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{\bf II. La société de l'Information}

Le gouvernement a clairement pris la mesure des enjeux sociaux et
industriels, et va devoir s'engager dans des décisions de grande
envergure au niveau des infrastructures. En même temps, des mesures
d'accompagnement sont envisagées pour engager le système éducatif 
dans la voie du changement, pour faire accéder les citoyens aux
nouveaux moyens de communication et de connaissance.

Je voudrais ici relever quelques points qui relèvent plutôt de la
prospective et de la préparation de l'avenir. Si les décisions
concernant l'infrastructure constituent certainement une grande
priorité, celles qui relèvent de l'adaptation du système éducatif me
semblent nettement moins urgentes, sauf bien sûr dans les filières qui
vont s'occuper directement de former des professionnels et des
spécialistes.

Un grand enjeu est celui du libre accès à l'information et à la connaissance.
Le gouvernement a bien pris conscience de cet enjeu, mais, me semble-t-il,
ne s'est pas donné des moyens suffisants pour les assumer. Je veux parler
par exemple du phénomène de l'émergence des logiciels libres, et des problèmes
intimement reliés de l'accès des citoyens aux données publiques et éducatives,
et, au niveau industriel, du problème des brevets logiciels.

Les logiciels libres existent depuis très longtemps, mais leur
apparition sur le devant de la scène ne remonte qu'à 2 ou 3 ans, avec
le développement de systèmes d'exploitation libres comme Linux, qui
ont maintenant véritablement atteint le grand public (observer
la presse informatique dans les kiosques!). Il faut signaler
que les logiciels libres constituent l'infrastructure logicielle de
l'Internet, et que sans eux l'Internet n'existerait pas. Le serveur
web libre Apache équipe ainsi environ les 2/3 des serveurs Internet de
la planète. La plupart des grandes institutions scientifiques
internationales, CERN, NASA, NOAA, et en France, le CNRS, l'INRIA, les
Ecoles Normales Supérieures, les laboratoires universitaires, etc,
utilisent intensivement Linux et les logiciels libres.

Les logiciels libres sont en général plus fiables, plus performants et
mieux sécurisés que leurs concurrents commerciaux, et permettent des
économies d'échelle très importantes. Plus intéressant encore, ils
permettent aux institutions d'acquérir leur autonomie en matière
d'équipement et de savoir-faire, en les libérant de la tutelle des
sociétés monopolistes qui avaient (depuis au moins 2 décennies) pratiqué une
rétention systématique de la diffusion des informations sensibles.

Au niveau de l'équipement des établissements scolaires en serveurs Internet,
des expériences de grande ampleur en Isère, Savoie, Haute-Savoie, et dans
plusieurs autres académies ont montré le caractère très opérationnel
de ces solutions, leur faible coût en termes de mise en place et de
maintenance. Mais l'information passe mal, et on voit d'autres académies 
opter pour des solutions propriétaires fermées au coût exorbitant.
L'état devrait ici jouer son rôle, s'engager plus clairement, en 
faisant le bilan de ce qui existe, en préconisant nettement au plan
national les solutions qui ont le mieux fait leurs preuves, en engageant
massivement des actions de formation~$\ldots$

Un autre problème au moins aussi important est celui de l'accès aux données
publiques, scientifiques et éducatives. Dans ce secteur, je suis consterné
de voir que notre pays accumule un retard décisionnel important, qui se situe 
pour l'essentiel à un niveau purement politique ou administratif.

Je voudrais donner ici quelques exemples. 

