% Analyse et géométrie complexes d'une variable, chapitre I
%
% Laurent Bonavero
% Jean-Pierre Demailly
% Université de Grenoble I, Institut Fourier
% 38402 Saint-Martin d'Hères, France
%

\input vcmac.tex

\openauxfile

\blankline
\chaptitle{Chapitre I}
\medskip
\chaptitle{Séries entières et fonctions holomorphes}
\chaptitlerunning{Chap.\ I~: Séries entières et fonctions holomorphes}
\vskip50pt

La plupart des fonctions complexes dites élémentaires
(exponentielle, logarithme, fonctions trigonométriques et
hyperboliques) peuvent se définir directement comme des sommes de
«\?séries entières\?» $\sum_{n\in\bN}a_nz^n$ de la variable
complexe~$z$. C'est d'ailleurs cette approche qui permet d'en
démontrer les principales propriétés de la manière la plus
rapide et la plus efficace. Dans ce chapitre, nous suivons cette voie~:
après une brève description des propriétés générales des
séries entières, nous introduisons d'abord la fonction exponentielle
complexe, puis à partir de celle-ci, nous déduisons les principales
propriétés des autres fonctions élémentaires. Nous introduisons
ensuite les définitions de base concernant les fonctions holomorphes
et l'opérateur de Cauchy-Riemann $\partial/\partial\ol z$, et
discutons brièvement la notion d'application conforme.
\medskip

\noindent{\em Notations}. Tout au long de cet ouvrage, nous désignerons
par $\bN\subset\bZ\subset\bQ\subset\bR\subset\bC$ les ensembles de nombres
usuels (entiers naturels, entiers rationnels, nombres rationnels, réels
et complexes). Si $X$ est un espace topologique (voir appendice~A) et
$S$ une partie de $X$, on notera $S^\circ$ l'intérieur de $S$, $\ol S$
l'adhérence de $S$ et $\partial S=\ol S\ssm S^\circ$ la frontière
de $S$ (ici $\ssm$ est l'opérateur de «\?différence
ensembliste\?», ainsi noté pour éviter toute confusion avec la
différence algébrique $-$). Enfin, si $z_0\in\bC$ et
$r\in{}]0,+\infty]$, on notera respectivement
$$
\eqalign{
D(z_0,r)&=\{z\in\bC\,;\,|z-z_0|<r\},\cr
\ol D(z_0,r)&=\{z\in\bC\,;\,|z-z_0|\le r\},\cr
\Gamma(z_0,r)&=\{z\in\bC\,;\,|z-z_0|=r\},\cr}
$$
le disque ouvert de centre $z_0$ et de rayon $r$, le disque
fermé qui en est l'adhérence et le cercle frontière
$\Gamma(z_0,r)=\partial D(z_0,r)$.

\supersection{1. Séries entières}

\section{1.1. Rayon de convergence d'une série entière}

Rappelons d'abord quelques points de terminologie. Si $(u_n)_{n\ge n_0}$
est une suite de nombres réels ou complexes, on appelle {\em série de 
terme général $u_n$}, notée $\sum_{n\ge n_0}u_n$ (ou simplement
$\sum u_n$), la suite des sommes partielles
$$
s_n=u_{n_0}+\cdots+u_n,\qquad n\ge n_0,
$$
cette suite pouvant être convergente ou non. Si $n_0=0$, la série sera 
aussi notée $\sum_{n\in\bN}u_n$. On dit que la série est convergente
si la limite $S=\lim_{n\to+\infty} s_n$ existe, et on désigne alors par
$$
S=\sum_{n=n_0}^{+\infty}u_n,
$$
la {\em somme de la série} $\sum u_n$. Le {\em reste d'ordre $n$} 
d'une série convergente $\sum u_n$ de somme $S$ est par définition 
$$
\rho_n=S-s_n=\sum_{p=n+1}^{+\infty}u_p.
$$
Si la suite $u_n$ est une suite de fonctions réelles ou complexes
$x\mapsto u_n(x)$ définies pour $x$ dans un ensemble~$E$, on dit que
la suite est {\em uniformément convergente} (resp.\ 
{\em normalement convergente}) sur $E$ si $\sum u_n(x)$ converge pour 
tout $x\in E$ et si
$$
\Vert\rho_n\Vert_E=\sup_{x\in E}|\rho_n(x)|
$$
converge vers $0$ quand $n$ tend vers $+\infty$ (resp.\ si la série
$\sum\Vert u_n\Vert_E$ converge). Comme il est bien connu, la convergence
normale entraîne la convergence uniforme.

Une série entière (complexe) est par définition une série de
la forme $\sum_{n\in\bN}a_nz^n$ où les coefficients $a_n\in\bC$ et 
la variable $z\in\bC$ sont complexes. Le {\em domaine de convergence} 
de la série entière est l'ensemble $\Delta$ des nombres complexes 
$z\in\bC$ pour lesquels la série converge. Lorsque la série converge,
nous désignons par
$$
f(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}a_nz^n
$$
la valeur de la somme. Le principal résultat concernant le domaine de
convergence est le suivant.

\claim Théorème|Soit $\sum_{n\in\bN}a_nz^n$ une série entière
complexe et soit $R\in[0,+\infty]$ défini par
$$
R=\sup\big\{r\ge 0\,;\,
\hbox{la suite $(|a_n|r^n)_{n\in\bN}$ est bornée}\big\}\leqno(1.1.1)
$$
Alors le domaine de convergence $\Delta$ de la série vérifie
$$
D(0,R)\subset\Delta\subset\ol D(0,R).
$$
De plus, la série $\sum a_nz^n$ converge normalement sur tout disque
fermé borné $\ol D(0,r)\subset D(0,R)$. Le nombre $R$ est appelé
rayon de convergence. Il est donné par la formule de Hadamard
$$
R=\liminf_{n\to+\infty}{1\over{}^n\!\sqrt{|a_n|}},\leqno(1.1.2)
$$
où la limite est calculée dans $[0,+\infty]$, avec la convention
$1/0=+\infty$. Si les coefficients $a_n$ sont non nuls et si le
quotient de deux termes consécutifs admet une limite
$$
\ell = \lim_{n\to+\infty}{|a_{n+1}|\over |a_n|}\in[0,+\infty],\leqno(1.1.3)
$$
alors le rayon de convergence est $R=1/\ell$ $($critère de d'Alembert$\,)$.
\endclaim

\dem. Soit $E=\{r\ge 0\,;\,\hbox{$(|a_n|r^n)$ est bornée}\}$ et
$R=\sup E\in[0,+\infty]$. Alors, pour $|z|>R$, on a $|z|\notin E$, donc
la suite $(|a_n||z|^n)$ n'est pas bornée, et par suite la série
$\sum_{n\in\bN}a_nz^n$ diverge. Ceci montre que $\Delta\subset\ol D(0,R)$.

Soit maintenant $r\ge 0$ un réel positif tel que $r<R=\sup E$. Il existe
alors un réel $\rho\ge 0$ tel que $\rho\in E$ et $r<\rho<R$. Il existe
donc une constante $C\ge 0$ telle que $|a_n|\rho^n\le C$ pour tout
$n\in\bN$. Pour $z\in\ol D(0,r)$ on en déduit
$$
|a_nz^n|\le |a_n|\rho^n\Big({|z|\over\rho}\Big)^n\le C
\Big({r\over\rho}\Big)^n
$$
avec $r/\rho<1$. La série est majorée en module par une série
géométrique convergente. Ceci montre que la série converge
normalement sur le disque $\ol D(0,r)$ pour tout $r<R$, et en particulier
$D(0,R)\subset\Delta$. Il ne reste plus qu'à démontrer la formule de
Hadamard. C'est presque immédiat~: si $r>\liminf 1/{}^n\!\sqrt{|a_n|}$,
il y a une infinité d'indices $n$ tels que $1/{}^n\!\sqrt{|a_n|}\le r'$
pour un certain $r'\in{}]0,r[$, donc $|a_n|r^{\prime n}\ge 1$ et la
sous-suite correspondante $|a_n|r^n\ge(r/r')^n$ n'est pas bornée, par
conséquent $R\le r$. Inversement, si $r<\liminf 1/{}^n\!\sqrt{|a_n|}$,
nous avons $1/{}^n\!\sqrt{|a_n|}\ge r$ pour $n\ge n_0$ assez grand, donc
la suite $|a_n|r^n$ est bornée (majorée par $1$ pour $n\ge n_0$), et
$R\ge r$. Ceci implique bien l'égalité $R=\liminf
1/{}^n\!\sqrt{|a_n|}$. Enfin, le critère de d'Alembert s'obtient
en montrant que l'hypothèse $\lim |a_{n+1}|/|a_n|=\ell$ implique
$\lim_{n\to+\infty}{}^n\!\sqrt{|a_n|}=\ell$, ce qui est élémentaire.\qed

\claim Exemples|{\rm La série géométrique $\sum_{n\ge 0}z^n$
admet pour rayon de convergence $R=1$ et pour domaine de convergence
le disque ouvert $\Delta=D(0,1)$. Les séries $\sum_{n\ge 1}n^{-n}z^n$
et $\sum_{n\ge 1}n^nz^n$ admettent respectivement pour rayon de
convergence $R=+\infty$ et $R=0$ (d'où $\Delta=\bC$, $\Delta=\{0\}$
respectivement). La formule de Hadamard montre
qu'on ne change pas le rayon de convergence en remplaçant
$a_n$ par $n^\alpha a_n$ pour $\alpha\in\bR$ quelconque, puisque
$\lim_{n+\infty}{}^n\!\sqrt{n^\alpha}=1$. Ceci peut néanmoins
affecter les points situés sur la frontière du domaine de
convergence. Ainsi la série $\sum_{n\ge 1}n^{-2}z^n$ admet pour
domaine de convergence $\Delta=\ol D(0,1)$ (domaine sur lequel elle
est normalement convergente), tandis que $\sum_{n\ge 1}n^{-1}z^n$
admet pour domaine de convergence $\Delta=\ol D(0,1)\ssm\{1\}$.
En $z=1$, on obtient en effet la série harmonique $\sum 1/n$ qui
est divergente. Pour $z=e^{\ii \theta}$ de module $1$, $z\ne 1$,
la série converge, comme on peut le voir à partir du classique
lemme d'Abel$\,$:}
\endclaim

\claim Lemme d'Abel|Soit $\sum_{n\ge n_0}u_nv_n$ une série à termes
complexes. On suppose que $u_n\ge 0$ est une suite décroissante
convergeant vers $0$ et que les sommes partielles
$$
s_n=v_{n_0}+v_{n_0+1}+\cdots+v_n
$$
sont bornées en module, i.e.\ $|s_n|\le M$ pour tout $n\ge n_0$ et une
certaine constante $M\ge 0$. Alors la série $\sum u_nv_n$ est
convergente.
\endclaim

\dem. Pour tous les indices $q>p>n_0$, on peut en effet écrire
$$
\leqalignno{
u_pv_p+\cdots+u_qv_q
&=u_p(s_p-s_{p-1})+u_{p+1}(s_{p+1}-s_p)+\cdots+u_q(s_q-s_{q-1})\cr
&=-u_ps_{p-1}+s_p(u_p-u_{p+1})+\cdots+s_{q-1}(u_{q-1}-u_q)+u_qs_q.&(1.1.4)\cr}
$$
Comme $|s_n|\le M$, on déduit de là
$$
|u_pv_p+\cdots+u_qv_q|\le Mu_p+M(u_p-u_{p+1})+\cdots+M(u_{q-1}-u_q)+Mu_q=2Mu_p
$$
(on a utilisé ici la décroissance de $(u_n)$ pour voir que
$u_p-u_{p+1}\ge 0$). Comme $u_p\to 0$ quand $p\to +\infty$, ceci montre que
les sommes partielles de la série $\sum u_nv_n$ satisfont le critère
de Cauchy, et la convergence s'ensuit.\qed

Dans l'exemple considéré plus haut, on a $n_0=1$, $u_n=1/n$,
$v_n=z^n=e^{ni\theta}$. Un calcul immédiat montre que la somme
$$
v_1+\cdots+v_n=e^{\ii \theta}{e^{ni\theta}-1\over e^{\ii \theta}-1}
$$
est majorée en module par $M=2/|e^{\ii \theta}-1|$ pour $e^{\ii \theta}\ne 1$,
d'où la convergence de la série $\sum_{n\ge 1}z^n/n$ pour $|z|=1$,
$z\ne 1$.\qed

\section{1.2. Sommes et produits de séries entières}

Considérons deux séries entières $\sum a_nz^n$ et $\sum b_nz^n$,
de rayons de convergence respectifs $R'$ et $R''$. Alors la série
somme $\sum(a_n+b_n)z^n$ converge au moins dans l'intersection
$D(0,R')\cap D(0,R'')$ des disques ouverts de convergence respectifs,
par conséquent son rayon de convergence $R^+$ satisfait
l'inégalité
$$
R^+\ge \min(R',R'').\leqno(1.2.1)
$$
L'inégalité peut être stricte. C'est le cas
par exemple si nous choisissons $a_n=2^n+1$, $b_n=-2^n$,
$a_n+b_n=1$, les rayons de convergence respectifs étant
$R'=R''=1/2$, $R^+=1$. Il est clair néanmoins que l'égalité
$R=\min(R',R'')$ a lieu si $R'\ne R''$, puisque la série somme
diverge alors pour $|z|\in{}]R',R''[$, l'une des séries étant
convergente et l'autre divergente.

Venons en maintenant à la série produit. On rappelle que le produit 
$\sum_{p\ge 0}u_p\sum_{q\ge 0}v_q$ des sommes de deux séries numériques 
absolument convergentes est égal à la somme $\sum_{n\ge 0}w_n$ 
de la série de terme général
$$
w_n=\sum_{p+q=n}u_pv_q=\sum_{p=0}^nu_pv_{n-p},
\leqno(1.2.2)
$$
qui est appelée {\em série produit} des séries $\sum u_n$ et 
$\sum v_n$. Pour le voir, on peut observer qu'on a une majoration
$$
\Big|\sum_{n=0}^{N'}w_n-\sum_{p=0}^Nu_p\sum_{q=0}^Nv_q\Big|\le
\varrho^{(u)}_N\sum_{q=0}^{+\infty}|v_q|+
\varrho^{(v)}_N\sum_{p=0}^{+\infty}|u_p|
\leqno(1.2.3)
$$
où $\varrho^{(u)}_N$, $\varrho^{(v)}_N$ désignent respectivement les 
restes d'ordre $N$ des séries $\sum|u_n|$ et $\sum|v_n|$, et où $N'$ est
un entier arbitraire tel que $N'\ge 2N$~; en effet, le membre de gauche
de (1.2.3) est la somme des termes $u_pv_q$ dont les indices sont tels
que $p+q\le N'$ et ($p>N$ ou $q>N$)~; les termes $u_pv_q$ tels que $p>N$ 
ont une somme inférieure ou égale en module à
$$
\sum_{p=N+1}^{N'}|u_p|\sum_{q=0}^{N'}|v_q|\le 
\varrho^{(u)}_N\sum_{q=0}^{+\infty}|v_q|,
$$
et on a une majoration analogue pour les termes $u_pv_q$ tels que $q>N$.
Si nous appliquons en particulier ce résultat au cas des séries entières
$u_n=a_nz^n$ et $v_n=b_nz^n$, la formule (1.2.2) donne aussitôt
$w_n=c_nz^n$ avec
$$
c_n=\sum_{p+q=n}a_pb_q=\sum_{p=0}^na_pb_{n-p},
$$
et la série $\sum c_nz^n$ est appelée série entière produit (ou parfois
produit de Cauchy) des séries entières $\sum a_nz^n$ et $\sum b_nz^n$.
On sait que la série produit converge dans l'intersection 
$D(0,R')\cap D(0,R'')$, puisque chacun des facteurs y converge absolument
en chaque point. Le rayon de convergence $R^\times$ de la série produit
satisfait donc encore l'inégalité
$$
R^\times\ge \min(R',R'').\leqno(1.2.4)
$$
On peut avoir ici l'inégalité stricte, même si $R'\ne R''$. Il suffit de
prendre par exemple
$$
\eqalign{
\sum_{n\ge 0}a_nz^n&=1+\sum_{n\ge 1}2^{n-1}z^n={1-z\over 1-2z},\cr
\sum_{n\ge 0}b_nz^n&=1-\sum_{n\ge 1}z^n={1-2z\over 1-z},\cr}
$$
dont la série produit $\sum c_nz^n$ se réduit au seul terme $c_0=1$,
les rayons de convergence respectifs étant $R'=1/2$, $R''=1$, 
$R^\times=+\infty$.

\section{1.3. Théorème de dérivation terme à terme}

Nous démontrons ici la propriété importante de
dérivabilité terme à terme des séries entières.

\claim Théorème|Soit $f(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}a_nz^n$ une série
entière de rayon de convergence~$R>0$. Alors la dérivée complexe
$$
f'(z)=\lim_{h\in\bC^*,\,h\to 0}{f(z+h)-f(z)\over h}
$$
existe en tout point du disque ouvert de convergence $D(0,R)$, et cette
dérivée est donnée par la dérivée «\?terme à terme\?» 
de la série, c'est-à-dire
$$
f'(z)=\sum_{n=1}^{+\infty}na_nz^{n-1}.
$$
Les dérivées successives s'expriment de même sous la forme
$$
f^{(p)}(z)=\sum_{n=p}^{+\infty}n(n-1)\cdots(n-p+1)\,a_nz^{n-p},
$$
et les séries obtenues ont un rayon de convergence égal au rayon
de convergence $R$ de la série initiale.
\endclaim

\dem. Le fait que les séries dérivées terme à terme admettent le 
même rayon de convergence $R$ vient de ce que
$\lim_{n\to+\infty}{}^n\!\sqrt{n(n-1)\cdots(n-p+1)}=1$ pour tout~$p\in\bN$.
Maintenant, la formule du binôme donne
$$
(z+h)^n=z^n+nhz^{n-1}+\sum_{p=2}^nC_n^ph^pz^{n-p}
$$
avec $C_n^p=\disp{n(n-1)\over p(p-1)}C_{n-2}^{p-2}\le n(n-1)C_{n-2}^{p-2}$, 
d'où
$$
\eqalign{\Big|{(z+h)^n-z^n\over h}-nz^{n-1}\Big|
&\le n(n-1)|h|\sum_{p=2}^nC_{n-2}^{p-2}|h|^{p-2}|z|^{n-p}\cr
&=n(n-1)|h|(|z|+|h|)^{n-2}.\cr}
$$
Supposons $z\in D(0,R)$ et $z+h\in D(0,R)$. En multipliant la différence
ci-dessus par $a_n$ et en sommant sur $n$, notre inégalité implique
$$
\Big|{f(z+h)-f(z)\over h}-\sum_{n\ge 1}na_nz^{n-1}\Big|\le
|h|\sum_{n=2}^{+\infty}n(n-1)|a_n|(|z|+|h|)^{n-2}.\leqno(1.3.1)
$$
Si nous prenons $|h|\le\delta<R-|z|$, alors $|z|+|h|\le |z|+\delta<R$
et par suite
$$
\sum_{n=2}^{+\infty}n(n-1)|a_n|(|z|+|h|)^{n-2}\le
M:=\sum_{n=2}^{+\infty}n(n-1)|a_n|(|z|+\delta)^{n-2}<+\infty.
$$
Ceci montre que
$$
\lim_{h\in\bC^*,\,h\to 0}{f(z+h)-f(z)\over h}=
\sum_{n\ge 1}na_nz^{n-1}
$$
pour tout $z\in D(0,R)$, et le théorème s'ensuit.\qed

Inversement, étant donné une série entière $f(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}
a_nz^n$ de rayon de convergence $R>0$, il est clair que $f$ admet sur
$D(0,R)$ une «\?primitive complexe\?»
$$
F(z)=\sum_{n=0}^{+\infty}{a_n\over n+1}z^{n+1}
    =\sum_{n=1}^{+\infty}{a_{n-1}\over n}z^n\;,
\leqno(1.3.2)
$$
telle que $F'(z)=f(z)$ au sens complexe. De plus la série entière
de $F$ admet encore $R$ comme rayon de convergence, et les autres
primitives sont données par $F+C$ où $C\in\bC$ est une constante
arbitraire (une fonction $G$ sur $D(0,R)$ admettant une dérivée
complexe $G'$ nulle est nécessairement égale à la constante
$G(0)$, comme on le voit en regardant les fonctions de variables
réelles $u(t)=G(tz)$, $t\in [0,1]$, dont les dérivées réelles
$u'(t)$ sont nulles$\,$; on verra plus loin en (2.1.5) un énoncé
plus général).

\section{1.4. Continuité à la frontière}

Il est souvent utile de connaître le comportement de la somme
d'une série entière en un point $z_0$ de la frontière du disque 
de convergence. La situation peut être très compliquée (au sens 
où la somme $f(z)$ n'est pas nécessairement
continue en $z_0$ ni même bornée dans un voisinage). On a cependant
le résultat de continuité partielle suivant.

\claim Théorème|Soit $f(z)=\sum_{n\ge n_0}a_nz^n$ une série entière
de rayon de convergence $R>0$ fini, et $z_0\in \Gamma(0,R)$ un point
du cercle de convergence en lequel la série converge. Alors, si
$S=S_{z_0,\delta,\eta}\subset D(0,R)\cup\{z_0\}$ est un secteur
circulaire fermé de sommet $z_0$, non tangentiel, de la forme
$$
S_{z_0,\delta,\eta}=
\big\{z\in\bC\,;\,|z-z_0|\le\delta,~|\ang(z_0-z,z_0)|\le
\pi/2-\eta\big\},
$$
on a $\lim_{z\in S,\,z\to z_0}f(z)=f(z_0)$.
\endclaim

Autrement dit, la propriété de continuité attendue a bien lieu
pourvu qu'on ne s'approche pas «\?tangentiellement\?» de la 
frontière.

