avec des orientations opposées (cf.\ schéma). Maintenant,
d'après la partie (iii) de la proposition du \S$\,$1.1, on a 
$\lim_{\varepsilon\rightarrow 0} \int_{\partial K_{\varepsilon}}f(z)dz
=\int_{\partial K}f(z)dz$, d'où le résultat.\qed

\section{2.3. Formule de Cauchy}

On démontre maintenant la formule de Cauchy. À nouveau, 
$\Omega$ désigne un ouvert de $\bC$.

\claim Formule de Cauchy|Soient $f\in\cO(\Omega)$
et $K$ un compact à bord orienté $\cC^1$ par morceaux
inclus dans $\Omega$. Alors, pour tout $z$ dans $K^\circ$,
$$ f(z) = {1\over 2\ii\pi}\int_{\partial K}{f(w)\over w-z}dw.$$
\endclaim

En particulier, les valeurs de $f$ à l'intérieur de $K$ sont
déterminées par les valeurs de $f$ sur le bord $\partial K$.

\dem. Soit $\rho >0$ tel que $\ol D(z,\rho) \subset K^\circ$.
On note $K_\rho = K\ssm D(z,\rho)$. Alors $K_\rho$
est un compact à bord $\cC^1$ par morceaux dont le bord
est $\partial K_\rho = \partial K\cup\Gamma^-(z,\rho)$, où
$\Gamma^-$ signifie que ce cercle a l'orientation opposée
à celle obtenue comme bord de $\ol D(z,\rho)$.
Considérons alors la fonction $g(w)=f(w)/(w-z)$. Cette
fonction est holomorphe sur $\Omega\ssm\{z\}$. Comme $K_\rho$
est un compact dans $\Omega\ssm\{z\}$, le théorème de Cauchy
appliqué à la fonction $g$ donne~:
$$
\int_{\partial K}{f(w)\over w-z}dw -
\int_{\Gamma(z,\rho)}{f(w)\over w-z}dw = 0.
$$
Mais alors en posant $w=z+\rho e^{\ii t}$ il vient
$$
\int_{\Gamma(z,\rho)}{f(w)\over w-z}dw =\int_0^{2\pi}
{f(z+\rho e^{\ii t})\over \rho e^{\ii t}}
\ii\rho e^{\ii t}dt = \ii\int_0^{2\pi} f(z+\rho e^{\ii t})\,dt,
$$
et cette dernière intégrale tend vers $2\ii\pi f(z)$ lorsque $\rho$
tend vers~$0$, par continuité de $f$ au point~$z$.\qed


\section{2.4. Formule de Pompeiu}

La formule de Pompeiu (appelée aussi formule de Cauchy avec reste) est une
généra\-lisation de la formule de Cauchy pour le cas des fonctions non
nécessairement holomorphes.

\claim Théorème|Soit $K$ un compact du plan complexe, admettant un bord 
$\partial K$ de classe $\cC^1$ par morceaux. On désigne par 
$d\lambda(z)=dx\,dy$ la mesure de Lebesgue sur $\bC\simeq\bR^2$.

\smallskip
\item{\rm(i)} Pour toute fonction $f:K\to\bC$ de classe $\cC^1$, on a
$$
\int_{\partial K}f(z)dz = 2\ii \int\!\!\!\int_K
{\partial f\over \partial\ol z}\,d\lambda(z).
$$ 
\item{\rm(ii)} Si $z$ est dans l'intérieur $K^\circ$ de~$K$, alors
$$
f(z)={1\over 2\ii\pi}\int_{\partial K}{f(w)\over w-z}dw-{1\over\pi}
\int\!\!\!\int_K{1\over w-z}\,{\partial f\over \partial\ol w}\,d\lambda(w).
$$
\endclaim

\dem. (i) Considérons la forme différentielle de classe $\cC^1$
$\alpha=f(z)dz$. On a alors
$$
d\alpha=df\wedge dz=\Big({\partial f\over\partial z}dz+
{\partial f\over\partial \ol z}d\ol z\Big)\wedge dz=
{\partial f\over\partial \ol z}d\ol z\wedge dz
$$
et 
$$
d\ol z\wedge dz=(dx-\ii dy)\wedge(dx+\ii dy)=2\ii\,dx\wedge dy
=2\ii\,d\lambda(z).
$$
L'égalité cherchée résulte de formule de Green-Riemann
$\int_{\partial K}\alpha=\int\!\!\!\int_K d\alpha$.
\medskip

\noindent
(ii) Comme pour la formule de Cauchy du \S$\,$2.3, on applique la formule 
(i) à la fonction 
$$
g(w)={f(w)\over w-z}
$$
sur le compact $K_\rho=K\ssm D(z,\rho)$. Puisque la fonction $w\mapsto
1/(w-z)$ est holomorphe, nous obtenons
$$
{\partial g\over\partial\ol w}=
{1\over w-z}\,{\partial f\over\partial\ol w}.
$$
Or $g$ est de classe $\cC^1$ sur $K_\rho$, il vient donc
$$
\int_{\partial K_\rho}g(w)\,dw=2\ii
\int\!\!\!\int_{K_\rho}{\partial g\over\partial\ol w}d\lambda(w),
$$
et comme $\partial K_\rho=\partial K\cup\Gamma(z,\rho)$ ceci donne
$$
\int_{\partial K}{f(w)\over w-z}dw-
\int_{\Gamma(z,\rho)}{f(w)\over w-z}dw
=2\ii\int\!\!\!\int_{K_\rho}{1\over w-z}\,{\partial f\over\partial\ol w}\,
d\lambda(w).
$$
Nous avons ici encore
$$
\lim_{\rho\to 0_+}\int_{\Gamma(z,\rho)}{f(w)\over w-z}dw=2\pi\ii\,f(z)
$$
par continuité de $f$ en $z$, tandis que la fonction $w\mapsto
1/|w-z|$ est intégrable au sens de Lebesque sur un voisinage du
point $z$ dans $\bC\simeq\bR^2$ (ceci résulte de l'intégrabilité
de $\Vert x\Vert^{-\alpha}$ pour $\alpha<n$ dans $\bR^n$). La formule
de Pompeiu s'ensuit en faisant tendre $\rho$ vers $0$, parce que
$$
\lim_{\rho\to 0_+}\int\!\!\!\int_{K_\rho}
{1\over w-z}\,{\partial f\over\partial\ol w}\,d\lambda(w)=
\int\!\!\!\int_K{1\over w-z}\,{\partial f\over\partial\ol w}\,d\lambda(w)
$$
grâce au théorème de convergence dominée.\qed


\supersection{3. Conséquences de la formule de Cauchy}

Dans cette partie, on développe les applications les plus fondamentales
de la formule de Cauchy (il y en a beaucoup d'autres~!) 

\section{3.1. Infinie différentiabilité des fonctions holomorphes}

La première application spectaculaire de la formule de Cauchy est le
résultat affirmant l'infinie différentiabilité des fonctions
holomorphes.

\claim Théorème|Soient $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et $K$ un compact
à bord de classe $\cC^1$ par morceaux inclus dans $\Omega$. Alors toute
fonction holomorphe $f\in\cO(\Omega)$ est de classe $\cC^{\infty}$
sur~$\Omega$. Pour tout $z$ dans $K^\circ$, ses  dérivées sont
données par les formules
\smallskip
\item{\rm(i)} $\forall n \geq 0$, 
$\disp{{\partial ^n f \over \partial z^n}(z) = f^{(n)}(z)
= {n! \over 2\ii\pi}\int_{\partial K}{f(w) \over (w-z)^{n+1}}dw},$
\smallskip
\item{\rm(ii)} $\forall n \geq 0$, $\forall m > 0$,
$\disp{{\partial ^{n+m} f \over \partial z^n \partial \ol{z}^m}(z) = 0}$.

\noindent
En particulier, une fonction holomorphe $f$ admet des dérivées complexes
$f^{(n)}$ d'ordre $n$ arbitraire, et les dérivées $f^{(n)}$ sont elles
aussi holomorphes.
\endclaim

\dem. En découpant le bord de $K$ en $N$ arcs $\gamma_j$
de classe $\cC^1$, la formule de Cauchy s'écrit~:
$$ f(z) = {1\over2\ii\pi}\int_{\partial K}{f(w)\over w-z}dw
= \sum_{j=1}^N {1\over2\ii\pi}\int_{\alpha_j}^{\beta_j}
{f(\gamma_j(t))\over \gamma_j(t) -z}\gamma '_j(t)dt.$$
Comme $f$ est holomorphe, elle est continue et la dernière
intégrale est considérée comme
une intégrale dépendant du paramètre 
$z$. Comme la fonction $w\rightarrow 1/(w-z)$ est de classe $\cC^{\infty}$
sur~$K^{\circ}$, le résultat découle par récurrence des formules
$$
{\partial ^n (1/w-z)\over \partial z^n}(z) = {n! \over (w-z)^{n+1}}
\quad {\rm et} \quad
{\partial ^{n+m} (1/w-z) \over \partial z^n \partial \ol{z}^m} = 0
\quad {\rm si} \quad m>0
\eqno\square
$$

\noindent On déduit aisément de ce résultat une réciproque
du théorème de Goursat.

\claim Théorème de Morera|Soit $f$ une fonction continue
sur un ouvert $\Omega$ de $\bC$. On suppose
que $\int_{\partial T} f(z)dz =0$ pour tout triangle $T$ 
inclus dans $\Omega$. Alors $f$ est holomorphe sur $\Omega$.
\endclaim

\dem. Soient $z_0$ dans $\Omega$ et $r>0$ de sorte que 
$D(z_0,r) \subset \Omega$. Pour $z \in D(z_0,r)$,
on définit $F(z) = \int_{[z_0,z]} f(w)dw$ où $[z_0,z]$
désigne le segment joignant $z_0$ à $z$.
Soient $z \in D(z_0,r)$ et $h\ne 0$ tel
que $z+h \in D(z_0,r)$. Comme le triangle de sommets
$z_0,z,z+h$ est inclus dans $D(z_0,r)$, on a
$$
{F(z+h) - F(z) \over h}={1\over h}\int_{[z,z+h]}f(w)dw=
\int_0^1 f(z+th)dt.
$$
En utilisant la continuité de $f$ au point $z$, il en découle facilement
$$ \lim_{h\in\bC^\star, h \to 0} {F(z+h) - F(z) \over h} = f(z).$$
Ainsi, $F$ est holomorphe sur $D(z_0,r)$, et sa dérivée $f=F'$ l'est
donc aussi.\qed


\section{3.2. Inégalités de Cauchy, fonctions entières à 
croissance polynomiale}

Soient $K = \ol D(z,r) \subset \Omega$ et $f \in \cO(\Omega)$.
D'après le paragraphe précédent, on a 
dans cette situation
$$ f^{(n)}(z)
= {n! \over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z,r)}{f(w) \over (w-z)^{n+1}}dw
= {n! \over 2\pi r^n}\int_0^{2\pi}f(z+re^{\ii t})e^{-\ii nt}dt.$$
On en déduit de suite les

\claim Inégalités de Cauchy {\rm([Cauchy, 1844])}|Si $f\in \cO(\Omega)$ 
et si $\ol D(z,r)\subset \Omega$, alors
$$
\forall n \geq 0,\qquad
|f^{(n)}(z)| \leq {n! \over r^n}\sup_{\Gamma(z,r)}|f|.\leqno(3.2.1)
$$
\endclaim

\noindent Ces inégalités ont pour conséquence le résultat suivant.

\claim Fonctions entières à croissance polynômiale|Soit $f\in\cO(\bC)$
une fonction entière à croissance polynômiale à l'infini,
c'est-à-dire telle que
$$
\exists A,B \geq 0,\quad \forall z\in\bC, \qquad |f(z)| \leq A(1+|z|)^B.
$$
Alors $f$ est un polynôme de degré inférieur ou égal à $B$.
\endclaim

\dem. Soit $E(B)$ la partie entière de $B$ et $n=E(B)+1>B$.
Alors l'hypothèse implique $\sup_{\Gamma(z,r)}|f|\le A(1+|z|+r)^B$
et les inégalités de Cauchy entraînent
$|f^{(n)}(z)| \leq n! A(1+|z|+r)^B / r^n$, quels que soient $z \in \bC$
et $r>0$. En faisant tendre $r$ vers $+\infty$, on en déduit que
$f^{(n)}(z)=0$ et donc que $f$ est un polynôme de degré inférieur ou
égal à $n-1=E(B)$.\qed

Le cas $B=0$ du résultat précédent est le théorème de
Liouville (énoncé par Cauchy en 1844 et quelque peu généralisé
par Liouville, vers 1847$\,\ldots$).

\claim Théorème de Liouville|Soit $f \in \cO(\bC)$, bornée
sur $\bC$. Alors $f$ est constante.
\endclaim

Cet énoncé permet de redémontrer immédiatement le «théorème
fondamental de l'algèbre\rguil, ou théorème de d'Alembert-Gauss.

\claim Théorème de d'Alembert-Gauss|Tout polynôme $P \in \bC [z]$ de
degré $d \geq 1$ admet une racine dans $\bC$.
\endclaim

\dem. Par l'absurde, si $P(z)=a_dz^d+\cdots+a_1z+a_0$ ne s'annule pas,
la fonction $f=1/P$ est holomorphe sur $\bC$ et $|f(z)|\sim
1/(|a_d|\,|z|^d)$ tend vers $0$ quand $|z|$ tend vers $+\infty$. En
particulier, $f$ est bornée sur $\bC$ et elle donc est constante
d'après le théorème de Liouville. Par suite $P=1/f$ est constant,
contradiction.\qed

En utilisant la division euclidienne des polynômes et le fait que
toute racine $z_0$ permet de factoriser un facteur $(z-z_0)$, on
déduit par récurrence sur le degré que tout
polynôme $P\in\bC[z]$ de degré $d$ admet une factorisation unique
$$
P(z)=a_d\prod_{1\le j\le s}(z-z_j)^{m_j}\leqno(3.2.2)
$$
avec $m_1+\ldots +m_s=d$. L'entier $m_j$ est appelé multiplicité de la
racine $z_j$.

\section{3.3. Équivalence entre holomorphie et $\bC$-analyticité}

Pour une fonction définie sur un ouvert de $\bC \simeq \bR^2$, deux
notions d'analyticité naturelles apparaissent, suivant qu'on
adopte un point de vue réel ou complexe.

\claim Définition|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et $f$ une fonction
de $\Omega$ dans $\bC$. 
\smallskip
\item{\rm (i)} On dit que $f$ est $\bR$-analytique si pour tout
$z_0 = (x_0,y_0) \in \Omega$, il existe  un voisinage $V$ de $z_0$ tel que 
$ f(z) = \sum_{(\alpha,\beta)\in \bN^2} a_{\alpha,\beta}
(x-x_0)^{\alpha}(y-y_0)^{\beta}$ pour tout $z =(x,y)$ dans $V$, avec
convergence normale sur $V$.
\smallskip
\item{\rm (ii)} On dit que $f$ est $\bC$-analytique si pour tout
$z_0 \in \Omega$, il existe un voisinage $V$ de $z_0$ tel que 
$ f(z) = \sum_{n \in \bN} a_n(z-z_0)^n$ pour tout $z$ dans $V$, 
avec convergence normale sur $V$.
\vskip0pt
\endclaim

La condition de convergence normale de la série dans un voisinage $V$
de $z_0$ équivaut à l'existence de
constantes $M,A\ge 0$ telles que $|a_{\alpha,\beta}|\le
M\,A^{\alpha+\beta}$, resp.\ $|a_n|\le M\,A^n$. On voit, dans le cas
$\bR$-analytique comme dans le cas $\bC$-analytique, que les séries
sont dérivables terme à terme, et que les coefficients sont uniquement
déterminés par les formules
$$
a_{\alpha,\beta}={1\over\alpha!\,\beta!}{\partial^{\alpha+\beta}f\over
\partial x^\alpha\partial y^\beta},\qquad
a_n={1\over n!}{d^nf\over dz^n}.
$$
En décomposant $(z-z_0)^n=((x-x_0)+\ii(y-y_0))^n$ par la formule du
binôme, on voit facilement que la $\bC$-analyticité implique
la $\bR$-analyticité. Il est clair néanmoins que les deux notions sont
distinctes~: la fonction $f(z) = \ol{z}$ est $\bR$-analytique mais
n'est pas $\bC$-analytique. 

\claim Théorème|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et $f$ une
fonction complexe sur $\Omega$. Alors, il y a équivalence entre
\item{\rm(i)} $f$ est holomorphe sur $\Omega$,
\smallskip
\item{\rm(ii)} $f$ est $\bC$-analytique sur $\Omega$.
\endclaim

\dem. (ii)~$\Rightarrow$~(i) a déjà été démontré
au Chapitre~I, \S$\,$1.3.

\noindent (i)~$\Rightarrow$~(ii) Supposons que $f$ soit holomorphe
sur $\Omega$ et soient $z_0 \in \Omega$ et $r>0$
tels que $\ol D(z_0,r) \subset \Omega$.
Pour $z \in D(z_0,r)$, la formule de Cauchy donne
$$ f(z) = {1\over2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_0,r)}{f(w)\over w-z}dw .$$
Écrivons 
$$
\leqalignno{{1\over w-z} &= {1\over w-z_0}\,{1\over 1- (z-z_0)/(w-z_0)}\cr
&= {1\over w-z_0}\sum_{n=0}^{+\infty}\Big({z-z_0\over w-z_0}\Big)^n
= \sum_{n=0}^{+\infty}{(z-z_0)^n\over (w-z_0)^{n+1}},\cr}$$
d'où
$$f(z) = {1\over2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_0,r)}
f(w)\sum_{n=0}^{+\infty}{(z-z_0)^n\over (w-z_0)^{n+1}}dw .$$
Si $w=z_0 + re^{\ii t}$, alors 
$$\Big|{(z-z_0)^n\over (w-z_0)^{n+1}}\Big| = 
{1\over r}\Big({|z-z_0|\over r}\Big)^n \qquad {\rm avec}\quad
|z-z_0|/r<1.$$
Il en découle que la série converge normalement lorsque
$t$ décrit $[0,2\pi]$, d'où
$$
f(z) = \sum_{n=0}^{+\infty}a_n(z-z_0)^n
$$
avec
$$
a_n = {1\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_0,r)}{f(w)\over (w-z_0)^{n+1}}dw
= {1\over2\pi r^n}\int_{0}^{2\pi}f(z_0+re^{\ii t})e^{-\ii nt}dt
= {1\over n!}f^{(n)}(z_0),
$$
et la série entière converge normalement sur les 
compacts de $D(z_0,r)$.\qed

La démonstration ci-dessus montre le résultat plus précis suivant.

\claim Corollaire|Soient $f \in \cO(\Omega)$ et $z_0 \in \Omega$. Alors
le rayon de convergence du développement en série entière de $f$
en $z_0$ est supérieur ou égal à la distance de $z_0$ au
complémentaire de $\Omega$.
\endclaim

Nous préciserons bien davantage ce corollaire à la section 3.5.

\section{3.4. Zéros des fonctions holomorphes}

Le caractère $\bC$-analytique des fonctions holomorphes
a une conséquence directe importante sur la structure du
lieu des zéros d'une telle fonction.

\claim Théorème|Soient $\Omega$ un ouvert connexe
de $\bC$ et $f\in\cO(\Omega)$ une fonction holomorphe non
identiquement nulle. Alors, l'ensemble des zéros $f^{-1}(0)$ est
constitué de points isolés. 
\endclaim

Rappelons qu'on a la caractérisation suivante simple décrivant
la structure d'une telle partie, de sorte en particulier
que les zéros de $f$ forment une suite $(a_k)$ finie ou infinie,
tendant vers l'infini ou vers le bord de $\Omega$ s'il y en a
une infinité.

\claim Caractérisation|Soit $A$ une partie d'un ouvert
$\Omega$ de $\bR ^n$. Il y a équivalence entre
\smallskip
\item{\rm(i)} A est une partie fermée de $\Omega$ constituée de 
points isolés.
\smallskip
\item{\rm(ii)} A est localement finie dans $\Omega$, c'est-à-dire
que tout point $x$ de $\Omega$ admet un voisinage $V_x$ pour lequel
$A\cap V_x$ est finie.
\smallskip
\item{\rm(iii)} L'intersection $A\cap K$ de $A$ avec toute partie
compacte $K$ de $\Omega$ est finie.
\smallskip
\item{\rm(iv)} L'ensemble $A$ est fini ou dénombrable, et si 
$A=\{a_k\}_{k\in\bN}$ est infini alors 
$$
\Vert a_k\Vert+(d(a_k,\partial\Omega))^{-1}\to+\infty,
$$
autrement dit les points $a_k$ s'éloignent à l'infini ou tendent vers 
le bord de $\Omega$.\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) entraîne (ii) (avec $A\cap V$ vide ou réduit à $\{x\}$ si
$V_x$ est assez petit), tandis que (ii) implique (iii) par le théorème
de Borel-Lebesgue. Il est aisé de voir que (iv) implique (i).
Reste à voir que (iii) implique (iv). Pour cela, on considère
$$
K_\nu=\big\{x\in\Omega\,;\;
\Vert x\Vert\le\nu,~d(x,\partial\Omega)\ge 1/\nu\big\}.
$$
C'est une suite de parties compactes de $\Omega$ telle que
$K_\nu\subset K_{\nu+1}^\circ$ et $\Omega=\bigcup K_\nu$
(une telle suite s'appelle «suite exhaustive de compacts\rguil).
Alors, pour tout $\nu\ge 0$, la partie $A\cap K_\nu$
est finie par hypothèse, on la numérote sous la forme
$a_0,\,a_1,\ldots,a_{k_\nu}$ (en sorte que les points de
$A\cap (K_\nu\ssm K_{\nu-1})$ sont $a_{k_{\nu-1}+1},\ldots,a_{k_\nu}$).
Alors pour $k>k_\nu$ on a $a_k\notin K_\nu$, par conséquent
$\Vert a_k\Vert+d(a_k,\partial\Omega)^{-1}>\nu$.\qed

\dem\ {\em du théorème}. Soit $E = \{ z_0 \in \Omega\,;\,\forall n \in 
\bN,~f^{(n)}(z_0) =0 \}$.
Alors $E$ est fermé dans $\Omega$ (comme intersection des ensembles
fermés $\{z_0\in\Omega\,;\,f^{(n)}(z_0)=0\}$)
et n'est pas égal à $\Omega$ car $f$ n'est pas identiquement nulle.
Par ailleurs, $E$ est ouvert car si $z_0$ est dans $E$, alors
$f(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}{1\over n!}f^{(n)}(z_0)(z-z_0)^n$ est
identiquement nulle sur $D(z_0,r_0)$ où $r_0 =d(z_0,\bC \ssm\Omega$).
Comme $\Omega$ est connexe, on en déduit que $E=\emptyset$.

\noindent Fixons alors $z_0$ dans $\Omega$ tel que $f(z_0)=0$.
D'après ce qui précède, il existe un entier $m \geq 1$
tel que $f^{(m)}(z_0) \neq 0$~; choisissons l'entier $m$ minimal 
ayant cette propriété. Alors sur $D(z_0,r_0)$ on a
$f(z) = \sum_{n=m}^{+\infty}a_n(z-z_0)^n = (z-z_0)^mg(z)$.
Par construction, $g(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}a_{n+m}(z-z_0)^n$
est holomorphe sur $D(z_0,r_0)$, mais étant égale à
$f(z)/(z-z_0)^m$ sur $\Omega \ssm \{z_0\}$, elle est donc holomorphe
sur $\Omega$ tout entier. Comme $g(z_0)=a_m=f^{(m)}(z_0)/m! \neq 0$,
la continuité de $g$ implique que $g$ ne s'annule pas dans un
certain voisinage $V$ de $z_0$ et donc $f^{-1}(0) \cap V = \{z_0\}$.\qed

La démonstration fournit par ailleurs les informations complémentaires
inté\-res\-santes qui suivent.

\claim Proposition|Soient $\Omega$ un ouvert connexe
de $\bC$ et $f\in\cO(\Omega)$ une fonction holomorphe non
identiquement nulle. Alors, pour tout zéro $z_0$ de $f$, il existe un
plus petit entier $m\ge 1$ tel que $f^{(m)}(z_0)\neq 0$, i.e.\
$$
f(z_0)=f'(z_0)=\cdots =f^{(m-1)}(z_0)=0,\qquad
f^{(m)}(z_0)\neq 0.
$$
La fonction $f$ possède alors une factorisation
$$
f(z)=(z-z_0)^mg(z)
$$
où $g\in\cO(\Omega)$ ne s'annule pas dans un voisinage de~$z_0$.
On dit que $f$ possède un zéro d'ordre $m$ en $z_0$.
\endclaim

\section{3.5. Principe du prolongement analytique}

Nous abordons ici la question du prolongement des fonctions 
holomorphes, en commençant par un principe général d'unicité.

\claim Principe du prolongement analytique|Soit $\Omega$
un ouvert de $\bC$ et soient $f$ et $g$ dans $\cO(\Omega)$.
Si $f=g$ sur une partie $A$ de $\Omega$ possédant un point
d'accumulation $z_0$ dans $\Omega$, alors $f$ est identiquement
égale à $g$ sur la composante connexe de $\Omega$ contenant
$z_0$.
\endclaim

\dem. Soit $\Omega_0$ la composante connexe de $\Omega$ contenant
$z_0$. Alors $h=f-g$ est holomorphe sur $\Omega_0$ et $z_0$
est un zéro non isolé de $h$. C'est donc que $h$ est identiquement
nulle sur $\Omega_0$.\qed

\claim Application|{\rm Si $f$ et $g$ sont des fonctions entières
telles que $f=g$ sur $\bR$, alors $f=g$ sur~$\bC$. En particulier,
les formules trigonométriques vraies sur $\bR$ s'étendent 
«par prolongement analytique\rguil\ à $\bC$. Par exemple
$$
\forall z \in \bC, \qquad \cos^2z+\sin^2z=1 \quad\hbox{\rm et} \quad
\cos^2z = {1+\cos(2z) \over 2}.
$$
En revanche, on n'a pas $|\cos z|^2+|\sin z|^2=1$ sur $\bC$, on ne peut
pas déduire que l'identité se prolonge de $\bR$ à $\bC$ car la 
fonction $z\mapsto |\cos z|^2+|\sin z|^2$ n'est pas holomorphe.}
\endclaim

\claim Corollaire (unicité des prolongements holomorphes)|Soit $f$ un
fonction holomorphe dans un ouvert $\Omega$. Supposons que $f$ admette
un prolongement $\wt f$ dans un ouvert connexe $\wt\Omega$ contenant
$\Omega$. Alors ce prolongement $\wt f$ est unique.
\endclaim

\dem. Étant donné deux prolongements $\wt f_1$ et $\wt f_2$, la fonction
$\wt f_2-\wt f_1$ s'annule sur $\Omega$, qui n'est pas une partie localement
finie de $\wt\Omega$, par suite $\wt f_2-\wt f_1$ est identiquement nulle
dans l'ouvert connexe $\wt\Omega$.

\section{3.6. Prolongement à la frontière et séries lacunaires}

Si nous considérons la somme d'une série entière
$$
f(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}a_nz^n
$$
ayant un rayon de convergence $R\in{}]0,+\infty[$, nous ne savons pas 
exactement ce qui se passe sur le cercle de convergence $\Gamma(0,R)$, mais
il peut fort bien se produire que la fonction $f$ se prolonge au delà
du disque $D(0,R)$ en certains points de la frontière. L'exemple le plus 
simple est celui de la 
série géométrique $f(z)={1\over 1-z}=\sum_{n=0}^{+\infty}z^n$, de rayon 
de convergence~$1$, qui se prolonge en fait en une fonction holomorphe 
sur $\bC\ssm\{1\}$, et donc au voisinage de chaque point frontière
$z_0\in\Gamma(0,1)\ssm\{1\}$ du disque de convergence. On notera que
ceci se produit bien que la série diverge en tout point de la frontière.

\claim Définition|Soit $f\in\cO(\Omega)$ une fonction holomorphe.
\smallskip
\item{\rm(i)} On dit que $f$ se prolonge de manière holomorphe
au voisinage d'un point $z_0$ de la frontière $\partial\Omega$ s'il existe 
un petit disque
$D(z_0,\varepsilon)$ tel que $f$ se prolonge en un fonction holomorphe
sur $\Omega\cup D(z_0,\varepsilon)$ $[\,$La connexité de 
$D(z_0,\varepsilon)$ et le fait que $\Omega\cap D(z_0,\varepsilon)$ soit 
un ouvert non vide impliquent l'unicité de ce prolongement$\,]$. 
\smallskip
\item{\rm(ii)} On dit que $\partial\Omega$ est une frontière naturelle
de $f$ si $f$ ne peut se prolonger de manière holomorphe en aucun
point de la frontière $\partial\Omega$.
\vskip0pt
\endclaim

Si la série entière de $f(z)$ admet un rayon de convergence
$R\in{}]0,+\infty[$, nous pouvons dire en général qu'il y a au
moins un point $z_0\in \Gamma(0,R)$ au voisinage duquel $f$ ne peut se
prolonger en un fonction holomorphe, car sinon $f$ se prolongerait en
une fonction holomorphe sur un voisinage $\Omega$ du disque fermé
$\ol D(0,R)$, et le corollaire final du \S$\,$3.3 impliquerait que le
rayon de convergence serait strictement supérieur à~$R$. Dans le
cas des séries dites lacunaires, les conclusions sont beaucoup plus 
drastiques.

\claim Théorème des séries lacunaires|On dira qu'une série 
entière est lacunaire
si elle est de la forme $\sum c_kz^{p_k}$ pour une suite croissante
d'entiers $(p_k)$ telle que
$\liminf p_{k+1}/p_k>1$ quand $k\to+\infty$. Supposons aussi que
la série
$$
f(z)=\sum_{k=0}^{+\infty}c_kz^{p_k}
$$
soir de rayon de convergence $R>0$ fini. Alors la fonction holomorphe
$f$ définie sur $\Omega=D(0,R)$ admet tout le cercle $\partial\Omega=
\Gamma(0,R)$ comme frontière naturelle.
\endclaim

\dem. Quitte à tronquer les premiers termes de la série, il n'est pas
restrictif de supposer que $p_{k+1}/p_k>1+1/m>1$ pour tout $k$, où
$m\ge 1$ est un entier assez grand. Supposons de plus qu'il existe un
point $z_0\in\Gamma(0,R)$ au voisinage duquel $f$ se prolonge
holomorphiquement. Alors, en remplaçant $f$ par
$$
\tilde f(z)=f(z_0z)=\sum_{k=0}^{+\infty}c_kz_0^{p_k}z^{p_k}
$$
on voit qu'on peut se ramener au cas où
$R=1$ et $z_0=1$, c'est-à-dire que $f$ se prolonge en une fonction
holomorphe sur $\Omega_\varepsilon=D(0,1)\cup D(1,\varepsilon)$ pour 
$\varepsilon>0$ assez petit. Considérons alors la fonction
$\varphi:D(0,1)\to D(0,1)$ telle que
$$
\varphi(w)={1\over 2}(w^m+w^{m+1})={1\over 2}(1+w)w^m
$$
et $g=f\circ\varphi$. Comme $w\mapsto {1\over 2}(1+w)$ envoie
le disque $\ol D(0,1)$ sur le disque $\ol D(1/2,1/2)$, on voit en 
particulier que
$\varphi(w)\in D(0,1)\cup\{1\}$ pour tout $w\in \ol D(0,1)$
et que $\varphi^{-1}\big(D(0,1)\cup D(1,\varepsilon)\big)$
est un voisinage ouvert de $\ol D(0,1)$. Ceci implique que $g=f\circ \varphi$
est holomorphe sur un disque de centre $0$ et de rayon${}>1$, par suite 
la série entière
de $g(w)=f\circ\varphi(w)$ en $0$ est de la forme $\sum a_nw^n$ avec un
rayon de convergence${}>\rho>1$, et les coefficients admettent
une majoration $|a_n|\le M\rho^{-n}$ pour $n$ assez grand. Or
$$
g(w)=f\circ\varphi(w)=\sum_{k=0}^{+\infty}c_k 2^{-p_k}(1+w)^{p_k}w^{mp_k}
$$
et on a par hypothèse $p_{k+1}>(1+1/m)p_k$, donc
$mp_{k+1}>(1+m)p_k$.  On voit ainsi que le développement du binôme
des termes $(1+w)^{p_k}w^{mp_k}$ conduit à des monômes de degrés
tous différents lorsque $k\in\bN$.  En particulier le terme médian
de $(1+w)^{p_k}$ a un coefficient binomial${}\ge 2^{p_k}/(p_k+1)$
(puisque c'est le plus grand parmi $(p_k+1)$ coefficients et que la
somme vaut $2^{p_k}$). Comme il n'y a aucune compensation de termes, on
en déduit avec $n=mp_k+[(p_k+1)/2]$ la majoration
$$
\big|c_k 2^{-p_k}\cdot 2^{p_k}/(p_k+1)\big|\le |a_n|\le M\rho^{-n}
\le M\rho^{-(m+1/2)p_k},
$$
d'où $|c_k|\le M(p_k+1)\rho^{-(m+1/2)p_k}$. Ceci entraîne que la rayon de 
convergence de la série $\sum c_kz^{p_k}$ est supérieur ou égal à
$\rho^{m+1/2}>1$, en contradiction avec l'hypothèse~$R=1$.\qed

\claim Exemple|{\rm La série $f(z)=\sum_{k\ge 0}z^{2^k}$ est convergente sur
le disque $D(0,1)$ et admet $\Gamma(0,1)$ comme frontière naturelle. 
(Dans ce cas, il existe une preuve plus facile reposant sur 
l'identité fonctionnelle $f(z^2)=f(z)-z$, qui montre que si $f$ se
prolonge le long d'un arc d'amplitude $\delta$ dans $\Gamma(0,1)$, elle 
se prolonge aussi le long d'un arc d'amplitude $2\delta$).}
\endclaim

\supersection{4. Théorème de l'application ouverte}

L'objet de ce paragraphe est d'abord d'étudier le comportement local
des fonctions holomorphes au voisinage d'un point non critique, puis au
voisinage d'un point critique. De là, on déduit le théorème de
l'application ouverte et le théorème d'inversion globale.

\section{4.1. Théorème d'inversion locale holomorphe}

On donne ici deux démonstrations du théorème 
d'inversion locale holomorphe, l'une utilisant l'énoncé réel
correspondant, l'autre directe (un cas particulier simple
de ce théorème a déjà été vu au chapitre~I dans le cas
des fonctions $\exp$ et $\log$).

\claim Théorème d'inversion locale|Soient $f \in \cO(\Omega)$
et $z_0 \in \Omega$ tel que $f'(z_0) \neq 0$. Alors, il
existe un voisinage ouvert $V$ de $z_0$ tel que
$W = f(V)$ est un ouvert de $\bC$ et $f:V\to W$ est
un biholomorphisme $($i.e.\ une bijection holomorphe d'inverse 
holomorphe$)$.
\endclaim

Commençons par la démonstration utilisant le théorème
d'inversion locale $\cC^{\infty}$. 

\dem. Comme $f'(z_0) \neq 0$, la $\bR$-différentielle
de $f$ en $z_0$, $df_{z_0}(h)=f'(z_0)h$, est un 
$\bR$-isomorphisme, donc (théorème d'inversion locale $\cC^{\infty}$)
il existe un voisinage ouvert $V$ de $z_0$ tel que $W=f(V)$ est un
voisinage ouvert de $f(z_0)$ et $f:V\to W$ soit un
$\cC^{\infty}$-difféomorphisme.
De plus, pour tout $z \in V$, $d(f^{-1})_{f(z)} = (df_z)^{-1}$.
Mais, $f$ étant holomorphe, $df_z$ est $\bC$-linéaire,
donc $d(f^{-1})_{f(z)}$ l'est aussi et $f^{-1}$ est holomorphe.\qed

\claim Remarque|{\rm La démonstration ci-dessus
montre les formules suivantes:
$$
\forall z \in V,\quad (f^{-1})'(f(z))={1\over f'(z)} \quad{\rm et}\quad
\forall w \in W,\quad (f^{-1})'(w) = {1\over f'(f^{-1}(w))}.
$$}
\endclaim

\dem\ {\em directe du théorème d'inversion locale}. Après
translation et homothétie, plus précisément, en remplaçant $f$
par 
$$
\tilde f(z)=f'(z_0)^{-1}(f(z+z_0)-f(z_0)),
$$ 
on peut supposer $z_0=0$, $f(0)=0$ et $f'(0)=1$. Quitte à changer le 
signe des coefficients, écrivons
$$
w=f(z)=z-\sum_{n\geq 2}a_nz^n
$$ 
au voisinage de~$0$. En passant la série dans l'autre membre, on trouve la 
formule
$$
z = w +a_2z^2+a_3z^3+\cdots
$$
et de l'estimation $w\sim z$ quand $z\to 0$, on déduit successivement
$$
\eqalign{z
& = w+O(w^2)\cr
& = w+a_2\big(w+O(w^2)\big)^2 +O(w^3)= w+a_2w^2+O(w^3) \cr
& = w+a_2\big(w+a_2w^2\big)^2 +a_3w^3+O(w^4)
  = w+a_2w^2+(a_3+2a_2^2)w^3 + O(w^4)\cr
& = w+a_2\big(w+a_2w^2+(a_3+2a_2^2)w^3\big)^2+
      a_3(w+a_2w^2)^3+a_4w^4+O(w^5)\cr
& = w+a_2w^2+(a_3+2a_2^2)w^3 + (a_4+5a_2a_3+5a_2^3)w^4+O(w^5),\quad
\hbox{etc}.\cr
}
$$ 
On obtient ainsi formellement un développement limité à tout 
ordre
$$
z = w + \sum_{n=2}^{+\infty}P_n(a_2,\ldots,a_n)w^n,
$$
où $P_n$ est un polynôme à coefficients (entiers) positifs ou nuls.
Si ce développement converge dans un voisinage
de $w=0$, notons $g(w)$ sa somme. Par construction, on a à 
l'étape $n$ les estimations $f\circ g(w) = w+O(|w|^n)$
et $g\circ f (z) =z+O(|z|^n)$ si bien que $f\circ g$
et $g\circ f$ doivent être égales à l'application identique au
voisinage de~$0$ (sans quoi, les fonctions holomorphes non nulles
$f\circ g(w)-w$ et $g\circ f(z)-z$ auraient un zéro d'ordre infini
à l'origine). Pour montrer la convergence, observons
qu'il existe un réel $M\ge 0$ assez grand tel que $|a_n| \leq M^n$
pour $n\ge 2$, en raison de la convergence de la série 
$\sum_{n\ge 2}a_n z^n$ au voisinage de~$0$. On a donc
$$
|P_n(a_2,\ldots,a_n)|\leq P_n(M^2,\ldots,M^n),
$$
et il suffit de montrer que la série entière
$$
w+\sum_{n=2}^{+\infty}P_n(M^2,\ldots,M^n)w^n
$$
a un rayon de convergence strictement positif en $0$.
Or cette dernière série est formellement obtenue en résolvant en 
$z$ l'équation
$$w = z-\sum_{n=2}^{+\infty}M^nz^n= {z-(M+M^2)z^2 \over 1-Mz}.$$
Ceci mène à l'équation du second degré en $z$
$$
(M+M^2)z^2-(1+Mw)z+w=0
$$
dont la solution est
$$ z = {1+Mw-\sqrt{(1+Mw)^2-4w(M+M^2)}\over 2(M+M^2)}.$$
Ici, $\sqrt{\phantom{(}~~}$ est la détermination de la racine
carrée holomorphe définie sur le disque $D(1,1)$, telle que
$\sqrt{1}=1$ (puisqu'on doit avoir $z=0$ pour $w=0$). Le développement 
en série entière de cette expression
par rapport à la variable $w$ a un rayon de convergence $R>0$. En effet,
nous avons $(1+Mw)^2-4w(M+M^2)=1-w'$ avec $w'=(2M+4M^2)w-M^2w^2$
et d'après le dernier corollaire du \S$\,$3.3 il suffit de trouver un 
rayon $R>0$ tel que $|w'|<1$ pour tout $w\in D(0,R)$, de façon que 
$$
w\mapsto \sqrt{(1+Mw)^2-4w(M+M^2)}=\sqrt{1-w'}
$$ 
soit définie et holomorphe sur~$D(0,R)$. On vérifie facilement que
$$
R={1\over (1+\sqrt{2})M+4M^2}
$$
convient, car $|w|<R$ entraîne successivement
$$\eqalign{
&|M^2w^2|\le M^2|w|R\le M^2|w|/\big((1+\sqrt{2})M\big)=(\sqrt{2}-1)M|w|\cr
&|w'|\le (2M+4M^2)|w|+|M^2w^2|\le\big((1+\sqrt{2})M+4M^2)|w|<1.\cr
}
$$
Pour $w\in D(0,R)$ de module $|w|=r$, nous trouvons un nombre $z$ qui est 
inférieur en 
module à la valeur calculée pour $w=r\in[0,R[\,$, qui
vérifie
$$
z={1+Mw-\sqrt{1-w'}\over 2(M+M^2)}
<{Mw+w'\over 2(M+M^2)}<2w<2R<{1\over M}.
$$
Ceci montre que la série $g(w)=w+\sum_{n\ge 2}P_n(a_2,\ldots,a_n)w^n$
est de rayon de convergence au moins égal à $R$, et que $g(D(0,R))\subset
D(0,1/M)$, disque sur lequel $f(z)=z-\sum_{n\ge 2}a_nz^n$ est convergente.
Par identification de la série entière en $0$ et le principe du prolongement
analytique, nous voyons que la formule $f\circ g(w)=w$ est valable sur tout
le disque $D(0,R)$. 

Ce raisonnement montre que $g$ est injective sur l'ouvert $W=D(0,R)$ et que 
l'image $w=f(z)$ atteint surjectivement le disque $W$ sur la partie connexe
$g(W)\subset D(0,1/M)\cap f^{-1}(W)$. Ceci nous permet de choisir comme
ouvert $V$ la composante connexe de $0$ dans $D(0,1/M)\cap f^{-1}(W)$,
de telle sorte que $f(V)\subset W$ et $g(W)\subset V$.
Les ensembles $V$ et $W$ sont bien des ouverts, et on a déjà vu que 
$f_{|V}\circ g_{|W}=\Id_W$ sur $W$. Par ailleurs on a 
$g_{|W}\circ f_{|V}=\Id_V$ sur $V$ par
connexité de $V$ et prolongement analytique.\qed

\claim Remarque|{\rm La méthode développée ci-dessus est
connue sous le nom de «méthode des séries majorantes\rguil.
Outre le fait de donner une démonstration directe, son intérêt est de 
fournir une estimation effective de la taille des 
voisinages $V$ et $W$ mis en jeu.}
\endclaim

\section{4.2. Comportement local en un point critique}

Un point critique d'une fonction différentiable est par définition un point
où sa différentielle s'annule.

\claim Définition|On appelle point critique d'une fonction
holomorphe $f$ un point $z_0$ où $f'(z_0)=0$.
\endclaim

Le paragraphe précédent nous a permis de
comprendre le comportement de $f$ au voisinage
d'un point non critique. On montre dans ce paragraphe
le résultat suivant.

\claim Théorème|Soient $\Omega$ un ouvert de $\bC$,
$z_0 \in \Omega$
et $f\in\cO(\Omega)$ non constante au voisinage de $z_0$. 
Alors il existe $m = \min\{n\in\bN^*\,;\,f^{(n)}(z_0) \neq 0 \}$
et un biholomorphisme $\varphi:V\to W$ d'un voisinage $V$
de $z_0$ sur un voisinage $W$ de~$0$ avec $\varphi(z_0)=0$
tels que
$$\forall z \in V,\qquad f(z)-f(z_0)=\varphi(z)^m.$$
\endclaim

\dem. Comme $f$ n'est pas constante au voisinage de $0$, 
l'ensemble $\{n\in\bN^*\,;\,f^{(n)}(z_0) \neq 0 \}$
est non vide et l'entier $m$ est bien défini.
Le cas $m=1$ découle ensuite du théorème 
d'inversion locale holomorphe en posant $\varphi(z) =f(z) -f(z_0)$.
On suppose donc dorénavant que $m\geq 2$.
Écrivons alors $f(z) = f(z_0) + (z-z_0)^mg(z)$ avec $g$ 
holomorphe sur $\Omega$, et $g(z_0)\neq 0$. Comme $g(z_0)\neq 0$, 
il existe une détermination de la racine $m$-ième holomorphe
au voisinage de $g(z_0)$, et donc une fonction $h$ holomorphe sur
un voisinage $\wt V$ de $z_0$ telle que $g=h^m$. Posons alors
$\varphi(z)=(z-z_0)h(z)$. Par construction $\varphi (z_0) = 0$ et
$$
\varphi(z)^m=(z-z_0)^mh(z)^m=(z-z_0)^mg(z)=f(z)-f(z_0)\qquad
\hbox{sur $\wt V$},
$$
De plus, $\varphi'(z_0)=h(z_0)\ne 0$ (puisque $h(z_0)^m=g(z_0)\ne 0$).
Le théorème d'inversion locale holomorphe montre que $\varphi$
est un biholomorphisme d'un voisinage $V\subset\wt V$ de $z_0$
sur un voisinage $W$ de~$0$.\qed

Dans le théorème précédent, on peut toujours se ramener au
cas où $W$ est un disque; sinon, on choisit un disque $D(0,r_0)$
contenu dans $W$, et on remplace $W$ par $W_r=D(0,r)$, $r\in{}]0,r_0[$,
et $V$ par $V_r=\varphi^{-1}(D(0,r))$). Comme $\varphi$ est un
homéomorphisme d'un voisinage de $z_0$ sur un voisinage de~$0$,
les ensembles $V_r$ forment un système fondamental de voisinages
ouverts de~$z_0$.

\claim Corollaire|Pour tout $w\in D(f(z_0),r^m)\ssm\{f(z_0)\}$,
$r\in{}]0,r_0[$, l'équation $f(z)=w$ possède $m$ solutions
distinctes dans $V_r$ $($pour $w=f(z_0)$, l'équation $f(z)=w$ admet
$z_0$ comme unique solution de multiplicité~$m)$.
\endclaim

\dem. Pour $w\in D(f(z_0),r^m)$, l'équation $f(z)=w$ équivaut à
$\varphi(z)^m=w-f(z_0)\in D(0,r^m)$ et admet donc $m$ solutions
$$
z_k=\varphi^{-1}\big(e^{2\ii\pi k/m}(w-f(z_0)))^{1/m})\in V_r,
\qquad 0\le k<m
$$
où $(w-f(z_0)))^{1/m}\in D(0,r)$ est l'une quelconque des racines
$m$-ièmes de $w-f(z_0)$. Ces solutions sont toutes distinctes
si $w\ne f(z_0)$ et confondues (égales à~$\varphi^{-1}(0)=z_0$)
si $w=f(z_0)$.\qed

\section{4.3. Théorème de l'application ouverte et théorème 
d'in\-ver\-sion globale}

L'étude locale de la section \S$\,$4.2 fournit les conséquences
importantes sui\-vantes.

\claim Théorème de l'application ouverte|Soient $\Omega$
un ouvert connexe et $f \in \cO(\Omega)$ une application
holomorphe non constante. Alors $f$ est ouverte $($i.e.\ pour tout
ouvert $U\subset\Omega$, l'image $f(U)$ est un ouvert de~$\bC)$.
\endclaim

\dem. D'après le corollaire de \S$\,$4.2 et la remarque qui précède,
tout point $z_0\in U$ admet un voisinage $V_{z_0}\subset U$
tel que $f(V_{z_0})=D(f(z_0),\rho(z_0))$ est un certain disque ouvert
de centre~$f(z_0)$. Par suite $f(U)=\bigcup D(f(z_0),\rho(z_0))$ est
un ouvert.\qed

\itemindent=1.2\parindent
\claim Théorème d'inversion globale|Soit $f\in\cO(\Omega)$ une
application holomorphe injective. Alors
\smallskip
\item{\rm (i)} $f(\Omega)$ est un ouvert de $\bC,$
\smallskip
\item{\rm (ii)} la dérivée $f'$ ne s'annule pas sur $\Omega,$
\smallskip
\item{\rm (iii)} $f:\Omega\to f(\Omega)$ est un biholomorphisme.
\endclaim
\itemindent=\parindent

\dem. On sait déjà que $f$ est ouverte, donc $f(\Omega)$ est un
ouvert et $f$ une bijection continue ouverte de $\Omega$ sur
$f(\Omega)$, i.e.\ un homéomorphisme. Si on avait $f'(z_0)=0$ en un
certain point $z_0\in\Omega$, alors l'entier $m$ défini en \S$\,$4.2
serait supérieur ou égal à $2$ et $f$ ne serait donc pas
localement injective au voisinage de~$z_0$. Cette contradiction implique
que $f'$ ne s'annule pas.  Le théorème d'inversion locale
entraîne alors que $f^{-1}$ est holomorphe.\qed

\supersection{5. Principe du maximum, lemme de Schwarz}

Le principe du maximum et le lemme de Schwarz sont deux autres
manifestations spectaculaires de la «rigidité\rguil\ des fonctions
holomorphes, d'une grande importance en vue de leur étude
géométrique et quantitative.

\section{5.1. Principe du maximum}

\claim Théorème|Soient $\Omega$ un ouvert de $\bC$
et $f\in \cO(\Omega)$. Alors $f$ satisfait les propriétés
suivantes.
\item{\rm(i)} S'il existe $z_0\in\Omega$ tel
que $|f(z_0)|=\sup_{\Omega}|f|$, alors $f$ est constante
sur la composante connexe de $\Omega$ qui contient $z_0$,
\smallskip
\item{\rm(ii)} Pour tout compact $K\subset\Omega$, on a
$$
\max_K |f| = \max_{\partial K}|f|~;
$$
de même on a
$$
\max_K \Re f = \max_{\partial K}\Re f,\qquad
\max_K \Im f = \max_{\partial K}\Im f.
$$
\endclaim

\dem. (i) Supposons $f$ non constante sur la
composante connexe $\Omega_0$ de $\Omega$ contenant $z_0$
et $|f(z_0)|=\sup_{\Omega}|f|$ ($=\sup_{\Omega _0}|f|$).
Comme $f$ est ouverte sur $\Omega _0$, l'image $f(\Omega _0)$ serait
un voisinage de $f(z_0)$ et contiendrait donc des points de module 
strictement supérieur à $|f(z_0)|$. Contradiction~!

\noindent (ii) On le montre par exemple pour $\Re f$. Si on avait
$ \max_{\partial K}\Re f < \max_K \Re f$, alors
il existerait $z_0\in K^{\circ} = K \ssm \partial K$ tel que
$\Re f(z_0) = \max_K \Re f$. Considérons la composante connexe
$\Omega_0$ de $z_0$ dans l'ouvert $K^{\circ}$, et supposons
d'abord $f$ non constante dans~$\Omega_0$. Alors $f(\Omega_0)$ serait un
ouvert contenant $f(z_0)$ et contenu dans le demi-plan
$\{w\,;\,\Re w\leq \Re f(z_0)\}$. C'est absurde et cette contradiction
entraîne que $f$ est constante sur~$\Omega_0$, de sorte que
$\Re f_{|\partial \Omega _0} = \Re f(z_0)$ par continuité de~$f$.
Mais comme 
$$
\emptyset \neq \partial \Omega _0 \subset \partial(K^{\circ})
= \ol{K^{\circ}}\ssm K^{\circ}\subset \ol K \ssm  K^{\circ} = \partial K,
$$
alors $\max_K \Re f=\Re f(z_0)$ est atteint aussi sur $\partial K$,
contradiction finale~!\qed

\section{5.2. Lemme de Schwarz}

Le lemme de Schwarz fournit une information quantitative sur le module
que peut prendre d'une fonction holomorphe, dès lors qu'on connaît
une borne globale du module et l'existence de certains zéros.

\claim Lemme de Schwarz|Soit $f \in \cO(D(z_0,R))$ avec
$0<R<+\infty$. Supposons que 
$$
\sup_{D(z_0,R)} |f| = M <+\infty \quad {\rm et} \quad
f(z_0)=f'(z_0)=\cdots=f^{(m-1)}(z_0) =0.
$$
Alors~:
\smallskip
\item{\rm(i)} $\forall z \in D(z_0,R)$, $\ |f(z)| \leq M(|z-z_0|/R)^m,$
\smallskip
\item{\rm(ii)} s'il existe un point de $D(z_0,R)\ssm \{z_0\}$
où l'inégalité de {\rm (i)} est une égalité, alors il existe 
$\mu\in\bC$ de module $M$ tel que $f(z)= \mu(|z-z_0|/R)^m$ pour tout 
$z \in D(z_0,R)$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. Posons $g(z) = f(z)/(z-z_0)^m$. Alors $g$ est holomorphe sur
$D(z_0,R)$ et pour $r<R$, le principe du maximum appliqué
à $g$ sur $D(z_0,r)$ donne
$$
\max_{\ol D(z_0,r)}|g| = \max_{\Gamma (0,r)}|g| \leq {M\over r^m}.
$$
Par passage à la limite lorsque $r$ tend vers $R$, on en déduit
$\sup_{D(z_0,R)} |g| \leq M/R^m$, d'où~(i). S'il y a égalité
dans (i), alors $|g|$ atteint son sup en un point de $D(z_0,r)$,
donc $g$ est constante et (ii) s'ensuit.\qed

\section{5.3. Automorphismes du disque}

Nous montrons ici comment on peut utiliser le lemme de Schwarz pour
étudier les automorphismes du disque, ou plus généralement
les applications holomorphes du disque dans lui-même.

\claim Définition|Étant donné un ouvert $\Omega$ de $\bC$, on note
$\Aut(\Omega)$ l'ensemble des automorphismes $($holomorphes$)$ de 
$\Omega$, c'est-à-dire l'ensemble des applications holomorphes bijectives
de $\Omega$ sur lui-même. 
\endclaim

Il est clair que $\Aut(\Omega)$ possède une structure de groupe pour
la loi $\circ$ de composition des applications. Nous allons
maintenant déterminer les automorphismes du disque unité, qui sera 
noté
$$
\bD=D(0,1)=\{z\in\bC\,;\,|z|<1\}.
$$

\claim Théorème|Les automorphismes de $\bD$ sont les transformations
homographiques de la forme
$$
f(z)=\lambda{z-a\over 1-\ol az},\qquad |\lambda|=1,~a\in\bD,~z\in\bD.
$$
Le couple $(\lambda,a)\in S^1\times\bD$ est déterminé de manière unique
par $f\,$; on a par exemple $a=f^{-1}(0)$, $\lambda=(1-|a|^2)^{-1}f'(0)$.
\endclaim

\dem. On commence par étudier le cas particulier correspondant au choix
$\lambda=1$, en posant
$$
\varphi_a(z)={z-a\over 1-\ol az},\qquad z\in\bD.
$$
Pour $a,z\in\bD$ on a $|1-\ol a z|\ge 1-|a|\,|z|>0$. Un calcul 
immédiat donne alors
$$\eqalign{
1-|\varphi_a(z)|^2&={|1-\ol az|^2-|z-a|^2\over|1-\ol az|^2}\cr
&={(1-\ol az-a\ol z+|a|^2|z|^2)-(|z|^2-\ol a z-a\ol z+|a|^2)\over|1-\ol az|^2},
\cr}
$$
d'où
$$
1-|\varphi_a(z)|^2={(1-|a|^2)(1-|z|^2)\over|1-\ol az|^2}>0.
$$
Il en résulte que $\varphi_a(\bD)\subset\bD$. Par ailleurs
l'équation $w=\varphi_a(z)$ équivaut à $w(1-\ol a z)=z-a$, soit
$w+a=z(1+\ol a w)$ ou encore $z=\varphi_{-a}(w)$.  On voit donc que
$\varphi_a:\bD\to\bD$ est un automorphisme de $\bD$, d'inverse
$\varphi_a^{-1}=\varphi_{-a}$. Ceci entraîne que $\Aut(\bD)$ agit
{\em transitivement} sur $\bD$, c'est-à-dire, que pour tout couple
$(a,b)\in\bD^2$ il existe un automorphisme $f$ tel que $f(a)=b\,$; comme
$\varphi_a(a)=0$ et $\varphi_{-b}(0)=b$, il suffit en effet de prendre
$f=\varphi_{-b}\circ \varphi_a$.

Pour $|\lambda|=1$, $z=e^{\ii\theta}$, l'homothétie complexe
$h_\lambda(z)=\lambda z$ n'est autre que la rotation d'angle~$\theta$,
donc $h_\lambda\in\Aut(\bD)$, et on en déduit que l'application
$$
f(z)=h_\lambda\circ\varphi_a(z)=\lambda{z-a\over 1-\ol a z}
$$
définit bien un automorphisme $f\in\Aut(\bD)$. Inversement, soit
$f\in\Aut(\bD)$ un automorphisme quelconque et $a=f^{-1}(0)\in\bD$.
Alors l'automorphisme
$$
g=f\circ\varphi_a^{-1}=f\circ\varphi_{-a}\in\Aut(\bD)
$$ 
vérifie $g(0)=f(a)=0$. D'après le lemme de Schwarz (appliqué sur le 
disque $D(0,R)$ de rayon $R=1$ pour la fonction $g:\bD\to\bD$ majorée
en module par $M=1$, s'annulant en $0$ avec la multiplicité $m=1$), 
on en déduit $|g(z)|\le|z|$ pour tout $z\in\bD$. Comme $g^{-1}$ jouit
des mêmes propriétés que $g$, on a aussi $|g^{-1}(z)|\le|z|$ pour tout
$z\in\bD$, et par suite $|z|=|g^{-1}(g(z))|\le|g(z)|$. On a donc en
fait $|g(z)|=|z|$ pour tout $z\in\bD$. Le cas d'égalité du lemme de
Schwarz montre que $g(z)=h_\lambda(z)=\lambda z$ pour un certain 
$\lambda$ de module~$1$, et on a donc $f=g\circ\varphi_a=
h_\lambda\circ\varphi_a$, ce qu'il fallait démontrer.\qed

On déduit également du lemme de Schwarz le corollaire intéressant
ci-dessous (on en verra ultérieurement au Chapitre~V, \S$\,$2 une 
interprétation géométrique).

\claim Corollaire|Soit $f:\bD\to\bD$ une application holomorphe quelconque.
Alors la dérivée $f'$ satisfait l'inégalité
$$
{|f'(z)|\over 1-|f(z)|^2}\le{1\over 1-|z|^2}
$$
en tout point $z\in\bD$, et l'égalité se produit si et seulement si
$f$ est un automorphisme de~$\bD$.
\endclaim

\dem. Un calcul facile laissé au lecteur montre que
$$
\varphi_a'(z)={1-|a|^2\over (1-\ol a z)^2},
$$
en particulier $\varphi_a'(0)=1-|a|^2$ et $\varphi_a(a)=1/(1-|a|^2)$. 
Fixons maintenant $z_0\in\bD$ et considérons $g=\varphi_{f(z_0)}\circ
f\circ\varphi_{-z_0}$, qui est telle que $g(0)=0$. Comme $g$ envoie
$\bD$ dans~$\bD$, le lemme de Schwarz montre
que $|g(z)|\le|z|$ et $|g'(0)|=\lim_{|z|\to 0}|g(z)|/|z|\le 1$. Or,
$$
g'(0)=\varphi'_{f(z_0)}(f(z_0))\cdot f'(z_0)\cdot \varphi_{-z_0}'(0)=
{1\over 1-|f(z_0)|^2}\,f'(z_0)\,(1-|z_0|^2).
$$
L'inégalité voulue pour $|f'(z_0)|$ s'ensuit immédiatement. Si
l'égalité se produit, alors $|g'(0)|=1$ et la fonction $g(z)/z$
atteint le maximum de son  module, à savoir~$1$, au point $z=0$. On a
donc $g(z)/z=\lambda$ pour  un certain $\lambda$ de module~$1$, ce qui
implique que $g$ (et par suite $f$) sont des automorphismes
de~$\bD$.\qed

\section{5.4. Théorème de Bloch-Landau}

Ce résultat peut être conçu comme une version plus précise et plus 
quantitative du théorème de l'application ouverte. Notre preuve utilisera 
les propriétés des automorphismes du disque. L'énoncé original
est dû à André Bloch qui l'a obtenu autour des années 1924-1925 
(depuis son hôpital psychiatrique où il était interné pour 
avoir assassiné son frère, sa tante et son oncle à un repas de 
famille en~1917$\ldots$), et sa preuve a été mise en forme et publiée
par Edmund Landau dans son livre de 1929 {\em Darstellung und Begründung 
einiger neuerer Ergebnisse der Funktionentheorie}.

\claim Théorème de Bloch-Landau|Soit $f$ une fonction holomorphe dans
un disque $D(z_0,r)$, telle que $f'(z_0)\ne 0$. Alors il existe un
ouvert $U\subset D(z_0,r)$ tel que la restriction $f_{|U}$ soit un 
biholomorphisme de $U$ sur un disque $f(U)=D(w_0,R)$ de rayon
$R\ge{1\over 12}r|f'(z_0)|$.
\endclaim

\dem. Dans la mesure où la constante $1/12$ ne sera pas optimale, on peut
considérer la restriction de $f$ à un disque un peu plus petit, et après
avoir ainsi diminué un peu $r$, supposer que $f$ est holomorphe sur un 
voisinage du disque fermé $\ol D(z_0,r)$. Dans ce cas, en remplaçant
$f(z)$ par $g(z)=f(z_0+rz)$, on se ramène au cas d'une fonction $g$
définie au voisinage du disque unité fermé $\ol D(0,1)$, et on observe 
qu'on a $|g'(0)|=r|f'(z_0)|$. On pose alors
$$
m=\sup_{z\in \ol D(0,1)} (1-|z|^2)\,|g'(z)|\ge|g'(0)|.
$$
Comme $|g|$ est continue sur le disque compact $\ol D(0,1)$, il existe
un point $a\in D(0,1)$ tel que $m=(1-|a|^2)|g'(a)|$. En remplaçant $g$
par $h=g\circ\varphi_{-a}$, nous avons
$$
h(0)=g(a),\qquad h'(0)=g'(a)\varphi'_{-a}(0)=(1-|a|^2)g'(a).
$$
Ceci donne en particulier
$$
|h'(0)|=m\ge |g'(0)|=r|f'(z_0)|.
$$
De plus, en posant $w=\varphi_{-a}(z)$ pour $z\in D(0,1)$, nous avons
$$
(1-|z|^2)|h'(z)|={(1-|z|^2)|\varphi'_{-a}(z)|\over
1-|\varphi_{-a}(z)|^2}(1-|w|^2)|g'(w)|\le m
$$
du fait que le quotient est égal à $1$ d'après le corollaire du 
\S$\,$5.3.
Le théorème sera démontré si nous prouvons qu'il existe un ouvert 
$V\subset D(0,1)$ tel que $h_{|U}$ soit un biholomorphisme de $U$
sur un disque $D(w,R)$ de rayon $R>{1\over 12}m$. Quitte à remplacer
$h$ par ${1\over h'(0)}(h-h(0))$, nous pouvons supposer de plus
$h(0)=0$ et $m=h'(0)=1$, de sorte que
$$
|h'(z)|\le {1\over 1-|z|^2}
$$
pour tout $z\in D(0,1)$. Nous avons alors un développement en
série entière
$$
h(z)=z+\sum_{n=2}^{+\infty}a_nz^n
$$
de rayon de convergence au moins égal à $1$, et les
inégalités de Cauchy appliquées à $h'(z)=1+\sum_{n\ge 2}na_nz^{n-1}$ 
sur le disque $D(0,\rho)$ entraînent que
$$
n\,|a_n|\le {1\over (1-\rho^2)\rho^{n-1}}
$$
du fait que $na_n$ est le coefficient de $z^{n-1}$ dans $h'(z)$. Un calcul
aisé montre que le maximum de $\rho\mapsto (1-\rho^2)\rho^{n-1}$
est atteint au point $\rho$ tel que $\rho^2={n-1\over n+1}$, par conséquent
$$
|a_n|\le {n+1\over 2n}\Big(1+{2\over n-1}\Big)^{{n-1\over 2}},
$$
soit $|a_2|\le 3^{3/2}/4$, $|a_3|\le 4/3$, $|a_4|\le 3^{-3/2}5^{5/2}/8$ et 
$|a_n|<3e/5$ pour $n\ge 5$, d'où
aisément $|a_n|\le M^n$ pour tout $n\ge 2$, avec $M=3^{3/4}/2<1,14$. 
A ce point, nous reprenons la preuve du théorème
d'inversion locale par la méthode des séries majorantes. Les calculs
faits au \S$\,$4.1 impliquent que $h$ est un biholomorphisme 
d'un certain ouvert $U\subset D(0,1)$ sur le disque $D(0,R)$ avec
$$
R={1\over(1+\sqrt{2})M+4M^2}>{1\over 12}.\eqno\square
$$

\claim Remarque|{\rm Si on cherche seulement à obtenir la surjectivité
de $f$ sur un disque $D(w_0,R)$, on peut raisonner de façon un peu plus
élémentaire, sans utiliser la version effective du théorème d'inversion
locale. C'est cette approche qui figure en fait dans les travaux originaux de 
Bloch-Landau.}
\endclaim

\supersection{6. Intégrales dépendant holomorphiquement d'un paramètre}

\section{6.1. Théorème de dérivation sous le signe somme}

Soit $(E,\cB,\mu)$ un {\em espace mesuré $\sigma$-fini}, c'est-à-dire
un ensemble~$E$ muni d'une tribu $\cB$ et d'une mesure positive $\mu$ sur la
tribu $\cB$, de sorte que $E$ soit réunion au plus dénombrable 
de parties de $\cB$ de mesure~finie. On suppose donnée un ouvert
$\Omega\subset\bC$ et une fonction 
$$
F:\Omega\times E\to\bC,\qquad (z,t)\mapsto F(z,t),
$$
de sorte que
\smallskip
\noindent(6.1.1)$\quad z\mapsto F(z,t)$ est holomorphe sur $\Omega$ pour 
$\mu$-presque tout~$t\in E\,;$
\smallskip
\noindent(6.1.2)$\quad t\mapsto F(z,t)$ est $\mu$-intégrable pour 
tout~$z\in\Omega$.
\smallskip

\noindent On considère alors la fonction complexe $f$ définie sur
$\Omega$, telle que
$$
f(z)=\int_{t\in E}F(z,t)\,d\mu(t).
$$

\claim Théorème|Outre les hypothèses {\rm(6.1.1)} et {\rm(6.1.2)}
ci-dessus, on fait l'hypothèse de majoration uniforme locale
suivante: pour tout point $z_0\in\Omega$, il existe un voisinage
ouvert $V\subset\Omega$ de $z_0$ et une fonction $\mu$-intégrable
positive $g$ telle que
$$
\line{{\rm(6.1.3)}$\quad$pour tout $z\in V$, on a $|F(z,t)|\le g(t)$
$\mu$-presque partout sur $E$.\hfill}
$$
Alors $f(z)=\int_E F(z,t)\,d\mu(t)$ est holomorphe sur~$\Omega$, et 
ses dérivées sont données par dérivation sous le signe somme:
$$
f^{(n)}(z)=\int_{t\in E}{d^n\over dz^n}F(z,t)\,d\mu(t).
$$
La convergence des intégrales précédentes est assurée par
la majoration suivante: étant donné un voisinage $W$ de $z_0$ tel 
que $\ol W\subset V$, on a une majoration uniforme locale
$$
\Big|{d^n\over dz^n}F(z,t)\Big|\le n!\,\varepsilon^{-n}g(t),\qquad z\in W,
$$
$\mu$-presque partout sur~$E$, avec $\varepsilon=d(W,\complement V)$.
\endclaim

\dem. Soit $N_1$ l'ensemble exceptionnel $\mu$-négligeable qui
intervient dans (6.1.1) et $N'_z$, $z\in V$, les ensembles
$\mu$-négligeables qui interviennent dans (6.1.3). On va commencer
par montrer qu'on peut supposer tous les $N'_z$ égaux à un même
ensemble négligeable $N_2\supset N_1$.  En effet, soit $(z_k)$ une
suite dénombrable dense dans~$V$ (il en existe!) et
$N_2=N_1\cup\bigcup N'_{z_k}$. Alors on a $|F(z_k,t)|\le g(t)$ pour
tout $z_k$ et tout $t\in E\ssm N'_{z_k}$, et donc pour tout $z\in E\ssm N_2$. 
Un point $z\in V$ quelconque est limite d'une certaine sous-suite de $(z_k)$.
Par continuité de $z\mapsto F(z,t)$, on en déduit
$|F(z,t)|\le g(t)$ pour tout $z\in V$ et $t\in E\ssm N_2$, ce qu'il
fallait vérifier. La continuité de $f$ sur $V$ résulte alors du 
théorème de convergence dominée (étant donné un point $z_1\in V$
donné et une suite $z_{1,\nu}\to z_1$, on considère 
la suite de fonctions intégrables $t\mapsto F(z_{1,\nu},t)$). 

Maintenant, fixons un voisinage $W$ de $z_0$ tel que $\ol W\subset V$ et 
$\varepsilon=d(W,\complement V)$. Alors, pour tout point $z_1\in W$, le disque 
fermé $\ol D(z_1,\varepsilon)$ est contenu dans $V$ et, comme $z\mapsto F(z,t)$
est holomorphe sur $V$ pour $t\in E\ssm N_2$, la formule de Cauchy
permet d'écrire
$$
F(z,t)={1\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_1,\varepsilon)}{F(w,t)\over w-z}dw
\leqno(6.1.4)
$$
pour tout $(z,t)\in D(z_1,\varepsilon)\times(E\ssm N_2)$. Le théorème de Fubini
donne alors
$$
\int_{t\in E}F(z,t)\,d\mu(t)=
{1\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_1,\varepsilon)}{1\over w-z}\Big(
\int_{t\in E}F(w,t)\,d\mu(t)\Big)dw,
$$
car l'intégrale double est absolument convergente (on majore $1/(w-z)$ 
par $1/(\varepsilon-|z-z_1|)$ et $|F(z,t)|$ par $g(t)$). Il en résulte
$$
f(z)={1\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_1,\varepsilon)}{f(w)\over w-z}dw,
\leqno(6.1.5)
$$
ce qui démontre la $\bC$-analyticité de $f$ (pour cela, on peut
utiliser par exemple le même raisonnement que dans le paragraphe 
\S$\,$3.3). La majoration $\big|{d^n\over dz^n}F(z_1,t)\big|\le 
n!\,\varepsilon^{-n}g(t)$ résulte des inégalités de Cauchy (elle 
s'obtient aussi directement à partir de (6.1.4) après $n$ 
dérivations sous le signe somme), tandis
que (6.1.5) fournit
$$
\eqalign{f^{(n)}(z)
&={n!\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_1,\varepsilon)}{f(w)\over (w-z)^{n+1}}dw\cr
&=\int_{t\in E}
\Big({n!\over 2\ii\pi}\int_{\Gamma(z_1,\varepsilon)}{F(w,t)\over (w-z)^{n+1}}
dw\Big)d\mu(t)=\int_{t\in E}{d^n\over dz^n}F(z,t)\,d\mu(t)\cr}
$$
à l'aide du théorème de Fubini.\qed

\section{6.2. Fonction $\Gamma$ d'Euler}

On définit la fonction $\Gamma$ d'Euler par
$$
\Gamma(z)=\int_0^{+\infty}t^{z-1}e^{-t}dt,
\leqno(6.2.1)
$$
où $t^{z-1}=\exp((z-1)\ln t)$. On a $|e^{-t}|\le 1$ et $|t^{z-1}|=
t^{\Re z-1}$, de sorte que l'intégrale est absolument convergente
sur le demi-plan $\Re z>0$ (la convergence au voisinage de $+\infty$
ne pose pas de difficulté, on observe par exemple que
$t^{\Re z-1}\le e^{t/2}$ pour $t$ assez grand. Pour $0<\alpha<\beta$
donnés quelconques, on a la majoration uniforme
$$
|t^{\Re z-1}e^{-t}|\le g(t)=(t^{\alpha-1}+t^{\beta-1})e^{-t}
$$
sur la bande verticale $\alpha<\Re z<\beta$. Comme l'intégrale
$\int_0^{+\infty}g(t)dt$ converge, on en déduit que la fonction
$\Gamma$ est définie et holomorphe sur tout le demi-plan $\Re z>0$.
Une intégration par parties fournit
$$
\eqalign{
\Gamma(z+1)&=\lim_{\varepsilon\to0^+,~A\to+\infty}\int_\varepsilon^A
t^ze^{-t}dt\cr
&=\lim_{\varepsilon\to0^+,~A\to+\infty}\Big(\big[
t^z(-e^{-t})\big]_\varepsilon^A+
\int_\varepsilon^Az\,t^{z-1}e^{-t}dt\Big)
=z\int_0^{+\infty}t^{z-1}e^{-t}dt\cr}
$$
pourvu que $\Re z>0$. La fonction $\Gamma$ satisfait donc
l'équation fonctionnelle fondamentale
$$
\Gamma(z+1)=z\,\Gamma(z)\qquad\hbox{pour tout $z\in\bC$ tel que $\Re z>0$.}
\leqno(6.2.2)
$$
Comme $\Gamma(1)=\int_0^{+\infty}e^{-t}dt=1$, on en déduit aussitôt par
récurrence
$$
\Gamma(n)=(n-1)!\qquad\hbox{pour tout entier $n\ge 1$.}
\leqno(6.2.3)
$$
Par ailleurs, on peut prolonger holomorphiquement $\Gamma$ à $\bC\ssm\bZ_-$, 
et ce de manière unique d'après la connexité de cet ouvert, en 
définissant $\Gamma$ par
$$
\Gamma(z)={\Gamma(z+n+1)\over z(z+1)\ldots(z+n-1)(z+n)}
\leqno(6.2.4)
$$
lorsque $\Re z>-n-1$ (l'équation fonctionnelle (6.2.2) implique
qu'il s'agit bien d'une identité lorque $\Re z>0$). La fonction
$\Gamma$ apparaît donc comme une extrapolation à $\bC\ssm\bZ_-$
de la fonction factorielle. La formule (6.2.4) nous amène à
considérer $\Gamma(z)$ comme infini lorsque $z=-n\in\bZ_-$ est un
entier négatif ou nul. Comme $\Gamma(1)=1$, on a l'équivalent
$$
\Gamma(z)\sim {(-1)^n\over n!}{1\over z+n}\qquad
\hbox{quand $z\to -n$}.\leqno(6.2.5)
$$
Les points $z=-n$ sont donc des pôles simples (cf.\ chapitre IV).

\supersection{7. Topologie sur l'espace des fonctions holomorphes}

Les fonctions holomorphes se comportent particulièrement
bien par rapport à la topologie de la convergence uniforme 
sur les compacts. Nous introduisons cette dernière et analysons 
les propriétes fondamentales de convergence des suites de fonctions 
holomorphes. Rappelons qu'on appelle semi-norme sur un espace vectoriel
réel ou complexe $E$ un application $p:E\to\bR_+$ telle que
$p(\lambda x)=|\lambda|\,p(x)$ et $p(x+y)\le p(x)+p(y)$ pour
tout scalaire $\lambda$ et tous vecteurs $x,y\in E$.

\section{7.1. Définition de la topologie}

Étant donné un ouvert $\Omega$ de $\bC$, on munit l'espace
$\cC^0(\Omega)$ des fonctions continues à valeurs complexes
$f:\Omega\to\bC$ de la famille de semi-normes
$(p_K)_{K\subset\Omega}$ suivantes~: si $K$ est un compact de $\Omega$
et si $f\in\cC^0(\Omega)$, on note $p_K(f)=\sup_K|f|$.

Cette famille de semi-normes (lorsque $K$ décrit les compacts
de $\Omega$) fait de $\cC^0(\Omega)$ un «espace vectoriel 
topologique\rguil~: un système fondamental de voisinages de $0$ est
donné par les $V_{K,\varepsilon} = \{ f\in\cC^0(\Omega) \ |\
p_K(f)<\varepsilon\}$, $\varepsilon>0$, $K\subset \Omega\,$;
de plus, une partie $U \subset \cC^0(\Omega)$
est dite ouverte si pour tout élément $f\in U$, il existe
un $V_{K,\varepsilon}$ tel que $f+V_{K,\varepsilon} \subset U$.
La situation est ici simplifiée du fait que la famille 
$(p_K)_{K\subset \Omega}$ est une famille 
filtrante~: on entend par là que tout sous-ensemble fini de
semi-normes est majoré par une semi-norme de la famille; en effet,
il est clair que $\max(p_{K_1},\ldots,p_{K_r})=p_{K_1\cup\cdots\cup K_r}$.


La topologie ainsi définie sur $\cC^0(\Omega)$ est la topologie de
la convergence uniforme sur les compacts de $\Omega$~: une suite $(f_n)$
d'éléments de $\cC^0(\Omega)$ converge vers $f$ dans $\cC^0(\Omega)$
si et seulement si $f_n$ converge vers $f$ uniformément sur tout
compact $K$ de~$\Omega$ (ce qui s'exprime en termes des semi-normes
par~: $\lim_{n\to+\infty}p_K(f_n-f)=0$ pour tout~$K$).

On peut bien entendu reprendre ces définitions mot pour mot pour le
sous-espace $\cO(\Omega)\subset\cC^0(\Omega)$ des fonctions holomorphes.
On obtient ainsi un espace $(\cO(\Omega),(p_K)_{K\subset\Omega})$, qui 
est un sous-espace vectoriel topologique de $\cC^0(\Omega)$ (c'est-à-dire 
que sa topologie est la topologie induite par celle de $\cC^0(\Omega)$).

Rappelons qu'un espace vectoriel topologique $E$ est {\em localement
convexe} si et seulement si sa topologie peut être définie par une
certaine famille (a priori quelconque) de semi-normes, et que l'espace
est {\em métrisable} si et seulement s'il est séparé et si sa topologie 
peut être définie par une famille au plus dénombrable $(p_\nu)$ de 
semi-normes. On voit que la condition est suffisante en considérant la 
distance
$$
d(x,y)=\sum_\nu 2^{-\nu}\min\big(1,p_\nu(x-y)\big).
$$
Dans l'autre direction, on dispose d'un système fondamental dénombrable
de voisinages ouverts $V_\nu$ de $0$, qu'on peut supposer convexes et 
équilibrés (c'est-à-dire que $x\in V_\nu$ et $|\lambda|\le 1$ impliquent
$\lambda x\in V_\nu$). Chaque $V_\nu$ est alors la boule unité de la
semi-norme «jauge\rguil\ $p_\nu$ telle que
$p_\nu(x)=\min\{\lambda>0\,;\;\lambda^{-1}x\in V_\nu\}$.

Dans la situation considérée ci-dessus, la topologie de  $\cC^0(\Omega)$ et 
de $\cO(\Omega)$ peut en fait être  définie par la famille dénombrable
de semi-normes $(p_{K_{\nu}})_{\nu \in \bN}$ où $(K_{\nu})_{\nu \in \bN}$
est une suite exhaustive de compacts de $\Omega$, i.e.\
$\Omega = \bigcup_{\nu \in \bN} K_{\nu}$, $K_{\nu}\in K_{\nu+1}^{\circ}$.
En particulier, la topologie de $\cC^0(\Omega)$ et de $\cO(\Omega)$ est 
métrisable.

Rappelons enfin les définitions usuelles concernant les espaces
complets et les espaces de Fréchet.

\claim Espaces complets, espaces de Fréchet|Soit $E$ un espace vectoriel 
topologique.
\smallskip
\item{\rm (i)} On appelle suite Cauchy dans $E$ une suite $(x_n)$ telle
que pour tout voisinage $V$ de~$0$, il existe un entier $n_0$ tel que
$u_p-u_q\in V$ pour $p,\,q\ge n_0$. Un espace vectoriel topologique
métrisable $E$ est dit {\em complet} si toute suite de Cauchy est
convergente.
\smallskip
\item{\rm (ii)} Un espace de Fréchet est un espace vectoriel 
topologique localement convexe, métrisable et complet.
\vskip0pt
\endclaim

L'espace  vectoriel topologique $(\cC^0(\Omega),(p_K))$ est un espace
de Fréchet (la complétude équivaut au 
«critère de Cauchy uniforme\rguil).
Par ailleurs, il est facile de voir que tout sous-espace fermé d'un
espace de Fréchet est un espace de Fréchet.

\section{7.2. Limites uniformes de fonctions holomorphes}

Le résultat suivant justifie le fait que la topologie
définie précédemment est la «bonne\rguil\ topologie
pour l'étude des fonctions holomorphes.

\claim Théorème|Soit $(f_n)$ une suite 
dans $\cO(\Omega)$. On suppose que $f_n$ converge vers une fonction 
complexe $f$ uniformément
sur tout compact de $\Omega$.
Alors $f$ est holomorphe sur $\Omega$ et pour tout entier
$\ell$, la suite des dérivées $(f_n^{(\ell)})$ converge 
vers $f^{(\ell)}$ uniformément
sur tout compact de $\Omega$.
\endclaim

\dem. Évidemment, $f$ est continue comme limite uniforme
de fonctions continues. D'autre part, si $K$ est un compact
à bord $\cC^1$ par morceaux de $\Omega$, on a
$$
\forall z \in K^\circ, \qquad
f_n(z) = {1\over2\ii\pi} \int_{\partial K}{f_n(w)\over w-z}dw.
$$
Comme la suite $f_n$ converge uniformément vers $f$ sur le 
compact $\partial K$ et que $|w-z|$ est minoré par $d(z,\bC\ssm K)>0$, 
on a par passage à la limite
$$
\forall z \in K^\circ, \qquad f(z) = {1\over2\ii\pi}
\int_{\partial K}{f(w)\over w-z}dw.
$$
En particulier, $f$ est holomorphe sur $\Omega$. Fixons un réel $r>0$
strictement inférieur à $d(K,\bC \ssm \Omega)$. Pour tout
$z\in K^\circ$, on a~:
$$
f_n^{(\ell)}(z) = {\ell!\over2\ii\pi}
\int_{\Gamma(z,r)}{f_n(w)\over (w-z)^{\ell+1}}dw \quad {\rm et } \quad
f^{(\ell)}(z) = {1\over2\ii\pi}\int_{\Gamma(z,r)}{f(w)\over (w-z)^{\ell+1}}dw.
$$
De là, on tire
$$
|f_n^{(\ell)}(z)-f^{(\ell)}(z)| \leq {\ell!\over r^\ell} 
\sup_{\Gamma(z,r)}|f_n-f|.
$$
Notons $K_r = \{ z \in \Omega \ |\ {\rm dist}(z,K) \leq r\}$. Comme
$r<d(K,\bC \ssm \Omega)$, l'ensemble $K_r$ est un compact de $\Omega$ et 
$$
\sup_K|f_n^{(\ell)}-f^{(\ell)}| \leq {\ell!\over r^\ell} \sup_{K_r}|f_n-f| 
\build\longrightarrow||{n\to+\infty}|0.
\eqno\square
$$

\claim Conséquence|Soit $\sum f_n$ une série de fonctions
$f_n \in \cO(\Omega)$. Si $\sum f_n$ converge uniformément sur tout
compact, alors $F=\sum_{n=0}^{+\infty}f_n \in \cO(\Omega)$
et pour tout $\ell\in \bN$, $F^{(\ell)}=\sum_{n=0}^{+\infty}f_n^{(\ell)}$.
\endclaim

Le corollaire suivant est essentiellement une reformulation du théorème.

\claim Corollaire|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bC$.
\smallskip
\item{\rm(i)} L'espace vectoriel $\cO(\Omega)$
est un sous-espace fermé de l'espace de Fréchet
$(\cC^0(\Omega), (p_K))$, en particulier $(\cO(\Omega), (p_K))$
est un espace de Fréchet.
\smallskip
\item{\rm(ii)} Pour tout entier $\ell\ge 0$, l'opérateur 
$d^\ell/dz^\ell~:~ \cO(\Omega)\to \cO(\Omega)$ est un 
opérateur linéaire continu, et pour tout compact $K\subset\Omega$,
tout $r<d(K,\bC\ssm\Omega)$ et tout $f\in\cO(\Omega)$ on a
$$
p_K(f^{(\ell)}) \leq {\ell!\over r^\ell}\,p_{K_r}(f).
$$
\vskip0pt
\endclaim

\section{7.3. Produits infinis de fonctions holomorphes}

Soit $(f_n)_{n\geq 0}$ une suite de fonctions holomorphes sur
un ouvert $\Omega$. On note $u_n = \prod_{k=0}^nf_k$ les «produits 
partiels\rguil\ associés.

\claim Définition|On dit que le produit infini 
$\prod f_n$ converge $($resp.\ converge unifor\-mément$)$ si la suite 
$u_n$ converge $($resp.\ converge uniformément$)$.
\endclaim

Un cas trivial de convergence uniforme du produit infini est celui
où le terme général $f_n$ est uniformément majoré en module
par une constante $C<1$ pour $n$ assez grand, auquel cas le produit
infini est identiquement nul. On exclura en général ce «cas
dénégéré\rguil, et on s'intéressera plutôt aux produits
infinis de fonctions holomorphes dont le terme général $f_n$ tend
uniformément vers $1$ sur tout compact~$K$.  Dans ce cas, la
détermination principale $\Log f_n$ est bien définie sur $K$ pour
$n\ge n_0(K)$ assez grand, et il est clair que le produit infini $\prod f_n$
converge si et seulement si la série $\sum \Log f_n$ converge
(après que l'on ait éventuellement tronqué les premiers termes
non définis).  Voici une variante de ce critère.

\claim Théorème|Soit $\prod f_n$ un produit infini de 
fonctions holomorphes $f_n \in \cO(\Omega)$ sur un ouvert
connexe $\Omega$. On suppose que chaque $f_n$ n'est pas identiquement
nulle et on écrit $f_n=1+g_n$. Si
\item{\rm(i)} $\sum_n |g_n|$ converge uniformément
sur tout compact de $\Omega$,
\smallskip
ou si
\smallskip
\item{\rm(ii)} $\sum_n g_n$ et $\sum_n |g_n|^2$ convergent
uniformément sur tout compact de $\Omega$,
\smallskip
\noindent alors le produit infini
$\prod f_n$ converge uniformément
sur tout compact de $\Omega$ vers une limite $P=\prod_{n=0}^{+\infty}f_n$
holomorphe sur $\Omega$ et non identiquement nulle. De plus, la dérivée
logarithmique de $P$ est donnée par
$$
{P'\over P}=\sum_{n=0}^{+\infty}{f_n'\over f_n}
$$
en tout point de $\Omega$ qui n'est pas zéro de l'une des
fonctions~$f_n$. La convergence de cette série est uniforme sur tout
compact $K$ de $\Omega$ $($si l'on omet les termes en nombre fini pour 
lesquels $f_n$ s'annule éventuellement sur~$K)$.\vskip0pt
\endclaim

\dem. Soit $K$ un compact de $\Omega$. Dans les deux cas (i) ou (ii), il
existe $n_0$ tel que pour tout $n\geq n_0$, on ait $\sup_K|g_n|\leq 1/2$.
En particulier la fonction $f_n=1+g_n$ ne s'annule pas sur $K$ pour 
$n\ge n_0$ et on peut y écrire
$$
\Log f_n = \Log (1+g_n) = 
\sum_{k=1}^{+\infty}(-1)^{k-1}g_n^k/k.
$$
Ceci est bien légitime puisque la série entière
$\Log(1+w)=\sum_{k=1}^{+\infty}(-1)^{k-1}w^k/k$ est de rayon de
convergence égal à~$1$.

\noindent
Cas (i)~: fixons une constante $C>0$ telle que pour tout $|w|\leq 1/2$,
on ait $|\Log(1+w)|\leq C|w|$. Alors, pour $p,q\geq n_0$, on a 
$$
\Big|\sum_{n=p}^q\Log f_n\Big| = \Big|\sum_{n=p}^q\Log (1+g_n)\Big|
\leq C\sum_{n=p}^q|g_n|.
$$
Ainsi, la suite $v_n = \sum_{k=n_0}^n \Log f_k$ satisfait le
critère de Cauchy uniforme sur~$K$, donc converge uniformément sur
$K$ vers une fonction holomorphe $v=\sum_{k=n_0}^{+\infty}\Log f_k$
d'après le paragraphe précédent. On en déduit que 
$$
u_n = \prod_{k=n_0}^n f_k = \exp v_n
$$
converge uniformément sur $K^\circ$ vers la fonction holomorphe
$\exp v$, et donc le produit infini $\prod f_n$ converge sur $K^\circ$
vers la fonction holomorphe non identiquement nulle
$P=(\prod_{k=0}^{n_0-1}f_k)\exp v$. Comme le compact $K$ est
arbitraire, la convergence a bien lieu sur $\Omega$ tout entier,
uniformément sur les compacts.

\noindent
Cas (ii)~: fixons une constante $C'>0$ telle que pour tout $|w|\leq 1/2$,
on ait $|\Log(1+w)-w|\leq C'|w|^2$. Alors, pour $p,q\geq n_0$, on a 
$$
\Big|\sum_{n=p}^q\Log f_n - \sum_{n=p}^q g_n\Big| = 
\Big|\sum_{n=p}^q\Log (1+g_n)- g_n\Big|
\leq C'\sum_{n=p}^q|g_n|^2.
$$
On en déduit à nouveau que la suite $v_n = \sum_{k=n_0}^n \Log f_k$ 
satisfait le critère de Cauchy uniforme sur $K$ et on conclut
comme précédemment.

\noindent
Dans les deux cas, la dérivée logarithmique de $P=(\prod_{k=0}^{n_0-1}f_k)
\exp v$ est donnée par
$$
{P'\over P}=\sum_{k=0}^{n_0-1}{f'_k\over f_k}+v\quad\hbox{où}\quad
v'=\sum_{k=n_0}^{+\infty}(\Log f_k)'=\sum_{k=n_0}^{+\infty}{f_k'\over f_k}.
\eqno\square
$$

\claim Remarque|{\rm Sous les hypothèses du théorème, 
la démonstration ci-dessus montre que l'ensemble des zéros
de $\prod_{n=0}^{+\infty}f_n$ est égal à l'ensemble 
$\bigcup_{n=0}^{+\infty}f_n^{-1}(0)$.}
\endclaim

\noindent
Traitons ici un exemple de produit infini.

\claim Une formule d'Euler|{\rm
Notons
$$
P(z)=z\prod_{n=1}^{+\infty}\Big(1-{z^2 \over n^2\pi^2}\Big).
$$
Si $f_n(z)=1-z^2/n^2\pi^2$ et $g_n(z)=-z^2/n^2\pi^2$, la
série $\sum g_n$ converge normalement sur tout
compact de $\bC$, si bien que grâce au théorème précédent,
le produit infini converge et $P \in \cO(\bC)$. Les zéros
de $P$ sont exactement les $n\pi$, $n\in \bZ$, chacun étant
de multiplicité un.
On en déduit que la fonction $g(z)=P(z)/\sin z$ est une fonction
entière sans zéros. On calcule maintenant la dérivée logarithmique
de~$P$. D'après le théorème principal de ce paragraphe on a
$$
{P'(z)\over P(z)}
={1\over z}-\sum_{n=1}^{+\infty}{2z\over n^2\pi^2-z^2}
={1\over z}+\sum_{n=1}^{+\infty}\Big({1\over z-n\pi}+{1\over z+n\pi}\Big)
\leqno(7.3.1)
$$
sur $\bC\ssm\pi\bZ$. Cette formule montre en outre que la fonction
$P'/P$ est périodique de période~$\pi\,$: en effet
$P'/P=\lim_{N\to+\infty}s_N$ avec
$s_N(z)=\sum_{n=-N}^N{1\over z-n\pi}$ et
$$
s_N(z+\pi)-s_N(z)=-{1\over z-N\pi}+{1\over z+(N+1)\pi}
\build\longrightarrow||N\to+\infty|0.
$$
Par conséquent
$$
{g'(z)\over g(z)}= {P'(z)\over P(z)}-{\cos z\over\sin z}
={P'(z)\over P(z)}-\cotg z,
$$
admet également $\pi$ comme période, et c'est de plus une
fonction entière ($g$ étant entière et sans zéros).

\noindent Soit $A >0$ fixé et 
$$
B_A=\{z=x+\ii y\in\bC\,;\,-\pi/2\leq x\leq\pi/2,\,|y|\geq A\}.
$$
Sur $B_A$, la fonction $\cotg$ admet la borne $|\cotg z|\le \coth A$,
comme on le voit à partir des majorations
$$
|\cotg z|^2={|\cos x\ch y-\ii\sin x\sh y|^2\over
|\sin x\ch y+\ii\cos x\sh y|^2}={\cos^2 x+\sh^2 y\over\sin^2 x+\sh^2 y}
\le {1+\sh^2 y\over\sh^2 y}=\coth^2 y
$$
(pour la deuxième égalité, on utilise la formule $\ch^2 y=1+\sh^2 y$).
Par ailleurs, pour $z=x+\ii y\in B_A$, il vient $|1/z|\le|1/y|\le 1/A$ et
$$
\Big|{2z\over n^2\pi^2-z^2}\Big|
={2\,|z|\over|(n\pi-x)-\ii y|\,|(n\pi+x)+\ii y|}
\leq {2|z|\over n^2\pi^2/4}.
$$
Ainsi, il existe deux constantes positives $C_1$ et $C_2$ telles que pour
tout $z\in B_A$, on ait $|g'(z)/g(z)|\leq C_1 + C_2|z|$.
Quitte à changer les constantes, cette inégalité s'étend à la bande
$B=\{ z=x+\ii y \in \bC \,;\,-\pi/2 \leq x \leq \pi/2\}$, qui est la
réunion de $B_A$ et d'un rectangle compact. La $\pi$-pérodicité montre
que l'inégalité $|g'(z)/g(z)|\leq C_1 + C_2|z|$ a lieu sur $\bC$
tout entier. Par les inégalités de Cauchy (\S$\,$3.2),
la fonction $g'/g$ est un polynôme (de degré inférieur ou égal
à un) périodique, donc constant. Mais (7.3.1) montre que $P'/P$
est une fonction impaire, donc la fonction constante $g'/g$ est impaire,
si bien qu'elle doit être identiquement nulle. Par suite $g$ est
constante, égale à $g(0)=1$. On en déduit les formules, dues
à Euler~:
$$
\eqalign{
\sin z&=z\prod_{n=1}^{+\infty}\Big(1-{z^2 \over n^2\pi^2}\Big),\cr
\cotg z&={1\over z}+\sum_{n=1}^{+\infty}\Big({1\over z-n\pi}
+{1\over z+n\pi}\Big),\cr
{1\over\sin^2 z}&=\sum_{n=-\infty}^{+\infty}{1\over(z-n\pi)^2.}\cr}
$$
La deuxième identité, valable sur $\bC\ssm\pi\bZ$, est obtenue par
dérivation logarithmique de la première, tandis que la
troisième est obtenue en prenant l'opposé de la dérivée de la
deuxième.}
\endclaim

\section{7.4. Familles normales, théorème de Montel}

Rappelons que dans un espace vectoriel topologique $E$, une 
partie $A$ de $E$ est dite {\em bornée} si pour tout voisinage
$V$ de $0$, il existe un réel positif $\lambda$ tel que
$A \subset \lambda V$. Si la topologie de $E$ est définie
par une famille $\cF$ de semi-normes~$p$, il suffit
de faire décrire à $V$ le système fondamental de voisinages
$V_{p,\varepsilon}=\{x\in E\,;\,p(x)<\varepsilon\}$, et on voit
donc que $A$ est bornée si et seulement si $\sup_{x\in A}p(x)$
est borné pour toute semi-norme~$p\in\cF$. Il est clair que toute
partie compacte $A\subset E$ est fermée et bornée. La réciproque, 
cependant, est en général fausse, comme le montre l'exemple de la
boule unité fermée dans l'espace de Hilbert $\ell^2(\bN)\,$; en fait,
un théorème bien connu de Riesz affirme qu'un espace normé est de Montel
seulement dans le cas de la dimension finie.

Dans le cas de $E=\cO(\Omega)$, on utilise souvent la terminologie
suivante, introduite par P.~Montel lui-même au début du 20${}^{\rm e}$
siècle.

\claim Définition|Une famille $(f_{\alpha})_{\alpha \in I}$ de
fonctions $f_{\alpha} \in\cO(\Omega)$ est dite normale si 
$\{f_{\alpha}\}_{\alpha \in I}$ est une partie bornée de $\cO(\Omega)$.
Autrement dit, la famille $(f_{\alpha})_{\alpha \in I}$ est normale
si et seulement si pour tout compact $K$, il existe
une constante $C_K$ telle que pour tout $\alpha \in I$ on ait
$\sup_K|f_{\alpha}| \leq C_K.$
\endclaim

Une famille $(f_{\alpha})_{\alpha \in I}$ normale est donc une
famille de fonctions {\em uniformément bornées sur tout
compact}.

\claim Théorème de Montel|Dans $\cO(\Omega)$, étant donné
une suite $(f_n)_{n \geq 0}$ formant une famille normale, on peut en
extraire une sous-suite uniformément convergente sur tout compact.
Autrement dit, les familles normales sont relativement compactes dans
$\cO(\Omega)$, ou encore, pour toute partie $A \subset \cO(\Omega)$,
$A$ est  bornée dans $\cO(\Omega)$ si et seulement si $A$ est
relativement  compacte dans $\cO(\Omega)$.
\endclaim

\claim Définition|Un espace de Fréchet dont les parties fermées
bornées sont compactes est appelé espace de Montel.
\endclaim

Le théorème de Montel affirme donc que $\cO(\Omega)$ est un espace
de Montel~! On notera que la notion d'espace de Montel n'est
réellement intéressante que pour les espaces de Fréchet
généraux, car d'après le théorème de Riesz un espace normé
est de Montel si et seulement s'il est de dimension finie$\,$; dans ce
cas, la propriété de Montel implique en effet que la boule unité
fermée doit être compacte.

\dem\ {\em du théorème de Montel}.
Soit $K$ un compact de $\Omega$. Choisissons 
$r<{1\over 2}d(K,\bC\ssm\Omega)$ en sorte que les compacts
$$
K_r=\{z\in\bC\,;\,d(z,K)\le r\}\subset K_{2r}
$$
soient encore contenus dans $\Omega$. Nous avons alors
$M_0=\sup_{n\in\bN,\,z\in K_{2r}}|f_n(z)|<+\infty$ par hypothèse.
D'après le (ii) du Corollaire 7.2, il vient
$$
M_1=\sup_{n\in\bN,\,z\in K_r}|f_n'(z)|\le {M_0\over r}<+\infty.
$$
Soient $z_1,\,z_2\in K$. Si $d(z_1,z_2)\le r$, alors le segment
$[z_1,z_2]$ est tout entier contenu dans $K_r$ et le théorème des
accroissements finis entraîne
$$
|f_n(z_1)-f_n(z_2)|\le M_1 d(z_1,z_2).
$$
Si $d(z_1,z_2)\ge r$, l'inégalité $|f_n(z_i)|\le M_0$ entraîne de
toute manière
$$
|f_n(z_1)-f_n(z_2)|\le {2M_0\over r} d(z_1,z_2).
$$
Par suite, les fonctions $f_n:K\to \ol D(0,M_0)$ sont lispschitziennes
avec une même constante de Lipschitz $k=2M_0/r$
(elles forment donc une «suite équicontinue\rguil). Le théorème
d'Ascoli (cf.\ Appendice, \S$\,$7.5) montre qu'on peut extraire de la suite
$(f_n)$ une sous-suite uniformément convergente sur~$K$. Soit maintenant
$(K_{\nu})_{\nu \in \bN}$ une suite exhaustive de compacts de~$\Omega$.
D'après ce qui précède, il existe une partie infinie
$S_0\subset\bN$ telle que la sous-suite $(f_n)_{n\in S_0}$
converge uniformément sur~$K_0$. Par récurrence sur $\nu$, on construit
une suite de parties infinies emboîtées
$$
S_\nu\subset S_{\nu-1}\subset\cdots\subset S_1\subset S_0\subset\bN
$$
telles que la sous-suite $(f_n)_{n\in S_\nu}$ converge uniformément
sur~$K_\nu$. Pour tout $i\in\bN$, soit $n_i$ le $(i+1)$-ième
élément de $S_i$ (procédé dit «d'extraction d'une sous-suite
diagonale\rguil). Alors $(f_{n_i})$ est une sous-suite
de $(f_n)_{n\in S_\nu}$ à partir du rang $i=\nu$, et on en
déduit donc que la sous-suite $(f_{n_i})$ converge uniformément
sur tous les compacts~$K_\nu$.\qed

\section{7.5. Appendice~: théorème d'Ascoli}

Il s'agit d'un résultat général de nature topologique
que nous allons formuler dans le cadre général des espaces métriques.
Si $(E,\delta)$ et $(F,\delta')$ sont des espaces métriques, rappelons
que par définition une suite d'applications $\varphi_p:E\rightarrow F$
est dite équicontinue s'il existe un «module de continuité\rguil\
commun à toutes les fonctions de la suite, autrement dit une fonction
croissante $\omega:\bR_+\to \bR_+$ telle que $\lim_{t\to 0_+}\omega(t)=0$ et
$$
\delta'(\varphi_p(x),\varphi_p(y))\le\omega(\delta(x,y))
$$
pour tout indice $p$ et tous $x,y\in E$. Des exemples standards de
modules de continuité sont $\omega(t)=kt$, on dit alors qu'on a
affaire à des fonctions $k$-lipschitziennes, ou encore
$\omega(t)=Ct^\alpha$, $C\ge 0$, $0<\alpha\le 1$, auquel cas on dit
que les fonctions sont höldériennes d'ordre~$\alpha$.

\claim Théorème {\rm(Ascoli)}|On suppose que $E,F$ sont des
espaces métriques {\rm compacts}. Soit $\varphi_p:E\rightarrow F$
une suite équicontinue d'applications de $E$ dans $F$. Alors on peut 
extraire de  $(\varphi_p)$ une sous-suite $(\varphi_{(p_n)})$ 
uniformément convergente sur~$E$.
\endclaim

Soit ${\rm EqCont}_\omega(E,F)$ l'ensemble des applications $E\rightarrow F$
continues admettant $\omega$ comme module de continuité. Une autre manière 
d'exprimer le théorème d'Ascoli est la suivante.

\claim Corollaire|Si $E,F$ sont compacts, alors $({\rm EqCont}_\omega(E,F),d)$ 
muni de la distance uniforme
$$
d(\varphi,\psi)=\sup_{x\in E}\delta'\big(\varphi(x),\psi(x)\big)
$$
est un espace métrique compact.
\endclaim

\dem. L'idée est de construire par récurrence des parties infinies
$$
S_0=\bN\supset S_1\supset\dots\supset S_{n-1}\supset S_n\supset\dots
$$ 
telles que la sous-suite $(\varphi_p)_{p\in S_n}$ ait des
oscillations de plus en plus faibles.

Supposons $S_{n-1}$ construite, $n\geq 1$. Comme $E$, $F$ sont
compacts, il existe des recouvrements finis de $E$ (resp.\ de $F$) par
des boules ouvertes $(B_i)_{i\in I}$, resp.\ $(B'_j)_{j\in J}$, de rayon
${1\over n}$. Notons $I=\{1,2,\dots,N\}$ et $x_i$ le centre de $B_i$.
Soit $p$ un indice fixé. Pour tout $i=1,\dots, N$ il existe un indice
$j=j(p,i)$ tel que $\varphi_p(x_i)\in B'_{j(p,i)}$.
On considère l'application
$$
S_{n-1}\longrightarrow J^N,\qquad
p\longmapsto (j(p,1),\dots,j(p,N)).
$$
Comme $S_{n-1}$ est infini et que $J^N$ est fini, l'un des
éléments $(\ell_1,\dots,\ell_N)\in J^N$ admet pour image réciproque
une partie infinie de $S_{n-1}$~: on note $S_n$ cette partie. Ceci
signifie que pour tout $p\in S_n$ on a
$(j(p,1),\dots,j(p,N))=(\ell_1,\dots,\ell_N)$ et donc $\varphi_p(x_i)\in
B'_{\ell_i}$. En particulier
$$
(\forall p,q\in S_n)\quad \delta'(\varphi_p(x_i),\varphi_q(x_i))
\leq {\rm diam}\,B'_{\ell_i}\leq 2/n. 
$$
Soit $x\in E$ un point quelconque. Il existe $i\in I$ tel que $x\in
B_i$, d'où $\delta(x,x_i)<{1\over n}$. L'hypothèse que les
$\varphi_p$ sont continues de module de continuité $\omega$ entraîne
$$
\delta'(\varphi_p(x),\varphi_p(x_i))<\omega(1/n),\quad
\delta'(\varphi_q(x),\varphi_q(x_i))<\omega(1/n). 
$$
L'inégalité triangulaire implique alors $(\forall p,q\in S_n)$
$$
\delta'(\varphi_p(x),\varphi_q(x))\leq 2/n + 2\,\omega(1/n).
$$
Désignons par $p_n$ le $n$-ième élément de $S_n$. Pour
$N\geq n$ on a $p_N\in S_N\subset S_n$, donc
$$
\delta'(\varphi_{p_n}(x),\varphi_{p_N}(x))\leq 2/n+2\,\omega(1/n).\eqno(*)
$$
Ceci entraîne que $\varphi_{p_n}(x)$ est une suite de Cauchy
dans $F$ pour tout $x\in E$. Comme $F$ est compact, $F$ est aussi
complet, donc $\varphi_{p_n}(x)$ converge vers une limite
$\varphi(x)$. Quand $N\rightarrow+\infty$, l'inégalité $(*)$ implique à 
la limite $d(\varphi_{p_n},\varphi)\leq 2/n+2\,\omega(1/n)$. On voit donc
que $\varphi_{p_n}$ converge uniformément vers $\varphi$. Il est
facile de voir que $\varphi\in {\rm EqCont}_\omega(E,F)$.\qed


\supersection{8. Exercices}

\subsection{8.1. Intégrales de Fresnel.}
\item{a)} Montrer que les intégrales impropres 
suivantes convergent~:
$$
I=\int_0^{+\infty}\cos(x^2)\,dx \quad\hbox{et}\quad
J=\int_0^{+\infty}\sin(x^2)\,dx.
$$

\item{b)} En intégrant la fonction $f(z)=\exp(-z^2)$ sur le bord
$\partial K_R$ du secteur angulaire
$$
K_R=\{z=r\,e^{\ii\theta}\,;\,0\le r\le R,\,0\le\theta\le\pi/4\},
$$
calculer les valeurs de $I$ et $J$ à partir de l'intégrale de Gauss
$$
G=\int_0^{+\infty}e^{-x^2}\,dx={\sqrt{\pi}\over 2}
$$
(qu'on peut par exemple calculer en évaluant l'intégrale double
$G^2=\int\!\!\!\int_{x,y\ge0}e^{-x^2-y^2}\,dx\,dy$).
{\em Indication}~: l'intégrale de $f$ sur le quart de cercle bordant
$K_R$ est majorée par
$$
\int_0^{\pi/4}e^{-R^2\cos(2\theta)}d\theta=
{1\over 2}\int_0^{\pi/2}e^{-R^2\sin t}dt
$$
et on pourra utiliser la minoration $\sin t\ge 2t/\pi$, $t\in[0,\pi/2]$.

\subsection{8.2. Noyau de Bergman.} Soit $f$ holomorphe dans $D(0,R)$,
montrer que pour tout $\xi\in D(0,R)$ on a
$$f(w)={1\over \pi}\int\!\!\!\int_{D(0,R)}
{f(z)\over (R^2-\ol{z}w)^2}\,dx\,dy\qquad \forall w\in D(0,R).$$
{\em Indication}~: passer en coordonnées polaires $z=x+\ii
y=r\,e^{\ii\theta}$ et développer $1/(1-\ol{z}w/R^2)$ en série.

\subsection{8.3.} Soit $f_n$ une suite de fonctions holomorphes 
sur un ouvert $\Omega\subset\bC$.
On suppose que
$$
\lim_{n\to+\infty}\int_\Omega|f_n(z)|\,d\lambda(z)=0,
$$
où $d\lambda$ est la mesure de Lebesgue sur~$\bC$. Montrer qu'alors
la suite $f_n$ converge uniformément vers $0$ sur tout compact
de~$\Omega$. {\em Indication}~: utiliser le noyau de Bergman
sur les disques $D(z_0,r)\subset\Omega$.

\subsection{8.4.} Soit $f$ une fonction holomorphe sur un disque
$D(z_0,R)$ (si $R=+\infty$, on considère que $D(z_0,R)=\bC$).

\item{a)} Montrer que $f$ admet sur ce disque une primitive holomorphe
$F$, unique à l'addition près d'une constante complexe.

\item{b)} On suppose que $f$ ne s'annule pas sur $D(z_0,R)$. Montrer
l'existence d'une fonction holomorphe $g$ sur $D(z_0,R)$ telle que
$e^g=f$. Étudier l'unicité de $g$. {\em Indication}~: utiliser une
primitive de $f'/f$. 

\item{c)} Si $f$ ne s'annule pas sur $D(z_0,R)$ et si $m\in\bN^*$,
montrer à l'aide de b) l'existence d'une fonction holomorphe $h$
telle que $h^m=f$.

\subsection{8.5. Lemme de la partie réelle.} (Voir aussi l'exercice
3.7 du Chapitre~I). Soit $f$ une fonction holomorphe non constante sur
le disque $D(0,R)$, telle que $\Re f(z)\le M$. 

\item{a)} On pose $g(z)=(f(z)-f(0))/(M-\Re f(0))$ et $h=g/(2-g)$.
Montrer que $g$ et $h$ sont holomorphes sur $D(0,R)$ et qu'on
a les inégalités $\Re g\le 1$, $|h|\le 1$.

\item{b)} À l'aide du lemme de Schwarz, démontrer que $g$ satisfait
la majoration $|g(z)|\le 2|z|/(R-|z|)$ et en déduire que
$$
|f(z)|\le |f(0)|+(M-\Re f(0)){2|z|\over R-|z|}.
$$

\subsection{8.6.} Soit $f$ une fonction entière. 

\item{a)} Montrer, en utilisant l'exercice 8.5, que s'il existe deux
constantes positives $A$ et $B$ positives telles que pour tout
$z\in\bC$ on ait $\Re f(z) \leq A(1+|z|)^B$, alors $f$ est un
polynôme de degré au plus $B$.

\noindent Soit $f$ une fonction entière 
non constante d'{\em ordre fini}, i.e.\ il existe
$A$ et $B$ tels que pour tout $z\in\bC$ on ait
$|f(z)|\leq \exp(A(1+|z|)^B)$. 

\item{b)} Montrer que si $f$ ne s'annule pas, alors il existe un
polynôme $P$ de degré $d\le B$ tel que $f=e^P$. {\em Indication}~:
combiner a) avec 8.4~b).

\item{c)} Montrer que soit $f$ est surjective, soit $f$
«rate\rguil\ une valeur $a$, 
mais alors pour tout $\omega\not =a$, l'équation
$f(z)=\omega$ possède une infinité de racines
(on peut voir ce résultat comme le cas particulier du théorème
de Picard pour les fonctions d'ordre fini).

\subsection{8.7. Théorème de Thron.}
Le but de cet exercice est de montrer qu'il n'existe
pas de fonction entière $f$ telle que $f \circ f = \exp$.
On raisonne par l'absurde~: soit donc $f$ une telle fonction.

\item{a)} Montrer que l'image de $f$ est $\bC^*$.

\item{b)} Montrer qu'il existe une fonction entière $g$ telle que
$f = {\exp} \circ g$.

\item{c)} Montrer qu'il existe une constante $C$ telle que
$g \circ f = \Id + C$.

\item{d)} Conclure.

\subsection{8.8.} Soit $f$ holomorphe dans 
le disque unité. On suppose que pour tout 
$n\geq 1$, $f(1/n)\in \bR$.
Montrer que les coefficients de la série de Taylor de $f$ en 
$0$ sont réels.

\subsection{8.9.} Soit $\bD\subset\bC$ le disque unité et
$f:\bD\to \bD$ une application holomorphe propre
(i.e.\ $|f(z)| \to 1$ quand $|z| \to 1 $).

\item{a)} Montrer que $f$ s'annule nécessairement, et en déduire
que $f$ est en fait surjective. {\em Indication}~: considérer les
fonctions $1/f$ et $\varphi_a\circ f$, $\varphi_a\in\Aut(\bD)$.

\item{b)} Prouver que $f$ n'a qu'un nombre finis de zéros
$a_1,\ldots a_N\in\bD$, et que si $m_1,\ldots,m_N$ sont leurs
multiplicités respectives, alors il existe une constante
$\lambda$ de module $1$ telle que $f=\lambda\prod_{1\le j\le N}
\varphi_{a_j}^{m_j}$.

\item{c)} Soit $m=\sum m_j$. Alors, pour tout $w\in\bD$ l'équation
$f(z)=w$ admet exactement $m$ racines dans $\bD$ (comptées avec
multiplicité). {\em Indication}~: si $m_w$ est le nombre de racines
pour $w$, alors $m_w\le m=m_0$. Échanger les rôles de $0$ et $w$
à l'aide d'un automorphisme du disque.

\subsection{8.10. Théorème des $3$ cercles de Hadamard.} Soit $f$ 
une fonction holomorphe au voisinage de la couronne
$C = \{ z \,;\ r_1 < |z| < r_2 \}$.
Pour $r_1 \leq r \leq r_2$, on note $M_f (r) = \sup _{|z| = r} |f(z)|$.
Montrer que la fonction $\log M_f (r)$ est une fonction
convexe de la variable $\log r$, i.e, pour tout $r_1 \leq r \leq r_2$~:
$$
M_f (r) ^{\log (r_2 / r_1 )} \leq
M_f (r_1) ^{\log (r_2 / r)}~M_f (r_2) ^{\log (r / r_1)} .
$$ 
{\em Indication} : on pourra appliquer le principe du maximum à
$z^p f(z) ^q$, où $p$ est dans $\bZ$ et $q$ est dans $\bN$.

\subsection{8.11.} Soit $f$ une fonction holomorphe sur un voisinage de
$\ol D(0,r)$, telle que $f(0)$ ne soit pas nul. On note $M=\sup_{|z|=r}
|f(z)|$. Montrer qu'il existe une constante $C > 0$  (indépendante
de $f$ !) telle que le nombre de zéros de $f$ dans $D(0,r/3)$ est
inférieur ou égal à $C \log(M/|f(0)|) $. {\em Indication} :
considérer la fonction  $g(z) = f(z) / \prod _{m=1}^{n} (1 - z/z_m)$
où les $z_m$ sont les zéros de $f$ dans $D(0,r/3)$.

\subsection{8.12.} Soit $f$ une fonction holomorphe sur le disque
unité, continue jusqu'au bord. On suppose qu'il existe $M_1 >0$ tel
que si $z$ est de module $1$, de partie imaginaire positive, alors
$|f(z)| \leq M_1$. On suppose de même qu'il existe $M_2>0$ tel que si
$z$ est de module $1$, de partie imaginaire négative, alors $|f(z)|
\leq M_2$. Montrer que $|f(0)| \leq \sqrt{M_1M_2}$.

\subsection{8.13.} Soit une suite $(f_n)$ de fonctions holomorphes 
convergeant simplement vers $f$ dans $\Omega$. Montrer en se servant du
théorème de Baire,  que dans tout disque $U$ de $\Omega$, il existe 
un disque ouvert $V$ inclus dans $U$ sur lequel $\sup_n |f_n|$ est
borné. En déduire que $f$ est holomorphe sur un ouvert dense de
$\Omega$.
\bigskip

\supersection{9. Problèmes}

\subsection{9.1. Version originale du théorème de Bloch-Landau.} 
Le but de cet exercice
est de montrer que l'image $f(D(z_0,r))$ d'un disque
$D(z_0,r)\subset\bR$ par une fonction holomorphe~$f$ contient
un disque ouvert de rayon $r|f'(z_0)|/16$.

On dira qu'une fonction est holomorphe sur un disque fermé si elle est
holomorphe dans un voisinage de ce disque. Soit $f$ une fonction holomorphe
sur le disque unité fermé~$\ol\bD$, telle que $|f'(0)| \geq 1$. Il
s'agit de montrer que $f(\bD)$ contient un disque ouvert de rayon $1/16$.
On pose~:
$$
M(\rho) = \max_{|z| \leq \rho} |f'(z)|, \qquad 0 \leq \rho \leq 1.
$$

\item{a)} Si $k$ est un entier positif ou nul, on pose
$r_k = 1-2^{-k}$.
Montrer que l'ensemble des entiers $k \geq 0$ tels que 
$2^{-k}M(r_k) \geq 1$ est fini et non vide. On note 
$k_0$ son plus grand élément.

\noindent Pour la suite, on pose $r = 2^{-k_0}$.

\item{b)} Établir qu'il existe $z_0$ avec $|z_0| =1-r$
et $|f'(z_0)| \geq 1/r$.

\item{c)} Soit $g(z) = f(z+z_0) - f(z_0)$. Pour $|z| \leq r/2$, montrer
que $|g'(z)| < 2/r$, puis que $|g(z)| \leq 1$.

\item{d)} Soit $w$ un nombre complexe tel que $g(z) \neq w$ pour tout
$|z| \leq r/2$. Utiliser 8.4 pour justifier l'existence d'une
fonction $h$ holomorphe sur $D(0,r/2)$ telle que $h^2 = 1 - g/w$.

\item{e)} On pose $h(z) = \sum_{n=0}^{+\infty} a_nz^n$. 
Prouver les inégalités
$$
|a_1|=|h'(0)|\ge{1\over 2r|w|},\qquad
\sum_{n=0}^{+\infty} |a_n|^2 \Big(\frac{r}{2}\Big)^{2n}
\leq 1 + \frac{1}{|w|}.
$$

\item{f)} Établir que $|w| \geq 1/16$ et conclure.

\subsection{9.2. Principe de Phragmén-Lindelöf.} Le but de ce
problème est de montrer que le principe du maximum peut s'appliquer
à certaines fonctions holomorphes définies sur des ouverts non
bornés, sous des hypothèses adéquates de croissance à l'infini.
Ce principe est connu sous le nom de {\em principe de
Phragmén-Lindelöf}. Soit $\alpha$ un réel strictement supérieur
à $1/2$, et $U_{\alpha}$ la région du plan complexe comprise entre
les demi-droites d'origine $0$ et d'angles $\pm\pi/2 \alpha$.

\item{a)} Montrer que pour tout réel $\gamma$, on 
peut définir dans $U_{\alpha}$ une unique
fonction holomorphe $z ^{\gamma}$ qui étend
la fonction $x ^{\gamma}$ de $\bR _{+}^{*}$.

\item{b)}  Soit $f$ une fonction holomorphe dans $U_{\alpha}$, continue
sur $\overline{U}_{\alpha}$. On suppose que $f$ est bornée par une
constante $M\ge 0$ sur les demi-droites d'origine $0$ et  d'angles
$\pm\pi/2 \alpha$, et que $f$ satisfait une majoration de la forme
$|f(z)|\le C e^{|z|^\beta}$ pour $|z|\ge R_0$ assez grand. Montrer que
$f$ est bornée par $M$ dans $U_{\alpha}$. {\em Indication}~: appliquer
le principe du maximum à la fonction
$f_\varepsilon(z)=f(z)\,e^{-\varepsilon\,z^\gamma}$, $\gamma\in{}
]\beta,\alpha[$, sur le secteur circulaire compact $\ol U_\alpha\cap\ol
D(0,R)$.

\subsection{9.3.} Dans tout l'exercice, on pose 
$$
G(z)= \prod_{n=1}^{+\infty}\Big(1+{z\over n}\Big)e^{-z/n}.
$$

\item{a)} Montrer que $G$ définit une fonction entière, et que
$G$ admet sur $\bC$ tout entier une majoration de la forme
$$
|G(z)|\le A\exp \big(B|z|\ln(1+|z|)\big),\qquad A,B\ge 0.
$$
{\em Indication}~: considérer le développement limité de
$w\mapsto (1+w)e^{-w}$ à l'origine, et scinder le produit infini
en $\prod_{n\le|z|}\times\prod_{n>|z|}$.

\item{b)} Montrer que~:
$$zG(z)G(-z)={\sin \pi z\over \pi}.$$

\item{c)} Relation avec la fonction $\Gamma$ d'Euler.
\itemitem{\bu} Comparer les zéros de $G(z)$ et $G(z-1)$, et montrer
qu'il existe une fonction entière $\gamma$ telle que~:
$$
G(z-1)=z\,e^{\gamma(z)}G(z).
$$
\itemitem{\bu} Exprimer la dérivée logarithmique $G'/G$ sous forme
de la somme d'une série uniformément convergente sur tout compact
de $\bC\ssm\bZ_-^*$.
\itemitem{\bu} Montrer que $\gamma$ est constante. {\em Indication}~:
calculer $\gamma'(z)$. On notera encore $\gamma$ cette constante
(traditionnellement appelée constante d'Euler).
\itemitem{\bu} Montrer que
$$
\gamma=\lim_{n\to+\infty}\Big(\sum_{k=1}^n{1\over k}-\log n\Big).
$$

\item{d)} Soit $h(z)=ze^{\gamma z}G(z)\Gamma(z)$ où $\Gamma$ est
la fonction $\Gamma$ d'Euler. Montrer que $h$ est périodique de
période $1$ et s'étend en une fonction entière sur $\bC$
tout entier, n'ayant aucun zéro, telle que $h(0)=1$. Démontrer
à l'aide de a) et de la périodicité que l'on a
une majoration de la forme
$$
|h(z)|\le A'\exp\big(B'|\Im z|\ln(1+|\Im z|)\big),\qquad A',B'\ge 0.
$$

\item{e)} En utilisant 8.6~b), montrer que $h$ est constante. En
déduire que
$$
{1\over \Gamma(z)}=z\,e^{\gamma z}\prod_{n=1}^{+\infty}
\Big(1+{z\over n}\Big)e^{-z/n},
$$
ainsi que la formule dite «formule des compléments\rguil
$$
\Gamma(z)\Gamma(1-z)={\pi\over\sin\pi z}.
$$

\subsection{9.4. Lemme de Koenigs.} Soit $f$ une fonction 
holomorphe au voisinage de $0$ telle que $f(0)=0$
et $f'(0) = \lambda$ où $0 < |\lambda| < 1$.

\item{a)} On désigne par $f^{[n]}$ l'itérée $n$-ième
$f^{[n]}=f\circ f\circ\cdots\circ f$. Montrer que pour tout
$\varepsilon>0$ assez petit, il existe un disque $D(0,r_\varepsilon)$
assez petit, sur lequel
$$
(|\lambda|-\varepsilon)^n|z|\le |f^{[n]}(z)|\le (|\lambda|+\varepsilon)^n|z|
$$
pour tout $z\in D(0,r_\varepsilon)$.

\item{b)} On pose $\varphi_n = \lambda^{-n}f^{[n]}$. A partir de
l'estimation $|f(z)-\lambda z|\le C|z|^2$, montrer que la
série $\sum(\varphi_{n+1}-\varphi-n)$ est normalement convergente
sur $D(0,r_\varepsilon)$, si $\varepsilon$ est choisi assez petit.

\item{c)} Montrer qu'il existe une fonction holomorphe $\varphi$
au voisinage de $0$ telle que $\varphi (0) =0$, $\varphi '(0) =1$ et 
$$ \varphi(f(z)) = \lambda \varphi(z).$$
(on a donc $\varphi\circ f\circ\varphi^{-1}(z)=\lambda z$ près
de~$0$, on dit que $f$ est conjuguée à l'homothétie de rapport
$\lambda$ par $\varphi$).

\subsection{9.5. Ensembles de Julia et de Mandelbrot.} Pour $c \in \bC$, 
on note $f_c$ le polynôme $f_c(z) = z^2 + c$.
Soit $K_c$ l'ensemble des $z \in \bC$ tels que la suite des
itérées $|f_c ^{[n]}(z)|$ ne tend pas vers l'infini lorsque $n$
tend vers $+\infty$~: on appelle cet ensemble l'{\em ensemble
de Julia rempli} de $f_c$.

\item{a)} Déterminer $K_0$.

\item{b)} Montrer que~:
$$
K_c = \{ z \in \bC \,;\ \forall n \geq 0 \,, \
|f_c ^{[n]}(z)| \leq 1 + |c| \}.
$$
En déduire que $K_c$ est compact.

\item{c)} Montrer que le complémentaire de $K_c$ est connexe (on dit
que $K_c$ est un compact {\em plein} ou {\em sans trous}).

\noindent Soit $M = \{ c \in \bC \,;\ 0 \in K_c \}$. Cet ensemble
est l'{\em ensemble de Mandelbrot} de la famille de polynômes
quadratiques $(f_c)_{c\in \bC}$.

\item{d)} Montrer qu'il existe une suite de polynômes $P_n$ telle que~:
$$
\leqalignno{ M & = \{ c \in \bC \,;\ P_n (c) \
\hbox{\rm ne tend pas vers l'infini} \} \cr
& = \{ c\in \bC \,;\ \forall n \geq 0\,,\ |P_n (c)| \leq 1 + |c| \}.\cr}
$$   
\item{e)} Montrer que $M \subset \ol D(0,2)$ et que $M$ est
un compact plein.

\end

% Local Variables:
% TeX-command-default: "uTeX"
% End:
