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\frenchletter
\address
Monsieur Jean-Louis Nembrini
Cabinet de Monsieur le Ministre
de l'\'Education Nationale|
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\date 14 juin 2002|
\vskip1.5cm
\parindent=0cm

Au nom des différentes personnes qui s'étaient jointes à moi le 13 juin, 
je vous remercie vivement de nous avoir accordé un entretien qui,
je l'espère, a permis d'échanger des informations utiles. Vous trouverez
ci-joint pour votre commodité une version imprimée de mon rapport de l'an 
dernier, dont copie vous avait été adressée par courrier électronique la 
semaine dernière. Est joint un texte à paraître dans la Gazette des 
Mathématiciens, davantage centré sur les problèmes de l'Ecole Primaire.

Je suis pour ma part convaincu de la nécessité d'un {\bf Plan
d'urgence pour l'Education}, permettant de sortir le plus vite
possible de la crise actuelle. Il paraît crucial pour le futur
gouvernement de ne pas assumer l'héritage des erreurs qui ont pu être
accumulées dans les quinze ou vingt dernières années, et, au contraire,
de préparer l'opinion aux efforts importants qui seront nécessaires
pour redresser la situation. L'avenir de notre pays comme puissance
culturelle, scientifique et industrielle en dépend. Le calendrier
politique y est favorable, peut-être seulement pour une courte période.

Pour résumer succinctement le contenu de mon rapport**, voici les 
grandes lignes de ce que pourrait être un tel plan d'urgence pour
l'éducation:

-- Réévaluation des contenus de l'enseignement primaire, en tenant compte
des performances actuelles des nations les plus dynamiques (Singapour, 
Corée, évolutions récentes dans les états américains tels que la Californie
et le Massachusetts -- cf.\ à cet égard les précieux documents dont 
dispose Monsieur David Garbasz), et aussi de ce que le système éducatif 
français était capable de réaliser pendant l'âge d'or des années 1925-1960.

-- Diversification des filières d'enseignement au Collège (filière générale +
filière appliquée, au moins), et au Lycée (diversification de la filière
scientifique).

-- Redéfinition claire de ce que devraient être les missions fondamentales
de l'Université, avec par exemple la remise en place des ``IPES'' pour 
la formation des enseignants, et la création de filières sélectives
dans la continuité des magistères et des formations de 3ème cycle.
L'Université doit bien entendu en même temps conserver ou amplifier son rôle 
d'accueil des bacheliers qui souhaitent poursuivre leurs études dans des 
voies techniques, ou son rôle social vis-à-vis des étudiants qui ont 
une nécessité de réorientation.

-- Mise en oeuvre, à tous les niveaux d'étude, de dispositifs d'évaluation 
et d'orientation des élèves mieux adaptés. Cette orientation doit
intervenir de telle manière qu'on ne laisse plus à la dérive les élèves
dont les difficultés ou les lacunes sont patentes.

-- Mise en place d'instruments de mesure fiables de la qualité des formations,
suffisamment indépendants de l'institution éducative pour être crédibles
et pertinents.

Le chantier est immense, et il est à la mesure des enjeux auquels notre pays
aura inévitablement à faire face tôt ou tard.
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Avec mes sentiments les meilleurs,
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Jean-Pierre Demailly
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$**$ Mon rapport d'août 2001 contient également d'autres volets
relatifs à la gestion de la recherche. Le 4ème volet concerne la
société de communication et en particulier la question des logiciels
libres; là encore il s'agit d'enjeux que j'estime très importants pour
notre pays, d'autant qu'ils restent, semble-t-il, assez mal perçus des
décideurs. Ce n'est pas par pure philanthropie que IBM investit
actuellement des centaines de millions (ou milliards) de Dollars dans 
les logiciels libres.

\end
% Local Variables:
% TeX-command-default: "TeXfr"
% End:


