\input macros_ocr.tex

{\sevenrm\baselineskip=8pt
Bull.\ Sc.\ Math., 2e série, 103, 1979, pages 179--191\\
Bulletin des Sciences Mathématiques. 0007. 4497/1979/179/\$  4.00
{\rm\copyright} Gauthier-Villars
\vskip1.5cm}

\centerline{\hugebf Fonctions holomorphes à croissance polynomiale}
\medskip
\centerline{\hugebf sur la  surface d'équation
$\hbox{\hugebfit e}^{\,\hbox{\bfit x}}\hbox{\hugebf$\;$+$\;$}
\hbox{\hugebfit e}^{\,\hbox{\bfit y}}\hbox{\hugebf ~=~1}$}
\bigskip

{\leftskip=6mm par Jean-Pierre Demailly$\;$\note{*}{%
Texte présenté par P. Malliavin, reçu le 4 octobre 1978.}
\vskip0pt 
{\it École Normale Supérieure, 45, rue d'Ulm, 75230 Paris\\ 
et C.N.R.S., L.A.\ n$°\,$213 Analyse Complexe et Géométrie,\\
Université de Paris VI, Département de Mathématiques, 75005 Paris
\vskip1.5cm}}


{\bf Résumé.} -- Dans cet article, nous démontrons un théorème
d'extension très précis pour les fonctions holomorphes sur la surface
$S$ de $\bC^2$ d'équation $e^x+e^y=1$. Nous en déduisons que les fonctions à
croissance polynomiale sur $S$ sont des restrictions de polynômes sur $\bC^2$
et que les fonctions méromorphes à fibres finies sont constantes. En
particulier, les fonctions holomorphes bornées sur $S$ sont constantes.
\bigskip

{\bf Abstract.} -- {\it Holomorphic functions with polynomial growth on the
curve defined\break by $e^x+e^y=1$.}

In this paper, we prove a very précise extension theorem for
holomorphic functions on the curve $S$ defined by $e^x+e^y=1$ in
$\bC^2$. Then we show that holomorphic functions with polynomial growth on
$S$ are restrictions of polynomials on $\bC^2$, and that meromorphic
functions with finite fibres are constant. Especially, we prove that
holomorphic bounded functions on $S$ are constant.
\bigskip\bigskip

{\bf Introduction}

Dans un article récent [2], {\petcap L.A.~Rubel, W.A.~Squires {\rm et}
B.A.~Taylor} ont démontré que si $f_1$, $f_2,\,\ldots\,,\,f_n$, $n\ge 3$,
sont des fonctions méromorphes non constantes dans le plan, l'hypersurface 
$S$ de $\bC^n$ d'équation
$$
f_1(z_1)+\ldots +f_n(z_n) = 0
$$
est irréductible.

Un problème naturel, soulevé par les auteurs de [2], est de savoir si
$S$ est de Liouville, c'est-à-dire si toute fonction holomorphe bornée
sur $S$ est constante.

La réponse est positive, comme on le voit facilement, lorsque l'une
des $f_i$ est rationnelle.

Dans ce travail, nous montrons que la réponse est encore positive pour
la surface régulière $S$ d'équation $e^x+e^y = 1$ (qui est connexe en tant
que surface de Riemann de la fonction $y = \log(1-e^x)$), et plus
précisément qu'une fonction à croissance polynomiale sur $S$ est la
restriction d'un polynôme de deux variables de degré correspondant.

La démonstration consiste, dans un premier temps, à étendre les
fonctions de $S$ en des fonctions entières, dont on contrôle la
croissance grâce aux techniques d'{\petcap Hörmander} [1]. Dans un deuxième
temps, on utilise le fait que S est «voisine» de la surface $e^x+e^y = 0$, 
qui est réunion de droites complexes$\,$; le théorème de Liouville
permet d'exploiter les propriétés de croissance précédemment établies,
et de montrer qu'une fonction $f$ sur $S$ à croissance polynomiale est la
restriction à $S$ d'un polynôme sur $\bC^2$.

Ce résultat entraîne aisément qu'il n'existe pas sur $S$ de fonction
méromorphe à fibres finies. On en déduit en particulier que $S$ n'est
pas isomorphe à un ouvert d'une courbe algébrique, et plus
généralement, que $S$ ne peut s'obtenir à partir de la sphère de Riemann
$\bP^1(\bC)$ par constructions successives de revêtements ramifiés à fibres
finies (cf.\ para­graphe~2).

Je remercie vivement M.\ Henri {\petcap Skoda} de m'avoir soumis ce
sujet de recherches, et d'avoir beaucoup contribué par ses remarques à
améliorer la clarté de l'exposé. Après avoir terminé ce travail, nous
avons appris récemment que {\petcap I.~Wakabayashi} (Tokyo Noko
University) a également démontré que la surface $S$ est de Liouville,
par une méthode complètement différente.
\bigskip

{\bf 1.  Extension des fonctions holomorphes sur $S$ avec 
contrôle de la croissance}
\end

Théorème 1. - Soit (p une fonction plurisousharmonique dans C2 telle que

(1)	|(p(z)-(p(z')| <A       si    \z - z' | < 1,    z,z'eC2.

Pour toute fonction holomorphe f sur S vérifiant avec une constante C > 0

j/(z)|<Ce*(z),       zeS, il existe une fonction entière F, égale àf sur S, telle que

|F(z)|<104Ce3'1(l + |z|)5(l + |e*+e5'|)e,,'(^ z = (x,y)eC2,       M2 = |x|2 + M2.

2e SÉRIE  -  TOME 103   -   1979   -  N° 2

FONCTIONS HOLOMORPHES	181

Démonstration. - Le principe en est classique, mais la nécessité (pour le paragraphe 2) d'obtenir très précisément le facteur 1 +| ex+ey | dans la majoration du théorème 1 rend la démonstration particulièrement technique. Pour la commodité du lecteur, la démonstration a été découpée en quatre étapes.

Étape 1 ; extension locale de f.

On désigne par Ul9 U2 les ouverts de C2 :

C71 = |(x, v);Rex<l et \ex + ey-l\ <H, U2 = Ux, y);RQx>0 et \ex + ey-l\ <-|e*|l

Oc, y); Rex>0 et \e~x-ey~x-l\ <

/se prolonge en une fonction/} holomorphe sur Uj,j = 1,2, de la manière suivante (on appelle Log la détermination du logarithme complexe sur C-]-oo, 0] telle que Log 1=0):

fi(x9y)=*f(x- Log (ex + ey), y - Log (ex + ey))       pour   (x, y)eU1,

(2)	f2(x, y) = f(x + Log(e-x-ey~xl y)       pour   (x, y)e U2.

Il est immédiat que fx et f2 coïncident avec / sur S. Étape 2 : construction d'une partition de Vunité. Soit % une fonction de classe C°° définie sur R telle que 0 < % < 1,

On pose

x(0-'0

^1(z) = x(Rex).X(|^+e3'-l|), ^OO^l-xCRexW.XCle"'^

<13.

Il)-

Les supports de \|/l5 \|/2 sont respectivement contenus dans Ux et U2, et

0<\|f1(z) + \|f2(z)<x(Rex) + l-x(Rex)<l. De plus y\rx +\|/2 = 1 sur le voisinage ouvert

7= j(x, y)eC2; \ex+ey-l\ <-j de S.

BULLETIN  DES  SCIENCES  MATHEMATIQUES

182	J.-P.  DEMAILLY

Soit en effet (x, y) e V;

si Re x < 1/4, on a

*ta = U       ^2 = 0;

si Re x > 0, on a

|e-*_^-*_l| <t\e'x\<^,

,,  ,	'     41	4

d ou

vj/j = % (Re x),       \|/2 = 1 - x (Re x).

On remarque également que \|/i, \|/2 sont de classe C°°, et que les différentielles dtyl9 dy\f2 sont bornées.

Pour montrer ce dernier point, on utilise les majorations

i    i     3 I ex I < e9       I ey | < - + e   sur Ul9

e~x\ <1,        \ey~x\<5   sur C72.

On a

c/vl/1=x/(Rex)d(Rex).x(|^ + ^-l|)

+%(Rex)%'(\ex+c?-l\)d\ex+ey-l\,

d\ex+ey-l   =Re(  ?	tl(fdx+é'dy))9

donc	x	'

|#1|<|x'(Rex)| + |x'(|ex + ey-l|)|(|^|2 + K|2)112,

en normes euclidiennes usuelles pour les formes. On a ainsi

|#1|<13(l+    e2+(3+e\   )<70,

et on montrerait de même | d \|/2 | ^70. A fortiori on a

(3)	| à|f 11 < 70,        | â+a | < 70.

Étape 3 : recherche de F et majorations. Cherchons la fonction entière F sous la forme

F = f1y\f1+f2^2-(ex+ey-l)u, avec ue C00 (C2).

2e SÉRIE   -  TOME  103   -   1979   -   N° 2

FONCTIONS HOLOMORPHES	183

F coïncide par construction avec / sur S, et la condition d'holomorphie dF = 0 équivaut k du = h, où h est la forme de bidegré (0, 1) :

(4)	h =

ex + ey-l

h est de classe C00 en dehors de 5, et sur le voisinage V de S9 on a #1+5^2 = 0, d'où

(5)	ft = #^7^2 = -#^Ar#29

e*+ey-l	ex+ey-l

avec/2-/i = 0 sur S n ^n I72, par suite A est de classe C°° sur C2 tout entier.

D'après (1) et (2), on a

\fj(z)\^CeAe*(z)   sur £7,, compte tenu de ce que

%/2|Log(^ + ey)| ^ V2Log2< 1   sur Ul9

|Log(>r*-e),~*)| < Log2 < 1    sur U2.

Il en résultera une majoration du type | h | < Cx e9 (z), où Ct est une constante à déterminer.

En dehors de F on a | ex + ey-1 | ^ 1/4, et d'après (3), (4) il vient sur [ V :

(6)	| fe| < 4.70(|Sx | + | fz |) < 560CeV(2).

Pour z e F, on peut supposer z e supp tyt n supp \|/2, donc 1/4 < Re x ^ 1/3, sinon h (z) = 0 d'après (5).

x étant fixé tel que 1/4 < Re x < 1/3, la fonction

J2~Jl

ex+ey-l est holomorphe en y pour

\ex + ey-l\<   .

1	'     2

Pour

p^\ex + ey-l\ <-,

2 on a

(7)	/2-/1   ^gC^M

BULLETIN  DES  SCIENCES  MATHÉMATIQUES

184

J.-P.  DEMAILLY

L'ensemble

{yeC; \ex + ey-l\ ^ p},       pour   p<|l-e*|,

est une réunion de translatées modulo lin Z de la partie compacte

Kx = {yeC; \ex + ey-i\ ^ p, |lmj;-Arg(l-ex)| <7u},

dont le diamètre est majoré par

2Log-

ex + ey-l

l puisque y = Log (1 - ex) + Log ( 1 +

V	V	1-e*

Comme

e*-l  >ex/*-l >- + - = _,

1	4     32     32

le choix  p = 1/10 entraîne

45

diamXx^2Log- < 1; 29

le principe du maximum donne alors pour tout y tel que | e^e*- 1 | < p :

/2(z)-A(z)

(8)

ex + e"-l

i

< suPz'=(x,y'). |y'-y| <l,|ex + ey'-l | =p

^s	e sup|z>_z. <xe

P

^20Ce2-V(z).

On a donc (c/ (3), (5), (6), (7) et (8)) :

(9)	\h\ <1400Ce2Vw.

Étape 4 ; résolution du ô.

JLEmme 1 (Hôrmander [1], p. 94, théorème 4.4.2, e£ régularité du d en bidegré (0, 0)). - SW* (p une fonction plurisousharmonique dans un domaine pseudo-convexe Q,, et h e C? t (Q) une forme de bidegré (0, 1) te/fe #we

3ft = 0       et

n

h\2e 9dX < oo.

2e série - tome 103 - 1979 - n° 2

FONCTIONS  HOLOMORPHES

185

Alors il existe une fonction ue C00 (Q) telle que du = h, et

|u|2e~9(l + |z|2r2dA,<-     \h\2e~*dX.

(X désignant la mesure de Lebesgue).

Appliquons   le   lemme   1   à   notre   situation,   avec   Q = C2,   et   où 2 cp + 3 Log (1 +1 z |2) remplace (p.

D'après (9) on a

C2

2A\2

H2*-2*(i+Hr^<(1400Cg >

2

<&

c(i+ z r)

On vérifie aisément que

dA,



ic»(l+ zr)

izi <i	2

On obtient par le lemme 1 une fonction u de classe C00 telle que du = A et

(10)

71

C2

u re"2f(l+ z r)" adA,<(700V2CO

En appliquant la formule de Cauchy (Hôrmander [1], p.  3, théorème 1.2.1) à la fonction

i>(0 = w(z+t»,       zeC2,   toeC2,   ÇeC, il vient

3y dX(Ç)

lin

.jti-i ?        rt,

u(z+Ç»)        1 "

u(z) =

2Î7T

ici =i

Prenons la valeur moyenne (en abrégé FM) en la variable m; des deux membres sur la boule \w\ < 1 :

d'où

u(z) = FM, wj <1u(z + w) - 2

drVM\ w\<1du(z + rw). m;,



(11)    | m(z) | <FM| w_,| <t |u(w)\ +2sup, l0^z, <! | du(w) | .KM, w, <x

w

<(FM|u)_z,<1|w(w;)|2)1/ +-sup,JP_.2,<1|3tt(tt>)|,

grâce à l'inégalité de Schwarz.

BULLETIN DES  SCIENCES  MATHÉMATIQUES

186

J.-P.  DEMAILLY

(1) et (10) entraînent

(VMlw_2]<1\u(w)\2)1/2 ^700j2Ce2Ae*{z)+A(l+(i + \z\2)5/2

O600Cé^(1 + |z|)V(z). L'inégalité (11) jointe à (9) montre que

\u(z)\ ^8000Ce3^(l + |z|)V(z), et en revenant à la définition de F9 on voit que

\F(z)\^CeAe(?(z) + S0Q0Ce3A(i + \z\)5\ex + ey-l\e*(z) ^lQ*Ce3A(l + \z\)5(l + \éx + é'\)é9i'\ qui était précisément l'inégalité à démontrer.

2. Fonctions holomorphes à croissance polynomiale sur S

Théorème 2. - Soit f une fonction holomorphe sur S telle que

|/(z)|<C(l + |z|)w,       z = (x9y)eS,

n étant un nombre réel ^ 0. Alors f est la restriction à S d'un polynôme P (x, y) de degré total ^ n.

Démonstration. - Le théorème 1 appliqué avec

cp(z) = ttLog(l + | z|),       A - nLog2,

montre qu'il existe une fonction entière F prolongeant / telle que

|F(z)|<i04.8wC(l + |z|)n+5(l + |^+^|).

Le théorème 2 résultera alors du lemme suivant.

Lemme 2. - Soit F une fonction entière telle que

(12)	|F(z)|^C(l + |z|)n(l + |e* + ey|),

pour tout z = (x, y) e C2, où n ^ 0.

// existe deux polynômes G (x, y), H (x9 y) de degrés totaux < n tels que F (x, y) = G {x, y) +(ex+ey) H (x, y).

Démonstration du lemme 2. - Le développement en série entière de F par rapport aux variables x, y - x, peut s'écrire :

F(x, y) = Yj>oXJëj(y-x)> où les gj sont des fonctions entières.

2e SÉRIE - TOME 103 - 1979 - N° 2

FONCTIONS HOLOMORPHES

187

On a

gj(y) =

x\=l        x

et	2iu'

(13)	|8yG0|<C1(l + |j>|)"(l + |«'|).

On remarque que la surface d'équation ex + ey = 0 est la réunion des droites complexes y - x = (2k + l)in, ke Z, et la démonstration utilisera ce fait de manière essentielle.

Sur la surface e*+ey = 0, on a d'après (12) : | F(z) | < C (1 +1 z \ )n.

La restriction de F à chaque droite y - x = (2k + l)in est donc un polynôme de degré ^ n, i. e.

gj((2k+l)in) = 0       pour   j > n,   /ceZ,

et gj(y) est divisible par ey-­l pour j > n; on pose g/(y) = (ey + l)Pj(y)-Pour | ey+ 1 | > 1/2, (13) implique ^ (y) < C2 (1 + | y \ f (distinguer les cas Re^ ^ 1, Rej> ^ 1).

Comme l'ensemble défini par | ey +1 | ^ 1/2 est une réunion de compacts disjoints qui se déduisent les uns des autres par translations modulo 2 i n Z, la majoration |/>j00| ^ C2 ( 1 -H| 3^ | )n s'étend à tout le plan complexe grâce au principe du maximum.

Pj est donc un polynôme de degré < n, et on a

F(x9 y) = l,o^j^n^gj(y~x)+(ey^x+ï)Ylj>nXJPj(y-^

où les deux sommes sont des fonctions entières. Cette égalité peut se récrire :

(14)	F(x, y) = TJo^^xjgj(y-x) + (ex+ey)^o^j^n{y-x)Jhj(x)9

(14)	=^j^yih(y^x)Hex + ey)^j^(y-xyhj(yl

compte tenu de la symétrie des rôles de x et y; gj9 gj9 hj9 hj désignent ici des fonctions entières.

Il vient

(15)	(e' + er^j^iy-xy'lhjW-hjiy)]

= Eo^y<«y gj(y~x)- Y,o<j<nXJgj(y-x)'

Effectuons dans (15) le changement de variable y = x + t, où t sera considéré comme un paramètre; à ce stade le raisonnement est purement formel. On obtient :

(l + e')exj:o^JJ[hj(x)-hj(x + t)]=Q(t, x),

BULLETIN DES  SCIENCES  MATHÉMATIQUES

188

J.-P.  DEMAILLY

où Q est une fonction entière, polynomiale de degré < n en x, et chaque coefficient est divisible par 1 + e*.

Par conséquent

(16)	Tto<j<»t*[hJ(x)-bJ(x+t)'] = R(t, x)e~x,

où R est entière, polynomiale de degré ^ n en x.

Montrons par récurrence sur les valeurs décroissantes de j que l'on a

/17x	f hj (x) = qj (x) e~x + q'j (x),

{hj(x) = qj(x)e-x + q'j(x),

°ù ?j5 £p $_/, q'j sont des polynômes, et degqj9 deg £,- ^ v,

j       f   a    *i ^ v(v+3)-j"0"+l)

deg«;, deg?} ^ _i	i~^	;,

v désignant la partie entière de «.

Si le résultat est vrai pour j+l, j+2, ..., v, on tire de (16) l'égalité

(18)	lùotk[hk(x)-îik(x + t)] = Ryft x)e-x+n;ft x),

avec des fonctions entières Rj9 Rj polynomiales en x,

deg.R^V,       é^R^+i>-^<J^;

pour j = v, (18) se réduit à (16).

Dérivons l'identité (18) y'+1 fois par rapport à t; on trouve

-tjh^+i\x + t)

4- somme de termes tk h\$) (x + t)9       k< j

dj+1Rj,     ,   _,    dj+1R'ir     ,

Substituons y à x + t, et identifions les coefficients de tJ dans chaque

membre	m+iw ,     - , n   -x    ~,, x

avec

,    -^            ,    ~, ^ v(v+3)-(j + l)0' + 2)

deg ^ < v,       deg ^ ^ -	--	-	.

L'égalité annoncée pour hs s'en déduit, et l'identité

ILo^(hj(y't)-%j(y)) = Rj(t9 y^t)e'x+Rfj(t, y^

donne de même	,   . s	, N   __      ., x

kj(x) = qj(x)e x + qj(x).

2e SÉRIE  -  TOME 103   -   1979   -  N° 2

FONCTIONS  HOLOMORPHES	189

On reporte (17) dans l'expression (14) de F pour obtenir (19)      F(x,y) = YJo^j^xJgj(y-x) + (l + ey^x)Yo^j^(y-xyqj(x)

+(**+eOEoWy-*y«/(*)

= Ho<j^xJfj(y~x) + (ex + ey)H(x9 y),

ou

fj(y) = gj(y)Hi+ey)TJo^j^ ~{^\

j\   dxJ

et

H(x, y) = Eo^^v^-^y^W»

H polynôme de degré total

v(v + 3)-;0-l)

v(v + 3)

<SUp0^y^

n(v + 3)

^n.

<V>

D'après la majoration (12), et (19), on a

\lo^j^xifj(y^x)\^C3(l + \z\ni + \ex + ey\)9

IIo^v^7i(»|^C4(l + |z|r(l + |^|(l + |^|)).

Utilisons cette inégalité aux points x, x + l, ...,x+v, et résolvons le système linéaire ainsi obtenu.

Le déterminant du système est du type Vandermonde, donc son module est ^ 1, la distance des points x9 x+l9 .. .9 x+v, deux à deux étant elle-même > 1.

De plus les déterminants

1    x	...        xv

1    x + l	(x + iy

1    x + v	(x + v)v

où l'une des colonnes est remplacée par une colonne de données, sont

majorés par	c5(l + |*|)^+1^sup|données|.

On a donc

\fjiy)\<C6(l^z\r+^+1>'2\l + \ex\(l+\e'\)y,

si Re y ^ 0, choisissons x = 0, et si Re y ^ 0 choisissons x = - y; il vient et y} est un polynôme de degré ^ n (v+2).

BULLETIN DES SCIENCES  MATHEMATIQUES

190

J.-P.   DEMAILLY

L'égalité (19) s'écrit maintenant :

F (x, y) = G (x, y) + (ex + e») H (x, y), où G et H sont deux polynômes,

degG < n(v + 2) +v < n(n + 3),

2	2

Montrons qu'en fait deg G < n, deg H ^ n.

Sur la surface Sa d'équation ex + ey = a, F coïncide avec le polynôme P = G+aH.

Il suffit de prouver que pour tout a e C, deg P < n. Sinon, soient m = deg P > n,Pm la partie homogène de degré m de P, et (x0, ^0) un point fixé de Sa. Pour tous les entiers j et k, le point (jt0+2y rc, y0+2ikK) appartient à Sai et d'après (12) on a

|P(x0+2ijn, y0 + 2ikiz)| < C8(1 + \j| +1k\)n.

Prenons j = \t Ç], k - [t rj], où £, Ç, r| e R, et où [   ] désigne la partie

entière.	",       ^..	n.,   N

P(x0 +2ijk, y0 + 2ikn)

(2ïtcOw

tend vers Pm (Ç, r|) quand 111 tend vers +oo, tandis que

c8(i+ljl+lfeD"

\2int\m tend vers zéro, puisque m > n.

On a donc Pm (Ç, tj) = 0 pour tous Ç, n e R, et Pm = 0 contrairement à l'hypothèse.

La démonstration du lemme 2 est achevée, et avec elle, celle du théorème 2 (l'assertion deg P ^ n s'obtient en raisonnant sur S comme ci-dessus).

En particulier, S est de Liouviîle, ce qui signifie par définition que les fonctions holomorphes bornées sur 5 sont constantes. Signalons qu'étant donné une variété de Liouviiîe X, il est possible de construire des variétés de même nature par les procédés suivants :

(a)ôter de X une partie fermée « suffisamment petite » (par exemple une partie fermée polaire);

(b)construire au-dessus de X un revêtement connexe (ramifié ou non) à fibres finies. Ainsi, de même que C, les variétés algébriques irréductibles de dimension n sont de Liouviîle.

2e série - tome 103 - 1979 - n° 2

FONCTIONS  HOLOMORPHES

191

Le corollaire ci-dessous montre que la surface S ne peut se déduire de la sphère P1 (C) par application répétée des procédés (a) et (b).

Corollaire. - Soit f : S->P1(C) une fonction méromorphe sur S. On suppose quil existe un ouvert non vide U de P1 (C) tel que pour tout a e U la fibre f~x (à) soit finie. Alors f est constante.

Démonstration.   -   Comme la fonction   U-» N, a h-» Card/-1 (a) est

semi-continue inférieurement, le théorème de Baire montre qu'il existe un

ouvert  non  vide   V c U et  un   entier p,   tels   que   pour tout a e V,

Card/-1 (a) ^ p.   Choisissons   a0 e V  tel   que  p = Card/-1 (a0)   soit

maximal, et notons	t	(	.

f    (a0) = {zl5z2,..., zp).

Il existe des voisinages W c V de a0 dans P1 (C), et Wx, ..., Wp de zu ...9zp, disjoints, relativement compacts dans 5, tels que / applique isomorphiquement Wl9 ..., Wp sur W (sinon Card/-1 (a0) ne serait pas maximal).

Si a0 = oo posons g = /, sinon posons

1

on a. f1 (W) =^u...u ]^p, par suite g est bornée en dehors de Wl9 ..., Wp, et possède des pôles simples aux points

de s	zi = (^i, yù, ..., 2P = (xp, yp)

La fonction P(x9y) = g(x, y)Y[i<j<p(x~~xj) est holomorphe sur S9 à croissance polynomiale de degré p; donc P est la restriction à S d'un polynôme de degré total ^ p, de même que la fonction

Q(x> y) = gO> y)ïli*j*r(y-yj)-

OnasurS,        n	(	^

et cette égalité est vraie formellement (cf. démonstration du lemme 2; S n'est pas algébrique).

Par conséquent J]Uj<| (x-xj) divise P, g est holomorphe bornée sur S9 et p = 0.

Il en résulte que g et/sont constantes.

BIBLIOGRAPHIE

[1] Hôrmander (L.).   -  An Introduction to Complex Analysis in Several Variables,

North Holland Publishing Company, 1973. [2] Rubel (L. A.), Squires (W. A.) et Taylor (B. A.). - Irreducibility of certain entire

functions with applications to harmonie analysis (preprint).

BULLETIN DES SCIENCES  MATHÉMATIQUES

A1

ADDENDUM (tiré de la Thèse de 3e Cycle)

COROLLAIRE (analogue pour S du théorème de Picard dans le plan). -Soit f une fonction méromorphe non constante sur S, considérée comme application de S dans (P (D . Alors l'ensemble des points aeP C tels que la fibre f  (a) soit finie est maigre-Démons trat ion. Il suffit de montrer que pour tout entier p 1'ensemble fermé fa e. tP (C ; Card f  (a) ^ plest d'intérieur vide.

Supposons au contraire qu 'il existe un ouvert U non vide de tP $\frac{1}{4}$ tel que pour tout  a e U on ait Card f  (a) ^p . Choisissons a <= U tel que

p = Card f  (a ) soit maximal, et notons f  (a ) = |z.§z_,...,z X   .

o	o    \ 1  2      p/

Il existe des voisinages V c U de a  dans ÏP <C , et V......V  de z,,...,z ,

o	I      p     1      p

disjoints, relativement compacts dans S, tels que f applique isomorphi-

P

Si a = oo posons g -   f , sinon posons  g = -z	  ; on a f  (V) = V.U. . . UV ,

o	^

par suite g est bornée en dehors de Vj,...,V , et possède des pôles simples aux points z  = (z,y ),..., z  - (z ,y ) de S.

1      l       *	p      P  p

La fonction P(x,y) = g(x,y)   |  |  (x - x.) est holomorphe sur S, à crois-sance polynomiale de degré p ; donc P est la restriction à S d'un polynôme de degré total ^p , de même que la fonction

Q(x,y) « g(x,y) |   | (y-y.) .

On a sur S, P .  |  |  (y - y ) = q. !      (x - x.),

HUv	I 4J £ P      J

par conséquent cette égalité est vraie formellement (cf. démonstration

du lemme 2; S n'est pas algébrique).

Par  suite	[  f  (x - x.) diviseP,et g est holomorphe bornée sur

S (î.e. p - 0) . Il en résulte que g et f sont constantes, contrairement à 1'hypothèse.

3. Lien avec les fonctions automorphes.

Considérons   l'application   p   de   S   dans   (C      -    fO, 1 j   qui   à    (x,y) e S

x associe   e    .

p est un revêtement , et le groupe d'automorphismes de S

A2

(x>y) h-*(x + 2ijrr , y+2ikrr) , j,ké=2T  , opère transitivement sur les fibres de p.

Ce groupe est donc le groupe Aut(p) de tous les automorphismes du revêtement p .

D'autre part, il est bien connu que le revêtement universel de « - [°>lJ s'identifie au demi-plan superieur TT+, avec pour groupe dTautomorphismes le groupe I  des homographies

z >-

cz + d a,d entiers impairs, b,c pairs, ad - bc « 1  (RUDIN [3], section 16.20)

H est un groupe libre à deux générateurs

T(z) = z + 2

correspondant (avec des conventions adéquates de point-bases) aux lacets autour des points 0 et 1 dans le groupe fondamental de C - {0, 1 } .

Notons À : TT+ 	>?  £ - {p,l} °* I l+ /Pla projection.

Il existe une flèche q : TT  -*-S qui rend le diagramme suivant commu-

tatif :

TT.-^-^s

p

g' - (o, 1 ]

q est un revêtement, et puisque p est galoisien, Aut(q)  est un sous-groupe distingué de P tel que

P/Aut (q) ^âut(p) cssi %   . Par conséquent Aut(q) est le groupe P!  des commutateurs de P, de sorte que la surface S est définie explicitement comme quotientI \J  P !  du demi-plan supérieur. Une fonction holomorphe sur S sTidentifie à une fonction automorphe invariante par Pf. La proposition suivante précise cette quest ion -

PROPOSITION. - Soit G un groupe d'automorphismes du disque unité D opérant proprement et librement sur D, X -   D/G 1Tespace quotient.

A3

(i)  S'il existe une fonction holomorphe bornée non constante sur X, on a la condition de Blaschke uniforme

2

g ¤G

1 ~  g(z)| < C <oo pour  z e D

(ii)  ST il exi s te z eD tel que (ou de façon équivalente si pour tout

z «~ D, on a )

0     	

g e G

alors le produit    [ g(z)I   est convergent,

geG     ' et définit une fonction sous-harmonique bornée non constante iR-analyti-

que sur X.

Si B  est le facteur de Blaschke' associe au point a <£.D , le produit

f(z)  -     B ,  \(z) définit une fonction automorphe bornée invariante

W  8(«0)1	"

par le groupe G ' des commutateurs de G ( i . e. une fonction holomorphe bornée non constante sur le revêtement homologique X ' = D /G ' de X).

(iii) S'il existe une fonction harmonique positive non constante sur X, il existe une fonction holomorphe bornée non constante sur X'.

Remarque. - Pour le demi-plan supérieur, la condition de Blaschke (ii) s'écrit

y~~	i	<co

-^	2       2      2      2

geG   a   +b   +c   +d

,    N	az   +   b

avec      g(z)    =	-T   ,    ad   -   bc   =    1.

cz   +   a

Pour montrer que la surface S est de Liouville, il suffirait donc de vérifier que la série ci-des sus est divergente lorsque  G = P ' .

Malheureusement, nous n'y sommes pas parvenus, car les éléments de P' . n'ont pas une expression s impie.

Démons trat ion.

(i)  Soit f une fonction automorphe non constante invariante par G, y un automorphisme de D.

La fonction F (w) -   f o Y(w) " f (z) admet les points V~ g(z) pour zéro s. On déduit aisément de la formule de Jens en que

A4

F(0)

eG     y      g(z)

<iFLs<2!flii,oùII L°g

geG

2 Hf H

"oo

Z^T"72^   L°g|foT(0)    -   f(z)f

ï     g(z)	*	u

D'autre part, un calcul facile montre que

i-irW  *  Kffi<>-!-<?>!

Log F^guTF^1  |0 6V£,/|   " ' +|T(0)|

Choisissons     deux   points   a}    et   a2   tels   que   f(aj)   4   f(a2)    >   lal|^|a2i'    et   deux

utomorphismes   *jC ,   Y«   tels   que   JT (0)   =   a, »   "jC (0)    -   a^-

1    + la.

Alors   ^L    1    - |g(g)|Z>       »    -|g(z)|    42   inf

3=1,2      '   "1^1       -f^    *   f^z)! 4 |£Il

Log

1    -ja2|      -° |f (a,)    "   f (a2)| (ii)   La   convergence   des   produits   infinis   est   bien   connue    (sous   lThypothè

se      J^    1    - jg(z    )|   < co ;      cf.   RUDIN    [3]    ,    section   15.21),    et   il   est   clair

gé=G

que j  ! |g(z)|  est invariant par G. geG

Par ailleurs, posant B (z)

B  o g = p

g  (a)

-=-  pour 0 < |a| < 1 , B (z) = z, on a

a z	o

1 .

Par suite,pour tout g £G, il existe une constante de module 1, p > telle

o

que f o g = p f.

On peut vérifier que p  = 1 lorsque g est une homographie parabolique,

o

n général p 4-

L!invariance de f par les commutateurs de G est néanmoins évidente. (iii) Soit h une fonction harmonique positive invariante par G, f une fonction holomorphe telle que h = lia f = "- (f - f) .

Pour tout g eG, il existe une constante réelle p  telle que f o g = f + u

o	6

d'où l'invariance de f par G! .

f est à valeurs dans le demi-plan supérieur II.» et on construit une fonction holomorphe bornée en posant   F = t-r .

(ii) et (iii) montrent l'intérêt qu'il y aurait à étudier le revêtement homologique ST de S. Mais le groupe fondamental de S est un groupe libre à une infinité de générateurs, et la surface S! est particulièrement difficile à décrire de manière exploitable.

A5

Complément de bibliographie :

[3] RUDIN (W.). - Real and complex analysis, Me Graw-Hill, 1966

% Local Variables:
% TeX-command-default: "uTeX"
% End:
