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\def\LaTeX{L\kern-.26em\lower.5ex\hbox{A}\kern-.15em\TeX}

\def\note#1#2{%
\footnote{${}^{#1}$}{\baselineskip=9pt\parindent=0cm{\sevenrm #2}
\vskip-2\parskip}}

\def\lguil{\strut\hbox{%
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\def\rguil{\strut\hbox{%
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\font\seventt=cmtt10 at 7pt
\font\bigbf=cmbx10 at 12pt

\centerline{\bigbf Des enjeux d\'ecisifs pour les Sciences~:}\smallskip
\centerline{\bigbf Qualit\'e de l'enseignement et libre acc\`es 
\`a l'information}
\vskip10pt
\centerline{Jean-Pierre Demailly}
\centerline{Professeur \`a l'Universit\'e de Grenoble I}
\centerline{21 septembre 2000}
\vskip20pt

La communaut\'e math\'ematique va devoir faire face \`a un certain
nombre de d\'efis qui lui sont pos\'es par l'\'evolution rapide de la
soci\'et\'e contemporaine~: \'evolutions sociales, technologiques et
politiques, notamment. Je voudrais \'evoquer les principaux
probl\`emes auxquels j'ai \'et\'e confront\'e ces derniers temps comme
enseignant-chercheur, mais aussi dans mes fonctions de r\'edacteur de
revues scientifiques ou d'utilisateur des nouvelles technologies. Je
crois qu'une r\'eaction collective r\'esolue est n\'ecessaire pour faire
face \`a ces probl\`emes, et pour peser le cas \'ech\'eant sur des
d\'ecisions politiques ou administratives prises par ignorance,
pouvant compromettre le d\'eveloppement des math\'ematiques
et de la science dans notre pays.  \medskip

{\bf 1. Enseignement, postes et recrutement des enseignants-chercheurs}

Il n'est pas exag\'er\'e de dire que la situation de l'enseignement
des math\'ematiques (et, par contre-coup, des autres sciences) est
dans un \'etat pr\'eoccupant. Nous observons tous que les \'etudiants
de premier et second cycle souffrent de lacunes qui affectent
profond\'ement leurs connaissances, mais plus encore leur
compr\'ehension g\'en\'erale et le sens qu'ils sont capables de donner
aux notions math\'ematiques.  L'enseignement de toutes les sciences
s'en trouve affect\'e~; \`a Grenoble par exemple, il y a une baisse
importante du nombre d'\'etudiants qui s'orientent vers la
Physique. Les pays voisins connaissent des probl\`emes similaires~:
p\'enurie de scientifiques et d'informaticiens en Allemagne [1], que les
autorit\'es tentent d'enrayer par l'immigration.

L'origine de ces probl\`emes se trouve sans aucun doute dans
l'organisation des fili\`eres d'enseignement et des programmes \`a
tous les niveaux~: coll\`ege, lyc\'ee, universit\'e. Les r\'eformes et
les all\`egements successifs de programmes ont conduit \`a un
important nivel\-lement par le bas, \`a une r\'eduction de la
diversit\'e des fili\`eres scientifiques (seconde indiff\'erenci\'ee,
anciennes fili\`eres C, D et E regroup\'ees en une unique fili\`ere
S), et donc en d\'efinitive \`a une r\'eduction de l'adaptabilit\'e du
syst\`eme \'educatif face \`a des populations d'\'el\`eves plus
nombreuses et plus h\'et\'erog\`enes. La rapidit\'e des changements
n'a presque jamais permis d'amortir les ``oscillations" dues aux
changements, ou d'effectuer les mises au point n\'ecessaires apr\`es
un temps d'exp\'erimentation et de maturation suffisant.

Les r\'eactions sont aujourd'hui nombreuses. Des p\'etitions circulent
parmi les enseignants du secondaire pour d\'enoncer les effets nocifs
des r\'eformes (collectif ``Sauvez les Maths'' [2]).  L'Acad\'emie des
Sciences a ouvert une commission de r\'eflexion pr\'esid\'ee par
Jean-Pierre Kahane, et un d\'ebat men\'e \`a l'Acad\'emie des Sciences
le 22 mai 2000 a montr\'e que les repr\'esentants des autres
scien\-ces \'etaient unanimes pour r\'eclamer un enseignement des
math\'ematiques plus solide, avec la r\'eintroduction de
l'apprentissage du raisonnement (de fait presque totalement
n\'eglig\'e aujourd'hui dans l'enseignement secondaire...).  Les
syndicats, SNES en t\^ete, se soucient de la situation. Le SNES m'a
convi\'e \`a r\'ediger un article \`a l'occasion de la publication de
son magazine syndical de rentr\'ee (US Magazine n$^\circ\,$527 de Septembre
2000, [3]), et va organiser un d\'ebat national consacr\'e au
probl\`eme de l'enseignement des math\'ematiques. Des journaux
scientifiques grand public comme Sciences et Avenir s'\'emeuvent [4].

Le d\'epart de Claude All\`egre en mars dernier a pu \^etre ressenti
comme un soulagement par beaucoup de
math\'ematiciens\note{1}{J'\'etais de ceux-l\`a, voir [5].}, mais
malheureusement aucun des probl\`emes pos\'es n'a \'et\'e r\'egl\'e
par son d\'epart~: les programmes propos\'es par l'ancienne \'equipe
minis\-t\'erielle, jug\'es n\'efastes ou d\'esastreux par beaucoup
d'acteurs sur le terrain, sont bel et bien en place \`a la rentr\'ee
2000. Le Ministre avait jug\'e que les Math\'ematiques \'etaient
d\'echues de leur place de science d'utilit\'e g\'en\'erale, et des
d\'ecisions ont donc \'et\'e prises pour r\'eduire graduellement le
nombre de postes publi\'es en math\'ematiques dans l'enseignement
sup\'erieur, r\'eduction d\'ej\`a extr\^emement sensible en
1999/2000. La logique \'etait simple (simpliste~?)~: les
math\'ematiques ne sont plus vraiment utiles, il faut donc les
r\'eduire dans l'enseignement secondaire~; les professeurs de
math\'ematiques vont \^etre en surnombre, il faut donc d\'ecourager
les \'etudiants \`a s'engager dans la voie des math\'ematiques et ne
plus recruter d'enseignants-chercheurs. Tout ceci \'etait assez clair,
au moins en filigrane, dans les propos du Ministre [6].

Comment a-t-on pu en arriver l\`a~? Il est probable que le monde
politique a une tr\`es mauvaise perception des enjeux scientifiques
contemporains et de l'importance des math\'ematiques pour les autres
sciences.  Cette mauvaise perception, qui est celle de la soci\'et\'e
dans son ensemble\note{2}{Voil\`a ce qu'\'ecrit cependant un
\'ecrivain comme Ren\'e Barjavel~: {\lguil}Consid\'erons, par exemple
la science la plus universelle, la plus indiscutable, celle qu'on ne
peut absolument pas mettre en doute~: la science math\'ematiques (en
italique dans le texte). Eh bien, qui conna\^{\i}t toute les maths,
jusqu'\`a la trente milli\`eme d\'ecimales de pi et \`a la quadrature
du cercle n'en sait pas long. Les maths ne sont pas une connaissance
mais un langage qui permet d'aborder et de fouiller les autres
sciences et m\^eme de formuler l'inimaginable. C'est un outil
universel, le plus pr\'ecieux de ceux qui ont permis \`a l'homme de se
fabriquer ce que la nature lui avait refus\'e.\smash{{\rguil}} Demain
le Paradis, 1986.}, semble avoir infiltr\'e jusqu'\`a l'inspection
g\'en\'erale et certains scientifiques qui ont exerc\'e un r\^ole de
conseil aupr\`es des ministres successifs. Mais sans doute en
sommes-nous responsables aussi collectivement. Il me para\^{\i}t
urgent que les math\'ematiciens fassent taire leurs divergences et
appellent clairement \`a une revalorisation g\'en\'erale de
l'enseignement, et une renaissance de l'enseignement des
math\'ematiques en particulier. Il est vrai que la situation de
p\'enurie -- faiblesse des horaires d'enseignement -- n'a pu que
raviver les tensions et les d\'esaccords~; chacun jugeant \`a bon droit
que sa sous-discipline n'\'etait pas assez repr\'esent\'ee dans les
fili\`eres d'enseignement. La pression ressentie au niveau des
horaires est une cons\'equence directe du fait que la fili\`ere
scientifique g\'en\'erale a beaucoup perdu de sa souplesse d'antan. Il
est clair, par exemple, que les besoins en math\'ematiques des
\'etudiants qui veulent s'orienter vers les sciences bio-m\'edicales
ou vers les sciences ``de la mati\`ere'' (math, physique, m\'ecanique,
informatique...)  sont assez diff\'erents. Ces besoins ne peuvent pas
\^etre correctement adress\'es dans leur diversit\'e par une unique
fili\`ere scientifique, sauf \`a accepter, par exemple, de niveler les
exigences \`a la fois en biologie {\it et} en math\'ematiques. La
diversit\'e permettrait sans doute de retrouver de bien meilleures
conditions pour enseigner les math\'ematiques sous des formes
vari\'ees, coh\'erentes en fonction des objectifs poursuivis. Il faut,
en tout \'etat de cause, revaloriser substantiellement les contenus et
les horaires de math\'ematiques dans la ou les fili\`eres qui
s'occuperont de sciences de la mati\`ere. Ceci, d\`es la Seconde, pour
ne pas faire perdre comme aujourd'hui une ann\'ee enti\`ere aux
\'el\`eves, avec des horaires de mis\`ere\note{3}{Le syst\`eme des
options actuellement en vigueur un peu partout, y compris \`a
l'Universit\'e, est \`a mon avis un pis-aller. Rien ne garantit
vraiment l'homog\'en\'e\"{\i}t\'e des formations subies dans ces
conditions. Les Travaux Personnels Encadr\'es, aux grandioses
``objectifs interdisciplinaires'', risquent aussi de n'\^etre que
poudre aux yeux. Les TPE ne sont pas clairement rattach\'es aux
mati\`eres fondamentales, n'ont ni horaires ni programmes bien
d\'efinis, et aucun m\'ecanisme clair d'\'evaluation. Je me refuse donc 
\`a entrer dans la logique des responsables du Minist\`ere qui 
incluent une fraction de TPE dans le d\'ecompte des horaires de 
Math\'ematiques.}.\bigskip

{\bf 2. Nouvelles technologies et enseignement des math\'ematiques}

Les conditions dans lesquelles l'``Informatique'' et les NTIC
(Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication) sont
en train d'\^etre introduites \`a l'\'ecole me font fr\'emir. Ce n'est
pas que je sois r\'efractaire \`a la technologie. Il se trouve que
j'ai bricol\'e mes premiers ``ordinateurs'' (des assemblages de bouts
de fils \'electriques...) vers l'\^age de 12 ans.  Un peu plus tard, je
me suis beaucoup int\'eress\'e \`a la programmation, et j'ai \'ecrit
quelques dizaines de milliers de lignes de code, par exemple \`a
l'occasion d'un enseignement de calcul num\'erique qui a abouti \`a la
r\'edaction de mon livre sur les m\'ethodes num\'eriques pour les
\'equations diff\'erentielles. J'ai aussi, plus r\'ecemment,
contribu\'e par du code au d\'eveloppement de quelques programmes Unix
assez r\'epandus, et je suis en ce moment m\^eme responsable d'un site
FTP qui maintient et offre une large panoplie de logiciels
scientifiques et \'educatifs en source libre [7].

Ce qui me fait fr\'emir, c'est que l'``informatique'' introduite dans
les diff\'erents programmes d'enseignement se r\'eduise tr\`es souvent \`a
l'utilisation passive de techniques ou de programmes tout pr\^ets,
qui n'apportent pas n\'ecessairement en retour une am\'elio\-ration de la
compr\'ehension des ph\'enom\`enes \'etudi\'es. Un usage trop pr\'ecoce et
mal ma\^{\i}tris\'e des calculettes peut emp\^echer ou retarder l'acquisition 
du sens des calculs, freiner l'agilit\'e au calcul mental ou aux manipulations 
alg\'ebriques. Le handicap de nos \'etudiants dans ces domaines est patent, 
et il est souvent paralysant pour l'exercice quotidien des math\'ematiques
\`a un niveau \'el\'ementaire comme \`a un niveau plus avanc\'e.

Nous subissons actuellement un matraquage m\'ediatique intense de la
part de quelques grandes soci\'et\'es qui veulent absolument imposer
leurs mat\'eriels ou leurs logiciels, quelles qu'en soient les vertus
p\'edagogiques ou \'educatives. Lorsque le matraquage porte sur la
lessive, ce n'est pas bien grave, mais lorsqu'il porte sur
des questions rela\-tives \`a Internet ou aux logiciels \'educatifs, les
enjeux pour l'Education Nationale sont \'enormes. Un des objectifs
importants des soci\'et\'es commerciales est donc d'influencer les
d\'ecideurs. Et, apparemment, ils sont sous influence...
Nous-m\^emes, math\'ema\-ticiens, sommes sous influence (comme tous les
autres citoyens), m\^eme si nous sommes peut-\^etre des utilisateurs
un peu moins passifs de ces technologies.

Je voudrais prendre un exemple, qui sera sans doute familier \`a notre
communaut\'e~: l'apprentissage du syst\`eme de formatage \TeX. Avec
\TeX\ ou \LaTeX, il faut apprendre un ``langage'' qui poss\`ede une
syntaxe pr\'ecise, puis respecter cette syntaxe avec un peu de
soin. Cela demande un petit effort, mais on est ensuite pay\'e en
retour par de superbes manuscrits, et surtout, par un niveau de
contr\^ole \'elev\'e sur le texte qui est saisi.  Au contraire,
l'apprentissage d'un traitement de texte comme MS-Word a des vertus
\'educatives \`a peu pr\`es nulles~: l'enjeu est ici simplement de
rep\'erer o\`u Microsoft a bien voulu placer les principales ic\^ones
et quelles sont leurs fonctions (en g\'en\'eral \`a peu pr\`es
\'evidentes). L'utilisateur n'a gu\`ere de peine \`a apprendre l'usage
du logiciel -- qu'il aurait s\^urement juste pu apprendre ``sur le
tas'' le jour venu -- mais il se trouve aspir\'e, souvent \`a son
insu, dans une spirale qui va le conduire \`a devenir d\'ependant de
logiciels dont il ne ma\^{\i}trise absolument pas le fonctionnement 
interne ni les formats, susceptibles de changer \`a tout bout de champ en
fonction des v\'ell\'e\"{\i}t\'es commerciales de l'\'editeur.

Malheureusement, je crois que les pr\'etendus ``enseignements
d'informatique'' ou ``formations Internet'' pr\'evues pour les
Coll\`eges et Lyc\'ees risquent d'\^etre pour l'essentiel des
formations du deuxi\`eme type: utilisation passive de programmes --
presque tous issus de soci\'et\'es monopolistes -- qui seront
\'evidemment ravies de s'attirer ainsi de nouveaux jeunes
consommateurs en grand nombre.  Cela peut \'eventuellement (???)
convenir pour une formation au secr\'etariat avec une vis\'ee
professionnelle \`a court terme, mais pas pour des \'etudiants qui
voudraient ensuite faire de la science. Il y a quand m\^eme un nombre
non n\'egligeable de tels \'etudiants, surtout si on a l'objectif
raisonnable de faire entrer dans cette cat\'egorie les futurs
professeurs de sciences. Si on ne veut pas aboutir \`a la situa\-tion [1] 
o\`u l'Allemagne se trouve actuellement (et c'est sans doute d\'ej\`a tr\`es
tard...), il faudrait songer \`a former plus de gens qui aient une
certaine compr\'ehension des concepts informatiques de base, donc
aussi de la logique \'el\'ementaire, du raisonnement par r\'ecurrence,
des structures de donn\'ees, etc. Beaucoup d'informaticiens \'emettent
des th\`eses analogues, cf.\ par exemple le texte tr\`es instructif de
Bernard Lang [8].  Un objectif raisonnable et utile serait que les
bacheliers scientifiques (au moins ceux de la voie que j'ai
intitul\'ee ``sciences de la mati\`ere'') soient tous en mesure
d'\'ecrire des programmes de quelques lignes dans un langage de
programmation de base, impliquant des boucles it\'eratives, des tests
conditionnels, etc, par exemple en relation avec des situa\-tions
arithm\'etiques ou combinatoires simples, des probl\`emes de tri,
etc. A nous autres math\'ematiciens, de peser pour que les choix faits
dans la conception des programmes ne soient pas enti\`erement
orthogonaux aux n\'ecessit\'es de l'apprentissage de la science.

M\^eme dans l'enseignement sup\'erieur, les choix informatiques qui ont 
\'et\'e faits pour les programmes de classes 
pr\'eparatoires\note{4}{Je renvoie au texte incisif [9]
de Denis Monasse, Professeur de Math\'ematiques et d'Informatique
en classe MP${}^*$ au Lyc\'ee Louis-le-Grand pour un point de vue
tr\`es clairvoyant sur cette question, ainsi que sur la place des
Probabilit\'es et Statistiques en classe pr\'epa.} ou pour le
programme de l'agr\'egation n'ont sans doute pas \'et\'e suffisamment
r\'efl\'echis. Ici encore, la tendance observ\'ee -- qui c\`ede \`a la
facilit\'e -- est de privil\'egier l'apprentissage de logiciels 
de ``haut niveau'' -- Maple \'etant le programme incontournable 
pratiquement impos\'e par les programmes. Certes, Maple est un 
logiciel performant pour
effectuer du calcul symbolique et il est largement utilis\'e dans
l'industrie. Il recentre cependant la formation \`a l'``informatique''
dans une direction trop exclusivement tourn\'ee vers les math\'ematiques 
et les calculs, et a tendance \`a faire perdre \`a l'utilisateur tout 
contr\^ole sur ce qui se passe r\'eellement dans la
machine. Pour cari\-caturer un peu, plut\^ot que d'apprendre le
fonctionnement et la programmation de l'algorithme d'Euclide,
l'\'etudiant risque seulement d'apprendre \`a taper {\tt gcd(32,18);}
ou commandes analogues\note{5}{Il est vrai qu'on peut aussi faire
des choses intelligentes avec Maple~! Cependant, presque
toujours, ce sont des choses que l'on pourrait aussi bien faire 
-- dans une perspective un peu plus large -- avec des langages de 
programmation de base comme C ou~C$\scriptscriptstyle++$,
\'eventuellement augment\'es de librairies de fonctions 
math\'ematiques en source libre (de tr\`es nombreuses librairies de
ce type sont disponibles, voir [10], [12]).}. Un autre d\'esavantage 
majeur des logiciels comme Maple ou Mathematica est leur caract\`ere
commercial, qui rend en quelque sorte l'enseignement d\'ependant du
choix d'une ``marque sp\'ecifique'' de logiciel. Tout ceci soul\`eve 
de graves probl\`emes d\'eontologiques, impliquant l'\'ethique de la
connaissance, et sur lesquels je voudrais m'\'etendre avec plus de
vigueur et de d\'etails.  \bigskip

{\bf 3. Une certaine conception de l'\'ethique de la connaissance}

L'id\'ee que des connaissances fondamentales puissent \^etre
accapar\'ees par des soci\'et\'es priv\'ees pour leur seul profit
(tout en barrant l'acc\`es \`a ces connaissances -- ou en
``ran\c{c}onnant'' cet acc\`es par le biais de la commercialisation)
suscite \`a l'heure actuelle bien des interrogations et de forts
mouvements d'opposition. On l'a vu \`a l'occasion des tentatives de
prise de brevets sur le g\'enome humain~; la r\'eprobation a \'et\'e si
forte que les soci\'et\'es de biotechnologies concern\'ees ont d\^u
pour la plupart faire machine arri\`ere.

D'une fa\c{c}on parall\`ele, nous avons assist\'e depuis environ deux
d\'ecennies \`a une mainmise insidieuse d'un petit nombre de
soci\'et\'es sur les technologies de l'information et de la
communication.  Insidieuse, parce que le ph\'enom\`ene a \'et\'e
tr\`es progressif, que les consommateurs y ont trouv\'e d'une certaine
fa\c{c}on quelques \'echappatoires, et qu'on n'y pouvait de toutes
fa\c{c}ons pas grand chose \`a l'\'echelon individuel.

Nous n'y prenons pas vraiment garde, mais \`a l'heure actuelle une
course f\'eroce a lieu pour le contr\^ole de l'acc\`es \`a
l'information, via les banques de donn\'ees, les syst\`emes de
t\'el\'evision par cables ou par satellites, etc. Cela fait
peut-\^etre partie du jeu commercial normal pour les programmes de
t\'el\'evision, les donn\'ees ludiques, les oeuvres musicales ou
artistiques.  Mais on entre dans des eaux troubles d\`es qu'un
``contr\^ole'' s'exerce pour limiter ou contraindre les donn\'ees que
l'usager produit lui-m\^eme. Ainsi, aujourd'hui, beaucoup
d'utilisateurs ne se rendent m\^eme pas compte que les textes qu'ils
produisent avec leur traitement de texte MS-Word est encod\'e dans un
format obscur et non document\'e dont seul Microsoft poss\`ede
l'algorithme de d\'ecodage~; ce format, de plus, change
r\'eguli\`erement tous les 2 ou 3 ans, de fa\c{c}on \`a obliger 
l'utilisateur \`a proc\'eder \`a des mises \`a jour de son 
environnement propri\'etaire, dont il devient litt\'eralement prisonnier.

Le m\^eme probl\`eme se pose avec l'usage de codes de calcul
propri\'etaires comme Maple ou Mathematica -- bien que les \'equipes
de chercheurs et d'ing\'enieurs qui les produisent aient certainement
en la circonstance des intentions moins pernicieuses. Supposons par 
exemple que nous utilisions Maple pour
d\'emontrer ou achever la v\'erification d'un th\'eor\`eme
n\'ecessitant des calculs tr\`es compliqu\'es qui ne peuvent pas
\^etre faits \`a la main ou par d'autres moyens. Il y a l\`a une
rupture du contrat fondamental qui veut que les preuves
math\'ematiques reposent sur des \'el\'ements v\'erifiables
ind\'ependamment par tous. Ici, un maillon essentiel de la preuve
repose sur un calcul qui n'est pas v\'erifiable puisque le code source
du programme utilis\'e n'est pas connu (il peut y avoir des bogues,
des cas oubli\'es, etc). Il n'est pas non plus garanti que le logiciel
commercial sera disponible sur une longue dur\'ee de temps.
Ce probl\`eme s'est pos\'e tr\`es concr\`etement pour un article soumis 
cette ann\'ee \`a Inventiones Mathematicae, et l'article a d\^u \^etre 
rejet\'e, essentiellement pour les motifs que j'ai \'evoqu\'es.

Fort heureusement, la ``r\'evolte gronde'' aujourd'hui et d'autres
issues apparaissent. Richard Stallman, qui \'etait alors chercheur au MIT, 
a lanc\'e il y a une quinzaine d'ann\'ees l'id\'ee que les logiciels 
informatiques de base devaient \^etre librement accessibles \`a tous, et 
ne jamais contraindre leurs utilisateurs.  Dans la foul\'ee, au milieu des
ann\'ees 1980, il cr\'ee la Free Software Foundation (FSF) -- je ne
sais pas si tous les math\'ematiciens le savent, mais une grande
partie des logiciels tournant sur les syst\`emes Unix qui \'equipent
nos d\'epartements de recherche sont issus du travail de la FSF
(logiciels GNU [10], comme l'\'editeur de textes Emacs). Plus
r\'ecemment, on a assist\'e avec l'essor du syst\`eme Linux [11] \`a la
cr\'eation de syst\`emes informatiques complets et tr\`es performants
en source libre\note{6}{Linux n'est que le plus r\'epandu et le plus
connu de ces syst\`emes. Il y en a d'autres, tr\`es similaires, comme
FreeBSD, OpenBSD, NetBSD et peut-\^etre d'autres encore. Ces
syst\`emes sont d\'evelopp\'es gr\^ace \`a un travail
collaboratif des informaticiens et scientifiques impliqu\'es,
s'\'echangeant les codes informatiques via les serveurs et
le courrier \'electronique. Les codes concern\'es sont en libre acc\`es 
sur des sites se comptant par milliers, r\'epartis dans tous les pays
du monde. Chacun peut y contribuer en les testant, en les
am\'eliorant, ou tout simplement en les utilisant.}. Linux compte 
aujourd'hui plus de 20 millions
d'utilisateurs, et il est d'ores et d\'ej\`a largement en t\^ete sur
le cr\'eneau des serveurs web du r\'eseau Internet. Depuis un an,
Linux a fait des perc\'ees consid\'erables dans l'industrie et les
syst\`emes embarqu\'es (t\'el\'ephones mobiles, terminaux d'acc\`es,
consoles de jeux...).  Si l'\'evolution favorable constat\'ee ces 2 ou
3 derni\`eres ann\'ees se poursuit encore quelques ann\'ees, des pans
entiers du secteur des technologies de l'information et de la
communication vont se trouver ``lib\'er\'es''\note{7}{Si ce n'est pas
encore fait, vous pouvez vous-m\^eme acc\'el\'erer le processus en
pr\'ef\'erant syst\'ematiquement Linux aux syst\`emes propri\'etaires 
qui vous seraient propos\'es (on notera que les syst\`emes commerciaux 
dits alternatifs comme BeOS ou le futur MacOS X d'Apple sont en fait, 
si on regarde sous le capot, ``pomp\'es'' sur BSD et GNU/Linux).
Une fois pass\'e le choc du changement d'habitudes et celui d'avoir 
\`a faire face \`a un outil puissant et intelligent, vous aurez un 
syst\`eme pratiquement gratuit, plus fiable, plus performant, insensible
aux virus et disposant d'\`a peu pr\`es tous les programmes dont vous pouvez
r\^ever, par exemple par t\'el\'echargement direct sur Internet [11],
[12], [13]...}.
Il faut s'en r\'ejouir, car la science ne peut se nourrir que
d'une libre circulation de l'information -- et l'informatique sera
un maillon essentiel de la cha\^{\i}ne en ce d\'ebut de 
mill\'enaire\note{8}{La prise 
de conscience se d\'eveloppe dans de nombreux pays. Le Mexique
a ainsi d\'ecid\'e de doter toutes ses \'ecoles (soit tout de m\^eme 
150$\,$000 \'etablissements...) de syst\`emes Linux [14]. La Chine Populaire
vient de choisir Linux pour son appareil administratif, ind\'ependance
nationale oblige. La Maison Blanche vient d'\'emettre un rapport
recommandant l'usage des logiciels libres pour les grosses applications
scientifiques [15]. En France \'egalement, la situation \'evolue assez
favorablement, entre autres gr\^ace \`a l'action de l'AFUL~[16].}.
\bigskip

{\bf 4. Acc\`es aux donn\'ees scientifiques}

Nous avons pris l'habitude, depuis des d\'ecennies, de consulter les
oeuvres de nos pairs et de nos pr\'ed\'ecesseurs dans les grandes
revues math\'ematiques ou scientifiques, et l'acc\`es \`a ces travaux
est en effet indispensable au d\'eveloppement de la science.

Cependant, depuis environ 10 ans, les modes de communication ont
\'et\'e boulevers\'es avec l'apparition du courrier \'electronique et
des serveurs de donn\'ees. Dans le m\^eme temps, la communaut\'e
math\'ematique a adopt\'e le standard \TeX/\LaTeX, et ceci a permis de
cr\'eer des serveurs de pr\'epublications qui couvrent maintenant
presque tout le champ des math\'ematiques (le ph\'enom\`ene est parti
du monde de la Physique, o\`u il a sans doute atteint un niveau plus
avanc\'e encore).

De ce fait, nous nous trouvons aujourd'hui dans une situation 
paradoxale.  Nous produisons des travaux qui sont de plus en plus
souvent imm\'ediatement accessibles \`a nos coll\`egues dans un
d\'elai tr\`es court, mais \`a une certaine \'etape vient le moment de
soumettre notre travail \`a une revue.  Et l\`a, au moment de la
publication, il nous faut signer un document disant que nous c\'edons
tous les droits de publication \`a la revue X. Moyennant quoi, cette
revue X va se charger de publier l'article dans un fascicule imprim\'e,
et en {\it revendre} quelques centaines d'exemplaires aux biblioth\`eques de
math\'ematiques qui peuvent encore se les procurer (consid\'erez par
exemple les ta\-rifs prohibitifs d'Inventiones Mathematicae pour voir de
quoi je parle~!). On ne peut m\^eme pas dire qu'on a gagn\'e en
qualit\'e d'impression, puisque le plus souvent, on va se contenter de
photocopier l'article dans la revue X, avec une qualit\'e de reproduction
al\'eatoire et tr\`es inf\'erieure \`a ce qu'on obtient en imprimant
directement le fichier source~\TeX.

Bien s\^ur, la diff\'erence, peut-\^etre, est que l'article de la
revue X a \'et\'e analys\'e et v\'erifi\'e, alors que la
pr\'epublication \'electronique ne l'a pas \'et\'e. Mais rien
n'emp\^eche la communaut\'e math\'ematique de se ``mettre \`a vivre'' 
avec des revues purement \'electroniques, ayant les m\^emes crit\`eres
exigeants dans l'analyse des articles soumis\note{9}{La 
p\'erennit\'e de l'acc\`es aux documents \TeX/\LaTeX\ est assur\'ee pour 
une tr\`es longue dur\'ee, puisque ce sont des formats universels et 
enti\`erement document\'es dont Donald Knuth a bien voulu faire don 
\`a l'humanit\'e. Au besoin, il serait assez facile de convertir
automatiquement les textes saisis en \TeX\ dans de nouveaux formats --
et cela sera de plus en plus facile \`a mesure que la puissance des
processeurs augmente.}.

Le recours \`a des revues \'electroniques aurait l'\'enorme avantage
de se pr\^eter au fonctionnement syst\'ematique des moteurs de
recherche, permettant ainsi de retrouver facilement des informations
au milieu d'une masse de donn\'ees en croissance
exponentielle\note{10}{Pour se convaincre que la technologie est au
point, on peut par exemple essayer de faire des recherches sur
{\seventt http://www.google.org} qui indexe le monde entier, soit plus
d'un milliard de pages web. Quelle que soit l'information entr\'ee, sa
langue et son niveau de sophistication, on obtient en g\'en\'eral en
une fraction de seconde la localisation de l'information cherch\'ee, 
et les premi\`eres lignes sont effectivement presque toujours
les plus pertinentes possibles. Par parenth\`ese, Google fonctionne 
avec ``une ferme'' de syst\`emes Linux, et le site beaucoup plus
commercial Yahoo!, qui \'etait un peu \`a la tra\^{\i}ne, vient
d'acheter la technologie Google, esp\`eces sonnantes et
tr\'ebuchantes. Encouragez Google en le visitant plut\^ot que 
les autres moteurs de recherche. De toutes fa\c{c}ons, c'est mieux, 
et vous n'aurez pas \`a subir un assaut de banni\`eres commerciales~!}.

Je voudrais plaider ici pour des initiatives allant encore nettement
plus loin. Pourquoi ne pas mettre en libre acc\`es l'information
d\'epos\'ee sur les serveurs des revues \'electro\-niques~? Certes,
ces revues auront un co\^ut de fonctionnement, mais vu le prix actuel
de la technologie (lire ce qui pr\'ec\`ede), ce co\^ut sera assez
modeste et comportera essentiellement des frais de secr\'etariat et de
maintenance informatique. Il serait certainement tr\`es inf\'erieur
\`a la somme cumul\'ee du co\^ut d'\'equipement des biblioth\`eques
de math\'ematiques, dans le cas o\`u l'acc\`es serait payant.  De plus, on
s'\'epargnerait l'effort p\'enible (et le co\^ut) d'avoir \`a exercer
un contr\^ole policier sur qui t\'el\'echarge quoi, et on permettrait
aussi aux pays en voie de d\'eveloppement, par exemple (ou tout
simplement aux chercheurs non membres des seuls d\'epartements
scientifiques abonn\'es \`a la revue~X) d'y avoir acc\`es rapidement
et sans efforts.

Pour que cette id\'ee puisse voir le jour, il faudrait un certain
niveau de mobilisation et de consensus autour de ces questions, et
obtenir des instances de tutelle qu'elles veuillent bien
reconsid\'erer leur politique de financement, en reversant aux revues
une petite partie des sommes qui \'etaient autrefois affect\'ees \`a
l'\'equipement des biblioth\`eques. (On peut imaginer ici que l'id\'ee
de r\'ealiser \`a terme des \'economies sera plut\^ot vue d'un bon
oeil).  D'un point de vue technique, il faudrait que la communaut\'e
math\'ematique s'assure de disposer en continu des comp\'etences
n\'ecessaires pour la maintenance des syst\`emes informatiques, et de
d\'evelopper ou faire d\'evelopper les plate-formes logicielles
requises (pour \'eviter d'avoir \`a reproduire les m\^emes efforts en
plusieurs endroits). Ceci pourrait tr\`es bien se faire \`a
l'\'echelle europ\'eenne.

Des obstacles l\'egaux importants se posent en cours de route. Un bon
nombre des grandes revues de Math\'ematiques sont la propri\'et\'e 
d'\'editeurs priv\'es qui les contr\^olent \'etroitement. C'est le cas
pour Inventiones avec Springer, pour les Comptes rendus de l'Acad\'emie
des Sciences avec Elsevier, pour les Annales de l'ENS avec
Gauthier-Villars. Cependant, les \'editeurs priv\'es ont visiblement quelques
difficult\'es \`a g\'erer ces revues, et la communaut\'e scientifique serait 
sans doute bien inspir\'ee d'en ``profiter'' pour essayer de reprendre 
le contr\^ole de ses publications.

Je crois qu'il y a l\`a une relative urgence. Il y va aussi du
rayonnement culturel et scientifique de notre pays et, plus largement,
de la communaut\'e europ\'eenne. Une \'evolution des mentalit\'es est
n\'ecessaire au niveau administratif et politique -- les scien\-tifiques
sont certainement en bonne posture pour exercer les pressions
n\'ecessaires, pourvu qu'ils aient conscience des enjeux. On constate
d\'ej\`a des \'evolutions sensibles aux Etats-Unis, l'AMS \'etant
tr\`es active de ce point de vue, et il y a l\`a-bas depuis
longtemps une bien moins grande frilosit\'e vis \`a vis de l'acc\`es public
aux donn\'ees. Qu'on visite les sites de la NASA et de la NOAA (National
Oceanic Atmospheric Administration), et on constatera qu'une grande
quantit\'e d'informations tr\`es int\'eressantes est en libre
service\note{11}{En France, par contre, il n'est m\^eme pas possible de 
se procurer des cartes g\'eographiques \`a petite \'echelle du pays sans 
tomber sur l'ic\^one~: ``carte bancaire'' -- cf.\ le 
site de l'IGN~: {\seventt http://www.ign.fr}, dont je ne partage pas
l'auto-glorification proclam\'ee. Il m'a fallu aller sur un site 
am\'ericain pour trouver une carte d\'ecente de la r\'egion grenobloise.
Qu'est devenu l'id\'eal r\'epublicain d'instruction la\"{\i}que et 
gratuite~?}.
L'administration, le secteur Internet institutionnel devraient, suivant 
en cela les bons exemples \'evoqu\'es plus haut plut\^ot que les mauvais, 
mettre la technologie au service du citoyen, et non pas le ``ran\c{c}onner'' 
-- m\^eme inconsciemment.  \bigskip

{\bf R\'ef\'erences}

{
\parindent = 7mm

\item{[1]} Le Monde Informatique du 9 juin 2000,\hfil\break
{\tt http://www.lmi.fr/ENQUETES/2000/}, voir sous ce r\'epertoire 
l'article\hfil\break
{\tt 20000609-57-informaticiensetrangersbienvenueeneurope.htm}

\item{[2]} Sauvez les Maths, {\tt http://www.multimania.com/sauvezlesmaths/ }

\item{[3]} Site du SNES, {\tt http://www.snes.fr/ }

\item{[4]} Sciences et Avenir,
{\tt http://www.sciencesetavenir.com/comprendre/pg75.html}\kern-1pt

\item{[5]} J.-P.\ Demailly, cri d'alarme,\hfil\break
{\tt http://www-fourier.ujf-grenoble.fr/\~{}demailly/programmes.html}

\item{[6]} Elucubrations de C.~All\`egre,\hfil\break
{\tt http://www.lemonde.fr/article/0,2320,31922,00.html}

\item{[7]} Site de logiciels libres \'educatifs du CARMI-Internet 
Grenoble,\hfil\break
{\tt ftp://ftp.ac-grenoble.fr/ge}~~voir aussi\hfil\break
{\tt http://www.ac-grenoble.fr/carmi-internet/ge/liens.php}\hfil\break
Des CD-Roms devraient \^etre prochainement disponibles sur l'initiative
du CNDP.

\item{[8]} Bernard Lang, {\tt http://pauillac.inria.fr/\~{}lang/ecrits/ailf/}

\item{[9]} Denis Monasse, Destabilisation des programmes,\hfil\break
{\tt http://www.multimania.com/sauvezlesmaths/Textes/SMFtribunelibre3a.rtf}%
\kern-20pt

\item{[10]} Logiciels GNU de la FSF, {\tt http://www.gnu.org/ }

\item{[11]} Linux, {\tt http://www.linux.org/ }

\item{[12]} Applications scientifiques sous Linux,\hfil\break
{\tt http://www-sor.inria.fr/mirrors/sal/index.shtml}


\item{[13]} Site d'annonces Freshmeat, {\tt http://freshmeat.net }\hfil\break
(environ 50 nouvelles annonces par jour...)

\item{[14]} Initiative Red Escolar au Mexique,
{\tt http://redesc.linux.org.mx/ }

\item{[15]} Rapport PITAC de la Maison Blanche,\hfil\break
{\tt http://www.fcw.com/fcw/articles/2000/0918/web-open-09-18-00.asp}

\item{[16]} Association Fran\c{c}aise des Utilisateurs de Linux et des
Logiciels Libres,\hfil\break 
{\tt http://www.aful.org}

\medskip

}
(Texte \TeX\ saisi avec l'\'editeur Emacs de Richard Stallman, sous GNU/Linux)

\end