\dem. De manière assez analogue à ce que nous avons fait pour la
transformation d'Abel (1.1.4), posons $u_n=(z/z_0)^n$, $v_n=a_nz_0^n$
et $\varrho_n=\sum_{p>n}v_p$. Pour $q>p>n_0$ nous obtenons
$$
\eqalign{
\smash{\sum_{n=p}^qa_nz^n}
&=u_pv_p+\cdots+u_qv_q\phantom{\raise8pt\hbox{$\displaystyle\sum$}}\cr
&=u_p(\varrho_{p-1}-\varrho_p)+u_{p+1}(\varrho_p-\varrho_{p+1})+
\cdots+u_q(\varrho_{q-1}-\varrho_q)\cr
&=u_p\varrho_{p-1}+\varrho_p(u_{p+1}-u_p)+\cdots+
\varrho_{q-1}(u_q-u_{q-1})-u_q\varrho_q.\cr}
$$
Étant donné $\varepsilon>0$, la convergence de la série
$\sum_{n\ge n_0}a_nz_0^n$ assure l'existence d'un entier $N_\varepsilon$
tel que $|\varrho_n|\le\varepsilon$ pour $n\ge N_\varepsilon$. Pour
$p,q>N_\varepsilon$, nous avons alors
$$
\left|\sum_{n=p}^qa_nz^n\right|
\le\varepsilon\left(2+\Big|{z\over z_0}-1\Big|\sum_{n=p}^{q-1}
\Big|{z\over z_0}\Big|^n\right)
\le\varepsilon\left(2+{|z-z_0|\over |z_0|-|z|}\right)
$$
puisque
$$
\sum_{n=p}^{q-1}\Big|{z\over z_0}\Big|^n\le
\sum_{n=0}^{+\infty}\Big|{z\over z_0}\Big|^n={1\over 1-|z|/|z_0|}=
{|z_0|\over |z_0|-|z|}.
$$
L'hypothèse $z\in S_{z_0,\delta,\eta}$ assure précisément
que le quotient \hbox{$|z-z_0|/(|z_0|-|z|)$} reste borné par une
constante indépendante de~$z$~; en effet la condition angulaire
$|\ang(z_0-z,z_0)|\le\pi/2-\eta$ équivaut à
$\Re(z_0-z)\ol z_0\ge |z-z_0|\,|z_0|\,\sin\eta$, d'où
successivement
$$
\eqalign{
&|z-z_0|^2=|z|^2-|z_0|^2+2\Re (z_0-z)\ol z_0\ge |z|^2-|z_0|^2
+2\,|z_0|\,|z-z_0|\,\sin\eta,\cr
&(2\,|z_0|\,\sin\eta-|z-z_0|)|z-z_0|\le (|z|+|z_0|)(|z_0|-|z|)
\le 2\,|z_0|\,(|z_0|-|z|),\cr}
$$
ce qui implique, pour $|z-z_0|\le\delta':=\sin\eta\,|z_0|$, l'inégalité
$$
{|z-z_0|\over|z_0|-|z|}\le{2\over\sin\eta}.
$$
On en déduit que la série $\sum a_nz^n$ satisfait le critère de Cauchy
uniforme sur $S_{z_0,\delta,\eta}$. Ceci entraîne la convergence
uniforme de la série et la continuité de $f$
sur~$S_{z_0,\delta,\eta}$.\qed

\section{1.5. Fonctions complexes élémentaires}

La fonction complexe la plus fondamentale est d'une certaine façon
la fonction exponentielle complexe. On peut la définir au moyen de la
fonction exponentielle réelle et des fonctions trigonométriques (à
supposer que celles-ci aient déjà été construites de manière
rigoureuse). Le procédé le plus simple consiste en fait à la
définir directement à partir de sa série entière.

\claim Définition|On pose
$$
e^z=\exp(z):=\sum_{n=0}^{+\infty}{z^n\over n!}.
$$
pour tout $z\in\bC$, le rayon de convergence de la série étant
$+\infty$. \endclaim

D'après le théorème de dérivation des séries entières, la
fonction $\exp$ est dérivable sur $\bC$ tout entier et on a $\exp'=\exp$.
L'autre propriété fondamentale de cette fonction est la propriété
d'homomorphisme de groupe.

\claim Propriété fondamentale|Pour tous $z,w\in\bC$, on a
$e^{z+w}=e^ze^w$, et la fonction $\exp$ définit un homomorphisme du
groupe additif
$(\bC,+)$ sur le groupe multiplicatif $(\bC^*,\times)$.
\endclaim

\dem. On a $e^ze^w=\sum_{p\ge 0}u_p\sum_{q\ge 0}v_q$ avec $u_p=z^p/p!$ et 
$v_q=w^q/q!\;$, et la formule (1.2.2) fournit alors une série produit 
$\sum w_n$ telle que
$$
w_n=\sum_{p=0}^n{z^p\over p!}{w^{n-p}\over (n-p)!}=
{1\over n!}\sum_{p=0}^n C_n^p z^pw^{n-p}={(z+w)^n\over n!}.
$$
L'égalité $e^ze^w=e^{z+w}$ en découle. De là, en particulier,
on déduit $e^ze^{-z}=e^0=1$, d'où $e^z\in\bC^*$. L'application
exponentielle définit donc bien un homomorphisme de groupes
$\exp:(\bC,+)\to(\bC^*,\times)$. La surjectivité de cette
application sera démontrée plus loin.\qed

À partir de la fonction exponentielle, on définit classiquement les
fonctions cosinus et sinus hyperboliques
$$
\eqalign{
\ch z
&:={e^{z}+e^{-z}\over 2}=\sum_{n=0}^{+\infty}{z^{2n}\over (2n)!}~,\cr
\sh z
&:={e^{z}-e^{-z}\over 2}=\sum_{n=0}^{+\infty}{z^{2n+1}\over (2n+1)!}~,\cr}
$$
aussi notées $\cosh$ et $\sinh$ dans le monde anglo-saxon (c'est-à-dire
partout sauf en France~!), et les fonctions trigonométriques usuelles
$$
\eqalign{
\cos z
&:={e^{\ii z}+e^{-\ii z}\over 2}=\ch(\ii z)
=\sum_{n=0}^{+\infty}(-1)^n{z^{2n}\over (2n)!}~,\cr
\sin z
&:={e^{\ii z}-e^{-\ii z}\over2\ii}={\sh(\ii z)\over \ii}
=\sum_{n=0}^{+\infty}(-1)^n{z^{2n+1}\over(2n+1)!}.\cr}
$$
Ces séries entières ont un rayon de convergence infini. Comme leurs
coefficients sont réels, les fonctions ainsi définies prennent des
valeurs réelles sur $\bR$, et vérifient les relations de conjugaison
$\ol{\exp z}=\exp\ol z$, $\ol{\ch z}=\ch \ol z~\ldots$

La propriété d'homomorphisme de la fonction exponentielle entraîne
toutes les formules trigonométriques usuelles, par exemple les formules
«\?d'addition\?» $\cos(a+b)=\cos a\,\cos b-\sin a\,\sin b\,\ldots~$,
qui sont valables pour tous $a,b\in\bC$. Par ailleurs, si on écrit
$z=x+\ii y$, il vient
$$
e^z=e^xe^{\ii y}=e^x(\cos y+\ii \sin y)\leqno(1.5.1)
$$
où $(\cos y)^2+(\sin y)^2=e^{\ii y}e^{-\ii y}=1$. De là on déduit le

\claim Théorème|\vskip0pt
\item{\rm (i)} La fonction exponentielle réelle induit un isomorphisme
de groupes
$$
(\bR,+)\to (\bR_+^*,\times),\qquad x\mapsto e^x.
$$
\item{\rm (ii)} La fonction $\cos:\bR\to\bR$ admet un plus petit zéro
positif qui sera noté $\pi/2$ $($c'est donc là une {\rm définition}
de~$\pi)$. La fonction exponentielle complexe est périodique de période
$2\ii\pi$ et induit des isomorphismes de groupes
$$
\vbox{\malign{
\hfill(\bR/2\pi\bZ,+)&{}\to (S^1,\times),&\qquad y\mapsto e^{\ii y},\cr
\hfill(\bC/2\ii\pi\bZ,+)&{}\to (\bC^*,\times),&\qquad z\mapsto e^z,\cr}}
$$
où $S^1=\{z\in\bC\,;\,|z|=1\}$ désigne le cercle unité dans $\bC$.
\vskip0pt
\endclaim

\dem. (i) Il suffit de montrer que $\exp$
est une bijection continue croissante de $\bR$ sur $]0,+\infty[$. C'est
clair d'après la théorie élémentaire des fonctions d'une variable
réelle~: on a par définition même $e^x\ge 1+x>0$ pour $x\ge 0$,
d'où $\lim_{x\to+\infty}e^x=+\infty$, tandis que la relation
$e^x=1/e^{-x}$ implique $e^x>0$ pour $x\le 0$ et $\lim_{x\to-\infty}e^x
=0$~; enfin $\exp$ est dérivable de dérivée $\exp'=\exp>0$, donc
strictement croissante sur~$\bR$.

\noindent
(ii) Supposons par l'absurde que la fonction $\cos$ ne s'annule pas sur
$[0,+\infty[$. Comme $\cos 0=1$, le théorème des valeurs
intermédiaires entraînerait alors $\cos y>0$ pour tout
$y\in[0,+\infty[$. Comme $\sin'=\cos$, la fonction $\sin$ serait
positive et strictement croissante sur $[0,+\infty[$. Le théorème
des accroissements finis et l'égalité $\cos'y=-\sin y$ donneraient
alors $\cos y\le\cos 1-(y-1)\sin 1$ pour tout $y\ge 1$, par conséquent
$\cos y<0$ pour $y$ assez grand, ce qui est une contradiction.
L'ensemble $[0,+\infty[{}\cap\cos^{-1}(0)$ qui est fermé et non vide,
possède donc un plus petit élément $\pi/2$, on a par suite
$\cos\pi/2=0$ et $\cos y>0$ pour $y\in[0,\pi/2[$. Ceci entraîne que
la fonction $y\mapsto\sin y$ est une bijection croissante de $[0,\pi/2]$
sur $[0,1]$, et on voit ainsi que l'application $[0,\pi/2]\ni y\mapsto
e^{\ii y}$ paramétrise bijectivement le premier quart de 
cercle $|z|=1$, $\Re z\ge0$,
$\Im z\ge 0$. Les relations $e^{\ii \pi/2}=\ii$, $e^{\ii (y+\pi/2)}
=\ii\,e^{\ii y}$, $e^{2\ii\pi}=1$ montrent alors facilement que $y\mapsto
e^{\ii y}$ induit un homéomorphisme $\bR/2\pi\bZ\to S^1$ qui est par
ailleurs un isomorphisme de groupes («\?théorème fondamental de
la mesure des angles\?»).

Enfin, le troisième isomorphisme se déduit facilement des deux
premiers et du fait que tout nombre complexe $z\ne 0$ s'écrit de
manière unique sous la forme $z=\rho u$ avec $\rho\in\bR_+^*$ et
$u\in S^1$, à savoir $\rho=|z|$ et $u=z/|z|$.\qed

Nous noterons $\ln$ la fonction logarithme népérien (réel), qui est
par définition l'isomorphisme de groupes
$$
\ln:(\bR_+^*,\times)\to(\bR,+)
\quad\hbox{inverse de}\quad
\exp:(\bR,+)\to(\bR_+^*,\times).
$$
Par ailleurs si $z=\rho e^{\ii \theta}$ est un nombre complexe non nul,
avec $\rho=|z|>0$, nous noterons $\theta=\arg z\in\bR/2\pi\bZ$.
Pour $z=x+\ii y\in\bC$, la relation (1.5.1) donne les relations
fondamentales
$$
\leqalignno{
&|e^z|=e^x=e^{\Re z}&(1.5.2)\cr
&\arg(e^z)=y=\Im z~\mod~2\pi\bZ.&(1.5.3)\cr}
$$

\section{1.6. Fonction logarithme complexe}

Étant donné un nombre complexe $w\ne 0$, la résolution de
l'équation complexe $e^z=w$ s'obtient aisément à partir des
formules (1.5.2) et (1.5.3). Celles-ci donnent en effet
$$
|w|=e^{\Re z},\qquad \arg(w)=\Im z~\mod~2\pi\bZ
$$
d'où $\Re z=\ln|w|$ et
$$
z=\Re z+\ii \Im z=\ln|w|+\ii \arg w~\mod~2\ii\pi\bZ.
$$
Pour lever l'ambiguïté du choix de l'argument, on procède comme
suit. Soit $\theta_0$ un réel fixé et $\Omega_{\theta_0}\subset\bC$
l'ouvert constitué des nombres complexes non nuls $z$ dont l'argument
n'est pas égal à $\theta_0+\pi$ mod $2\pi$, c'est-à-dire
$$
\Omega_{\theta_0}=\bC^*\ssm(\bR_-^*)e^{\ii \theta_0}.
$$

\InsertFig 10.000 45.000 {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 50.000  30.000 moveto   1.000 disk 
 54.665  30.000 moveto  50.000  30.000   4.665   0.000 210.964 circlearc 
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  0.500 setlinewidth 
 50.000  30.000 moveto  17.000  10.000 segment
grestore
}
\LabelTeX   20.000  21.000 $(\bR^*_-)e^{\ii\theta_0}$ \ELTX
\LabelTeX   70.000  28.000 $\Omega_{\theta_0}$ \ELTX
\LabelTeX   51.000  26.600 $0$ \ELTX
\LabelTeX   49.000  36.600 $\theta_0+\pi$ \ELTX
\EndFig

Pour $z\in\Omega_{\theta_0}$, on définit alors $\arg_{\theta_0}z$
comme l'unique détermination $\theta$ de l'argument de $z$ telle que
$\theta\in{}]\theta_0-\pi,\theta_0+\pi[$, et on définit la
«\?détermination $\log_{\theta_0}$ du logarithme complexe\?» par
$$
\log_{\theta_0}z=\ln|z|+\ii \arg_{\theta_0}z,
\qquad\forall z\in\Omega_{\theta_0}.
\leqno(1.6.1)
$$
Il est important de noter que les fonctions $\arg_{\theta_0}$ et
$\log_{\theta_0}$ {\em ne peuvent se prolonger par continuité} à
$\bC^*$~; en effet, en un point de la demi-droite ouverte
$\bR_-^*e^{\ii \theta_0}$, les limites des fonctions $\arg_{\theta_0}$
et $\log_{\theta_0}$ de part et d'autre de la demi-droite diffèrent de
$2\pi$ (resp.\ $2\ii\pi$). Dans la suite de cet ouvrage, on conviendra de
noter respectivement $\Arg$ et $\Log$ les déterminations correspondant
au choix $\theta_0=0$ (c'est-à-dire que l'argument est choisi dans
$]-\pi,\pi[$). Ces déterminations, qui sont définies dans le
complémentaire $\bC\ssm\bR_-$ de la demi-droite réelle négative,
seront appelées les {\em déterminations principales} de l'argument
et du logarithme complexe.

\claim Proposition|Pour tout $\theta_0$, la fonction $\log_{\theta_0}$ est
telle que $\exp\circ\log_{\theta_0}=\Id$ sur~$\Omega_{\theta_0}$. Elle
admet en tout point une dérivée complexe
$$
\log'_{\theta_0} z=\lim_{\bC\ni \zeta\to z}
{\log_{\theta_0}\zeta-\log_{\theta_0}z\over \zeta-z}={1\over z}.
$$
\endclaim

\dem. La propriété $\exp\circ\log_{\theta_0}=\Id$ résulte directement
de la construction. Pour la deuxième, posons $w=\log_{\theta_0}z$
et $\eta=\log_{\theta_0}\zeta$. Quand $\zeta$ tend vers $z$, il est clair
que $\eta$ tend vers $w$ par continuité du logarithme (continuité qui
résulte elle même de la continuité de la fonction $\arg_{\theta_0}$
sur $\Omega_{\theta_0}$), et par suite le quotient
$$
{\log_{\theta_0}\zeta-\log_{\theta_0}z\over \zeta-z}=
{\eta-w\over\exp\eta-\exp w}=\left({\exp\eta-\exp w\over\eta-w}\right)^{-1}
$$
converge vers $1/\exp'w=1/\exp w=1/z$.\qed

Considérons maintenant la fonction $\Log(1+z)$, qui bien définie
sur l'ouvert $\Omega=\bC\ssm{}]-\infty,-1]$. Sa dérivée complexe
est donnée par $\Log'(1+z)=1/(1+z)$, et on a donc un développement
en série entière
$$
\Log'(1+z)=1-z+z^2-z^3+\cdots+(-1)^nz^n+\cdots
$$
sur le disque ouvert $D(0,1)$. Comme $\Log 1=0$, la formule (1.3.2) donne
$$
\Log(1+z)=z-{z^2\over 2}+{z^3\over 3}-{z^4\over 4}+\cdots+
(-1)^{n-1}{z^n\over n}+\cdots~,\leqno(1.6.2)
$$
avec un rayon de convergence encore égal à~$1$. Comme on l'a vu
dans le \S$\,$1.1, la série entière (1.6.2) converge en tout point
de $\Gamma(0,1)\ssm\{-1\}$. On en déduit par continuité
que l'égalité a lieu en tout point du domaine de convergence
$\Delta=\ol D(0,1)\ssm\{-1\}$. En particulier, nous trouvons pour $z=1$
l'identité classique
$$
\ln 2=1-{1\over 2}+{1\over 3}-{1\over 4}+\cdots+
(-1)^{n-1}{1\over n}+\cdots~.
$$

Maintenant que nous disposons de la fonction logarithme (ou plutôt
des diverses déterminations du logarithme), nous pouvons définir
des déterminations correspondantes
$$
z^\alpha=\exp(\alpha\log_{\theta_0} z),\qquad
z\in\Omega_{\theta_0}\leqno(1.6.3)
$$
de la fonction «\?puissance complexe\?», définies pour un exposant
$\alpha\in\bC$ quelconque. La formule de dérivation des fonctions
composées montre que l'on a encore
$$
{d\over dz} z^\alpha=\alpha z^{\alpha-1}
\qquad\hbox{sur $\Omega_{\theta_0}$.}\leqno(1.6.4)
$$
On prendra cependant garde au fait que les valeurs $z^\alpha$ obtenues
peuvent être complè\-te\-ment différentes suivant les déterminations
choisies. Ainsi, on obtient \hbox{$\ii^\ii=e^{-\pi/2}$} avec la
détermination principale du logarithme, tandis que $\ii^\ii=e^{-5\pi/2}$
avec la détermination $\log_{2\pi}$. 

La détermination principale $(1+z)^\alpha=\exp(\alpha\Log(1+z))$ définie
sur l'ouvert $\bC\ssm{}]-\infty,-1]$ admet sur le disque unité $D(0,1)$ 
un développement en série entière
$$
(1+z)^\alpha=1+\alpha z+{\alpha(\alpha-1)\over 2}z^2\cdots+
{\alpha(\alpha-1)\cdots(\alpha-n+1)\over n!}z^n\cdots,
\leqno(1.6.5)
$$
connu sous le nom de {\em formule de Newton}. Pour le voir, notons
$f(z)$ la somme de la série. Celle-ci admet un rayon de convergence 
$R=1$ d'après le critère de d'Alembert, car
$$
{a_{n+1}\over a_n}={\alpha-n\over n+1}\to -1\qquad\hbox{quand $n\to+\infty$}.
$$
D'autre part, une dérivation terme à terme fournit la série $\sum_{n\ge 1}
na_n z^{n-1}$ avec
$$
na_n={\alpha(\alpha-1)\cdots(\alpha-n+2)\over (n-1)!}(\alpha-n+1)
=\alpha a_{n-1}-(n-1)a_{n-1},
$$
d'où $f'(z)=\alpha f(z)-zf'(z)$. Ceci implique que la somme $f(z)$ de la 
série satisfait l'équation différentielle linéaire 
$(1+z)f'(z)=\alpha f(z)$. On voit alors d'après (1.6.4) que la 
fonction quotient $f(z)/(1+z)^\alpha$ admet 
une dérivée identiquement nulle sur~$D(0,1)$. Le quotient est donc
identiquement égal à sa valeur pour $z=0$, soit~$1$.

\claim Remarque|{\rm Pour développer $(1+z)^\alpha$ en série,
on pourrait aussi songer à appliquer la formule de Taylor, mais on se
trouve devant une difficulté pour majorer le reste, notamment lorsque
$z$ est proche  de~$-1\,$; cette difficulté sera complètement
résolue par les résultats du Chapitre~II (cf.\ \S$\,$3.3,
Corollaire), démontrant l'analyticité des fonctions holomorphes.}
\endclaim

\claim Conséquence|{\rm Les développements en série entière 
de $(1+z^2)^{-1}$ et $(1-z^2)^{-1/2}$ fournissent par intégration
des développements en série entière convergents sur le disque $D(0,1)$
de fonctions qui étendent au plan complexe les fonctions réelles
correspondantes
$$
\leqalignno{
\Arctan z&=z-{z^3\over 3}+{z^5\over 5}-\cdots+(-1)^n{z^{2n+1}\over 2n+1}
+\cdots,&(1.6.6)\cr
\Arcsin z&=z+\sum_{n=1}^{+\infty}
{1.3.5\ldots(2n-1)\over 2.4.6\ldots 2n}{z^{2n+1}\over 2n+1}.&(1.6.7)\cr
}
$$
La série de l'Arctan, égale à ${1\over 2\ii}\Log{1+\ii z\over 1-\ii z}$,
converge pour tout $z\in\ol D(0,1)\ssm\{+\ii,-\ii\}$, tandis que
celle de l'Arcsin est absolument convergente sur le disque fermé
$\ol D(0,1)$.}
\endclaim

\supersection{2. Fonctions holomorphes, condition de Cauchy-\break
\phantom{2. }$\,$Riemann}

\section{2.1. Définition des fonctions holomorphes}

On a vu dans la section \S$\,$1 l'importance de la notion de
dérivabilité au sens complexe. Ceci justifie la définition suivante.

\claim Définition|Soit $\Omega\subset\bC$ une partie ouverte du plan
complexe et $f:\Omega\to\bC$ une fonction complexe. On dit que
$f$ est holomorphe si $f$ est $\bC$-dérivable en tout point,
c'est-à-dire si la limite
$$
f'(z)=\lim_{h\in\bC^*,\,h\to 0}{f(z+h)-f(z)\over h}
$$
existe en tout point $z\in\Omega$. 
\endclaim

\claim Notations|Conformément à l'usage courant $($dérivé de 
l'Italien, où holomorphe se dit olomorfico$)$, l'ensemble des
fonctions holomorphes sur $\Omega$ sera noté $\cO(\Omega)$. 
Si~$f\in\cO(\Omega)$, la dérivée de $f$ sera notée indifféremment
$f'(z)$ ou $df/dz$.
\endclaim

\noindent Comme l'existence d'une dérivée implique automatiquement la 
continuité, on a $\cO(\Omega)\subset\cC^0(\Omega)$, où
$\cC^0(\Omega)$ désigne l'espace des fonctions continues
$\Omega\to\bC$.

\itemindent=2\parindent
\claim Propriétés élémentaires|{\rm Soit $\Omega\subset\bC$ un
ouvert et $f,g\in\cO(\Omega)$. Alors
\smallskip
\item{(2.1.1)} $\forall\lambda,\mu\in\bC$, $\lambda f+\mu g\in\cO(\Omega)$
et $(\lambda f+\mu g)'=\lambda f'+\mu g'$.
\smallskip
\item{(2.1.2)} $fg\in\cO(\Omega)$ et $(fg)'=f'g+fg'$.
\smallskip
\item{(2.1.3)} $\displaystyle{f\over g}\in\cO(\Omega\ssm g^{-1}(0))$ et
$\displaystyle\Big({f\over g}\Big)'={f'g-fg'\over g^2}.$
\smallskip
\item{(2.1.4)} Si $f(\Omega)$ est contenu dans un ouvert $\Omega'$ et
si $h\in\cO(\Omega')$, alors $h\circ f\in\cO(\Omega)$ et
$(h\circ f)'=(h'\circ f)\,f'$.
\smallskip
\item{(2.1.5)} Si $f'=0$, alors $f$ est constante sur chaque composante
connexe de~$\Omega$.
\vskip0pt}
\endclaim
\itemindent=\parindent

\dem. La démonstration de ces propriétés est presque entièrement
analogue à celle des propriétés correspondantes pour les fonctions
réelles d'une variable réelle, nous omettrons donc les détails.
En ce qui concerne (2.1.5), on peut supposer $\Omega$ connexe. Alors
deux points quelconques de $\Omega$ peuvent être joints par un
chemin polygonal tracé dans~$\Omega$, et il suffit donc de montrer
que $f(a)=f(b)$ pour tout segment $[a,b]\subset\Omega$. Or ceci
résulte du fait que la fonction de variable réelle $\varphi(t)=
f(a+t(b-a))$ a une dérivée $\varphi'(t)=(b-a)f'(a+t(b-a))$
nulle pour tout $t\in[0,1]$.\qed

Il résulte en particulier des propriétés (2.1.2), (2.1.3) que l'ensemble
des fonctions holomorphes $(\cO(\Omega),+,\times,\cdot)$ a une structure
de $\bC$-algèbre pour les lois usuelles d'addition, de multiplication et
de produit d'une fonction par un scalaire complexe. 

\claim Fonctions entières|On appelle fonctions entières les fonctions
qui sont holomorphes sur $\bC$ tout entier, c'est-à-dire les fonctions
de~$\cO(\bC)$.
\endclaim

\claim Exemples|{\rm Nous avons déjà démontré que les sommes de
séries entières définissent des fonctions holomorphes sur leur
disque ouvert de convergence. Ainsi les fonctions polynômes
$P(z)=a_0+a_1z+\cdots+a_nz^n$, les fonctions $\exp$, $\cos$, $\sin$,
$\ch$, $\sh$ définissent des fonctions holomorphes sur $\bC$ tout
entier (i.e.\ des fonctions entières). On a par ailleurs
$$
\cmalign{
\tan&{}={\sin\over\cos}\in\cO\big(\bC\ssm(\pi/2+\pi\bZ)\big),\qquad
\hfill\cotan&{}={\cos\over\sin}\in\cO\big(\bC\ssm\pi\bZ\big),\cr
\th&{}={\sh\over\ch}\in\cO\big(\bC\ssm(\ii \pi/2+\ii \pi\bZ)\big),\qquad
\hfill\coth&{}={\ch\over\sh}\in\cO\big(\bC\ssm \ii\pi\bZ\big),\cr}
$$
et de même les déterminations $\log_{\theta_0}$ et $z\mapsto z^\alpha
=\exp(\alpha\log_{\theta_0} z)$
du logarithme et des fonctions puissances sont holomorphes sur l'ouvert
$\Omega_{\theta_0}=\bC^*\ssm(\bR^*_-)e^{\ii\theta_0}$.}
\endclaim

\claim Contre-exemples|{\rm Il n'est pas très difficile de
trouver des exemples de fonctions non holomorphes, on peut même en
donner qui soient indéfiniment différentiables au sens réel.
Ainsi la fonction $f(z)=\ol z$ n'admet nulle part de dérivée complexe,
puisque la limite
$$
\lim_{\bC^*\ni h\to 0}{f(z+h)-f(z)\over h}=
\lim_{\bC^*\ni h\to 0}{\ol h\over h}
$$
n'existe pas (si on pose $h=\rho e^{\ii \theta}$, alors
$\ol h/h=e^{-\ii \theta}/e^{\ii \theta}=e^{-2\ii\theta}$ admet des limites
différentes suivant chacune des demi-droites issues de l'origine).
On vérifiera de même que la fonction $f(z)=|z|^2$ n'admet pas de
dérivée complexe, sauf au point $z=0$ en lequel la dérivée
est nulle.}
\endclaim

\section{2.2. Rappels sur la notion de différentiabilité}

Soient $E$ et $F$ des espaces vectoriels de dimension finie sur le corps
$\bK=\bR$ ou~$\bC$. Étant donné un ouvert $\Omega$ dans $E$,
rappelons qu'une application \hbox{$f:\Omega\to F$} est dite
\hbox{$\bK$-différentiable} en un point $x\in\Omega$ s'il existe une
application \hbox{$\bK$-linéaire} $\ell\in\cL_\bK(E,F)$ et une
fonction $\varepsilon$ définie sur un voisinage $V$ de l'origine
dans~$E$, telles que pour $h$ dans $V$ on ait
$$
f(x+h)=f(x)+\ell(h)+\Vert h\Vert \varepsilon(h),\leqno(2.2.1)
$$
avec $\lim_{h\to 0}\varepsilon(h)=0$ ($\Vert\;\;\Vert$ désigne ici une
norme quelconque sur $E$~; par ailleurs, l'adjectif «\?
différentiable\?» utilisé seul fera toujours référence à la
$\bR$-différentiabilité, si le corps de base n'est pas précisé).
L'application linéaire $\ell$ s'appelle {\em différentielle} de $f$
au point $x$ et elle est notée $\ell=df_x$. Rappelons par ailleurs les
conventions de notations usuelles concernant les $O$ et $o$, dites 
conventions de Landau$\,$: si~$h\mapsto \eta(h)$ est une fonction 
arbitraire, on écrit
$$
\cmalign{
\eta(h)&=O(\Vert h\Vert^p)&{}\Longleftrightarrow \exists C>0,~~
\Vert\eta(h)\Vert\le C\Vert h\Vert^p,\cr
\eta(h)&=o(\Vert h\Vert^p)&{}\Longleftrightarrow \exists \varepsilon,~~
\lim_{h\to 0}\varepsilon(h)=0~~\hbox{et}~~
\Vert\eta(h)\Vert\le \varepsilon(h)\,\Vert h\Vert^p.\cr}
$$
La formule (2.2.1) peut alors se récrire sous la forme
$$
f(x+h)=f(x)+df_x(h)+o(\Vert h\Vert).\leqno(2.2.2)
$$
Si $f$ est différentiable sur $\Omega$, on note 
$df:\Omega\to\cL_\bK(E,F)$, $x\mapsto df_x$, l'application différentielle
de~$f$. Étant donné une base $(e_1,\ldots,e_n)$ de $E$ et
$h=\sum_{1\le j\le n}h_je_j\in E$, une application linéaire 
$\ell\in\cL_\bK(E,F)$ s'exprime de manière unique sous la forme
$$
\ell(h)=\sum_{1\le j\le n}h_jv_j,\qquad v_j\in F,
\leqno(2.2.3)
$$
avec des vecteurs $v_j=\ell(e_j)$ quelconques. En particulier, la
différentielle $df$ s'écrit
$$
df_x(h)=\sum_{1\le j\le n} h_j{\partial f\over\partial x_j},\qquad
\forall h=\sum h_je_j,\leqno(2.2.4)
$$
où $\partial f/\partial x_j=df_x(e_j)\in F$ est la dérivée
partielle de~$f$ dans la direction~$e_j$. Si $f$ est linéaire, il est
clair que $f$ admet une différentielle en tout point et que sa
différentielle coïncide avec~$f$. Les fonctions coordonnées
$x_j$, vues comme des fonctions $E\to\bK$, admettent elles-mêmes des
différentielles $dx_j$ telles que $dx_j(h)=h_j$. L'identité (2.2.3)
devient alors
$$
\ell=\sum_{1\le j\le n}dx_j\cdot v_j=\sum_{1\le j\le n}dx_j\cdot \ell(e_j)
\leqno(2.2.5)
$$
et, en particulier, $(dx_1,\ldots,dx_n)$ est une base du $\bK$-espace
vectoriel $\cL_\bK(E,\bK)$. Ceci nous permet d'exprimer la différentielle
$df$ sous la forme plus familière
$$
df=\sum_{1\le j\le n}{\partial f\over\partial x_j}dx_j.\leqno(2.2.6)
$$

\section{2.3. Opérateurs $\partial/\partial z$ et $\partial/\partial\ol z$}

Dans le cas où $f$ prend sa source dans un ouvert $\Omega\subset\bC$, 
nous utiliserons l'identification canonique $\bC\simeq\bR^2$ pour 
écrire la variable indifféremment $z=x+\ii y$ ou $z=(x,y)$. Si 
$f:\Omega\to\bC$ est $\bR$-différentiable, nous avons une
différentielle
$$
df={\partial f\over\partial x}dx+{\partial f\over\partial y}dy.
$$
Comme on travaille sur $\bC$, il est beaucoup plus commode de faire
intervenir la variable complexe $z=x+\ii y$ et sa variable conjuguée
$\ol z=x-\ii y$ plutôt que les variables réelles $x$ et~$y$. La 
propriété de $\bC$-linéarité de la différentiation entraîne
$$
\eqalign{
dz&=dx+\ii \,dy,\cr
d\ol z&=dx-\ii \,dy.\cr}
$$
Ceci permet de substituer $dx={1\over 2}(dz+d\ol z)$ et
$dy=-{\ii \over 2}(dz-d\ol z)$ dans (2.2.6), ce qui donne
$$
df={1\over 2}
\Big({\partial f\over\partial x}-\ii {\partial f\over\partial y}\Big)dz
+{1\over 2}
\Big({\partial f\over\partial x}+\ii {\partial f\over\partial y}\Big)d\ol z.
$$
L'idée sous-jacente à ce calcul est qu'on dispose de deux bases
du $\bC$-espace vectoriel $\cL_\bR(\bC,\bC)$, à savoir $(dx,dy)$ et
$(dz,d\ol z)$, et qu'à bien des égards la deuxième est plus
commode que la première. On est alors amené à poser la définition 
suivante.

\claim Définition|Si $z=x+\ii y\in\Omega\subset\bC$, et si $f:\Omega\to\bC$
est une fonction $\bR$-diffé\-rentiable, on note
$$
{\partial f\over \partial z}={1\over 2}
\Big({\partial f\over\partial x}-\ii {\partial f\over\partial y}\Big),\qquad
{\partial f\over \partial\ol z}={1\over 2}
\Big({\partial f\over\partial x}+\ii {\partial f\over\partial y}\Big).
\leqno(2.3.1)
$$
La différentielle de $f$ peut alors s'écrire
$$
df={\partial f\over\partial z}dz+{\partial f\over\partial\ol z}d\ol z.
\leqno(2.3.2)
$$
\endclaim

\claim Remarque|{\rm Les opérateurs $\partial/\partial z$ et
$\partial/\partial\ol z$ sont conjugués, c'est-à-dire que l'on a
$$
\ol{\Big({\partial f\over \partial z}\Big)}=
   {\partial\ol f\over \partial\ol z},\qquad
\ol{\Big({\partial f\over \partial\ol z}\Big)}=
   {\partial\ol f\over \partial z}.
$$}
\endclaim

Nous pouvons maintenant énoncer l'importante caractérisation suivante
des fonctions holomorphes.

\itemindent=1.5\parindent
\claim Caractérisation des fonctions holomorphes|Étant donné un
ouvert $\Omega\subset\bC$ et une fonction $f:\Omega\to\bC$, il y a
équivalence entre
\smallskip
\item{\rm(i)} $f$ est holomorphe dans $\Omega$.
\smallskip
\item{\rm(ii)} $f$ est $\bR$-différentiable sur $\Omega$ et $df_z$ est
$\bC$-linéaire en tout point $z\in\Omega$.
\smallskip
\item{\rm(iii)} $f$ est $\bR$-différentiable sur $\Omega$ et
$\partial f/\partial\ol z=0$ en tout point $z\in\Omega$
$($cette dernière condition est connue sous le nom de condition
de Cauchy-Riemann$)$.
\smallskip
\noindent 
Si l'une de ces conditions est réalisée, on a
$$
{\partial f\over\partial z}=f',\qquad
{\partial f\over\partial\ol z}=0.
$$
\endclaim
\itemindent=\parindent

\dem. (i)~$\Rightarrow$~(ii) En effet, l'existence d'une dérivée complexe
$f'(z)$ en tout point $z\in\Omega$ se traduit par l'existence d'une
fonction $\varepsilon$ définie sur un voisinage de l'origine dans $\bC$,
telle que $\lim_{h\to 0}\varepsilon(h)=0$ et
$$
{f(z+h)-f(z)\over h}=f'(z)+\varepsilon(h)
$$
au voisinage de~$0$. On a donc
$$
f(z+h)=f(z)+f'(z)h+h\,\varepsilon(h),
$$
ce qui implique que $f$ admet une différentielle $df_z\in\cL_\bR(\bC,\bC)$,
telle que \hbox{$df_z(h)=f'(z)h$}. Cette différentielle est bien
$\bC$-linéaire.

\noindent(ii)~$\Rightarrow$~(iii) L'écriture (2.3.2) équivaut à
$$
df_z(h)={\partial f\over \partial z}\,h+
        {\partial f\over \partial\ol z}\,\ol h.
$$
On a donc
$$
df_z(\ii h)=\ii \,{\partial f\over \partial z}\,h-
         \ii\,{\partial f\over \partial\ol z}\,\ol h,
$$
et on voit que la condition de $\bC$-linéarité $df_z(\ii h)=\ii\,df_z(h)$
est réalisée pour tout $h$ si et seulement si 
$\partial f/\partial\ol z=0$.

\noindent(iii)~$\Rightarrow$~(i) Sous l'hypothèse (iii), la définition
de la différentiabilité jointe à l'écriture (2.3.2) fournit
$$
f(z+h)=f(z)+{\partial f\over\partial z}(z)h+o(h).
$$
Ceci implique bien l'existence d'une dérivée complexe $f'(z)=
\partial f(z)/\partial z$ en tout point~$z\in\Omega$.\qed

\claim Autre formulation de la condition de Cauchy-Riemann|{\rm
Soit $f=u+\ii v$ une fonction complexe définie sur un ouvert
$\Omega$ du plan complexe, avec $u,v:\Omega\to\bR$. Nous avons
$$
{\partial f\over\partial\ol z}={1\over 2}\left(
{\partial u\over\partial x}+\ii {\partial v\over\partial x}+\ii
\Big({\partial u\over\partial y}+\ii {\partial v\over\partial y}\Big)\right),
$$
donc la condition de Cauchy-Riemann $\partial f/\partial\ol z=0$ se traduit
par les deux conditions de «\?conjugaison de Cauchy-Riemann\?»
($g$ et $h$ sont alors dites {\em conjuguées})
$$
{\partial u\over\partial x}={\partial v\over\partial y},\qquad
{\partial u\over\partial y}=-{\partial v\over\partial x}.
\leqno(2.3.3)
$$
}
\endclaim

\claim Cas des fonctions polynomiales dans $\bC\simeq\bR^2$|{\rm 
Les fonctions complexes polynomiales de deux variables $x$, $y$ et
de degré inférieur ou égal à $d$ peuvent s'écrire sous la forme
$$
P(x,y)=\sum_{0\le\alpha+\beta\leq d}c_{\alpha\beta}x^\alpha y^\beta
$$
avec des coefficients complexes $c_{\alpha\beta}$.
Lorsqu'on travaille dans $\bC$, il est préférable de substituer 
$x=(z+\ol z)/2$
et $y=(z-\ol z)/2\ii$, ce qui donne une autre écriture
$$
P(z)=\sum_{0\le\alpha+\beta\leq d}a_{\alpha\beta}z^\alpha \ol z^\beta
\leqno(2.3.4)
$$
avec de nouveaux coefficients $a_{\alpha\beta}$. Comme
$$
{\partial\over\partial z}z=1,\quad
{\partial\over\partial z}\ol z=0,\quad
{\partial\over\partial \ol z}z=0,\quad
{\partial\over\partial \ol z}\ol z=1,
$$
on voit que les coefficients $a_{\alpha\beta}$ sont uniquement 
déterminés par la fonction $P$ à partir de la formule
$$
a_{\alpha\beta}={1\over\alpha!\beta!}{\partial^{\alpha+\beta}\over
\partial z^\alpha\partial\ol z^\beta}P(0).\leqno(2.3.5)
$$
Ceci peut se réinterpréter
comme un isomorphisme d'anneaux $\bC[x,y]\simeq\bC[z,\ol z]$.
La fonction $z\mapsto P(z)$ est holomorphe si et seulement si
$a_{\alpha\beta}=0$ pour $\beta>0$, autrement dit si $P\in\bC[z]$.
}
\endclaim

\section{2.4. Opérateur Laplacien et fonctions harmoniques}

Supposons, avec les notations précédentes, que $f=u+\ii v$ soit
holomorphe et de classe $C^2$ (comme on le verra au chapitre II,
\S$\,$3.1, cette dernière condition est en fait superflue, car
l'holomorphie entraîne l'infinie différentiabilité de $f$).
Dans ce cas $g$ et $h$ sont de classe $C^2$ et nous trouvons
$$
\leqalignno{
{\partial^2 u\over\partial x^2}+{\partial^2 u\over\partial y^2}&=
{\partial\over\partial x}\Big({\partial v\over\partial y}\Big)+
{\partial\over\partial y}\Big(-{\partial v\over\partial x}\Big)=0,
&(2.4.1')\cr
{\partial^2 v\over\partial x^2}+{\partial^2 v\over\partial y^2}&=
{\partial\over\partial x}\Big(-{\partial u\over\partial y}\Big)+
{\partial\over\partial y}\Big({\partial u\over\partial x}\Big)=0
&(2.4.1'')\cr}
$$
grâce au théorème de Schwarz relatif à la commutation des
dérivées partielles.

Le {\em Laplacien} (agissant sur les fonctions $h(x,y)$ de deux
variables réelles) est par définition l'opérateur différentiel
$\Delta$ d'ordre $2$ défini par
$$
\Delta={\partial^2\over\partial x^2}+{\partial^2\over\partial y^2}
\leqno(2.4.2)
$$

\claim Définition|Soit $\Omega$ un ouvert de $\bR^2$ $($ou de $\bC)$.
Une fonction $h:\Omega\to\bC$ est dite harmonique si $h$ est de classe
$C^2$ et $\Delta h=0$.
\endclaim

Une autre démonstration des propriétés d'harmonicité (2.4.1)
consiste à observer que $\Delta$ s'écrit comme la composée
d'opérateurs
$$
\Delta=
\Big({\partial\over\partial x}-\ii {\partial\over\partial y}\Big)\circ
\Big({\partial\over\partial x}+\ii {\partial\over\partial y}\Big)
=4{\partial\over\partial z}\circ{\partial\over\partial\ol z}
=4{\partial\over\partial\ol z}\circ{\partial\over\partial z}
\leqno(2.4.3)
$$
(attention, on utilise ici de nouveau le théorème de Schwarz~!).
La condition d'holomorphie $\partial f/\partial\ol z$ implique donc
$\Delta f=0$, et de là, on déduit $\Delta u+\ii \Delta v=0$, d'où
$\Delta u=\Delta v=0$. 

Les calculs précédents nous permettent d'énoncer le théorème
suivant (nous omettrons ici l'hypothèse $C^2$ sur les fonctions 
holomorphes, puisque nous verrons ultérieurement que celles-ci sont
automatiquement de classe $C^\infty$). On notera que la conjuguée 
$\ol g$ d'une fonction holomorphe $g$ est harmonique, donc toute fonction 
$h$ de la forme $h=f+\ol g$, avec $f$ et $g$ holomorphes, est harmonique.

\claim Proposition|Si $\Omega$ est un ouvert de $\bC$ et si
$f\in\cO(\Omega)$, alors $u=\Re f$, $v=\Im f$ sont des fonctions
harmoniques et sont liées par les relations de conjugaison
de Cauchy-Riemann $(2.3.3)$.

Inversement, si $u$ et $v$ sont des fonctions de classe $C^2$ sur
$\Omega$ liées par les relations de conjugaison de Cauchy-Riemann,
alors $u$ et $v$ sont harmoniques et $f=u+\ii v$ est holomorphe
sur~$\Omega$. De telles fonctions harmoniques $u$, $v$ sont appelées
fonctions harmoniques conjuguées.\qed
\endclaim

\claim Corollaire|Si $f$ est holomorphe sur $\Omega\subset\bC$ et ne
s'y annule pas, la fonction $\ln|f|$ est harmonique.
\endclaim

\dem. Pour le voir, on peut utiliser le fait qu'il existe localement
des déterminations holomorphes $\log f$ du logarithme
complexe de $f$ (si $z_0\in\Omega$, on se place dans un disque
$D(z_0,r)$ assez petit pour que $f(D(z_0,r))$ soit contenu dans un
disque $D(f(z_0),\varepsilon)$ de rayon $\varepsilon<|f(z_0)|$~; un tel
disque est disjoint de la demi-droite issue de $0$ passant par
$-f(z_0)$). Alors $\ln|f|=\Re(\log f)$ sur $D(z_0,r)$, et par suite
$\ln|f|$ est harmonique. Bien entendu, cette propriété pourrait
aussi se démontrer par un calcul direct. Nous laissons au lecteur le
soin de faire ce calcul.\qed

\section{2.5. Applications conformes}

Soit $f:\Omega\to\Omega'$ une application $\bR$-différentiable entre
deux ouverts $\Omega$, $\Omega'$ de $\bR^2$. On s'intéresse au problème
de savoir à quelle condition $f$ «\?conserve les angles\?»
au sens suivant~: étant donné deux courbes régulières $\gamma_1$
et $\gamma_2$ de classe $C^1$ tracées dans $\Omega$ et passant par un
même point $z$, les courbes images $f\circ\gamma_1$ et
$f\circ\gamma_2$ forment entre elles au point $f(z)$ un angle égal à
l'angle formé par $\gamma_1$ et $\gamma_2$ au point $z$ (schéma
ci-dessous). On dit alors que $f$ est une {\em application conforme}.
Cette question est apparue historiquement au cours des
16${}^{\rm e}$ et 17${}^{\rm e}$ siècles, en liaison avec des
problèmes de cartographie (nous y reviendrons plus en détail au
Chapitre~??, à l'occasion de l'étude de la sphère de Riemann).

Soient donc $\gamma_1,\gamma_2:{}]-a,a[{}\to\Omega$ deux courbes de classe
$C^1$ telles que $\gamma_1(0)=\gamma_2(0)=z$, admettant des
demi-tangentes bien définies $\gamma_1'(0)\ne 0$, $\gamma_2'(0)\ne 0$.
L'angle entre les 2 courbes (orientées) est par définition l'angle
de leurs demi-tangentes $\ang(\gamma_1'(0),\gamma_2'(0))$. Supposons dans un
premier temps que $df_z\in\cL_\bR(\bC,\bC)$ soit un isomorphisme. Alors
les courbes images $f\circ\gamma_1$ et $f\circ\gamma_2$ admettent au
point $f(z)$ des demi-tangentes bien définies
$$
(f\circ\gamma_1)'(0)=df_z(\gamma_1'(0))\ne 0,\qquad
(f\circ\gamma_2)'(0)=df_z(\gamma_2'(0))\ne 0.
$$

\InsertFig 0.000  80.000  {
1 mm unit 
initcoordinates 
gsave 
 10.000  40.000 moveto 
[  10.000  40.000   10.000  52.000   14.000  58.000   22.000  62.000  
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   28.000  34.000  
] closedcurve 
stroke 
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[  73.000  44.000   73.000  59.000   78.000  69.000   88.000  69.000  
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[  23.000  39.000   28.000  44.000   33.000  54.000  
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stroke 
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stroke 
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[  90.000  41.000   90.000  51.000  100.000  66.000  
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stroke 
100.000  41.000 moveto 
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] curve 
stroke 
 36.000  32.000 moveto 
[  36.000  32.000   58.000  28.000   73.300  35.350  
] curve 
stroke 
 74.000  36.000 moveto   0.000  40.000   2.400 vector
  0.085 setlinewidth 
 30.000  47.000 moveto  11.000  57.995   2.400 vector 
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 30.000  47.000 moveto  30.000 47.000   4.5   57.995  125.972 circlearc
 30.000  47.000 moveto  30.000 47.000   4.8   57.995  125.972 circlearc
 91.000  54.000 moveto  91.000 54.000   6.55  -26.565 -109.440 circlearc
 91.000  54.000 moveto  91.000 54.000   6.85  -26.565 -109.440 circlearc
stroke
 27.050  50.700 moveto   0.000 205  1.800 vector 
 88.650  47.650 moveto   0.000 170  2.400 vector 
stroke
grestore  
}
\LabelTeX   16.000  63.000 $\Omega$ \ELTX
\LabelTeX   78.000  71.000 $\Omega'$ \ELTX
\LabelTeX   26.000  46.000 $z$ \ELTX
\LabelTeX   93.000  55.000 $f(z)$ \ELTX
\LabelTeX   19.000  40.000 $\gamma_1$ \ELTX
\LabelTeX   34.000  40.000 $\gamma_2$ \ELTX
\LabelTeX   19.000  56.500 $\gamma'_2(0)$ \ELTX
\LabelTeX   34.000  57.500 $\gamma'_1(0)$ \ELTX
\LabelTeX   52.000  24.000 $f$ \ELTX
\LabelTeX   55.000  53.000 $df_z$ \ELTX
\LabelTeX   79.000  58.500 $f\circ\gamma_1$ \ELTX
\LabelTeX   96.000  68.000 $f\circ\gamma_2$ \ELTX
\LabelTeX   99.200  46.300 $\scriptstyle df_z(\gamma'_1(0))$ \ELTX
\LabelTeX   77.000  39.800 $\scriptstyle df_z(\gamma'_2(0))$ \ELTX
\EndFig
\vskip-18mm

\noindent
Par conséquent, la propriété de conservation des angles
évoquée plus haut équivaut à l'hypothèse que
l'application linéaire $df_z$ préserve l'angle d'un couple de
vecteurs quelconques. Rappelons qu'une application linéaire bijective
$\ell\in\cL_\bR(\bC,\bC)$ conserve les angles orientés (resp.\
conserve l'angle en valeur absolue, mais avec changement de signe), si
et seulement si c'est une similitude directe (resp.\ une similitude
indirecte)
$$
\ell(h)=ah,\qquad\hbox{(resp.\ $\ell(h)=a\ol h$),}\qquad a\in\bC^*.
$$
Pour le voir, il suffit d'observer que $\ell$ transforme
nécessairement une base orthonormée $(v_1,v_2)$ en une base
orthogonale, et on doit avoir de plus
$\Vert\ell(v_1)\Vert=\Vert\ell(v_2)\Vert$ pour que la conservation des
angles ait lieu (au moins en valeur absolue)~; on obtient alors une
similitude directe (resp.\ indirecte) si $(\ell(v_1),\ell(v_2))$ a même
orien\-tation que $(v_1,v_2)$ (resp.\ une orientation inverse). On peut
donc énoncer

\claim Proposition|Soit $f:\Omega\to\Omega'$ une application entre
ouverts de $\bC$ admettant en tout point une différentielle $df_z\in
\cL_\bR(\bC,\bC)$ inversible. Alors 
\smallskip
\item{\rm(i)} $f$ est une application conforme $($préservant
l'orientation$)$ si et seulement si $f$ est holomorphe~$;$
\smallskip
\item{\rm(ii)} $f$ est une application conforme inversant 
l'orientation si et seulement si $f$ est anti-holomorphe,
c'est-à-dire si $df_z$ est une application $\bC$-anti-linéaire en
tout point $z\in\Omega$.
\vskip0pt
\endclaim

\claim Remarque|{\rm Même lorsque $f$ est holomorphe, il n'y a en
général pas conservation des angles en un point $z_0$ où $df_{z_0}$
n'est pas inversible (ce qui, dans ce cas, équivaut à $f'(z_0)=0$).
Considérons en effet $f(z)=z^n$, $z_0=0$ et
$\gamma_1(t)=t\,e^{\ii \theta_1}$, $\gamma_2(t)=t\,e^{\ii \theta_2}$,
$t\in\bR$. Il est clair que la courbe image
$f\circ\gamma_j(t)=t^ne^{\ii n\theta_j}$ admet en $t=0^+$ une demi-tangente
d'angle polaire $n\theta_j$. L'angle des demi-tangentes à droite se
trouve donc multiplié par~$n$ sous l'action de $f$ (alors que cet
angle est préservé en tout point $z_0\ne0$, d'après l'énoncé
précédent).}
\endclaim

La notion d'application anti-holomorphe, quant à elle, est
précisée par l'énoncé suivant (la démonstration, tout à
fait immédiate, sera laissée au lecteur).

\itemindent=1.5\parindent
\claim Caractérisation des applications anti-holomorphes|Soit $\Omega$
un ouvert de $\bC$ et $f:\Omega\to\bC$ une application. Alors il y a
équivalence entre les propriétés suivantes~:
\smallskip
\item{\rm(i)} la fonction $\ol f:\Omega\to\bC$, $z\mapsto\ol{f(z)}$, est 
holomorphe~$;$
\smallskip
\item{\rm(ii)} la fonction $z\mapsto f(\ol z)$ est holomorphe sur
  l'ouvert $\Omega'=\{\ol z\,;\; z\in\Omega\}$ miroir de $\Omega$ par
  rapport à la droite réelle$;$
\smallskip
\item{\rm(iii)} $f$ est différentiable et, pour tout point $z\in\Omega$,
la différentielle $df_z\in\cL_\bR(\bC,\bC)$ est
$\bC$-anti-linéaire~$;$
\smallskip
\item{\rm(iv)} $f$ est différentiable et $\partial f/\partial z=0$
sur $\Omega$.
\vskip0pt
\endclaim
\itemindent=\parindent

\supersection{3. Exercices}

\subsection{3.1.} Montrer que pour tout $z\in \bC$ on a
$$
\lim _{n\to+\infty} \Big( 1+{z\over n} \Big)^n = \exp (z),
$$
avec convergence uniforme sur tout compact de~$\bC$.

\subsection{3.2.} Soient $\Omega$ un ouvert de $\bC$ et $f:\Omega 
\rightarrow \bC$, $g : f(\Omega) \rightarrow \bC$ deux applications
de classe $\cC^1$ au sens réel.

\item{a)} Calculer $\disp{\frac{\partial}{\partial z} (g \circ f)}$ et
$\disp{\frac{\partial}{\partial \bar{z}} (g \circ f)}$.

\item{b)} En déduire que 
$\disp{{\partial \bar{f}\over\partial z}=
\overline{\left({\partial f\over \partial \bar{z}}\right)}}$ et que
$\disp{{\partial \bar{f}\over\partial \bar{z}}=
\overline{\left({\partial f\over \partial z}\right)}}$.

\subsection{3.3. Développements limités en $z$, $\ol z$.}

\item{a)} Calculer l'image par $\disp{\partial \over \partial z}$ et 
$\disp{\partial \over \partial \bar{z}}$ de 
la fonction $z^n(\bar{z})^m$, où $(n,m)\in \bN^2$.

\item{b)} Soit $f : \bR^2\to\bC$ possédant un développement limité
à l'ordre $n$ en $(0,0)$, en termes des variables réelles $(x,y)$.
Montrer qu'il existe $a_{\alpha\beta}\in\bC$, $\alpha,\beta\in\bN$,
tels que
$$
f(x,y)=
\sum_{k=0}^n\sum_{\alpha+\beta=k}a_{\alpha\beta}z^{\alpha}\bar{z}^{\beta}+
O(|z|^{n+1}).
$$
Exprimer $a_{\alpha\beta}$ en fonction des dérivées de $f$ par 
rapport aux variables $z$ et $\bar{z}$.

\item{c)} Montrer que lorsque $f$ est analytique réelle%
\bottomnote*{%
La définition de l'analyticité réelle
sera donnée au Chapitre~II, \S$\,$3.3.}
au voisinage de 0, alors elle est holomorphe si et seulement si
$a_{\alpha\beta}=0$ pour tout $\beta>0$.

\subsection{3.4.} Soient $\Omega$ un ouvert connexe de $\bC$ et 
$f : \Omega \rightarrow \bC$  une fonction holomorphe.
En utilisant les conditions de Cauchy-Riemann,
montrer que $f$ est constante si elle vérifie l'une 
des conditions suivantes :
\item{a)} $f(z) = f(\bar{z})$,
\item{b)} $\Re(f) = \cste$, 
\item{c)} $\Im(f) = \cste$,
\item{d)} $|f| = \cste$, 
\item{e)} $\Arg(f) = \cste$.

\subsection{3.5. Polynômes harmoniques.}

\item{a)} Déterminer tous les polynômes harmoniques réels 
homogènes de degré $3$ sur~$\bR^2$.
\item{b)} Pour un tel polynôme $P$ déterminer toutes les fonctions 
holomorphes $u$ dont $P$ est la partie réelle.

\subsection{3.6.} 
Soit $\Omega$ un ouvert connexe de $\bR ^2$, et $f:\Omega\rightarrow\bR^2$
une fonction $\bR$-différentiable, à différentielle inversible
continue.  On suppose que pour tout $(x_0,y_0)\in\Omega$, $f$ envoie
l'horizontale et la verticale en $(x_0,y_0)$ sur deux courbes
orthogonales en $f(x_0,y_0)$, et on suppose que la même hypothèse
est satisfaite pour les bissectrices. Montrer que $f$ est holomorphe
ou anti-holomorphe.

\subsection{3.7. Lemme de la partie réelle.}

\item{a)} Soit $f(z)=\sum_{n\geq 0}c_nz^n$ une série entière de rayon de
convergence~$+\infty$. On écrit $f(z)=U(z)+\ii V(z)$.

\item{b)} Montrer que pour $n\geq 1$ on a
$\disp{c_n={1\over \pi r^n}\int_0^{2\pi}U(re^{\ii\theta})
e^{-\ii n\theta}d\theta}$.

\item{c)} On note
$$
M_f(r)=\sup_{|z|\leq r}|f(z)|,\qquad
A_f(r)=\sup_{|z|\leq r}\Re f(z)=\sup_{|z|\leq r}U(z),
$$
et on suppose dans un premier temps que $f(0)=0$. En observant que
$\int_0^{2\pi}U(re^{\ii\theta}d\theta=0$, montrer que
$|c_n|\le 2\,A_f(R)/R^n$ pour $n\ge 1$. En déduire que
$$
M_f(r)\leq {2r\over R-r}A_f(R).
$$
\item{d)} Si on ne fait pas d'hypothèse sur $f(0)$, montrer que
$$
M_f(r)\leq {R+r\over R-r} |f(0)|+{2r\over R-r}A_f(R).
$$
{\em Nota}. Le cas $R=2r$ est particulièrement utile $\ldots$
\bigskip\bigskip

\supersection{4. Problèmes}

\subsection{4.1.} Soit $f : \Omega \rightarrow \bC$  une fonction
holomorphe.

\item{a)} Calculer le jacobien $J(f)=\det(df)$ de $f$ en $z$ ($f$ étant 
considérée comme une fonction $\bR$-différentiable et $df$ comme
un $\bR$-endomorphisme).

\item{b)} Soit $f(z) = \sum_{n \geq 0} a_nz^n$ de 
rayon de convergence $R>1$, $f$ injective sur 
$\overline{D} = \{ |z| \leq 1 \}$ et de dérivée non nulle%
\bottomnote*{%
On verra en fait au Chapitre~II, \S$\,$4.2
et 4.3, que l'hypothèse d'injectivité locale 
implique déjà la non-annulation de $f'$.}. 
Calculer l'aire de $f(D)$.

\item{c)} En déduire que 
$\hbox{Aire}\big(f(D)\big) \geq \pi |f'(0)|^2$ et traiter le cas 
d'égalité.

\subsection{4.2. Fonctions de Bessel.} Pour $z$ et $t$ deux nombres
complexes, $t\ne 0$, on considère la fonction
$$ 
f(z,t) = \exp\frac{1}{2}z\Big(t-\frac{1}{t}\Big).
$$
\item{a)} Pour $t$ non nul et $z$ fixé, montrer que l'écriture
$$ 
f(z,t) = \sum_{n= -\infty}^{+\infty} t^nJ_n(z),
$$
comme série absolument convergente détermine de 
façon unique les $J_n(z)$. La fonction $J_n$ est appelée {\em fonction 
de Bessel} d'ordre $n$.

\item{b)} Montrer que $J_n$ est développable en série entière
en $0$, exprimer son dévelop\-pe\-ment et calculer son rayon de 
convergence.

\item{c)} Pour $n \geq 0$, montrer que
$$ 
|J_n(z)| \leq \frac{|z|^n}{2^n n!}\exp\Big(\frac{|z|^2}{4(n+1)}\Big).
$$
\item{d)} Montrer que 
$$
J_{n-1}(z)+J_{n+1}(z) = \frac{2n}{z} J_n(z) \quad\hbox{et}\quad
J_{n-1}(z)-J_{n+1}(z) = 2J_n ' (z).
$$
\item{e)} En déduire que 
$$ 
\frac{d}{dz} \{ z^n J_n(z) \} = z^n J_{n-1} (z) \quad\hbox{et}\quad
\ \ \frac{d}{dz} \{ z^{-n} J_n(z) \} = -z^{-n} J_{n+1} (z).
$$
\item{f)} Montrer que $J_n$ satisfait l'équation de Bessel
d'ordre $n$~:
$$ 
z^2 J_n ''(z)  + z J_n '(z) + (z^2-n^2) J_n (z) =0.
$$
\smallskip

\subsection{4.3. Sur la fonction exponentielle.} Le but de ce problème est 
d'étudier quelques aspects de la dynamique de la fonction exponentielle.
On note $\exp_n$ la fonction entière obtenue en itérant
$n$ fois la fonction $\exp$.

\noindent{\em Notations}~: pour $k \geq 1$, on note $B(k)$
la bande horizontale suivante
$$ 
B(k) = \{ z \in \bC \,;~ 2(k-1)\pi < \Im (z) < 2k\pi \}.
$$
Si $k \leq -1$, on note
$$ 
B(k) = \{ z \in \bC \,;~ 2k\pi < \Im (z) < 2(k+1)\pi \}.
$$
Enfin, on pose $B(0^+)=\bR _*^+$ et $B(0^-)=\bR _*^-$.
\smallskip

\item{a)} {\em Points fixes de l'exponentielle.}
\itemitem{\bu} Décrire les images par $\exp$ des droites horizontales et 
verticales.
\itemitem{\bu} Pour $k\ne 0$, montrer que $\exp$ induit un 
difféomorphisme $B(k) \to \bC ^* \ssm \bR ^+$.
\itemitem{\bu}
Montrer que si $z$ est un point fixe de $\exp$ (i.e.\ $\exp(z) =z$),
alors $\bar{z}$ l'est aussi et $z$ est de partie réelle
strictement positive.
\itemitem{\bu}
Montrer que si $z =x +\ii y$ est un point fixe de $\exp$, alors 
$$ 
x = y \cotan y \quad \hbox{et} \quad x^2 + y^2 =\exp (2x).
$$
En déduire qu'il existe un unique point fixe de $\exp$ par
bande $B(k)$ pour $k \neq 0$, et que chacun
est de module strictement supérieur à $1$.
\smallskip

\item{b)} {\em Dynamique symbolique de l'exponentielle.}
\itemitem{\bu} Décrire géométriquement la 
pré-image par $\exp$ des bandes $B(k)$.
\smallskip

\item{} Notons $A$ l'ensemble des entiers non nuls auquel
on adjoint les symboles $0^+$ et $0^-$.
Pour $z \in \bC$, on définit son «\?itinéraire\?»
par l'exponentielle de la façon suivante~: c'est la suite $s(z)$
indexée par $\bN$ et à valeurs dans $A$, telle que
$$ 
s_n (z) = k \quad\hbox{si} \quad \exp_n(z) \in B(k),\ k \in A
$$
et
$$ 
s_n(z) =k \quad \hbox{si} \quad 
\Im \exp_n(z) =2\pi k, \  k \neq 0.
$$
\itemitem{\bu}
Montrer que si $s_n(z) = 0^+$ ou $0^-$, alors $s_m(z) = 0^+$
pour tout $m > n$.

\itemitem{\bu}
Montrer que pour tout $z \in \bC$, il existe un réel positif
$x$ tel que 
$$ 
\forall n \geq 0, \ 2\pi|s_n(z)| \leq \exp_n (x).
$$

\item{c)} {\em Points à itinéraire prescrit.}
Pour $s_0,\ldots,s_n$ des entiers non nuls, on note
$V(s_0,\ldots,s_n)$ l'ensemble des points $z \in \bC$
dont l'itinéraire commence par $s_0s_1\ldots s_n$.

\itemitem{\bu} Montrer que $V(s_0,\ldots,s_n)$ est non vide et est envoyé
surjectivement sur $B(s_n)$ par $\exp_n$.

\itemitem{\bu} Pour $k \neq 0$ et $s_0,\ldots,s_n$ des entiers non nuls, 
montrer qu'il existe un $z$ dans $\bC$ dont l'itinéraire est
$s_0s_1\ldots s_nkk\ldots k\ldots$.

\itemitem{\bu} Montrer qu'il existe une courbe de points dont
l'itinéraire est 
$$
\hbox{$s_0s_1\ldots s_n0^-0^+0^+\ldots$ (respectivement
$s_0s_1\ldots s_n0^+0^+\ldots$).}
$$
Soit $\underline{s} = s_0 \ldots s_n \ldots$, où les $s_i$ sont des
entiers non nuls, telle qu'il existe un réel
$x>1$ satisfaisant $2\pi|s_n(z)| \leq \exp_n (x)$.
On construit une suite de carrés (pleins) $C_n$ de
la façon suivante~:\hb
-- chaque $C_n$ est inclus dans l'adhérence de $B(s_n)$,\hb
-- chaque côté de $C_n$ est parallèle aux axes et a pour longueur
$2\pi$,\hb
-- la verticale gauche de $C_n$ est sur la droite $\Re (z) = \exp_n (x)$.

\itemitem{\bu} Montrer que pour tout $n$, $\exp(C_n)  \supset C_{n+1}$. 

\itemitem{\bu} Montrer que si $|s_{n+1}| \neq 1$, alors l'ensemble
$$ \{ z \in C_{n} \ | \ \exp(z) \in C_{n+1} \}$$
est inclus dans l'intérieur de $C_n$.
\itemitem{\bu} En déduire que si $|s_n| \neq 1$ pour $n$ assez grand,
alors il existe $z$ dont l'itinéraire est $\underline{s}$.
\smallskip

\noindent{\em Nota.}
La dernière partie de ce problème est extraite
de l'article de R.~Devaney et M.~Krych~: Dynamics of $\exp (z)$,
{\em Ergodic theory and dynamical systems, 4 (1984), 35-52.} 

\end

% Local Variables:
% TeX-command-default: "uTeX"
% End:

