\magnification 1200
\font\bigbf=cmbx10 at 12pt
\font\seventt=cmtt10 at 7pt

\def\bu{$\scriptstyle\bullet$} \def\\{\hfil\break}
\parindent=0cm \parskip 5pt plus 2pt minus 1pt
\def\note#1#2{%
\footnote{${}^{#1}$}{\baselineskip 9pt\parskip0pt\sevenrm #2
\vskip-\baselineskip}}


Jean-Pierre Demailly\\
Professeur \`a l'Universit\'e de Grenoble I\\
Membre Correspondant de l'Acad\'emie des Sciences 
\vskip1cm

\`a Monsieur le Ministre de l'Education Nationale

Monsieur le Ministre de la Recherche et de la Technologie

Monsieur le Secr\'etaire d'\'Etat \`a l'Industrie
\vskip1cm

Saint-Martin d'H\`eres, le 30 juillet 2001
\vskip 1.5cm

\centerline{\bf Rapport sur l'enseignement des sciences}
\centerline{\bf et sur l'environnement de travail des enseignants
et enseignants-chercheurs}
\bigskip

L'objet de ce rapport est de contribuer \`a une analyse de la situation 
de l'enseignement scientifique en France, dans le Secondaire et \`a 
l'Universit\'e. Comme cette situation est fortement li\'ee aux conditions 
g\'en\'erales d'exercice des enseignants et enseignants-chercheurs, 
je me suis attach\'e aussi \`a analyser les difficult\'es les plus s\'erieuses 
que ceux-ci peuvent rencontrer dans d'autres secteurs que celui strict 
de leur activit\'e d'enseignement, notamment dans leurs activit\'es de recherche. 
Le rapport se veut sans concessions ni complaisance, mais ne pr\'etend 
pas \`a l'exhaustivit\'e dans l'analyse des difficult\'es.

L'analyse soutenue dans ce rapport est que la qualit\'e de
l'enseignement public scolaire et universitaire s'est consid\'erablement
d\'egrad\'ee depuis une dizaine d'ann\'ees, pour des raisons objectives et
quantifiables, et que c'est cette d\'egradation globale, massive, qui
est la cause principale de la d\'esaffection des \'etudiants dans les
fili\`eres scientifiques, ainsi que de la difficult\'e qu'\'eprouvent les
enseignants et enseignants-chercheurs \`a pouvoir exercer efficacement
leur m\'etier.  Bien entendu, si le texte est tr\`es fortement critique,
c'est aussi parce qu'il se concentre \`a dessein sur les difficult\'es et
ne s'\'etend pas sur les aspects positifs (cela ne veut pas dire qu'il
n'en existe pas aux yeux de l'auteur de ce texte...)

Les vues qui suivent sont personnelles, mais je dois ajouter
qu'elles ressortent d'une pratique de pr\`es de 25 ans sur le terrain,
et de discussions avec de nombreux coll\`egues d'autres disciplines
scientifiques, ou encore avec des enseignants du secondaire, \`a l'IREM
de Grenoble.  J'ai pu b\'en\'eficier des r\'eflexions men\'ees par la commission
Kahane, ainsi que de d\'ebats men\'es \`a l'Acad\'emie des Sciences l'an
dernier. J'ai moi-m\^eme enseign\'e au Lyc\'ee il y a une vingtaine
d'ann\'ees, et depuis, \`a tous les niveaux de l'Universit\'e. Mes travaux
de recherche m'ont amen\'e \`a cotoyer de pr\`es plusieurs branches des
math\'ematiques, mais aussi la physique math\'ematique et l'informatique,
souvent en relation avec des chercheurs europ\'eens ou d'autres
pays. Enfin, j'ai jou\'e r\'ecemment un r\^ole de conseil aupr\`es du MEN et
du CNDP dans le cadre d'une op\'eration en cours concernant les TICE et
les logiciels libres.

J'esp\`ere que ces vues pourront \^etre utiles par exemple en vue du
travail de la commission pr\'esid\'ee par Monsieur le Professeur Guy
Ourisson, Membre et Pr\'esident sortant de l'Acad\'emie des Sciences, 
ainsi qu'aux cellules de r\'eflexion des minist\`eres concern\'es.  Il va de
soi que je me tiens \`a votre disposition pour vous apporter de plus
amples informations, et, le cas \'ech\'eant, vous mettre en contact avec
les individualit\'es, associations ou institutions qui ont \'et\'e mes
sources de r\'eflexion.

Le rapport s'articule en quatre parties, de longueurs in\'egales :

I. Enseignement des Sciences: un \'etat des lieux.

II. Situation calamiteuse des fili\`eres d'enseignement g\'en\'eral \`a 
l'Universit\'e

III. Combattre l'inflation et l'inefficacit\'e administratives

IV. Entr\'ee dans la soci\'et\'e de l'information: plaidoyer pour un libre 
acc\`es \`a la connaissance scientifique


Pour chacun des aspects, des propositions pr\'ecises sont faites. Il est
\'evident que l'ampleur des mesures que je propose est tr\`es grande et
demanderait (demandera?) des efforts et des moyens consid\'erables. De
telles mesures devraient s'\'etaler sur plusieurs ann\'ees, et s'effectuer
dans un souci de continuit\'e et de coh\'erence. Je suis pour ma part
absolument convaincu que les probl\`emes sont structurels et tr\`es
profonds, et qu'on ne pourra pas y rem\'edier par une collection de
petites mesures ou ajustements ponctuels. Les solutions ne pourront
pas \^etre mises en oeuvre sans une prise de conscience suffisante
des pouvoirs publics et de l'opinion, et une participation active
de la soci\'et\'e dans son ensemble.
\vskip10pt

\centerline{Fait \`a Saint-Martin d'H\`eres,}
\vskip10pt
\centerline{Jean-Pierre Demailly}
\vskip3cm
{\it Copie}:

* Pr\'esidence de la R\'epublique, Cabinet du Premier Ministre

* Pr\'esidence de l'Acad\'emie des Sciences, Commission pr\'esid\'ee par Guy Ourisson

* Associations savantes

* Grands partis politiques

* Syndicats enseignants

* Media


\vfill\eject
\pageno=1

{\bigbf I. Enseignement des Sciences: un \'etat des lieux}
\bigskip

Notre pays ne forme plus assez de scientifiques dans un certain nombre
de secteurs cl\'e (sciences ``fondamentales'', informatique, technologies de
pointe, etc), et il en est de m\^eme pour nos principaux partenaires
europ\'eens, cf.\ [1]. Dans le m\^eme temps, le niveau des \'etudiants qui 
se pr\'eparent \`a
entrer dans le professorat ne cesse de baisser. Il est de notori\'et\'e
publique dans le milieu enseignant que les candidats re\c{c}us aux 
concours de recrutement du CAPES et de l'Agr\'egation, particuli\`erement 
en Sciences, le sont sur la base de r\'esultats tr\`es faibles aux \'epreuves 
\'ecrites, au moins pour ce qui concerne les re\c{c}us en milieu ou queue de 
liste. Et la tendance est \`a la baisse,
avec chaque ann\'ee qui passe\note1{L'appr\'eciation ressort d'une part 
de la convergence quasi-unanime des coll\`egues interrog\'es, et d'autre
part d'une analyse dans le temps des contenus que j'ai \'et\'e \`a m\^eme 
d'enseigner dans les pr\'eparations aux concours, sur la base de
mes notes de cours \'ecrites. Ce contenu est, objectivement, en forte
baisse. Voir aussi les analyses pr\'ecises parues 
dans [2], [3], [4], [5], [9].}. 
Le risque est tr\`es grand que les jeunes enseignants mis sur 
le march\'e ne puissent pas dominer leur discipline \`a un niveau suffisant 
pour avoir ensuite l'autonomie et la capacit\'e de jugement n\'ecessaires
\`a la pratique de leur enseignement.

L'\'Education Nationale a tent\'e r\'ecemment de prendre quelques mesures, comme
l'intro\-duction d'un peu plus de sciences exp\'erimentales aux niveaux
primaire et secondaire, mais ces mesures ponctuelles ne sont
pas susceptibles de r\'esoudre des probl\`emes de fond qui tiennent \`a des
dysfonctionnements structurels majeurs. On peut relever aussi la
pr\'esence de nombreux ``clich\'es'' inappropri\'es ou inexacts v\'ehicul\'es
par les media et par certains responsables politiques [6], conduisant 
parfois les d\'ecideurs \`a des prises de
position contraires \`a l'\'epanouissement intellectuel des citoyens
tout comme au d\'eveloppement \'economique du pays. Il y a ainsi dans le 
public une confusion permanente entre le statut de la science, 
outil de connaissances fondamentales, et les cons\'equences politiques 
et humaines pouvant r\'esulter de l'utilisation des technologies scientifiques,
qui rel\`event d'un pur probl\`eme de gestion \'economique ou politique. 
On sait bien, h\'elas, que les technologies utilis\'ees \`a mauvais escient
peuvent entra\^{\i}ner des d\'esastres majeurs: accidents technologiques,
guerres, destruction de l'environnement..., mais la confusion
mentionn\'ee ci-dessus a abouti dans le dernier quart de si\`ecle \`a une
perception n\'egative de la science par l'opinion publique, et ce, dans 
tous les pays d\'evelopp\'es. Les tendances similaires observ\'ees en Europe et
ailleurs montrent le caract\`ere plan\'etaire de la mauvaise perception des 
enjeux scientifiques.

Quelles \'evolutions a-t-on observ\'ees en France en mati\`ere d'enseignement,
et en particulier, d'enseignement des sciences~? Dans les deux derni\`eres
d\'ecennies, les gouvernements successifs ont eu le souci l\'egitime de
faire acc\'eder la plus grande proportion possible de la population \`a un
niveau de formation avanc\'e. Le syst\`eme \'educatif a donc d\^u faire face \`a
un accroissement d\'emographique consid\'erable, surtout au Lyc\'ee et \`a
l'Universit\'e. Or, face \`a une audience forc\'ement plus exigeante et plus
diverse, le syst\`eme \'educatif a r\'epondu de mani\`ere absurde par une
r\'eduction de son ``adaptabilit\'e'': entre autres, cr\'eation du coll\`ege
unique, r\'eduction de la diversification des fili\`eres scientifiques
dans l'enseignement g\'en\'eral au Lyc\'ee; les fili\`eres C (sciences
fondamentales), D (sciences de la vie), E (technologie) se sont vues
ainsi remplac\'ees par une unique fili\`ere scientifique S.

Dans le m\^eme temps, face aux difficult\'es, les enseignants se voyaient
d\'eposs\'ed\'es de certaines de leurs pr\'erogatives naturelles -- comme
celle, fondamentale, de prendre la d\'ecision finale d'orientation des
\'el\`eves.  Des mesures qui auraient \'et\'e indispensables \`a la pr\'eservation
de la qualit\'e de l'enseignement n'ont pas \'et\'e prises: mise en place de
soutien efficace pour les \'el\`eves en difficult\'e, maintien de la coh\'erence
des formations dans l'espace et dans le temps, maintien du taux
d'encadrement des personnels d'accompagnement p\'edagogique, formation
continue des enseignants, dispositifs pertinents de suivi et d'\'evaluation 
des enseignants -- pour r\'esoudre les cas douloureux d'enseignants en 
situation d'inadaptation ou de d\'etresse p\'edagogique.

Plus grave, des r\'eformes successives et trop rapproch\'ees ont \'et\'e mises en
oeuvre, venant fragiliser l'\'edifice d\'elicat patiemment mis en place
par les g\'en\'erations pr\'ec\'edentes, faisant parfois table rase de la
longue exp\'erience accumul\'ee, aboutissant dans tous les cas \`a une
diminution du potentiel adaptatif. Les r\'eformes ont souvent \'et\'e men\'ees
au nom de soucis louables ``d'\'egalit\'e des chances'' et de
``d\'emocratisation de l'enseignement'', mais dans la r\'ealit\'e, au prix
du choix syst\'ematique du plus petit d\'enominateur commun. Puisque ce
plus petit d\'enominateur imposait une r\'eduction des contenus, on a
taill\'e sauvagement dans les programmes. Au lieu de repenser les
programmes dans leur globalit\'e, les contraintes de temps ont fait
qu'on a pr\'ef\'er\'e concevoir les programmes au coup par coup. Ceci a
abouti \`a la conception de programmes en ``structure de
gruy\`ere''. En sciences, beaucoup de parties explicatives fondamentales, 
souvent celles qui permettaient aux \'el\`eves d'asseoir leurs connaissances 
sur une compr\'ehension de fond ou d'alimenter leur r\'eflexion citoyenne, 
ont \'et\'e supprim\'ees sans raison et sans aucune analyse didactique s\'erieuse des
r\'esultats que ces d\'ecisions pouvaient engendrer\note2{Souvent, les
orientations prises par l'institution \'educative semblent r\'esulter
d'id\'ees assez na\"{\i}ves soutenues par quelques personnalit\'es tr\`es en vue, 
tout aussit\^ot d\'eform\'ees et pouss\'ees \`a leur extr\^eme dans leur application, 
et reprises comme la v\'erit\'e unique par les responsables administratifs,
sans r\'eelle concertation ou va-et-vient avec les acteurs du terrain. 
Il en a \'et\'e ainsi pour la r\'eforme dite des 
maths modernes dans les ann\'ees 1970, qui pr\'etendait que la seule cl\'e de
la compr\'ehension scientifique \'etait l'introduction de la m\'ethode 
axiomatique formelle d\`es la classe de sixi\`eme, voire d\`es la maternelle. 
On en a vu les piteux r\'esultats.
Aujourd'hui -- en retour de balancier si l'on peut dire -- des scientifiques
\'eminents ont fait remarquer que la science exp\'erimentale \'etait peut-\^etre un 
point faible de notre pays et devait donc \^etre davantage prise en compte 
dans le syst\`eme \'educatif. Il semble malheureusement en avoir \'et\'e conclu qu'il 
fallait \'evacuer tout concept un tant soit peu th\'eorique des programmes de 
l'enseignement secondaire ! Si des cas d'exp\'erimentateurs purs
comme Faraday existent, il y a aussi de nombreux exemples de th\'eoriciens 
dont les r\'esultats ont abouti \`a des retomb\'ees pratiques 
consid\'erables (Poincar\'e, Einstein, Bohr...). La science, presque par 
d\'efinition, est une combinaison harmonieuse d'exp\'erimentations et de 
mod\'elisations th\'eoriques, et elle doit \'evidemment appara\^{\i}tre comme telle dans
l'enseignement.}.  Il n'en est rest\'e que des
programmes difficiles \`a assumer par les enseignants et par les manuels
scolaires, sauf h\'elas par la pratique d'un bourrage de cr\^ane ou
d'une scolastique de nature \`a \'ecoeurer les \'el\`eves les plus
motiv\'es\note3{Je ne peux pas ne pas mentionner que les travaux
du CNP (Comit\'e National des Programmes) dans les ann\'ees 1995 et suivantes
semblent s'\^etre d\'eroul\'es dans des conditions assez effarantes (les 
\'el\'ements d'information que je vais rapporter m'ont \'et\'e transmis par mon 
coll\`egue Michel Brou\'e, qui repr\'esentait les math\'ematiques au sein du CNP). 
Il semblerait d'abord que le fonctionnement du CNP ait \'et\'e fortement 
perturb\'e par les foucades du Ministre de l'\'epoque qui, au lieu de s'en 
tenir \`a une attitude de neutralit\'e responsable vis-\`a-vis de cette instance,
se permettait de transmettre des injonctions plus ou moins arbitraires 
empi\'etant sur le travail de r\'eflexion de la commission. Les d\'ebats 
internes ont parfois \'et\'e houleux, et le Pr\'esident du CNP de l'\'epoque, 
Luc Ferry, se serait laiss\'e aller \`a exprimer, dans un moment d'agacement, que 
les math\'ematiciens avaient encore \`a faire la preuve ``de la l\'egitimit\'e de 
l'enseignement des math\'ematiques dans le secondaire'' [non pas de la 
l\'egitimit\'e d'enseigner telle ou telle part des math\'ematiques, ou de les
enseigner de telle ou telle fa\c{c}on, mais bien de la l\'egitimit\'e
d'enseigner les math\'ematiques tout court]. Ce faisant, Luc Ferry 
ne faisait qu'exprimer une opinion h\'elas tr\`es largement r\'epandue dans la
soci\'et\'e, singuli\`erement chez ceux qui n'ont pas eu une formation 
scientifique suffisante. Comme si les mill\'enaires d'enseignement des
math\'ematiques et l'utilisation massive des concepts math\'ematiques dans
la soci\'et\'e contemporaine ne constituaient plus en soi une justification
imp\'erative. Mais le scandale absolu ne r\'eside pas tant dans les propos de 
Luc Ferry -- qui ont probablement d\'epass\'e sa ligne de pens\'ee 
personnelle -- que dans le fait que l'institution \'educative ne soit pas 
dot\'ee d'une instance r\'eunissant des comp\'etences \'elargies et 
indiscutables, sur lesquelles le Minist\`ere de l'Education aurait pu s'appuyer
pour prendre des d\'ecisions m\^urement pes\'ees et analys\'ees.}\
\note4{Les choix faits dans les programmes du secondaire sont \`a coup s\^ur 
gravement en cause dans la mauvaise perception que les \'el\`eves peuvent
avoir des disciplines scientifiques. Il est vrai que les structures 
horaires combin\'ees \`a des ambitions d\'eraisonnables ou incoh\'erentes 
rendaient tout choix intelligent impossible aux commissions de 
programme. On a ainsi pu observer, dans les programmes de math\'ematiques
destin\'es au Lyc\'ee, l'introduction de pseudo-``raccourcis'' pour les 
notions de continuit\'e et d\'erivabilit\'e des fonctions, qui, faute 
de toute analyse didactique s\'erieuse, engendraient en fait des 
confusions syst\'ematiques ult\'erieures tr\`es s\'erieuses chez les 
\'etudiants.}.
Ceux-ci, se sentant de moins en moins sollicit\'es dans leurs
r\'eflexions ou leurs d\'emarches d'apprentissage, se d\'esint\'eressent de
l'enseignement, abandonnent l'effort, et dans le pire des cas, en
viennent \`a consid\'erer que l'Education Nationale n'a plus rien \`a leur
montrer. Il faut voir que cette situation, loin de r\'esoudre le probl\`eme
des in\'egalit\'es sociales, les accro\^{\i}t au contraire s\'ev\`erement puisque
seuls les \'el\`eves issus des milieux les plus favoris\'es peuvent trouver 
les moyens de pallier les carences du syst\`eme \'educatif.
\bigskip

\noindent{\bigbf Quels rem\`edes?}

Ma proposition serait d'\'etudier de toute urgence des mesures de bon
sens visant \`a remettre \`a l'ordre du jour la diversification des fili\`eres
d'enseignement g\'en\'eral, tout en augmentant autant que possible
la qualit\'e et l'adaptabilit\'e du syst\`eme.

Au niveau de l'\'ecole primaire, il faudrait revoir les contenus \`a la
hausse. Pourquoi, pendant des d\'ecennies, a-t-on enseign\'e les 4
op\'erations d\`es le CP et le CE1, alors qu'on en arrive aujourd'hui \`a
``l'h\'er\'esie'' de n'enseigner la division qu'au niveau du
CM1 ou du CM2, et encore, dans des situations factices o\`u le r\'esultat
de la division se lit dans la table de multiplication? Les programmes
officiels ne consolident la m\'ethode g\'en\'erale d'addition des fractions
par r\'eduction au m\^eme d\'enominateur qu'au niveau de la classe de 4\`eme.
Il s'agit l\`a d'une fantastique r\'egression intellectuelle par rapport
\`a ce qui \'etait observ\'e il y a quelques d\'ecennies (les fractions
\'etaient suppos\'ees ma\^{\i}tris\'ees de l'\'el\`eve moyen d\`es le CM1/CM2).
Les concepts essentiels de grandeurs et d'unit\'es (longueurs, temps,
vitesses, surfaces, volumes, densit\'es...), qui relevaient autrefois du 
primaire, sont aujourd'hui ou bien inexistants ou bien massacr\'es par 
les programmes. Dans
le m\^eme temps, en 4\`eme, le programme officiel pr\'etend enseigner 
des ``statistiques'' d'apparence sophistiqu\'ee, incluant des analyses 
d'\'echantillons r\'epartis par sous-classes (et ce, r\'ep\'etons-le, \`a des 
\'el\`eves qui sont suppos\'es \`a peine ma\^{\i}triser le calcul des fractions). 
Inutile de dire qu'il s'agit de purs fantasmes et que la plupart des 
enseignants sont incapables de g\'erer un tel contenu.

La situation actuelle est \`a mon avis le r\'esultat d'une
auto-intoxication et d'une d\'emagogie politico-adminis\-trative
(conscientes ou inconscientes), visant \`a \'eluder les probl\`emes plut\^ot
qu'\`a tenter de les r\'esoudre positivement: \`a savoir mettre en place,
pour les \'el\`eves en difficult\'e, des mesures de suivi et de soutien
p\'edagogique, des alternatives d'approche p\'edagogique prenant en compte
leurs difficult\'es sp\'ecifiques. On a pr\'ef\'er\'e l\`a encore 
s'adres\-ser \`a un
``\'el\`eve moyen'' mythique qui n'existe pas, en n\'egligeant les probl\`emes
de compr\'e\-hension des \'el\`eves en difficult\'e, et en imposant
aux autres qui n'ont pas de difficult\'es particuli\`eres un
nivellement par le bas d'autant plus injustifi\'e que la population
scolaire, en primaire, n'a pas beaucoup chang\'e dans sa composition
sociologique.

Au niveau du coll\`ege, il faudrait \`a la fois poursuivre la vigoureuse
revalorisation des contenus, et en m\^eme temps mettre en place des
fili\`eres proposant une approche plus pragmatique, construite comme une
alternative positive et valorisante, mettant les \'el\`eves au contact du
monde du travail, des milieux associatifs (action sociale, \'educateurs
sportifs, activit\'es culturelles et artistiques~$\ldots$). Tout ceci
suppose une action raisonn\'ee et d\'etermin\'ee de l'\'Etat. L'\'Education 
Nationale pourrait faire appel \`a des intervenants ext\'erieurs contractuels 
ayant l'exp\'erience du terrain. Cela correspond d'ailleurs \`a un besoin
fondamental d'une soci\'et\'e qui est tr\`es loin d'assumer ses
responsabilit\'es en mati\`ere de pr\'evention sociale. Il faut
\'eradiquer les situations o\`u des \'etablissements ghettos ne servent de
paravent qu'\`a l'\'echec scolaire et \`a des formes de d\'elinquance
sourdes\note5{Les \'etablissements scolaires ne doivent pas \^etre le lieu
o\`u se r\`eglent les probl\`emes sociaux, les enseignants ne sont pas
form\'es \`a ce r\^ole (voir [27] pour un t\'emoignage poignant). 
Il est \'evident que c'est aux acteurs sociaux que 
revient principalement le r\^ole de traiter les probl\`emes d'insertion 
en amont du syst\`eme scolaire. N\'eanmoins, la discipline doit 
r\'egner dans les \'etablissements scolaires, et il faut tr\`es certainement
envisager de nommer en plus grand nombre des personnels vou\'es aux 
t\^aches de surveillance et d'encadrement, en particulier dans les ZEP.}.
Les jeunes en difficult\'e peuvent retrouver leurs motivations
si on les met au contact de la vie r\'eelle, en leur montrant que
l'\'ecole de la R\'epublique (et la soci\'et\'e dans son ensemble) est
susceptible de prendre en charge directement leurs aspirations:
activit\'es techniques, culturelles, artistiques, sportives, sociales
etc~$\ldots$, m\^eme si elles sont assez \'eloign\'ees de la pratique
\'educative de la fili\`ere ``g\'en\'eraliste''. Une telle organisation est
impossible ou n'est qu'illusion si des fili\`eres diff\'erenci\'ees
ad\'equates ne sont pas cr\'e\'ees. Bien s\^ur, des moyens humains et
mat\'eriels consid\'erables seraient n\'ecessaires pour faire face \`a ces
besoins. 

Au Lyc\'ee, la question fondamentale, de nouveau, est la diversification 
des fili\`eres. Les formations professionnelles et technologiques sont 
\'evidemment une tr\`es bonne chose, et mes remarques concernent plut\^ot la 
fili\`ere g\'en\'erale, dans la mesure o\`u c'est l\`a que se focalisent 
une grande partie des dysfonctionnements qui toucheront ult\'erieurement
les fili\`eres de formation scientifique.

L'instauration de la seconde indiff\'erenci\'ee a \'et\'e -- est encore -- une
aberration\note6{Un \'eminent coll\`egue biologiste, qui \'etait visiblement 
sur la m\^eme longueur d'onde que moi, faisait remarquer qu'on pouvait
faire de ce point de vue un parall\`ele entre le fonctionnement du syst\`eme
\'educatif et la biologie. La richesse de la vie sur notre plan\`ete est une 
cons\'equence directe des ph\'enom\`enes de diff\'erenciation et de bio-diversit\'e.
A l'inverse, l'uniformisation des conditions \'eco-biologiques, 
en particulier sous l'effet de la colonisation de l'\'ecosph\`ere par 
l'homme, entra\^{\i}ne la destruction de nombreuses niches \'ecologiques.}. 
A ce niveau, une bonne partie des \'el\`eves ont d\'ej\`a des
aspirations qui les inclinent plut\^ot vers telle ou telle direction,
tandis que les r\'esultats obtenus dans les ann\'ees pr\'ec\'edentes
constituent en g\'en\'eral des indicateurs assez forts. Il faudrait donc
en revenir \`a des fili\`eres bien reconnaissables (incluant, \'evidemment,
des directions tenant compte des \'evolutions r\'ecentes de la soci\'et\'e): 
lettres et langues, lettres classiques, arts et lettres, sport et 
activit\'es collectives, sciences \'economiques, sciences de la vie, 
sciences de la mati\`ere, science et technologie, comme cela existait 
auparavant (bien s\^ur, la diff\'erenciation pourrait se faire par 
\'etapes successives). Cela
permettrait de revaloriser le contenu disciplinaire, en mettant
l'accent sur les disciplines vers lesquelles les \'etudiants souhaitent
s'orienter.  Bien entendu, cela n'interdit pas non plus d'envisager
des passerelles entre les fili\`eres, au moyen de jeux d'options
ad\'equats en heures compl\'ementaires (en particulier pour r\'epondre \`a la
demande d'\'etudiants d\'esireux de mener de front plusieurs sujets de 
mani\`ere approfondie).

Il est \`a noter que l'on n'enseigne actuellement presque aucune
``informatique s\'erieuse'' au Lyc\'ee, juste une formation \`a l'usage de
logiciels assez sp\'ecifiques comme les tableurs ou les instruments de
calcul, en g\'en\'eral dans des contextes qui r\'eduisent les \'el\`eves \`a
l'\'etat d'utilisateurs passifs de techniques venues
d'ailleurs\note7{Voir plus loin (section IV) des consid\'erations li\'ees \`a
l'Informatique, aux TICE, \`a l'\'emergence des logiciels libres -- et qui
int\'eragissent fortement avec ce propos.}, et qui leur restent
totalement \'etrang\`eres au plan de la compr\'ehension des
m\'ecanismes\note8{Il a \'et\'e \'ecrit a de nombreuses reprises, y compris
par des scientifiques reconnus, mais surtout par des milieux proches
des media et du monde politique, que le fait de disposer via les
ordinateurs d'une grande puissance de calcul automatique allait pouvoir
dispenser l'\^etre humain de la plus grande partie de ses efforts
intellectuels. Mais si l'on imagine que les ordinateurs d'aujourd'hui
sont capable de simuler certains processus intellectuels,
c'est probablement, en dehors de quelques cas de syst\`emes experts
tr\`es particuliers et tr\`es limit\'es, qu'on ne d\'epasse gu\`ere le niveau de
l'intelligence simiesque (et encore... les singes font beaucoup mieux
que l'ordinateur dans quantit\'e de domaines!). S'il s'agit d'\'epargner \`a
l'\^etre humain des efforts de calcul purement m\'ecaniques, l'argument
peut \'eventuellement s'entendre. Mais certains inspecteurs g\'en\'eraux
de l'Education Nationale sont all\'es jusqu'\`a pr\'etendre qu'il n'y avait plus 
lieu de d\'evelopper les capacit\'es de calcul chez les \'el\`eves, ni de 
s'interroger sur les principes de fonctionnement de la technologie, et 
que seuls les r\'esultats accessibles via la proth\`ese \'electronique comptent. 
Je me permets de m'inscrire en opposition totale farouche contre ce point
de vue. Car en d\'efinitive, cela revient \`a peu pr\`es \`a dire que le citoyen
n'aura plus aucun moyen de contr\^ole sur la technologie qu'il utilise,
ni aucun moyen d'\'evaluer la pertinence des choix technologiques que
la soci\'et\'e lui impose. Et qu'il sera donc livr\'e sans d\'efense possible
aux app\'etits de quelques ``\'elites'' disposant seules de la connaissance
scientifique et technique. On voit d\'ej\`a les pr\'emisses de cette situation avec
l'\'emergence de monopoles technologiques mondiaux.}.
Bien s\^ur, une formation \`a l'usage de logiciels sp\'ecifiques est 
compr\'ehensible pour des fili\`eres courtes \`a vis\'ee professionnelle
(secr\'etariat, comptabilit\'e, etc), mais ce type de formation n'a pas
sa place dans les fili\`eres g\'en\'erales. Des exp\'eriences tent\'ees il y a 
environ une quinzaine d'ann\'ees dans les
programmes du secondaire ont montr\'e qu'il \'etait possible, en option 
informatique, d'enseigner des choses beaucoup plus int\'eressantes, telles 
que la programmation dans un langage informatique de base -- par exemple
en relation avec les math\'ematiques et la compr\'ehension des concepts logiques
fondamentaux (cf.\ aussi l'analyse de Bernard Lang parue dans [8]). 
Ces concepts restent h\'elas presque totalement ignor\'es
dans l'enseignement actuel au Lyc\'ee. Cela est consternant,
compte tenu de l'importance croissante que jouent ces concepts dans la
technologie contemporaine et m\^eme dans la vie 
quotidienne\note9{La plupart des \'etudiants qui
entrent \`a l'Universit\'e semblent tr\`es mal comprendre les liens qui
peuvent exister entre la num\'eration en base 2, le codage de l'information
et les connecteurs logiques comme ``et'', ``ou'', etc... Rien d'\'etonnant
\`a cela: on ne le leur a jamais appris. Mais on pr\'etend
cependant que nous allons bient\^ot entrer dans l'\`ere du tout num\'erique!}. 
Quel r\^ole peut-il rester \`a cette \'ecole de la grise et uniforme m\'ediocrit\'e, 
alors que des jeunes fortement motiv\'es et plac\'es dans des conditions
favorables peuvent -- loin de l'\'ecole -- parvenir eux-m\^emes \`a des
r\'ealisations remarquables~? L'ennui g\'en\'er\'e chez certains \'el\`eves par
l'absence d'enjeu ou de stimulation intellectuelle (et le caract\`ere
r\'ep\'etitif des devoirs scolaires) est s\^urement la cause de nombreux
\'echecs d'\'el\`eves dou\'es, souvent de nombreuses ann\'ees apr\`es le d\'ebut du
ph\'enom\`ene, lorsqu'ils ont d\'efinitivement perdu pied.

Si on ne rem\'edie pas d'urgence \`a toutes ces lacunes fondamentales de
l'enseignement secondaire (et universitaire, voir plus loin), je crois
que notre pays se dirige \`a tr\`es court terme vers une situation de
v\'eritable d\'ecadence technico-scientifique. Comme les Etats-Unis, que
nous avons tendance \`a trop imiter de mani\`ere irr\'efl\'echie et dont la
science ne se maintient au meilleur rang mondial que par perfusion
massive de mati\`ere grise venant d'Europe de l'Est et d'Asie, notre 
pays se dirige tout droit vers une forte p\'enurie de techniciens et 
de scientifiques. Les m\^emes erreurs entra\^{\i}nant les m\^emes cons\'equences, 
on observe aujourd'hui une situation similaire dans presque tous les 
pays europ\'eens voisins [1]. Cette situation n'est certes pas irr\'eversible, 
il reste en Europe un
potentiel humain consid\'erable tout \`a fait \`a m\^eme de redresser la
situation\note{10}{Il est cependant tr\`es urgent d'agir, car ce potentiel
va fortement s'\'eroder si on extrapole les tendances actuelles.}.  Il
faudrait pour cela que les \'Etats prennent des d\'ecisions rapides,
r\'efl\'echies et politiquement courageuses, allant parfois \`a
contre-courant des orientations prises ces derni\`eres ann\'ees.  Il
faudrait aussi, peut-\^etre, que les responsables europ\'eens cessent de
s'\'echanger entre eux les ``mauvais tuyaux'' qui ont fait ailleurs la
preuve de leur faillite, et qu'ils s'appuient davantage sur les
analyses faites par les enseignants et les experts qui travaillent sur
le terrain. Ceci ne peut se faire que si des instruments de mesure
pr\'ecis sont mis en place, dans un cadre institutionnel, instruments
qui \'echapperaient autant que possible aux alea
politico-administratifs.
\medskip

\noindent{\bf Mesures concr\`etes}
\medskip

{\bf 0) A tous les niveaux}

\bu\ Changement de perspective dans les proc\'edures
d'\'evaluation des \'el\`eves. L'\'evaluation doit \^etre \`a la fois souple, 
permettre une r\'eelle orientation, mais \'eviter de laisser passer aux
niveaux sup\'erieurs les \'el\`eves en difficult\'e. Les propositions initiales
et finales d'orientation doivent \^etre de la seule pr\'erogative des 
enseignants (avec un droit de regard et de discussion des
parents, et des commissions d'appel).

\bu\ Mise en place syst\'ematique d'une formation permanente des 
enseignants du secondaire, qui constituerait une part {\it obligatoire} de 
leur service, en particulier au moyen de liaisons organiques avec 
l'enseignement universitaire.

\bu\ Mise en place de structures d'\'evaluation des performances des
formations, ind\'ependantes du pouvoir politique, et faisant appel
en particulier \`a des experts issus de l'ensemble des disciplines
concern\'ees.

\bu\ Gestion plus flexible des horaires, en fonction des disciplines
et de la nature des activit\'es.

\bu\ Gestion plus flexible de la carri\`ere des enseignants:
\'evaluation des r\'esultats par les responsables d'\'eta\-blissements et 
par l'inspection, m\'ecanismes d'encouragement des initiatives et des 
exp\'eriences locales, passerelles institutionnelles 
vers d'autres corps de fonctionnaires pour r\'esoudre les probl\`emes 
d'inadaptation ou de difficult\'es li\'ees \`a la sant\'e, etc.

\bu\ Mise en place de partenariats avec les entreprises et le monde du 
travail. Appel \`a des intervenants ext\'erieurs lorsque la situation
rend cette intervention souhaitable.
\medskip

{\bf a) Enseignement primaire}

\bu\ Revalorisation des programmes, en particulier au niveau du
calcul (le mot ``math\'ema\-ti\-ques'' et a fortiori ``math\'ematique'' me
para\^{\i}t p\'edant \`a ce niveau). La pratique du calcul mental et l'agilit\'e 
dans les calculs manuels doivent redevenir des {\it exigences prioritaires}.

\bu\ Remise \`a l'ordre du jour de m\'ethodes d'enseignement \'eprouv\'ees et 
p\'edagogiquement solides, convenant \`a une majorit\'e d'\'el\`eves, en particulier
les m\'ethodes qui sont des valeurs ``\'eternelles'': apprentissage du calcul
en comptant sur les doigts (ou avec des b\^uchettes!),
plus grande insistance sur les notions de grandeurs et 
d'unit\'es (la question se pose aussi sans doute dans d'autres secteurs
que le calcul, par exemple en Fran\c{c}ais: m\'ethodes analytiques de lecture, 
orthographe, dict\'ees...)\note{11}{On a vu fleurir \`a 
diff\'erentes \'epoques des th\'eories p\'edagogiques farfelues, aussit\^ot 
\'erig\'ees en dogme par l'insti\-tution, et qui ont provoqu\'e des ravages 
consid\'erables: m\'ethodes ``globales'' de lecture, calcul traditionnel 
remplac\'e par de pr\'etendues ``maths modernes'' aussi stupides que 
d\'emesur\'ement ambitieuses. Aujourd'hui encore persistent des injonctions
ridicules ou toxiques, telle que celle consistant \`a interdire l'usage 
des unit\'es dans l'\'ecriture des op\'erations de calcul (l'unit\'e doit figurer
uniquemement au niveau du r\'esultat). Selon des t\'emoignages port\'es \`a ma
connaissance, cette injonction institutionnelle semble parfois conduire 
les inspecteurs \`a mal noter les enseignants s'adonnant \`a la pratique
``r\'eprouv\'ee''.  Or, l'interdiction pr\'ec\'edente semble avoir pour seul
fondement le fait que les calculettes ne manipulent que des nombres.
Elle n'a aucune justification scientifique intrins\`eque (bien au contraire), 
et conduit souvent les \'el\`eves 
\`a \'ecrire des relations incoh\'erentes, \`a savoir des \'egalit\'es entre grandeurs de 
natures diff\'erentes, comme des nombre purs et des grandeurs dimensionn\'ees. 
Des analyses didactiques s\'erieuses ont d'ailleurs montr\'e que la non 
utilisation des unit\'es dans les calculs pouvait induire une perte de sens 
chez les jeunes \'el\`eves [19], [20]. Rappelons que la compr\'ehension 
des unit\'es, des 
``dimensions'' et leurs rapports mutuels est un \'el\'ement fondamental de
la Physique, tout aussi bien li\'e (en Math\'ematiques avanc\'ees) 
aux principes
de covariance et contravariance en calcul tensoriel. Il ne s'agit donc
nullement -- comme certains pourraient \^etre tent\'es de le croire -- de 
probl\'ematiques d\'esu\`etes. Et, soit dit en passant, l'usage d'instruments de 
calcul ou de syst\`emes informatiques performants n'est pas un gage de 
qualit\'e d'enseignement -- loin s'en faut -- surtout lorsque l'usage en 
est abusif.}.

\bu\ Mise en place d'un enseignement syst\'ematique des langues
\'etrang\`eres d\`es la maternelle et les premi\`eres ann\'ees de l'\'ecole primaire,
sous une forme active et vivante (on pourra ici, \'eventuellement,
s'inspirer de l'exp\'erience des pays d'Europe du Nord, car ces pays 
paraissent consid\'erablement plus performants que la France dans ce domaine).

\bu\ Mise en oeuvre effective de mesures facilitant la progression 
diff\'erenci\'ee des \'el\`eves. Les \'el\`eves pourraient ainsi suivre le rythme qui 
leur convient et recevoir si n\'ecessaire des enseignements de
soutien ou d'approfondissement (pour les plus avanc\'es). L'\^age normal 
d'entr\'ee en 6\`eme serait compris entre 10 ans et 12 ans (et non pas 
n\'ecessairement 11 ans ``pile''), en fonction du parcours de l'\'el\`eve.

\medskip

{\bf b) Coll\`ege}

\bu\ Cr\'eation de fili\`eres diversifi\'ees, avec au moins 2 grandes 
variantes: enseignement g\'en\'eral / enseignement appliqu\'e.

\bu\ Mise en place de situations d'apprentissage, en relation avec 
le monde du travail, pour la fili\`ere d'ensei\-gnement appliqu\'e.

\bu\ Soutien accru \`a la mise en place d'activit\'es d'animation
sociale ou culturelle au niveau local, qui feraient la liaison entre 
le temps libre des \'el\`eves et leur vie scolaire (clubs d'activit\'es 
culturelles, artistiques, scientifiques, sociales, sportives, etc).

\bu\ Dans la fili\`ere d'enseignement g\'en\'eral, revalorisation vigoureuse des 
programmes de math\'ematiques (horaire {\it minimum} de 5 heures par semaine).
Revalorisation non pas tant du volume que de l'\'etat d'esprit. Le
raisonnement et les preuves doivent appara\^{\i}tre d\`es la 6\`eme~-- au
d\'ebut, bien entendu, dans des situations \'el\'ementaires accessibles aux 
\'el\`eves, notamment en g\'eom\'etrie et en arithm\'etique\note{12}{Les commentaires 
officiels des programmes actuels recommandent certes l'introduction de 
techniques de preuves; mais dans la pratique enseignante r\'eelle (qui est 
contrainte par les dures r\'ealit\'es du moment!), et aussi dans les manuels
scolaires, les preuves sont ou bien inexistantes ou bien r\'eduites \`a la 
pratique d'argumentaires convenus et st\'er\'eotyp\'es. De telles activit\'es, qui
n'impliquent pas l'engagement actif de l'\'el\`eve, deviennent h\'elas rapidement
d\'epourvues de toute signification et de tout enjeu...}.

\bu\ Enseignement des sciences de la vie et de la terre et de la technologie 
\`a partir de la 6\`eme, des sciences physiques \`a partir de la 4\`eme
(2 heures par semaine environ; ces sciences, pour \^etre trait\'ees 
s\'erieusement, n\'ecessitent des connaissances math\'ematiques suffisantes,
c'est pourquoi il faut les introduire \`a petite dose au d\'ebut; bien 
entendu, le cours de math\'ematiques, en 6\`eme et en 5\`eme, et ult\'erieurement, 
pourra introduire des concepts mis en relation avec des situations concr\`etes,
et en particulier avec les autres sciences, lorsque c'est pertinent. Mais
il convient d'exclure \`a ce niveau, et sans doute au del\`a, les tr\`es 
excessives pr\'etentions ``d'interdisciplinarit\'e''...)

\bu\ Enseignement pouss\'e d'une langue (5 heures par semaine, avec travaux
en laboratoire, si possible en liaison avec l'enseignement d'une
autre discipline).

\bu\ Aller vers une plus grande souplesse dans les choix offerts aux \'el\`eves,
de fa\c{c}on que ceux-ci se sentent r\'eellement impliqu\'es et investis dans
leurs choix.

\bu\ Mettre en place de dispositifs appropri\'es pour r\'esoudre les situations
locales difficiles, en particulier dans les ZEP (zones d'\'education
prioritaire): classes sp\'eciales de r\'einsertion (dot\'ees d'une plus large 
autonomie de fonctionnement que les classes des fili\`eres ``normales''), 
surveillants en plus grand nombre, etc...
\medskip

{\bf c) Lyc\'ee}

\bu\ R\'eforme du Baccalaur\'eat et des proc\'edures d'\'evaluation des \'el\`eves
(voir plus loin).

\bu\ Grande diversification des fili\`eres. La fili\`ere d'enseignement
g\'en\'eral, par exemple, pourrait se scinder (peut-\^etre par paliers et/ou 
avec des troncs communs) au moins en

A) Arts et lettres

B1) Sciences \'economiques

B2) Sciences sociales

C) Sport et soci\'et\'e

L) Langues

SF) Sciences fondamentales

ST) Sciences et technologie

SI) Sciences et informatique

SV) Sciences de la Vie et de la Terre

\bu\ Les horaires seraient fortement diff\'erenci\'es en fonction des
fili\`eres. Dans les fili\`eres SF, ST, SI, le poids des math\'ematiques
serait \'elev\'e, de m\^eme que la Physique dans les fili\`eres SF et ST.
La fili\`ere SI pourrait sceller la cr\'eation d'une v\'eritable fili\`ere
d'enseignement de l'informatique et de la programmation. 

\bu\ Les programmes de math\'ematiques mettraient un accent important
sur l'acquisition des outils conceptuels (fondements, raisonnement, 
m\'ethodes d'analyse et d'argumentation).  Les programmes d'histoire
comporteraient des volets traitant de l'histoire des sciences et
techniques, de l'\'evolution des grandes id\'ees au cours des \^Ages.

\bu\ L'informatique serait pr\'esente (1 \`a 2 heures par semaine environ)
dans les autres fili\`eres.  Dans tous les cas, il s'agirait de
l'apprentissage des concepts de base de l'informatique et de la
programmation, en relation avec la logique \'el\'ementaire et le
raisonnement math\'ematique [et non pas de l'utilisation passive des 
outils, comme dans les programmes actuels~!]

\bu\ Eviter de multiplier, \`a l'int\'erieur ou \`a la place des horaires 
disciplinaires, les activit\'es ``culturelles'' ou ``superficielles'' 
qui viennent distraire les \'el\`eves des pr\'eoccupations essentielles 
(TPE, papillonnage sur des sujets trop ambitieux, etc).
Le caract\`ere interdisciplinaire des disciplines scientifiques sera
au contraire renforc\'e au moyen de choix pertinents bien explicit\'es
au niveau des contenus (et pas ambitieux au point d'\^etre irr\'ealisables, 
comme on le voit trop dans les mo\^utures actuelles de programmes;
en Math\'ematique ou en Physique, par exemple, peu importe que la 
probl\'ematique ait d\'ej\`a \'et\'e connue et \'etudi\'ee par les Grecs anciens,
s'il s'agit d'une situation universelle et/ou \'eclairante pour 
l'esprit humain, l'important \'etant de faire r\'efl\'echir...)

\bu\ Les programmes \'elabor\'es pour les diff\'erentes disciplines doivent
\^etre mieux coordonn\'es dans le temps que ce n'est actuellement le cas, par 
exemple \`a l'interface Math/Physique (qui est d\'elicate \`a traiter).

\bu\ Maquettes horaires typiques pour les fili\`eres scientifiques, au
niveau de la Terminale (il s'agit d'une proposition indicative
destin\'ee \`a donner une id\'ee des poids relatifs des disciplines;
une certaine latitude de choix serait \'evidemment possible):

$*$ Fili\`ere SF:\\
math\'ematiques (9 heures), physique (7 heures), informatique (2 heures),
biologie (2 heures);\kern-1pt\break 
langue vivante (5 heures), arts et lettres (2 heures), 
histoire-g\'eographie (2 heures), \'educa\-tion physique et sportive (3 heures)
+ cours optionnels facultatifs (langue vivante 2, latin, grec, musique, 
activit\'es artistiques, etc...)

$*$ Fili\`ere ST:\\
math\'ematiques (8 heures), physique (7 heures), informatique (2 heures),
technologie\break (3 heures); langue vivante (5 heures), 
arts et lettres (2 heures), histoire-g\'eographie\break 
(2 heures), \'educa\-tion physique et sportive (3 heures)
+ cours optionnels facultatifs (langue vivante 2, latin, grec, musique, 
activit\'es artistiques, etc...)

$*$ Fili\`ere SV:\\
math\'ematiques (5 heures), physique (3 heures), informatique (2 heures),
biologie (6 heures);\kern-1pt\break 
langue vivante (5 heures), arts et lettres (2 heures), 
histoire-g\'eographie (2 heures), \'educa\-tion physique et sportive (3 heures)
+ cours optionnels facultatifs (langue vivante 2, latin, grec, musique, 
activit\'es artistiques, etc...)

$*$ Fili\`ere SI:\\
math\'ematiques (8 heures), physique (4 heures), informatique (6 heures),
biologie ou technologie (2 heures); langue vivante (5 heures), 
arts et lettres (2 heures), 
histoire-g\'eographie (2 heures), \'educa\-tion physique et sportive (3 heures)
+ cours optionnels facultatifs (langue vivante 2, latin, grec, musique, 
activit\'es artistiques, etc...)
\vfill\eject

\noindent
{\baselineskip 15pt
{\bigbf II.~Situation calamiteuse des fili\`eres d'enseignement g\'en\'eral \`a
l'Uni\-versit\'e}

}
\bigskip

Que dire de la situation dans l'Enseignement sup\'erieur? Il est clair que
celui-ci, dans notre pays, est fragilis\'e par la coexistence de plusieurs 
syst\`emes parall\`eles qui s'ignorent pour l'essentiel, et
qui b\'en\'eficient de moyens tr\`es diff\'erents (Classes pr\'eparatoires, 
IUT, Universit\'es, institutions priv\'ees, etc). Je ne veux pas dire 
par l\`a qu'il faut d\'ecr\'eter sur le champ une unification de ces 
diff\'erents syst\`emes. En effet, le risque serait tr\`es grand de cr\'eer 
des probl\`emes l\`a o\`u la situation n'est pas si mauvaise (Classes pr\'eparatoires),
sans pour autant am\'eliorer la situation l\`a o\`u elle est tr\`es pr\'eoccupante, 
voire d\'esastreuse (Universit\'es, en particulier DEUG scientifiques). 

Comme c'est l'Universit\'e que je vois surtout vivre, et comme c'est l\`a que
semblent s'amon\-celer les difficult\'es les plus graves, c'est d'elle seule
dont je traiterai par la suite. La formation \`a l'Universit\'e souffre 
tr\`es gravement du fait que les \'etudiants y entrent pour la plupart 
avec des lacunes r\'edhibitoires (ceci n'a pas de sens dans l'absolu, 
je veux dire par l\`a, avec un d\'ecalage tr\`es grand entre 
les objectifs affich\'es par les programmes ant\'erieurement suivis et les 
connaissances r\'eelles acquises, de sorte qu'il est devenu impossible 
de situer le niveau des \'etudiants, et que celui-ci est plus 
h\'et\'erog\`ene que jamais). Surtout, et particuli\`erement en Math\'ematiques, 
les \'etudiants souffrent d'une absence totale de m\'ethodes de travail et 
d'outils conceptuels pouvant leur permettre de nourrir une r\'eflexion 
autonome. R\'esultat d'un enseignement secondaire o\`u ce qui est mis en 
avant consiste surtout en la m\'emorisation de contenus et la pratique 
de techniques et d'exercices r\'ep\'etitifs, au d\'etriment de la recherche
et de l'investissement personnel. Mais il y a eu aussi des r\'eformes 
sp\'ecifiques qui ont 
gravement nui \`a la qualit\'e de l'Enseignement Sup\'erieur. Les sciences 
fondamentales sont des disciplines que l'on peut qualifier de 
``verticales'' (bien s\^ur, je ne veux pas dire par l\`a que le cheminement
en soit purement lin\'eaire): un \'etage ne peut \^etre construit que si les 
\'etages pr\'ec\'edents sont suffisamment \'etay\'es, la plupart de ces disciplines 
ont besoin d'un fondement math\'ematique solide, etc. Cet \'etat de fait, 
qui n'est bien s\^ur pas absolu, s'accommode cependant tr\`es mal de la 
modularisation extr\^eme qui a \'et\'e impos\'ee au syst\`eme d'enseignement
universitaire, en g\'en\'eral au nom d'imp\'eratifs 
ext\'erieurs mal fond\'es, et ne tenant aucun compte des sp\'ecificit\'es 
propres aux diff\'erentes disciplines: volont\'e aveugle d'am\'elioration 
du taux de r\'eussite, d\'ecoupage des enseignements en petits modules
``faciles \`a \'evaluer'' mais sans r\'eel contenu, harmonisation des
cursus europ\'eens, absence de choix suffisamment diversifi\'es offerts
aux \'etudiants, etc. Puisque mon propos m'am\`ene \`a parler du taux de
r\'eussite, il est clair qu'il y a eu des injonctions pressantes de
l'institution \'educative pour augmenter ce taux, bas\'ees sur des
consid\'erations avant tout ``politiques''. Elles ont sans doute eu leur
effet au niveau des chiffres bruts r\'ealis\'es. Mais ce r\'esultat n'a \'et\'e
atteint que par l'instauration de proc\'ed\'es d'\'evaluation et de calcul
des notes sans aucun rapport avec le niveau r\'eel atteint. Le dipl\^ome
du DEUG dans une grande Universit\'e comme Grenoble ne vaut pas grand
chose (je ne veux pas accabler mon Universit\'e, c'est la m\^eme chose
presque partout ailleurs).  M\^eme une mention ou une note finale assez
bonne ne garantit plus aujourd'hui que l'\'etudiant ait compris quoi que
ce soit de fa\c{c}on fiable.  De tr\`es nombreux enseignants sont exasp\'er\'es
et demandent que l'on en revienne \`a un plus grand s\'erieux dans 
l'acquisition des connaissances et les
proc\'edures d'\'evaluation. Le point-cl\'e est l\`a, \`a tous les niveaux.
Mieux vaut parfois diminuer un peu la pr\'etention des programmes, mais
il est crucial, en sciences, de s'assurer des acquis des \'etudiants
avant de les envoyer dans un niveau sup\'erieur. Et de pratiquer en
cons\'equence un v\'eritable travail d'orientation. Ou alors, on arrive
h\'elas, comme aujourd'hui, \`a une impuissance presque totale face aux
difficult\'es des \'etudiants, et, par voie de cons\'equence, \`a une
d\'emission collective de l'institution.  Je voudrais
signaler deux faits particuli\`erement inqui\'etants:

\bu\ Ce sont les universit\'es qui, pour l'essentiel, assurent la formation
des futurs enseignants du secondaire. Or le niveau actuel des formations
d'enseignants est si bas (au moins en sciences) que leur comp\'etence et leur
adaptabilit\'e professionnelle vont en souffrir de mani\`ere consid\'erable.

\bu\ Cette situation contraste totalement avec celui du recrutement des 
universitaires, devenu extr\^emement s\'electif vu la raret\'e des postes offerts. 
Face \`a ces jeunes enseignants-chercheurs de haut niveau, quel public~? 
Des \'etudiants certes parfois bourr\'es de connaissances, mais de 
connaissances inutilisables, et dont la capacit\'e de raisonnement est 
inexistante, faute d'un quelconque apprentissage 
ant\'erieur dans ce domaine. Autrement dit, ces jeunes chercheurs, qui ont
appris \`a fr\'equenter la science du plus haut niveau, vont devoir enseigner
leur discipline au niveau des quatre op\'erations ou gu\`ere plus. Inutile
d'ajouter qu'il y a l\`a un facteur gigantesque de d\'emotivation.

L'Universit\'e souffre aujourd'hui d'un grave probl\`eme d'image, car elle est
le plus souvent per\c{c}ue par la population \'etudiante comme un choix par d\'efaut
(euph\'emisme pour signifier ce que d'autres appelleraient en clair 
une fili\`ere poubelle...). Il faut dire que la d\'epense moyenne investie 
par l'Etat dans la formation d'un \'etudiant de DEUG est tr\`es basse. 
Les normes horaires d'encadrement n'ont cess\'e d'\^etre revues \`a la baisse 
depuis une quinzaine d'ann\'ees, petit \`a petit et insidieusement. Les cours
en amphis sont encore le lot quotidien des \'etudiants - alors qu'on sait bien
qu'ils sont peu profitables \`a des \'etudiants en grande partie d\'eboussol\'es.
Dans le m\^eme temps, le morcellement des enseignements en petits bouts
et l'incoh\'erence des fili\`eres rendent le travail des enseignants de plus 
en plus lourd et difficile \`a coordonner.
Des r\'eformes successives ont cr\'e\'e \`a plusieurs reprises des formations
``parall\`eles'' (comme les IUP, les IUFM) qui sont venues ponctionner 
dans le bassin de recrutement naturel des \'etudiants, et ont eu pour effet
d'encourager le d\'epart des meilleurs \'el\'ements vers d'autres fili\`eres.
Ceci, dans des conditions qui ont toujours mis l'Universit\'e en ``posture
faible'': ainsi, les IUP recrutent en milieu de premier cycle universitaire,
ce qui est pour le moins \'etrange, et le fonctionnement actuel des IUFM a
plut\^ot tendance \`a \'eloigner de l'Universit\'e la formation des enseignants. 
Tout est donc \`a revoir si l'on souhaite redonner aux fili\`eres
d'enseignement g\'en\'eral de l'Universit\'e le r\^ole qui devrait \^etre le 
leur, \`a savoir celui de la formation des futurs enseignants et des futurs
chercheurs (ou des futurs ing\'enieurs pour les fili\`eres 
technologiques)\note{13}{D'une certaine fa\c{c}on, c'est la
formation des enseignants qui constitue l'\'el\'ement le plus sinistr\'e
et le plus inqui\'etant pour l'avenir du syst\`eme \'educatif.
On sait bien en effet que subsistent \`a c\^ot\'e de l'Universit\'e des
p\^oles de formation de qualit\'e comme les \'Ecoles Normales Sup\'erieures,
qui assurent aujourd'hui l'essentiel de la formation des scientifiques
de haut niveau (mais il s'agit l\`a seulement d'une tr\`es faible fraction
de la population \'etudiante, constitu\'ee d'\'el\'ements tr\`es brillants,
donc moins sensibles aux mauvaises conditions ext\'erieures). 
Dans les autres grandes \'ecoles d'ing\'enieurs, il est clair 
que l'enseignement doit aussi moins souffrir des soubresauts de 
l'enseignement secondaire qu'\`a l'universit\'e, car on peut imaginer que 
le recrutement plus s\'electif et les moyens relativement \'elev\'es 
disponibles ont permis en moyenne de conserver une certaine qualit\'e 
de formation. Pour la formation des enseignants, cependant, il n'existe
plus d'espaces de qualit\'e qui aient \'et\'e pr\'eserv\'es -- si on exclut les
tr\`es faibles effectifs d'\'etudiants transfuges des grandes \'ecoles.}.
\medskip

{\bf Mesures propos\'ees}
\medskip
Un premier point essentiel serait de r\'eformer le Baccalaur\'eat en profondeur.
Le Baccalaur\'eat est devenu une \'epreuve scolastique et scl\'eros\'ee, et 
n'a plus gu\`ere de pertinence pour \'evaluer la performance des \'etudiants --
dans les mati\`eres scientifiques tout au moins. Dans le m\^eme sens, il faudrait
revoir compl\`etement les modes d'orientation des \'etudiants.

\bu\ Le Baccalaur\'eat pourrait (vu ce qu'il est devenu, et pour ne pas
introduire de rupture brutale) \^etre con\c{c}u comme une simple attestation de
connaissances et de compr\'ehension minimales sanctionnant la fin des \'etudes 
secondaires. Contrairement \`a ce qui se passe aujourd'hui, le Baccalaur\'eat 
devrait cependant \^etre nettement plus exigeant sur la compr\'e\-hension des 
savoirs fondamentaux, et \'eviter de sanctionner la seule accumulation
de connaissances plus ou moins arbitraires.

\bu\ Au Baccalaur\'eat pourraient \^etre adjointes trois \'epreuves de sp\'ecialit\'e,
lais\-s\'ees au choix de l'\'etu\-diant, beaucoup plus approfondies,
et organis\'ees sur un plan national, donnant lieu chacune \`a une note de 
0 \`a 20 (et qui n'auraient pas d'incidence sur l'obtention du Baccalaur\'eat 
lui-m\^eme -- ceci pour \'eviter de laisser perdurer un couperet qui n'a presque
plus aucune signification r\'eelle).

\bu\ L'entr\'ee dans les fili\`eres universitaires se ferait non plus sur la
base de l'heure d'inscription via le minitel (ou de l'heure matinale \`a
laquelle le candidat serait venu camper face au guichet d'inscription
comme on a pu le voir il y a une dizaine d'ann\'ees), mais sur la base d'un 
examen approfondi du dossier de candidature tenant compte: 1) de la 
note de Baccalaur\'eat, et (surtout) 2) du dossier scolaire, 3) des notes 
obtenues aux \'epreuves de sp\'ecialit\'e. 

\bu\ Les fili\`eres universitaires de DEUG seraient revues pour assurer la 
continuit\'e avec les fili\`eres de l'ensei\-gnement secondaire. Ces fili\`eres
auraient la possibilit\'e de fixer contractuellement des limitations au 
nombre maximum d'\'etudiants inscrits, en fonction de leur capacit\'e d'accueil
et/ou des d\'ebouch\'es disponibles (Le probl\`eme ne se pose pas actuellement
en Sciences, et ne se posera pas \`a court terme, vu la faiblesse chronique 
des candidatures depuis 4 ou 5 ans, mais il se pose dans certains 
secteurs comme l'EPS. Cependant, la situation pourrait tr\`es bien se produire 
de nouveau \`a terme dans certains secteurs des Sciences si l'enseignement 
secondaire sortait de son orni\`ere).

\bu\ Le Baccalaur\'eat seul donnerait \`a l'\'etudiant le droit de s'inscrire
dans une fili\`ere de formation post-baccalaur\'eat dans l'acad\'emie de
r\'esidence, qui serait \'eventuellement une fili\`ere de remise \`a niveau ou 
de compl\'ements de formation, mais pas n\'ecessairement une des fili\`eres 
g\'en\'erales de DEUG si le niveau de l'\'etudiant \'etait jug\'e insuffisant. 
Les \'el\`eves poss\'edant le Baccalaur\'eat, mais qui se verraient
refuser l'entr\'ee dans la fili\`ere d\'esir\'ee pour insuffisance de r\'esultats 
aux \'epreuves de sp\'ecialit\'e, auraient aussi la possibilit\'e de redoubler 
la classe Terminale avec des horaires sp\'ecialement am\'enag\'es.
Une commission d'appel jugerait des cas litigieux acad\'emie par acad\'emie.

\bu\ Les fili\`eres de DEUG r\'enov\'e proposeraient aux \'etudiants de se concentrer
sur deux (ou, au maximum, et exceptionnellement) trois grandes mati\`eres 
principales et une langue \'etrang\`ere, l'Anglais \'etant \'evidemment la 
lingua franca incontournable en Sciences.

\bu\ L'\'evaluation dans chaque mati\`ere serait de la seule
responsabilit\'e des UFR concern\'ees, et pour chacune des disciplines
suivies l'\'etudiant aurait un tuteur qui le suivrait sur toute la dur\'ee 
d'un cycle. Les compl\'ements de formation ou redoublements seraient de 
rigueur en cas de performances insuffisantes, ind\'ependamment discipline par 
discipline\note{14}{Pour mesurer l'\'ecart avec la
situation ubuesque qui pr\'evaut actuellement, je peux relater par exemple
que j'ai assur\'e cette ann\'ee un enseignement d'Analyse en DEUG MIAS
1\`ere ann\'ee. Le cours d'Analyse \'etait ``saucissonn\'e'' en 3 parties confi\'ees
\`a des \'equipes p\'edagogiques diff\'erentes, parties qui se trouvaient h\'elas 
plac\'ees dans un ordre chronologique incompatible avec l'ordre logique o\`u les
chapitres auraient d\^u \^etre trait\'es. De plus, l'\'evaluation de ce module
\'etait combin\'ee avec celui des TP d'Informatique -- pour des raisons qui
\'echapperont sans doute \`a tout esprit normalement constitu\'e. L'incoh\'erence
de l'organisation des enseignements (forc\'ee par le manque de moyens, les 
contraintes de temps, etc) n'a d'\'egale que l'embrouillamini des 
r\`eglements d'examens, visant seulement \`a obtenir le
succ\`es fictif d'\'etudiants aux connaissances d\'erisoires.}.

\bu\ Les horaires des prestations offertes aux \'etudiants seraient 
consid\'erablement renforc\'es (900 heures par an, au lieu des 550-650
heures annuelles qui constituent la norme actuelle -- pourquoi, en quinze 
ans, est-on pass\'e d'une ann\'ee universitaire de 30 \`a 32 semaines \`a une
ann\'ee de 24 semaines -- alors que les charges des enseignants-chercheurs 
se sont en fait substantiellement alourdies~?). En particulier, les
horaires de travaux dirig\'es seraient fortement augment\'es (distribution 
syst\'ematique de feuilles d'exercices ou de travaux personnels). De m\^eme, 
un effort consid\'erable serait port\'e en direction de l'usage de documents de
cours solides et adapt\'es (et \`a l'\'equipement en cons\'equence de centres 
de documentation pour les \'etudiants)\note{15}{H\'elas, l'\'etude dans les livres
semble \^etre une pratique ancestrale et totalement oubli\'ee aujourd'hui
dans le modus vivendi des \'etudiants en sciences. Il est vrai que 
les algorithmes ``d'\'evaluation des r\'esultats'' pr\'evus par les r\`eglements
d'examen sont devenus si sophistiqu\'es que de tels efforts 
seraient sans doute tout \`a fait superflus.}.

\bu\ Pour faire face au nombre consid\'erable de nouveaux services
d'enseignement n\'ecessaires, il faudrait pr\'evoir dans la plupart des secteurs
un tr\`es fort accroissement du nombres de postes mis aux concours
universitaires (doublement ou triplement), et faire appel plus
massivement \`a des postes de PRAG. D'autres mesures temporaires telles 
que le retard volontaire du d\'epart \`a la retraite pourraient \^etre envisag\'ees
par des mesures d'accompagnement ad\'equates\note{16}{Selon les informations 
dont je dispose, aucune projection s\'erieuse n'avait \'et\'e effectu\'ee
avant une date tr\`es r\'ecente pour analyser les besoins en enseignants 
dans les ann\'ees \`a venir. Compte tenu de la pyramide des \^ages et des
d\'eparts en retraite pr\'evisibles, il est probable qu'il va y avoir
un trou de recrutement tr\`es important autour des ann\'ees 2005-2007. Il 
aurait fallu \'evidemment anticiper bien davantage cette tendance. Compte 
tenu des effectifs actuels d'\'etudiants (et, h\'elas, de leur niveau),
on va probablement assister l\`a \`a des difficult\'es de recrutement majeures. 
Gaspillage de ressources humaines d'autant plus intol\'erable qu'on a encore
aujourd'hui, au niveau des concours de recrutement universitaires, 
d'excellents candidats qui peinent \`a trouver des postes.}\
\note{17}{De mani\`ere g\'en\'erale, il faudrait que l'anticipation des
grandes \'evolutions se fasse sur une \'echelle de temps tr\`es sup\'erieure \`a 
celle des \'ech\'eances politiques. Les \'evolutions en dent de scie ont des
effets extr\^emement n\'efastes sur la qualit\'e du recrutement des
personnels, et doivent \^etre autant que possible amorties au
long terme. D'o\`u l'utilit\'e d'avoir, l\`a encore, des instruments de
mesure fiables, ind\'ependants du pouvoir politique, pouvant projeter
des orientations ou des recommandations \`a long terme.}.

\bu\ Suppression des passerelles venant ponctionner les meilleurs \'el\'ements
en cours de cycle universitaire. Pour cette raison, les IUP recruteraient
\`a la sortie du Baccalaur\'eat (ou bien seraient fondus avec les IUT, car on
ne voit pas bien la justification profonde de l'existence de deux types 
de fil\`eres diff\'erentes qui ont par ailleurs des objectifs voisins).

\bu\ Pendant que les premiers cycles seraient remis sur pied, un effort
de revalorisation des fili\`eres de second et troisi\`eme cycle serait entrepris
dans le m\^eme esprit de s\'erieux et de coh\'erence. Une mesure transitoire
indispensable dans l'imm\'ediat est d'allonger la dur\'ee
du second cycle universitaire \`a 3 ann\'ees (avec une Licence en 2 ans).
Cette mesure aurait pour but de relever un tant soit peu le niveau
des \'etudiants en fin de course (car ils partent actuellement \`a peu pr\`es 
de z\'ero au sortir du DEUG, cf.\ plus haut). Une ann\'ee ne suffit plus -- 
et de tr\`es loin -- \`a leur faire acqu\'erir les connaissances de base les 
plus \'el\'ementaires, ne serait-ce que pour enseigner les sciences \`a un niveau
raisonnable au coll\`ege et au lyc\'ee.

\bu\ Le concours du CAPES et de l'Agr\'egation doivent \^etre revus dans le
sens d'une exigence plus grande de la ma\^{\i}trise des concepts
fondamentaux (ce qui, en Math\'ematiques, inclut une ma\^{\i}trise performante du 
raisonnement et des techniques de d\'emonstrations). 

\bu\ Les Agr\'eg\'es seraient fortement incit\'es \`a s'engager dans des formations
de 3\`eme cycle, par exemple par la cr\'eation d'un corps d'Agr\'eg\'es Docteurs.
Ceux-ci trouveraient naturellement leur place comme professeurs dans les 
Classes Pr\'eparatoires Scientifiques ou comme PRAG \`a l'Universit\'e.

\bu\ Augmentation importante du nombre d'\'etudiants pr\'eparant un 3\`eme Cycle,
via une revalorisation des bourses de Th\`ese et une augmentation substantielle
du nombre de bourses disponibles. Ces \'etudiants seraient bien entendu
\'etroitement associ\'es, comme c'est d\'ej\`a le cas aujourd'hui, \`a la formation
des \'etudiants de premier cycle via le Monitorat. Par contre, l'obtention 
automatique de la Th\`ese ne devrait pas -- ou plus -- \^etre consid\'er\'ee
comme un objectif imp\'eratif de la formation; les \'etudiants ayant
\'echou\'e \`a la Th\`ese mais qui seraient jug\'es de bon niveau se verraient
offrir la possibilit\'e d'un reclassement dans le corps des Agr\'eg\'es au
moyen d'une passerelle ad\'equate.

De tels changements constitueraient certes une r\'eorientation majeure
et auraient dans l'im\-m\'ediat un co\^ut important. Mais on observe
par ailleurs des gaspillages \'educatifs ou administratifs gigantesques
dans la gestion des universit\'es (cf.\ la section III de ce rapport), 
et il est vraisemblable qu'un red\'eploiement efficace des ressources
aurait \`a terme des effets extr\^emement b\'en\'efiques sur la qualit\'e de la
formation \`a tous les niveaux. Le maintien du potentiel scientifique de
notre pays a un prix, et ce prix a \'et\'e s\'ev\`erement sous-estim\'e
depuis une douzaine d'ann\'ees\note{18}{Compte tenu des objectifs politiques
ambitieux (mais l\'egitimes) qui ont pu \^etre exprim\'es en public par les
principaux responsables politiques de l'\'epoque. Les moyens n'ont pas 
suivi ou ont \'et\'e gaspill\'es, et on peut donc dire qu'il s'est agi l\`a 
d'une v\'eritable escroquerie vis \`a vis de l'opinion publique -- m\^eme
si l'escroquerie a \'et\'e involontaire.}.
\vfill\eject
$\strut$
\vfill\eject

\noindent
{\bigbf III. Combattre l'inflation et l'inefficacit\'e administratives}
\bigskip

Cette section sera assez br\`eve. En effet, il serait tr\`es facile de disserter
longuement sur la bureaucratie et l'inefficacit\'e administratives, qui 
sont des maux tr\`es r\'epandus dans un grand nombre de pays -- pas seulement 
dans les pays totalitaires mais aussi dans de nombreuses d\'emocraties 
occidentales. Je voudrais cependant relever quelques points qui me
paraissent typiques de la mauvaise gestion des ressources mat\'erielles
et humaines au niveau de l'Universit\'e et des institutions de recherche,
en France.

Tout d'abord une observation qui devrait \^etre une \'evidence -- mais
qui semble \^etre de moins en moins per\c{c}ue par les grands responsables,
tout occup\'es qu'ils sont par des t\^aches administratives de routine,
et tr\`es peu par des consid\'erations de r\'eelle prospective scientifique: 
la recherche, et surtout la recherche fondamentale, peut difficilement
\^etre planifi\'ee de mani\`ere bureaucratique, par d\'efinition m\^eme de ce
qu'est la recherche fondamentale.

Dans ce contexte, on observe h\'elas une tendance marqu\'ee \`a la
multiplication de cadres administratifs de plus en plus rigides,
visant \`a ``encadrer'' et \`a ``programmer'' le fonctionnement de la recherche.
Les chercheurs passent ainsi une fraction de plus en plus importante
de leur temps \`a remplir des paperasses et \`a entrer dans des cadres
contraignants qui sont souvent fort peu adapt\'es
aux buts poursuivis. Et une fois le projet termin\'e, vient le temps du rapport.
L\`a, il s'agit de justifier la bonne ad\'equation des r\'esultats obtenus au
programme qui \'etait cens\'e \^etre suivi, et on assiste parfois \`a des manoeuvres
diverses de justification, qui peuvent aller jusqu'\`a l'exag\'eration ou la 
tricherie (dans ces conditions, les bons tricheurs seront les
grands gagnants, la bonne ``strat\'egie administrative'' primant toute
autre consid\'eration, et l'institution administrative \'etant \'evidemment
incapable d'\'evaluer quoi que ce soit d'autre que des crit\`eres
administratifs). 

D'autres m\'ethodes existent, comme la suivante, largement pratiqu\'ee 
aux Etats-Unis, en Math\'ematiques (une science notoirement difficile \`a
planifier, alors que la NSF r\'eclame des programmes pr\'ecis...): r\'ediger 
un programme de recherche o\`u les r\'esultats
pr\'etend\^ument poursuivis correspondent en fait \`a des r\'esultats d\'ej\`a
acquis avant la date de d\'ep\^ot du programme. Il sera alors bien plus
facile de justifier la bonne ad\'equation des r\'esultats~!

Bien entendu, les grands programmes de recherche ont une justification,
par exemple en sciences appliqu\'ees, pour des recherches \`a vis\'ee
technologique \`a court terme ou des recherches \`a caract\`ere 
strat\'egique\note{19}{Pour ce qui est de la s\'election des grands 
programmes, plus de transparence sur les conditions d'exercice des 
d\'ecisions serait n\'ecessaire, car les choix peuvent parfois para\^{\i}tre 
assez contestables, voire arbitraires, sans qu'il soit besoin pour cela
d'\'evoquer l'affaire des avions renifleurs. Il existe \`a l'inverse des 
perspectives de recherche 
ou de d\'eveloppements technologiques extr\^emement prometteurs, qui, pour des
raisons diverses, ne semblent pas b\'en\'eficier d'un soutien suffisant (et ce,
alors m\^eme qu'un soutien \`a grande \'echelle serait ais\'ement justifiable
sur un plan purement scientifique ou strat\'egique). Le d\'eveloppement des 
logiciels libres est un de ces th\`emes -- j'y reviendrai plus amplement dans
la section IV. J'ai connaissance aussi, en mati\`ere de physique nucl\'eaire,
de la question de la fission du Thorium, mais il y aurait sans doute
de nombreux autres exemples. La fission du Thorium a \'et\'e propos\'ee
il y a une dizaine d'ann\'ees par le prix Nobel Carlo Rubbia pour la
production d'\'energie nucl\'eaire. Sur le papier au moins, la r\'eaction
engendrerait environ 10000 fois moins de d\'echets que la fili\`ere \`a Uranium
enrichi. Par ailleurs, le Thorium est un \'el\'ement relativement abondant 
(plus que l'Uranium) et la fili\`ere Thorium est beaucoup moins sensible \`a 
la prolif\'eration nucl\'eaire, car la fission du Thorium produit beaucoup 
moins d'\'el\'ements transuraniens. La seule difficult\'e technologique 
(tr\`es inf\'erieure semble-t-il aux difficult\'es inh\'erentes \`a d'autres 
projets comme la fusion de l'hydrog\`ene, qui b\'en\'eficient de davantage 
de subsides en raison de perspectives militaires potentielles) est 
de parvenir \`a amorcer et \`a entrenir la r\'eaction de fission, ce pour 
quoi Carlo Rubbia a fait des 
propositions pr\'ecises et quantitatives. En d\'epit de ces perspectives 
extr\^emement prometteuses, l'establishment nucl\'eaire semble ne vouloir entendre
parler de la technologie de spallation propos\'ee par Rubbia que comme 
\'eventuel outil d'incin\'eration des d\'echets de l'Uranium. Cette attitude
semble \^etre due \`a une sorte de polarisation sur la fili\`ere actuelle \`a
Uranium, par des acteurs ayant investi tellement d'int\'er\^ets dans cette
direction que toute d\'eviation leur para\^{\i}t inconcevable, et que
l'\'equipe fran\c{c}aise qui est la plus en pointe sur le sujet a beaucoup
de mal \`a se faire entendre~!}.
Mais il y a des pans entiers de la recherche, notamment de la recherche
fondamentale, qui ont plut\^ot besoin d'un soutien de base r\'ecurrent. Pour 
ces recherches, l'\'evaluation {\it a posteriori} des r\'esultats devrait \^etre
la r\`egle, et le monde politique et administratif devrait interf\'erer 
le moins possible, en tout cas seulement pour d\'efinir les grandes 
orientations et les r\`egles du jeu des proc\'edures d'\'evaluation.

La gestion universitaire souffre, en France, de rigidit\'es extr\^emes
qui engendrent un gaspil\-lage consid\'erable, et qui ont eu h\'elas tendance
\`a s'aggraver -- car chaque fois que le syst\`eme a essay\'e de se r\'eformer, cela
a \'et\'e vers plus de complexit\'e et de confusion. Par exemple, les cr\'edits
affect\'es aux Laboratoires sont souvent r\'epartis sur des lignes distinctes 
tr\`es nombreuses: cr\'edits d'\'equipement, de fonctionnement, missions, chaque
sous-projet a sa propre ligne, etc. Il est en g\'en\'eral
\`a peu pr\`es impossible de transf\'erer de l'argent d'une ligne \`a l'autre,
m\^eme en situation d'urgence. Ou plut\^ot, il est impossible de le faire
{\it conform\'ement aux r\`egles administratives}. Je prends le risque de dire
que j'ai \'et\'e amen\'e \`a plusieurs reprises \`a signer de faux documents
administratifs -- parfois m\^eme sur la suggestion de responsables
du Minist\`ere -- dans l'unique but de contourner l'insondable stupidit\'e
de r\`egles de gestion qui auraient entra\^{\i}n\'e une mauvaise utilisation
des ressources (j'en serais donc plut\^ot fier, car je peux jurer que
c'\'etait toujours pour la ``bonne cause''~!). 
\special{Il y a quelques ann\'ees, un
chercheur \'etranger qui avait nomm\'e r\'eguli\`erement Ma\^{\i}tre de Conf\'erences
invit\'e par l'Universit\'e de Grenoble et avait effectu\'e 6 mois de 
travaux dirig\'es n'a pu \^etre pay\'e. La raison en a \'et\'e que la nomination a 
\'et\'e invalid\'ee r\'etroactivement par les services de police -- on \'etait
dans les ann\'ees 1993-95 \`a une v\'eritable p\'eriode de chasse aux sorci\`eres.
La d\'elivrance du permis de travail n'avait pu \^etre effectu\'ee \`a temps 
pour des probl\`emes de lenteur d\'elib\'er\'ee de l'administration dans 
l'attribution du visa. Dans ce cas, la seule solution possible a \'et\'e 
de nommer fictivement le chercheur concern\'e l'ann\'ee suivante
(\'evidemment par des faux en \'ecriture), gelant ainsi 6 pr\'ecieux mois 
de poste de MCF invit\'e.}

D'une certaine fa\c{c}on, la situation au quotidien s'est aggrav\'ee avec 
l'arriv\'ee des programmes informatiques de gestion centralis\'ee comme 
NABUCO, qui ont une f\^acheuse tendance \`a se bloquer \`a la moindre 
occasion, tant ces programmes semblent bien avoir int\'egr\'e les diktats 
de l'administration\note{20}{Sans compter que la conception des
programmes a \'et\'e tr\`es co\^uteuse en elle-m\^eme.  Je ne peux pas
m'emp\^echer de faire le parall\`ele avec le fameux programme de gestion
SOCRATE de la SNCF, qui a \'et\'e achet\'e des centaines de millions de
Francs \`a une soci\'et\'e am\'ericaine, et qui, encore aujourd'hui, est
incapable de trouver de fa\c{c}on performante une liaison ferroviaire \`a
l'int\'erieur de l'Europe. N'importe quel particulier \'equip\'e d'un
ordinateur peut d\`es aujourd'hui gr\^ace \`a Internet -- et au remarquable
serveur de la Deutsche Bahn -- acc\'eder \`a des
informations plus pertinentes que celles obtenues par les guichets de
la SNCF. Compte tenu de l'\'etat actuel de la technologie, et notamment
des logiciels libres (cf.\ section IV), n'importe quel \'etudiant avanc\'e
en Informatique connaissant bien les syst\`emes de bases de donn\'ees et
la gestion des r\'eseaux serait capable de concevoir en quelques jours
l'architecture d'un syst\`eme plus performant que Socrate, et ayant un
co\^ut tr\`es faible en termes de d\'eveloppement logiciel. Mais encore
aurait-il fallu pour cela que l'administration opte pour des standards
ouverts et \'evolutifs...}. Par exemple, il est devenu impossible
d'inviter un chercheur fran\c{c}ais pour une conf\'erence de s\'eminaire sans
disposer un mois \`a l'avance de son num\'ero de s\'ecurit\'e sociale, de son
adresse personnelle, etc. Que le chercheur soit difficilement
joignable pour transmettre ces \'el\'ements (en visite \`a l'\'etranger, par
exemple), et il faudra remettre la mission \`a plus tard (ou alors, bien
s\^ur, il faudra tricher avec des caisses noires, etc). Le gaspillage de
temps et d'\'energie induit par ces pratiques est \'enorme. Si l'on
supprimait purement et simplement cette administration inutile et
contre-productive, de nombreux postes de secr\'etariat affect\'es \`a des
t\^aches monotones et tatillonnes pourraient \^etre r\'eaffect\'es \`a d'autres
t\^aches plus productives.  La d\'ecentralisation, la
souplesse et le contr\^ole a posteriori de la bonne utilisation des
ressources devraient, l\`a encore, \^etre la r\`egle (plut\^ot que la m\'efiance
a priori et l'irresponsabilit\'e a posteriori).
Les cr\'edits -- ceci vaut aussi pour les cr\'edits europ\'eens, les actions
de coop\'eration internationales, etc -- devraient \^etre guid\'es par des choix 
strat\'egiques globaux, et leur gestion devrait ensuite
\^etre d\'el\'egu\'ee aux instances repr\'esentatives des grandes 
disciplines -- plut\^ot qu'\'emiett\'es vers les \'equipes de recherche ou 
g\'er\'es par des groupes d'experts ad hoc nomm\'es on ne sait comment. 
Ceci permettrait aux communaut\'es scientifiques d'ajuster au mieux 
les moyens en fonction de r\'eelles perspectives scientifiques, \'evalu\'ees
ind\'ependamment et de fa\c{c}on pertinente dans chaque discipline. 
Des instances telles que la commission europ\'eenne ne devraient pas 
avoir comp\'etence pour r\'epartir les cr\'edits \`a un niveau de 
granularit\'e fin, mais seulement pour faire \'evoluer les grands 
\'equilibres (et ce, \'evidemment, de fa\c{c}on progressive et mesur\'ee~!).

Je terminerai en \'evoquant la gestion des personnels. L\`a encore, les
modes de fonctionnement institutionnels sont souvent contraires \`a une
saine utilisation des ressources, et entra\^{\i}nent donc la gab\'egie et
l'inefficacit\'e. La gestion des personnels administratifs, par exemple,
repose enti\`erement sur les r\`egles de la fonction publique et le bon
vouloir de l'administration centrale (quand ce n'est pas directement
du Minist\`ere).  Il est aujourd'hui impossible \`a un Directeur de
composante d'arbitrer un concours pour un poste administratif
vacant -- au contraire de ce qui se passe dans un pays comme
l'Allemagne, o\`u c'est le mode de fonctionnement normal. Les
responsables de composantes se voient donc souvent attribuer de
l'ext\'erieur des personnels administratifs mut\'es au gr\'e de
leur convenance personnelle (ou de celle de l'administration, par
exemple pour des motifs de promotion -- quand ce n'est pas pour le
motif d'inad\'equation \`a la fonction ant\'erieure exerc\'ee), sans qu'il y
ait n\'ecessairement de rapport clair entre les comp\'etences de la
personne nomm\'ee et le profil du poste qui doit \^etre pourvu.

Le recrutement des enseignants-chercheurs se passe suivant un mode
diff\'erent et a priori beaucoup plus sain de cooptation par les
pairs. Mais l\`a encore, il y aurait des am\'enagements s\'erieux \`a envisager.
Par exemple, tous les postes d'enseignants-chercheurs d\'eclar\'es
vacants sont publi\'es au m\^eme moment par le Minist\`ere, en g\'en\'eral
en fin d'ann\'ee civile, et les candidatures peuvent \^etre d\'epos\'ees jusqu'en
f\'evrier-mars (les dates sont indicatives et varient quelque peu
d'ann\'ee en ann\'ee). Mais compte tenu des d\'elais de transmission des 
dossiers par l'administration et de la date limite de d\'elib\'eration
fix\'ee par l'institution (d\'ebut juin, disons), la p\'eriode r\'eellement 
disponible pour l'examen scientifique des candidatures par les
Commissions de Sp\'ecialistes va rarement d\'epasser 2 ou 3 semaines. 
En r\'esum\'e, environ 6 mois de proc\'edures
administratives (souvent rigides et stupides, un dossier post\'e \`a 12h15
alors que l'heure limite \'etait 12 heures sera d\'eclar\'e irrecevable) pour 
2 ou 3 semaines d'examen scientifique -- et encore, les candidats
re\c{c}oivent maintenant l'injonction de ne plus joindre leurs travaux aux 
dossiers, car cela cr\'ee des probl\`emes de stockage de dossiers dans
les administrations centrales~! De tels proc\'ed\'es font vraiment rire \`a 
l'\'etranger  -- on ferait bien, par exemple, de s'inspirer des proc\'edures
su\'edoises qui sont vraiment exemplaires. Il faudrait compl\`etement renverser 
les priorit\'es, permettre la publication des postes \`a des dates arbitraires, 
laisser aux D\'epartement de recherche le temps n\'ecessaire pour mieux
conna\^{\i}tre les candidats, pour examiner dans la dur\'ee leurs travaux et 
leur capacit\'e d'int\'egration. Avec des r\`egles strictes pour \'eviter
les magouilles locales (pas si rares) telles que la promotion sur place
d'un coll\`egue du grade de Ma\^{\i}tre de Conf\'erences \`a celui de Professeur.
Une Commission Nationale ind\'ependante de type CNU serait charg\'ee de
prononcer un avis et des recommandations {\it avant} la conclusion finale
des commissions locales, qui ne serait pas soumise \`a une date couperet.

Mais il faut reconna\^{\i}tre qu'il n'y a pas vraiment, depuis quelques
ann\'ees, de probl\`eme global grave dans la qualit\'e du recrutement des
enseignants-chercheurs en sciences, tant les postes sont rares en
comparaison du nombre de candidats qui se pr\'esentent...

Il y a, cependant, un probl\`eme s\'erieux de gestion et de reconnaissance
des comp\'etences. Par suite de la d\'esorganisation croissante des
enseignements universitaires et des nominations d'enseignants-chercheurs
op\'er\'ees en nombre insuffisant, il y a eu un alourdissement tr\`es
s\'erieux des charges et ``corv\'ees'' assign\'ees (ces corv\'ees,
qui sont souvent totalement improductives, sont en constant
accroissement: multiplication de r\'eunions p\'edagogiques rendues 
n\'ecessaires par les difficult\'es des \'etudiants et le morcellement des 
cours, incessantes discussions sur les futures r\'eformes alors que la
pr\'ec\'edente est encore en cours...). Par ailleurs, id\'ealement, les
t\^aches d'enseignement assign\'ees aux enseignants-chercheurs devraient 
\^etre modulables en fonction de crit\`eres tels que la productivit\'e
scientifique, le d\'evouement \`a la collectivit\'e, etc. On a
\'evidemment pr\'ef\'er\'e g\'erer la p\'enurie de la fa\c{c}on administrative la
plus simple qui soit, qui consistait \`a accro\^{\i}tre uniform\'ement les t\^aches 
d'enseignement et les corv\'ees diverses (r\'eforme Payan). De la m\^eme
mani\`ere, le CNRS nomme des chercheurs \`a vie, souvent sur la base de 
quelques menus travaux de jeunesse. Le statut des chercheurs du CNRS
est un point tr\`es important qu'il conviendrait sans doute de r\'eformer, 
ne serait-ce que pour mettre notre pays sur un plan \'equivalent \`a ce 
qui se passe dans la plupart des grands pays \'etrangers. Une proposition 
raisonnable serait de rendre compl\`etement parall\`eles
les carri\`eres \`a l'Universit\'e et au CNRS, et de consid\'erer la nomination
au CNRS comme un m\'ecanisme de d\'etachement pour effectuer de la recherche, 
contractuellement renouvelable par p\'eriodes (4~ans par exemple).
Mais il est vrai que l'administration du CNRS toute enti\`ere est probablement 
un mod\`ele typique de monstruosit\'e bureaucratique, et que beaucoup
d'autres points seraient \`a revoir...

Je ne me hasarderais pas \`a pr\'econiser une longue liste des mesures
qui seraient n\'ecessaires pour r\'eformer l'administration universitaire.
Celles-ci devraient s'imposer d'elles-m\^emes \`a l'analyse des 
dysfonctionnements, dont les exemples trait\'es ci-dessus ne constituent 
sans doute qu'une modeste part.
\vfill\eject

{\baselineskip=15pt
{\bigbf IV. Entr\'ee dans la Soci\'et\'e de l'Information: plaidoyer pour un libre
acc\`es \`a la connaissance scientifique}

}
\bigskip

C'est presque un lieu commun de dire aujourd'hui que nous sommes
entr\'es dans la Soci\'et\'e de l'Information. Les nouveaux moyens de
communication ont engendr\'e un bouleversement important des
m\'ethodes de travail, dans un premier temps dans le monde scientifique
-- o\`u l'utilisation massive de l'Internet remonte au moins \`a une quinzaine 
d'ann\'ees -- puis petit \`a petit dans l'ensemble de la soci\'et\'e,
acteurs \'economiques et grand public.

Le gouvernement a clairement pris la mesure des enjeux sociaux et
industriels, et va devoir s'engager dans des d\'ecisions de grande
envergure au niveau des infrastructures: r\'eseaux \`a haut d\'ebit, 
\'equipement des \'etablissements publics et des particuliers. 
Mais comme chaque fois qu'une nouvelle technologie en rupture brutale 
avec le pass\'e appara\^{\i}t, de nouveaux dangers apparaissent aussi. 
En l'occurrence, ici, le danger le plus mena\c{c}ant est
l'appropriation des nouvelles technologies par un petit nombre
d'acteurs m\^us uniquement par des int\'er\^ets priv\'es, en contradiction
avec l'int\'er\^et g\'en\'eral, la libert\'e individuelle et le libre exercice
du travail scientifique. On observe d\'ej\`a de grandes manoeuvres
d'intimidation et de lobbying de la part de quelques grands groupes
et grandes soci\'et\'es, tendant \`a d\'etourner \`a leur profit ce qui devrait \^etre
le bien commun, en particulier la connaissance scientifique. 
Seule la puissance publique a le pouvoir de r\'eguler ce
qui doit l'\^etre (et ne pas r\'eguler ce qui ne doit pas l'\^etre), et 
de prendre les mesures n\'ecessaires pour faire
pr\'evaloir l'int\'er\^et g\'en\'eral. Je voudrais expliquer ici quels sont \`a
mon sens les grands enjeux en mati\`ere de Sciences et d'Education.
\medskip

{\bf 1. Une certaine conception de l'\'ethique de la connaissance}

L'id\'ee que des connaissances fondamentales puissent \^etre
accapar\'ees par des soci\'et\'es priv\'ees pour leur seul profit
(tout en barrant l'acc\`es \`a ces connaissances -- ou en
``ran\c{c}on\-nant'' cet acc\`es par le biais de la commercialisation)
suscite \`a l'heure actuelle bien des interrogations et de forts
mouvements d'opposition. On l'a vu \`a l'occasion des tentatives de
prise de brevets sur le g\'enome humain~; la r\'eprobation a \'et\'e si
forte que les soci\'et\'es de biotechnologies concern\'ees ont d\^u
dans une certaine mesure faire machine arri\`ere, mais le danger est loin
d'\^etre \'ecart\'e\note{21}{Des manifestations de plus en plus claires
montrent bien la ferme opposition des citoyens les plus
clairvoyants \`a ces menaces bien r\'eelles. L'actualit\'e r\'ecente
et les manifestations hostiles li\'ees \`a la r\'eunion du G8 \`a G\^enes en
sont une illustration \'evidente. Il y a d'autres signes montrant
une certaine \'ebullition de la communaut\'e scientifique: p\'etitions de 
biologistes, etc.}.

D'une fa\c{c}on parall\`ele, nous avons assist\'e depuis environ deux
d\'ecennies \`a une mainmise insidieuse d'un petit nombre de
soci\'et\'es sur les technologies de l'information et de la
communication.  Insidieuse, parce que le ph\'enom\`ene a \'et\'e
tr\`es progressif, que les consommateurs y ont trouv\'e quelques 
\'echappatoires, et qu'on n'y pouvait de toutes
fa\c{c}ons pas grand chose \`a l'\'echelon individuel.

Les citoyens qui ne sont pas directement concern\'es n'y prennent pas
vraiment garde, surtout par manque d'information sur ce qui se trame
en coulisses, mais \`a l'heure actuelle une course f\'eroce a lieu pour 
le contr\^ole de l'acc\`es \`a
l'information, via les banques de donn\'ees, les syst\`emes de
t\'el\'evision par cables ou par satellites, etc. Cela fait
peut-\^etre partie du jeu commercial normal pour les programmes de
t\'el\'evision, les donn\'ees ludiques, les oeuvres musicales ou
artistiques.  Mais on entre dans des eaux troubles d\`es qu'un
``contr\^ole'' s'exerce pour limiter ou contraindre les donn\'ees que
l'usager produit lui-m\^eme. Ainsi, aujourd'hui, beaucoup
d'utilisateurs ne se rendent m\^eme pas compte que les textes qu'ils
produisent avec leur traitement de texte Microsoft-Word est encod\'e dans un
format obscur et non document\'e dont seul Microsoft poss\`ede
l'algorithme de d\'ecodage~; ce format, de plus, change
r\'eguli\`erement tous les 2 ou 3 ans, de fa\c{c}on \`a obliger 
l'utilisateur \`a proc\'eder \`a des mises \`a jour de son 
environnement propri\'etaire, dont il devient litt\'eralement prisonnier.

Le m\^eme probl\`eme se pose avec l'usage de programmes de calcul
propri\'etaires comme Maple ou Mathematica -- bien que les \'equipes
de chercheurs et d'ing\'enieurs qui les produisent aient certainement
en la circonstance des intentions moins pernicieuses. Supposons par 
exemple que Maple soit utilis\'e pour d\'emontrer ou achever la v\'erification 
de r\'esultats n\'ecessitant des calculs tr\`es compliqu\'es qui ne peuvent pas
\^etre faits \`a la main ou par d'autres moyens. Il y a l\`a une
rupture du contrat fondamental qui veut que les preuves
math\'ematiques reposent sur des \'el\'ements v\'erifiables
ind\'ependamment par tous. Ici, un maillon essentiel de la preuve
repose sur un calcul qui n'est pas v\'erifiable puisque le code source
du programme utilis\'e n'est pas connu (il peut y avoir des bogues,
des cas oubli\'es, etc). Il n'est pas non plus garanti que le logiciel
commercial sera disponible sur une longue dur\'ee de 
temps\note{22}{Malheureusement, ce sont bel et bien des logiciels
commerciaux et propri\'etaires comme Maple et Matlab qui constituent 
la recommandation implicite (voire explicite) des programmes de 
Classes Pr\'eparatoires scientifiques, ainsi que des programmes de 
l'Agr\'egation de Math\'ematiques. Et ce, alors que des programmes 
alternatifs libres et performants existent
(Pari/GP, Maxima, Scilab, ...)}.

Fort heureusement, la ``r\'evolte gronde'' aujourd'hui et d'autres
issues apparaissent. Ri\-chard Stallman, qui \'etait alors chercheur au MIT, 
a lanc\'e il y a une quinzaine d'ann\'ees l'id\'ee que les logiciels 
informatiques de base devaient \^etre librement accessibles \`a tous, et 
ne jamais contraindre leurs utilisateurs.  Dans la foul\'ee, au milieu des
ann\'ees 1980, il cr\'ee la Free Software Foundation (FSF) -- je ne
sais pas si les responsables administratifs en ont connaissance, mais 
une grande partie des logiciels fonctionnant sur les syst\`emes Unix 
(commerciaux ou non) qui \'equipent les d\'epartements de recherche 
fondamentale sont issus du travail de la FSF (logiciels GNU [10], 
comme l'\'editeur de textes Emacs). Plus r\'ecemment, on a assist\'e avec 
l'essor du syst\`eme Linux [11] \`a la
cr\'eation de syst\`emes informatiques complets et tr\`es performants
en source libre\note{23}{Linux n'est que le plus r\'epandu et le plus
connu de ces syst\`emes. Il y en a d'autres, tr\`es similaires, comme
FreeBSD, OpenBSD, NetBSD et peut-\^etre d'autres encore. Ces
syst\`emes sont d\'evelopp\'es gr\^ace \`a un travail
collaboratif des informaticiens et scientifiques impliqu\'es,
s'\'echangeant les codes informatiques via les serveurs et
le courrier \'electronique. Les codes concern\'es sont en libre acc\`es 
sur des sites se comptant par milliers, r\'epartis dans tous les pays
du monde. Chacun peut y contribuer en les testant, en les
am\'eliorant, ou tout simplement en les utilisant. A titre personnel, 
je conseille \`a tous mes coll\`egues
et \'etudiants de pr\'ef\'erer syst\'ematiquement Linux aux syst\`emes propri\'etaires --
les chercheurs de mon Institut doivent \^etre \'equip\'es maintenant 
\`a plus de 75$\,$\% suivant cette solution. Une fois pass\'e le choc \'eventuel du 
changement d'habitudes et celui d'avoir \`a faire face \`a un outil puissant et 
intelligent, on dispose alors d'un syst\`eme pratiquement gratuit, 
plus fiable, plus performant, beaucoup moins sensible
aux virus et disposant d'\`a peu pr\`es tous les programmes dont on peut
r\^ever, par exemple par t\'el\'echargement direct sur Internet [11],
[12], [13]...}. Linux compte aujourd'hui plus de 20 millions
d'utilisateurs, et il est d'ores et d\'ej\`a largement en t\^ete sur
le cr\'eneau des serveurs web du r\'eseau Internet. Depuis un an ou deux,
Linux a fait des perc\'ees consid\'erables dans l'industrie et les
syst\`emes embarqu\'es (t\'el\'ephones mobiles, terminaux d'acc\`es,
consoles de jeux...).  Si l'\'evolution favorable constat\'ee ces 
derni\`eres ann\'ees se poursuit encore quelques ann\'ees de plus, des pans
entiers du secteur des technologies de l'information et de la
communication pourraient se trouver ``lib\'er\'es''.
Il faut s'en r\'ejouir, car la science ne peut se nourrir que
d'une libre circulation de l'information -- et l'informatique sera
un maillon important de la cha\^{\i}ne en ce d\'ebut de 
mill\'enaire\note{24}{La prise 
de conscience se d\'eveloppe dans de nombreux pays. Le Mexique
a ainsi d\'ecid\'e de doter toutes ses \'ecoles (soit tout de m\^eme 
150$\,$000 \'etablissements...) de syst\`emes Linux [14]. La Chine Populaire
vient de choisir Linux pour son appareil administratif, ind\'ependance
nationale oblige. La Maison Blanche a \'emis il y a un peu plus d'un an 
un rapport recommandant l'usage des logiciels libres pour les grosses 
applications scientifiques [15]. En France \'egalement, des associations tr\`es
actives comme l'AFUL~[16] contribuent \`a une \'evolution positive de la
situation, cf.\ [23].}.
Encore faudrait-il, cependant, que les \'Etats ne prennent pas, sous la 
pression des lobbies priv\'es, des d\'ecisions l\'egales ou juridiques qui mettraient
en p\'eril le travail des scientifiques; j'y reviendrai en beaucoup plus
de d\'etails dans le paragraphe concernant les brevets logiciels.
\bigskip

{\bf 2. Acc\`es aux donn\'ees scientifiques}

Les scientifiques ont pris l'habitude, depuis des d\'ecennies, de consulter 
les oeuvres de leurs pairs et de leurs pr\'ed\'ecesseurs dans les grandes
revues internationales, et l'acc\`es \`a ces travaux
est en effet indispensable au d\'eveloppement de la science.

Cependant, depuis environ 10-15 ans, les modes de communication ont
\'et\'e boulevers\'es avec l'apparition du courrier \'electronique et
des serveurs de donn\'ees. Dans le m\^eme temps, certaines communaut\'es
tr\`es actives ont d\'evelopp\'e des standards ouverts de formats de donn\'ees,
comme \TeX\ qui est maintenant utilis\'e par la tr\`es grande majorit\'e des 
chercheurs en math\'ematiques et en physique pour la r\'edaction de leurs 
travaux\note{25}{La 
p\'erennit\'e de l'acc\`es aux documents \TeX\ est assur\'ee pour 
une tr\`es longue dur\'ee, puisque ce sont des formats universels et 
enti\`erement document\'es dont l'\'eminent informaticien am\'ericain
Donald Knuth a bien voulu faire don \`a l'humanit\'e. Au besoin, il serait 
assez facile de convertir automatiquement les textes saisis en \TeX\ 
dans de nouveaux formats -- et cela sera de plus en plus facile \`a 
mesure que la puissance des processeurs augmente.}. Ceci a permis de 
cr\'eer des serveurs de pr\'epublications qui couvrent maintenant
presque tout le champ de la physique th\'eorique et des math\'ematiques, 
comme le serveur {\tt arXiv} cr\'e\'e par Paul Ginsparg \`a Los 
Alamos\note{26}{Ce serveur
poss\`ede de nombreux miroirs passifs dans le monde, avec en projet un 
miroir ``actif'' qui devrait \^etre implant\'e \`a Lyon sous la responsabilit\'e 
du CCSD, gr\^ace \`a un financement du CNRS.}.

De ce fait, les scientifiques se trouvent aujourd'hui dans une situation 
paradoxale.  Les manuscrits de recherche sont de plus en plus
souvent imm\'ediatement accessibles \`a la communaut\'e via le web,
mais \`a une certaine \'etape vient le moment de
soumettre les travaux \`a des revues.  Et l\`a, au moment de la
publication, il leur faut signer des documents c\'edant
tous les droits de publication \`a la revue X. Moyennant quoi, cette
revue X va se charger de publier l'article dans un fascicule imprim\'e,
et en {\it revendre} quelques centaines d'exemplaires aux biblioth\`eques 
des d\'epartements scientifiques concern\'es, \`a des tarifs souvent
exorbitants au regard du travail d'\'edition fourni (dont la plus grande 
partie est d'ailleurs assur\'ee par les chercheurs eux-m\^emes).
On ne peut m\^eme pas dire que la qualit\'e d'impression y a gagn\'e par rapport
aux publications \'electroniques, puisque le plus souvent, le chercheur 
va se contenter de photocopier l'article dans la revue X, avec une 
qualit\'e de reproduction al\'eatoire et tr\`es inf\'erieure \`a ce qu'on peut
obtenir en imprimant directement le fichier source \'electronique.

L'an dernier, des dizaines de milliers de biologistes ont publi\'e une
p\'etition sur Internet pour protester contre la mainmise de quelques grands
\'editeurs sur l'\'edition scientifique. De nouveau, on assiste \`a des
manoeuvres diverses de la part de ces \'editeurs (comme le regroupement 
des revues par ``lots'', dot\'es de tarifs soit disant pr\'ef\'erentiels vis \`a vis
des biblioth\`eques universitaires), en vue de tenter de reconqu\'erir le
``terrain perdu'' sur la plus grande autonomie acquise par les scientifiques
gr\^ace \`a Internet.

Je voudrais plaider ici pour une d\'emarche r\'esolue de la puissance
publique, visant \`a aider les scientifiques \`a poursuivre la mise en 
place de revues \'electroniques et bases de donn\'ees scientifiques en libre acc\`es.
Le recours \`a de telles bases de donn\'ees aurait l'\'enorme avantage
de se pr\^eter au fonctionnement syst\'ematique des moteurs de
recherche, permettant ainsi de retrouver facilement des informations
au milieu d'une masse de donn\'ees en croissance
exponentielle\note{27}{Pour se convaincre que la technologie est au
point, on peut par exemple essayer de faire des recherches sur
{\seventt http://www.google.org} qui indexe le monde entier, soit plus
d'un milliard de pages web. Quelle que soit l'infor\-mation entr\'ee, sa
langue et son niveau de sophistication, on obtient en g\'en\'eral en
une fraction de seconde la localisation de l'information cherch\'ee, 
et les premi\`eres lignes sont effectivement presque toujours
les plus pertinentes possibles gr\^ace \`a une technologie tr\`es
performante de classement des informations. Par parenth\`ese, la
technologie Google est enti\`erement bas\'ee sur des logiciels libres
et fonctionne gr\^ace \`a une colossale ``ferme'' de syst\`emes Linux.
Je recommande syst\'ematiquement \`a mes coll\`egues d'encourager Google 
en le visitant plut\^ot que les autres moteurs de recherche. De 
toutes fa\c{c}ons, Google est bien plus performant, d'acc\`es gratuit, 
et n'impose pas un assaut de banni\`eres commerciales \`a ses usagers~!}.
Certes, de tels syst\`emes auraient un co\^ut de fonctionnement, mais vu 
le prix actuel de la technologie (lire de nouveau ce qui pr\'ec\`ede sur le 
syst\`eme Linux~!), ce co\^ut serait assez modeste et comporterait 
essentiellement des frais de secr\'etariat et de maintenance 
informatique. Il serait certainement tr\`es inf\'erieur
\`a la somme cumul\'ee des co\^uts support\'es par les biblioth\`eques scientifiques
pour acheter les revues imprim\'ees, o\`u pour payer l'acc\`es aux revues
\'electroniques, dans le cas o\`u l'acc\`es serait payant.  De plus, on
s'\'epargnerait l'effort p\'enible et le co\^ut d'avoir \`a exercer
un contr\^ole policier sur qui t\'el\'echarge quoi, et on permettrait
aussi aux pays en voie de d\'eveloppement (ou tout
simplement aux chercheurs non membres des seuls d\'epartements
scientifiques abonn\'es \`a la revue~X) d'y avoir acc\`es rapidement
et sans efforts.

Pour que cette id\'ee puisse voir le jour, il faudrait un certain
niveau de mobilisation et de consensus autour de ces questions, et
surtout que les instances de tutelle veuillent bien reconsid\'erer 
leur politique de financement, en reversant aux revues
une petite partie des sommes qui \'etaient autrefois affect\'ees \`a
l'\'equipement des biblioth\`eques, et en consid\'erant qu'il y a l\`a
un besoin de financement permanent sur de longues p\'eriodes. 
(On peut imaginer cependant que l'id\'ee de r\'ealiser \`a terme des 
\'economies sera plut\^ot vue d'un bon oeil~!). D'un point de vue 
technique, il faudrait que la communaut\'e
scientifique s'assure de disposer en continu des comp\'etences
n\'ecessaires pour la maintenance des syst\`emes informatiques, et de
d\'evelopper ou faire d\'evelopper les plate-formes logicielles
requises (pour \'eviter d'avoir \`a reproduire les m\^emes efforts en
plusieurs endroits) et {\it $*$surtout$*$} de b\'en\'eficier d'un cadre
l\'egal lui autorisant la libre gestion des donn\'ees (\`a l'abri par exemple
de poursuites judiciaires provenant de prises indues de brevets sur
ce qui serait en fait de pures connaissances scientifiques).
Ceci pourrait tr\`es bien se faire \`a l'\'echelle europ\'eenne, et pourrait
contribuer alors \`a un plus grand rayonnement europ\'een en mati\`ere
de diffusion de la connaissance.

Je crois qu'il y a l\`a une grande urgence. Une \'evolution des mentalit\'es est
n\'ecessaire au niveau administratif et politique -- et je suis personnellement
convaincu que les scientifiques doivent fortement accro\^{\i}tre la pression sur 
les pouvoirs politiques pour leur faire davantage prendre conscience des 
enjeux. On constate d\'ej\`a des \'evolutions sensibles aux Etats-Unis, avec
une frilosit\'e nettement moins grande vis \`a vis de l'acc\`es public
aux donn\'ees (au milieu, il est vrai, de menaces autrement plus redoutables 
pesant sur la libre circulation des connaissances technologiques). 
Qu'on visite les sites de la NASA et de la NOAA (National
Oceanic Atmospheric Administration), et on constatera qu'une grande
quantit\'e d'informations tr\`es int\'eressantes est en libre
service.
\bigskip

{\bf 3. Le danger des brevets sur les logiciels}
\medskip

La protection des innovations techniques par le brevet n'est justifi\'ee
que par l'utilit\'e sociale, c'est-\`a-dire le b\'en\'efice apport\'e \`a la
Soci\'et\'e, quelle qu'en soit la forme. Dans ce contexte, il n'est pas 
possible d'analyser dans les m\^emes termes les brevets sur les
innovations mat\'erielles, qui ont un co\^ut de production permanent et 
incompressible, et les innovations logicielles, beaucoup plus proches 
par leur statut de la connaissance scientifique pure, ayant \'eventuellement 
un co\^ut de cr\'eation initial mais un co\^ut de reproduction et de diffusion
pratiquement nul. 

Il faut tenir compte aussi de la bien plus grande interd\'ependance 
scientifique de connaissances qui se situent tr\`es en amont de la science
et qui sont souvent proches d'algorithmes purement math\'ematiques. Ainsi, 
toute la cryptographie et les techniques de s\'ecurisation des donn\'ees 
reposent sur des concepts arithm\'etiques tels que la factorisation des entiers,
l'arithm\'etique des courbes elliptiques, etc. Instaurer des brevets sur de 
tels algorithmes math\'ematiques revient \`a condamner \`a des restrictions
draconiennes de diffusion toute science qui viendrait en aval (et, pour 
ce qui concerne l'arithm\'etique, on peut dire qu'il s'agit de presque toutes
les sciences fondamentales~!). Les scientifiques et les
citoyens dans leur ensemble auraient alors \`a subir des restrictions de 
diffusion d'information totalement arbitraires, contraires en tout point
\`a l'\'ethique scientifique la mieux \'etablie\note{28}{Un chercheur de renom
de l'Universit\'e de Princeton, Edward Felten, s'est ainsi vu interdire 
la publication de travaux de recherche th\'eoriques concernant la
s\'ecurisation des donn\'ees, en particulier la possibilit\'e th\'eorique de
craquer la technologie d'authentification SDMI, suite \`a des lettres de 
menace envoy\'ees par la puissante RIAA (Recording Industry Association 
of America, intervenant au titre de la protection du Copyright des 
oeuvres artistiques), cf.\ [17]. A long terme, on peut s'interroger 
sur la pertinence
d'une \'echelle de valeurs sociales qui ``\'evalue'' un Michael Jackson ou
un Steven Spielberg \`a plusieurs centaines de millions (sinon milliards) de 
Dollars, et un Albert Einstein, pourtant d\'ecouvreur de connaissances 
fondamentales ayant valeur pour l'\'eternit\'e et pour l'ensemble de l'univers, 
\`a l'\'equivalent de quelque chose comme 10$\,$000 Dollars mensuels. 
La r\'eglementation 
actuelle du copyright artistique a pour principal effet de maintenir la 
richesse extravagante d'artistes -- quel que soit leur talent -- 
constituant une infime minorit\'e de la communaut\'e des hommes d'art ou 
de lettres. Et de transformer en cybercriminels les millions d'internautes 
qui s'\'echangent les fichiers MP3 ou les codes informatiques (ill\'egalement,
mais suivant ce qu'on peut cependant estimer \^etre un ``bon droit naturel''). 
Pour moi, le ``bon droit naturel'' est justifi\'e par le co\^ut effectif presque 
nul de la reproduction des donn\'ees - ainsi, une lithographie reproduisant
une oeuvre de Salvador Dali n'est pas du tout consid\'er\'ee comme 
\'equivalente \`a l'oeuvre originale. Depuis l'apparition des nouvelles 
technologies, l'unique valeur d'une oeuvre r\'eside dans le travail de 
cr\'eation initial, qui devrait donc \^etre r\'emun\'er\'e suivant des principes 
nouveaux \`a trouver et \`a d\'efinir, en fonction de l'impact social (et non
pas en fonction du volume de diffusion de copies ayant une valeur 
intrins\`eque presque nulle, mais auxquelles on affecte artificiellement
une valeur commerciale).}.
Beaucoup de recherches r\'ecentes qui se situent au coeur de l'informatique
contemporaine, comme l'\'etude des langages formels et des proc\'ed\'es de
compilation, reposent sur l'utilisation de multiples ``bo\^{\i}tes \`a outil
logicielles''. Celles-ci pourront le cas \'ech\'eant tomber sous le coup de 
brevets, ce qui interdira ensuite la libre exploitation des
langages informatiques, et ouvrira une v\'eritable br\`eche dans la libert\'e de
recherche scientifique, si ce n'est pas dans la communication 
scientifique elle-m\^eme...

Je renvoie aux \'etudes s\'erieuses et tr\`es fouill\'ees faites par des associations
comme l'AFUL [21], sur l'impact \'economique que pourraient avoir la d\'ecision
d'instaurer des brevets sur les logiciels. Cet impact ne serait positif
que pour quelques grandes soci\'et\'es d\'ej\`a en situation de quasi-monopole. 
L'impact serait extr\^emement n\'egatif, \`a l'inverse, pour tous les
scientifiques concern\'es, pour les jeunes soci\'et\'es assurant la cr\'eation et la 
diffusion des logiciels libres (il y en a d'extr\^emement dynamiques
en France, comme MandrakeSoft), et pour la grande majorit\'e des petites 
PME/PMI qui n'ont pas les moyens financiers suffisants pour d\'eposer des 
brevets ou effectuer les actions en contrefa\c{c}on.

Dans ces conditions, je ne peux que m'\'etonner des conclusions rendues
par la ``Commission brevetabilit\'e'' anim\'ee par Jacques Vincent-Carrefour
dans le cadre de l'Acad\'emie des Technologies. Ces conclusions, qui sont
favorables \`a l'instauration de brevets logiciels, reposent sur une
analyse partielle et partiale, et constituent une v\'eritable insulte
\`a l'\'ethique scientifique. Il est vrai que la composition m\^eme de la 
commission, constitu\'ee pour l'essentiel de repr\'esentants de tr\`es grands groupes
industriels et d'\`a peu pr\`es aucune personnalit\'e scientifique ind\'ependante
de renom, laissait planer assez peu de doute sur les conclusions qui
pouvaient \^etre atteintes. La commission n'a m\^eme pas voulu entendre
la position d'associations \'eminemment int\'eress\'ees comme l'AFUL (voir
[22]), n'a pas 
voulu prendre en compte des p\'etitions sign\'ees par des dizaines de milliers
d'informaticiens et de scientifiques en Europe. Des rumeurs
bien inform\'ees (fuites de brouillons de documents...) montrent que le 
rapport de la commission \'etait d\'ej\`a r\'edig\'e moins de 5 semaines apr\`es la 
constitution de la commission, avant m\^eme que l'enqu\^ete ait pu \^etre
s\'erieusement conduite. Bernard Lang, Directeur de recherches \`a l'INRIA,
bien plac\'e pour conna\^{\i}tre les tenants et aboutissants de cette affaire,
parle de ``malhonn\^etet\'e intellectuelle'' et de ``tentative de manipulation 
d\'elib\'er\'ee'' vis-\`a-vis des instances de d\'ecision. On ne saurait mieux dire,
et j'esp\`ere que la communaut\'e scientifique saura r\'eagir de fa\c{c}on vigoureuse.
\bigskip

{\bf 4. L'administration au service du citoyen et de la soci\'et\'e}
\medskip

Je ne voudrais pas m'\'etendre longuement sur des aspects qui sont a
priori \'eloign\'es de mes pr\'eoccupations professionnelles premi\`eres. 
Cependant, il me semble en tant que citoyen qu'il y a de 
nombreuses opportunit\'es mal exploit\'ees, qui permettraient de mieux mettre 
le potentiel de l'Internet au service de la Soci\'et\'e, en particulier 
dans le rapport de l'administration avec ses usagers.

Tous les grands services de l'\'etat devraient \^etre consultables et exploitables
en ligne -- c'est d\'ej\`a le cas dans une certaine mesure. Mais les
formats de documents ne sont pas toujours ouverts (rappelons que les divers 
formats MS-Word {\it $*$ne sont pas$*$} des formats de document 
ouverts, et ils sont d'ailleurs partiellement incompatibles entre eux~!). 
L'\'Etat devrait syst\'ematiquement favoriser l'usage de formats de 
documents ouverts pour tous les \'echanges de donn\'ees entre les 
administrations, et encore plus, entre les administrations et les usagers
(cf.\ rapport Carcenac [24] remis au Premier Ministre en avril 2001).

Des aberrations de gestion subsistent. C'est le cas par exemple pour
le Bottin Administratif. La liste des services des
diff\'erentes administrations et institutions est une donn\'ee publique
qui concerne en premier chef les citoyens dans leurs rapports avec la
puissance publique, et aussi, en grande partie l'administration
elle-m\^eme. Or on constate par exemple que le Bottin Administratif
n'est disponible que moyennant une somme exorbitante avoisinant 
2000 Francs~! Cet argent n'est certes pas perdu pour tout le monde
(Soci\'et\'e Fran\c{c}aise du Bottin, qui est une soci\'et\'e de droit priv\'e), 
mais il est assur\'ement gaspill\'e en grande partie par l'\'Etat --
\'evidemment, ceci ne concerne pas la r\'ealisation des annuaires
li\'es \`a l'Industrie, au Commerce, etc, pour lesquels une gestion
priv\'ee est parfaitement logique et ad\'equate. L'\'Etat ferait mieux de 
subventionner la constitution d'une
base de donn\'ee \'electronique publiquement accessible, recensant les
adresses et services pertinents relevant de la puissance
publique\note{29}{A vrai dire, d\`es que les services concern\'es ont eux-m\^emes
un site web, les informations aff\'erentes sont disponibles
directement par le web via les moteurs de recherche comme Google. 
Le Bottin Administratif, dans sa forme actuelle, est donc sans doute 
en voie d'obsolescence rapide}.  A charge \'eventuellement pour un service 
de l'\'etat appropri\'e ou des \'editeurs priv\'es de faire para\^{\i}tre des 
annuaires papier sur une base concurrentielle.
\bigskip\bigskip

{\bf 5. Enseignement et TICE.}
\medskip

Il y a \`a l'heure actuelle une v\'eritable fr\'en\'esie autour des TICE
(Technologies de l'Infor\-mation et de la Communication pour l'Enseignement),
sans doute \`a la faveur de la prise de conscience r\'ecente de l'importance 
\'economique de l'Internet par la puissance publique. Mais aussi en partie
parce que des int\'er\^ets priv\'es puissants s'expriment haut et fort 
dans le but de ``placer'' leurs technologies aupr\`es du syst\`eme 
\'educatif, moyennant esp\`eces sonnantes et tr\'ebuchantes~!

L'analyse d\'evelopp\'ee dans les volets I et II de mon rapport tend \`a 
montrer, au moins en mati\`ere scientifique, que la plus grande prudence 
devrait \^etre de mise en ce qui concerne l'introduction des TICE. 
L'urgence devrait \^etre au contraire de dire qu'il n'y a pas urgence
\`a pr\'ecipiter l'usage massif de logiciels dont la valeur \'educative, 
le plus souvent, n'est pas suffisamment \'eprouv\'ee
(voir \`a ce propos la remarquable
contribution [25],
parue en 1995 dans Lib\'eration, de Jean-Louis Gass\'ee,
principal artisan du syst\`eme d'exploitation BeOS et expert
mondialement connu en Informatique).


Beaucoup de logiciels propos\'es dans le commerce, notamment pour
l'enseignement primaire et secondaire, s'av\`erent \^etre des logiciels \`a
caract\`ere essentiellement ludique, et n'ont pas un int\'er\^et \'educatif
\'evident. S'ils en ont, il peut y avoir des probl\`emes d'accessibilit\'e
dans le temps ou dans l'espace (en raison de la faible dur\'ee de vie des
logiciels commerciaux, de leur co\^ut, de la difficult\'e \`a les d\'eployer 
sur une base suffisante, du manque de formation des enseignants, etc). Les
technologies en question ne devraient donc \^etre recommand\'ees dans les 
programmes scolaires et universitaires qu'apr\`es des exp\'erimentations
p\'edagogiques pouss\'ees, effectu\'ees par des acteurs ind\'ependants des
groupes ou soci\'et\'es priv\'ees qui les proposent. Le label ``Logiciel
d'int\'er\^et p\'edagogique'' ne devrait pas \^etre d\'elivr\'e par les services
de l'\'Etat sans les exp\'erimentations pouss\'ees \'evoqu\'ees plus haut.

A l'inverse, l'\'Etat doit \'evidemment dans un premier temps 
mettre en place l'infrastructure n\'ecessaire pour assurer l'acc\`es \`a
l'Internet des \'etablissements d'enseignement. En particulier, 
l'\'Etat doit veiller \`a ce qu'une formation permanente ad\'equate 
soit disponible pour un grand nombre d'enseignants (c'est un point 
cl\'e, tr\`es loin d'\^etre assur\'e \`a l'heure actuelle), nommer de jeunes 
enseignants bien form\'es et des personnels techniques appropri\'es en 
nombre suffisant, initier des structures collaboratives, si possible sur un
plan national, permettant aux enseignants de cr\'eer et d'\'echanger 
des documents p\'edagogiques de qualit\'e. Bien entendu, chaque fois que les
documents sont produits avec le soutien de l'argent publique et 
\`a destination de l'enseignement publique, il devrait y avoir une
incitation tr\`es forte (voire une r\`eglementation explicite) pour
que ces documents soient en libre acc\`es. Dans ces conditions, 
il est clair que les logiciels libres et documents en source libre
pourraient ais\'ement constituer la meilleure solution pour le syst\`eme 
\'educatif, pourvu que des efforts coordonn\'es soient faits dans 
la bonne direction (En Octobre 1998, un accord cadre a \'et\'e sign\'e
entre l'AFUL et le Minist\`ere de l'Education Nationale [23], mais les
moyens mis en oeuvre pour donner une suite concr\`ete a cet accord
ne semblent pas avoir \'et\'e \`a la hauteur de ce qui aurait \'et\'e
n\'ecessaire)~:

$*$ Des solutions r\'eseaux extr\^emement performantes en logiciels libres
existent d'ores et d\'ej\`a, et ont \'et\'e d\'eploy\'ees \`a grande \'echelle sur 
plusieurs acad\'emies pilote (l'Acad\'emie de Grenoble est une de celle-l\`a, 
avec environ 300 \'etablissements dot\'es de serveurs Linux).

$*$ De nombreux logiciels libres pertinents existent dans beaucoup
de domaines pouvant int\'eresser l'enseignement, notamment la bureautique
de base et les mati\`eres scientifiques (il y a un manque relatif 
dans les mati\`eres litt\'eraires et artistiques, d\^u en partie aux limitations 
cr\'e\'ees par le droit d'auteur, mais, m\^eme l\`a, il y a des logiciels libres
int\'eressants, pour la musique par exemple; consulter le site
mis en place par le CNDP sous l'impulsion de Jean-Pierre Archambault,
responsable de la veille technologique au CNDP, et coordonn\'e par Yves
Potin [18]). Il conviendrait n\'eanmoins, si
l'on veut que l'initiation aux technologies informatiques ait r\'eellement
un sens, que les programmes scolaires veuillent bien inclure des 
sujets d'int\'er\^et scientifique un tant soit peu consistants, comme 
l'apprentissage des rudiments de la programmation (ceci concerne a priori
surtout les fili\`eres scientifiques \`a la fin du Lyc\'ee et au del\`a, 
cf.\ volets I et II)\note{30}{Je peux relater l'anecdote suivante, 
intervenue l'an dernier. Je cherchais alors sur Internet un logiciel
libre permettant la r\'ealisation ``d'images magiques'' tri-dimensionnelles.
Assez rapidement, je tombe sur le site d'un chercheur allemand avec
qui j'engage des discussions, et qui ont abouti \`a la r\'ealisation en commun
d'un mod\'eliseur permettant de visualiser des formes 3D \`a partir de leurs
\'equations math\'ematiques, et de les rendre en ``images magiques''. Une fois 
le travail fait, je r\'ealise qu'il  ne s'agit pas en fait d'un chercheur, 
mais d'un lyc\'een allemand qui a d\'emarr\'e ce travail remarquable d\`es l'\^age
de 15 ou 16 ans, et qui m'annonce qu'il doit interrompre un moment le 
d\'eveloppement du logiciel parce qu'il va passer l'Abitur (Baccalaur\'eat 
allemand)~! (voir son site ``Stereograph for Linux'' [26])}.

Enfin, l'\'Etat devrait inciter les institutions scientifiques et 
les \'etablissements de recherche publics \`a offrir plus syst\'ematiquement en 
libre acc\`es les donn\'ees scientifiques qui pr\'esentent un 
int\'er\^et \'educatif -- en prenant dans ce domaine (le bon) exemple sur ce 
qui se pratique couramment aux 
\'Etats-Unis (NASA, NOAA, ...)\note{31}{En France, par contre, il 
n'est m\^eme pas possible de 
se procurer des cartes g\'eographiques \`a petite \'echelle du pays sans 
tomber sur l'ic\^one~: ``carte bancaire'' -- cf.\ le 
site de l'IGN~: {\seventt http://www.ign.fr}, dont je ne partage pas
l'auto-glorification proclam\'ee. Il m'a fallu aller sur un site 
am\'ericain pour trouver une carte d\'ecente de la France ou de la r\'egion 
grenobloise. Qu'est donc devenu le vieil id\'eal r\'epublicain d'instruction 
la\"{\i}que et gratuite~?}. Ceci 
vaut pour les documents d'histoire naturelle, les documents 
historiques, g\'eographiques, g\'eologiques ou mus\'eologiques, dans la mesure
o\`u les donn\'ees font partie du patrimoine culturel de l'humanit\'e. Des 
subventions ad\'equates de l'\'Etat, probablement peu co\^uteuses, 
pourraient venir compenser le co\^ut de maintenance des serveurs.

De nouveau, c'est le rayonnement culturel du pays qui est en jeu. 
Il faut avoir \`a l'esprit que des conditions restrictives abusives sur 
le droit de reproduction des donn\'ees va emp\^echer la libre
exploitation des documents par les enseignants pris individuellement. 
Bien s\^ur, ce n'est pas le cas pour les grands groupes multimedia, qui 
ont actuellement tous les moyens pour effectuer les d\'emarches 
n\'ecessaires, exercer des poursuites l\'egales en cas de besoin, arracher 
des accords privil\'egi\'es, obtenir des ``prix de gros'' qu'ils 
rentabilisent aussit\^ot sur les volumes de vente de cassettes ou CD-Rom, 
souvent \`a des prix nettement sup\'erieurs aux co\^uts de production, lorsque la
concurrence est inexistante. 

La mondialisation, oui, si c'est la mondialisation au service du 
citoyen, et en suivant les mod\`eles les plus exemplaires de 
d\'eveloppement collaboratif. La mondialisation, non, si c'est 
l'appropriation du patrimoine culturel et scientifique de l'humanit\'e
par des int\'er\^ets priv\'es~!
\bigskip

{\bf 6. Recommandations}
\medskip 

Je ne red\'etaillerai pas ici la longue liste des mesures que j'ai
pr\'econis\'ees dans les paragraphes pr\'ec\'edents, mais je voudrais
souligner l'urgence de mesures allant dans le sens de l'\'ethique
scientifique et du droit des citoyens. Dans un rapport adress\'e au
Secr\'etariat d'Etat \`a l'industrie au d\'ebut 1998, j'avais pr\'econis\'e la
cr\'eation d'une Agence Publique des Logiciels Libres. Compte tenu de ce
qui pr\'ec\`ede et des n\'ecessit\'es scientifiques expliqu\'ees plus haut, une
telle mesure me para\^{\i}t plus que jamais \`a l'ordre du jour; il y a
d'ailleurs eu dans l'intervalle plusieurs propositions ou rapports
int\'eressants li\'es \`a ces questions, \`a la fois d'origine parlementaire
(Rapport Carcenac en avril 2001, proposition de loi Le 
D\'eaut-Paul-Cohen en 2000) ou s\'enatoriale (proposition de loi Laffitte 
et rapport Laffitte, Cabanel et Tr\'egou\"et en 1999). La question m\'erite 
certainement un examen approfondi par l'\'Etat et un d\'ebat public 
de grande ampleur, qui n'a malheureusement pas encore pu avoir lieu.  
\vskip1cm

{\it Nota}:
Le texte a \'et\'e enti\`erement r\'edig\'e sur un syst\`eme GNU/Linux, au moyen
de l'\'editeur Emacs de Richard Stallman et du syst\`eme de traitement de
texte \TeX\ de Donald Knuth. La conversion au format HTML a \'et\'e obtenue
gr\^ace au logiciel libre Amaya d\'evelopp\'e par l'INRIA et le W3C (Consortium
international r\'egulant les standards de communication de l'Internet).

\vfill\eject

{\bigbf R\'ef\'erences}
\vskip7mm

{
\parindent = 7mm

\item{[1]} Le Monde Informatique du 9 juin 2000,\hfil\break
{\tt http://www.lmi.fr/ENQUETES/2000/}, voir sous ce r\'epertoire 
l'article\hfil\break
{\tt 20000609-57-informaticiensetrangersbienvenueeneurope.htm}

\item{[2]} Sauvez les Maths, {\tt http://www.multimania.com/sauvezlesmaths/ }

\item{[3]} Site du SNES, {\tt http://www.snes.fr/ }

\item{[4]} Sciences et Avenir,
{\tt http://www.sciencesetavenir.com/comprendre/pg75.html}\kern-1pt

\item{[5]} J.-P.\ Demailly, cri d'alarme,\hfil\break
{\tt http://www-fourier.univ-grenoble-alpes.fr/\~{}demailly/programmes.html}

\item{[6]} Elucubrations de C.~All\`egre,\hfil\break
{\tt http://www.lemonde.fr/article/0,2320,31922,00.html}

\item{[7]} Site de logiciels libres \'educatifs du CARMI-Internet 
Grenoble,\hfil\break
{\tt ftp://ftp.ac-grenoble.fr/ge}~~voir aussi\hfil\break
{\tt http://www.ac-grenoble.fr/carmi-internet/ge/liens.php}\hfil\break
Des CD-Roms devraient \^etre prochainement disponibles sur l'initiative
du CNDP.

\item{[8]} Bernard Lang, {\tt http://pauillac.inria.fr/\~{}lang/ecrits/ailf/}

\item{[9]} Denis Monasse, Destabilisation des programmes,\hfil\break
{\tt http://www.multimania.com/sauvezlesmaths/Textes/SMFtribunelibre3a.rtf}%
\kern-20pt

\item{[10]} Logiciels GNU de la FSF, {\tt http://www.gnu.org/ }

\item{[11]} Linux, {\tt http://www.linux.org/ }

\item{[12]} Applications scientifiques sous Linux,\hfil\break
{\tt http://www-sor.inria.fr/mirrors/sal/index.shtml}


\item{[13]} Site d'annonces Freshmeat, {\tt http://freshmeat.net }\hfil\break
(environ 50 nouvelles annonces par jour...)

\item{[14]} Initiative Red Escolar au Mexique,
{\tt http://redesc.linux.org.mx/ }

\item{[15]} Rapport PITAC de la Maison Blanche,\hfil\break
{\tt http://www.fcw.com/fcw/articles/2000/0918/web-open-09-18-00.asp}

\item{[16]} Association Fran\c{c}aise des Utilisateurs de Linux et des
Logiciels Libres,\hfil\break 
{\tt http://www.aful.org}

\item{[17]} Informations sur la page d'Edward Felten,\hfil\break
{\tt http://www.cs.princeton.edu/sip/sdmi/}\hfil\break
{\tt http://www.cs.princeton.edu/sip/sdmi/riaaletter.html}

\item{[18]} Logiciels libres pour l'enseignement (site du CNDP),\hfil\break
{\tt http://shalmaneser.sortilege.org/cndp/}

\item{[19]} Yves Chevallard et Marianna Bosch, 
Les Grandeurs en math\'ematiques au coll\`ege~: une Atlandide oubli\'ee,
Callimaque revues, 1997.

\item{[20]} Contributions de Michel Delord, voir\hfil\break
{\tt http://casemath.free.fr/index.php3?page=diver\#tribune},\hfil\break 
en particulier les textes :\hfil\break
Calcul humain, calcul mental et calculettes\hfil\break 
({\tt http://casemath.free.fr/divers/tribune/calc-index.html}) et :
\hfil\break
NTIC \`a l'\'ecole : un pas de plus dans l'enseignement tayloris\'e d'une 
pens\'ee tayloris\'ee ?\hfil\break
({\tt http://casemath.free.fr/divers/tribune/nticd.htm}).

\item{[21]} Bernard Lang, Enjeux de la brevetabilit\'e du logiciel,\hfill\break
{\tt http://pauillac.inria.fr/~lang/ecrits/terminal/p.html }

\item{[22]} Opposants \`a la brevetabilit\'e des logiciels
totalement ignor\'es,\hfil\break
{\tt http://www.internet-actu.com/archives/une/une97.html}

\item{[23]} Accord-cadre entre l'AFUL et le MENRT,\hfil\break
{\tt http://www.aful.org/education/accord.html}

\item{[24]} Rapport Carcenac,\hfil\break
{\tt http://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/rapcarcenac/sommaire.htm}%
\kern-10pt

\item{[25]} Jean-Louis Gass\'ee (concepteur du syst\`eme BeOS):\hfil\break
Ordinateurs \`a l'\'ecole, la grande illusion\hfil\break
{\tt http://users.skynet.be/aped/fr/math/documents.html}

\item{[26]} Stereograph for Linux by Fabian Januszewski,\hfil\break
{\tt http://stereograph.sourceforge.net/index.html}

\item{[27]} Lettre de Romain Vidonne, professeur agr\'eg\'e de 
Math\'ematiques,\hfil\break
{\tt http://www-fourier.univ-grenoble-alpes.fr/$\widetilde{\ }$demailly/vidonne.html }

}

\end
% Local Variables:
% TeX-command-default: "TeX"
% End:


