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% Usual sets of numbers  
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\def\bu{$\scriptstyle\bullet$\ }

\line{\bf Magistère M1\hfil Université Grenoble Alpes\hfil année 2018-2019}
\vskip5mm
\centerline{\bf Surfaces de Riemann (Jean-Pierre Demailly),
feuille n${}^\circ$10, 18/04/2019}

\vskip5mm
On s'appuiera sur les notions et résultats de la feuille d'exercices n${}^\circ$8.\\
Si $\varphi:X\to Y$, $x\mapsto y=\varphi(x)$, est une application de
classe $C^k$, $k\geq 1$, entre variétés différentielles, et si
$\alpha(y)=\sum_{|I|=p}\alpha_I(y)\,dy_I$ est une $p$-forme différentielle
continue sur $Y$ (avec la notation multi-indice usuelle
$dy_I=dy_{i_1}\wedge\ldots\wedge dy_{i_p}$), l'image réciproque $\varphi^*\alpha$
est par définition la $p$-forme différentielle sur~$X$ obtenue en effectuant
la substitution $y=\varphi(x)$ dans $\alpha(y)$, c'est-à-dire
$$
\varphi^*\alpha(x)=\sum_{|I|=p}\alpha_I(\varphi(x))\,d\varphi_I(x),\quad
d\varphi_I(x)=d\varphi_{i_1}(x)\wedge\ldots\wedge d\varphi_{i_p}(x).
$$
Si $\varphi$ est un difféomorphisme de variétés de dimension $n$ et
si $\alpha$ est une $n$-forme intégrable (par exemple à support
compact), on
a $d\varphi_I(x)={\rm Jac}(\varphi)(x)\,dx_I$ pour $I=(1,2,\ldots,n)$, et
la formule du jacobien équivaut à
$\int_X\varphi^*\alpha=\pm\int_Y\alpha$,
avec un signe $\pm$ qui est celui de ${\rm Jac}(\varphi)$ (donc $+$ si
$\varphi$  préserve l'orientation).\medskip

{\bf 1.} On revient ici à l'étude de la fonction $\wp$ de Weierstrass et au
plongement des courbes elliptiques $\bC/\Lambda\hookrightarrow\bP^2_\bC$, où 
$\Lambda=\bZ a\oplus\bZ b$. Nous avons montré en cours que $\wp$ est une
fonction méromorphe paire, périodique de groupe de périodes $\Lambda$,
ayant des pôles doubles en
chaque point $\lambda\in\Lambda$, avec $\wp(z)=(z-\lambda)^{-2}+O(1)$
au voisinage de $\lambda$, de sorte que
$\wp$ (resp.\ $\wp'$) définit un morphisme $\wp:\bC/\Lambda\to\bP^1_\bC$
de degré $2$ (resp.\ $\wp':\bC/\Lambda\to\bP^1_\bC$ de degré~$3$). On a montré
en outre que $\wp$ satisfait l'équation différentielle algébrique
$$
(\wp')^2=4\wp^3+\alpha\wp+\beta,\quad\alpha=-60\sigma_2,~~\beta=-140\sigma_3
$$
où les $\sigma_k:=\sum_{\lambda\in\Lambda^*}\lambda^{-2k}$ sont les {\it séries
d'Eisenstein}.

(a) Montrer que $\wp'$ s'annule avec multiplicité $1$ aux points $a/2$, $b/2$
et $(a+b)/2$.

(b) Déduire de (a) que l'équation $4X^3+\alpha X+\beta=0$ admet comme racines
les nombres complexes $\wp(a/2)$, $\wp(b/2)$, $\wp((a+b)/2)$, et que ces 3 
nombres sont 2 à 2 distincts. En conséquence, le discriminant
$\Delta=\alpha3+27\beta^2$ est non nul.\\
{\it Indication.} De manière générale, tout point $w\in\bP^1_\bC$ admet
deux préimages $\dot z$ et $-\dot z$, qui sont confondues si et seulement
si $z\in{1\over 2}\Lambda$. Si on avait $w=\wp(a/2)=\wp(b/2)$, compter combien
$w$ aurait de préimages (en tenant compte des multiplicités).

(c) La courbe algébrique affine $y^2=4x^3+\alpha x+\beta$ admet un seul point
à l'infini, et sa compactication $\Gamma\subset\bP^2_\bC$ est lisse. 
De plus $\bC\ssm\Lambda\ni z\mapsto (\wp(z),\wp'(z))\in\bC^2$ se prolonge en un 
biholomorphisme $\varphi:\bC/\Lambda\to\Gamma\subset\bP^2_\bC$.\\
{\it Indication.} Vérifier que $\varphi$ est de degré $1$ en considérant par 
exemple les préimages du point à l'infini.

(d) la différentielle $dz$ peut-être vue comme une $1$-forme partout non nulle
sur la courbe elliptique~$\bC/\Lambda$, trivialisant donc son faisceau cotangent, et le biholomorphisme $\varphi$ est tel que $\varphi^*(dx/y)=dz$. En 
conséquence, le réseau de périodes $\Lambda$ peut être obtenu comme l'ensemble
des intégrales $\int_\gamma dx/y$ où $\gamma$ décrit l'ensemble des lacets 
de classe $C^1$ par morceaux tracés dans
$\Gamma$ (mais on peut toujours se ramener au cas où $\gamma$ ne croise
pas les 4 points de ramification où $y\in\{0,\infty\}$).

(e) Réciproquement, si on considère $\alpha,\beta\in\bC$ tels que
$\alpha^3+27\beta^2\neq 0$ et la courbe $\Gamma_{\alpha,\beta}$ définie
comme la cubique affine $y^2=4x^3+\alpha x+\beta$
complétée par son point à l'infini, on obtient une surface de Riemann
difféomorphe à n'importe quelle courbe elliptique $\bC/\Lambda_0$.\\
{\it Indication.} Il existe un difféomorphisme de $\bC$ qui envoie
un triplet de points quelconques 2 à 2 distincts $(x_1^0,x_2^0,x_3^0)$ sur
un autre triplet quelconque $(x_1,x_2,x_3)$ et qui est l'identité au
voisinage de $\infty$.

(f) Pour tout $u\in\bC^*$, les courbes $\Gamma_{\alpha,\beta}$ et 
$\Gamma_{u^2\alpha,u^3\beta}$ sont isomorphes. De plus, la courbe 
$\Gamma_{\alpha,\beta}$ est isomorphe à la courbe $\bC/\Lambda$ obtenue
en prenant pour $\Lambda$ un certain réseau de $\bC$, égale
à l'ensemble des ``périodes'' $\int_\gamma dx/y$
lorsque $\gamma$ décrit les lacets tracés dans $\Gamma_{\alpha,\beta}$.

{\it Indication.} Si $X=\Gamma_{\alpha,\beta}$, le faisceau cotangent $\cT^*_X$
est un $\cO_X$-module engendré globalement par la forme $\omega=dx/y$, 
et il existe donc
un champ de vecteur global $\xi$ sur $X$ tel que $\omega(\xi)=1$.
On considère l'application $\psi:\bC\to X$, $z\mapsto p=\psi(z)$ solution
du problème de Cauchy holomorphe ${dp\over dz}=\xi(p)$, i.e.\ 
$\psi'(z)=\xi(\psi(z))$, avec condition initiale $\psi(0)=p_0
\in \Gamma_{\alpha,\beta}={}$point à l'infini (disons). Alors $\psi$ définit
un revêtement holomorphe de $X$, qui coïncide nécessairement avec
le revêtement universel de~$X$, et les automorphismes du revêtement
constituent nécessairement un réseau $\Lambda$ de translations de $\bC$
(les automorphismes holomorphes de $\bC$ sont affines, et les seuls n'ayant 
pas de points fixes sont les translations). Par suite $\psi$ coïncide
avec la fonction $\wp$ associée au réseau $\Lambda$ et 
$\Gamma_{\alpha,\beta}\simeq\bC/\Lambda$.
\medskip

{\bf 2.} Soit $\varphi:X\to Y$ une application holomorphe 
de degré $d$ entre surfaces de Riemann compactes connexes.

(a) Pour toute forme différentielle
$\alpha$ de degré $2$ sur $Y$, montrer que
$\int_X\varphi^*\alpha=d\times\int_Y\alpha$.\\
{\it Indication.} Si $C$ est l'ensemble des points critiques et si
$V=\varphi(C)$ est
l'ensemble des valeurs critiques, on peut se ramener à des intégrales
sur $Y\ssm V$ et $X\ssm \varphi^{-1}(V)$ respectivement, là où $\varphi$
est un revêtement de degré $d$. On peut alors utiliser un recouvrement fini de
$Y\ssm V$ formés par des ouverts au dessus desquels le revêtement est trivial.

(b) Soit $\cF$ un $\cO_Y$-module inversible sur $Y$. Par définition tout
point de $Y$ admet un voisinage $V$ sur lequel $\cF_{|V}$ est le
$\cO_Y$-module de rang $1$ engendré par un certain générateur $g_V\in\cF(V)$.
On définit le $\cO_X$-module inversible $\varphi^*\cF$ comme étant
le $\cO_X$-module inversible engendré par $g_V\circ\varphi$ sur
$\varphi^{-1}(V)$, de sorte que
$(\varphi^*\cF)_{|\varphi^{-1}(V)}=\cO_{X|\varphi^{-1}(V)}\cdot (g_V\circ\varphi)$.
Si $\cF=\cO_Y([p])$ pour un certain point $p\in Y$, décrire
$\varphi^*\cO_Y([p])$
en termes de diviseurs, et calculer le degré de $\varphi^*\cO_Y([p])$.
En général, si $\cF=\cO_Y(\Delta)$ pour un certain diviseur
$\Delta$ sur $Y$, quelle est la relation entre
$\deg\varphi^*\cF$ et $\deg\cF$~?

(c) On redémontre ici (b) d'une autre manière. Soit $h$ est une
métrique hermitienne de classe $C^\infty$ sur~$\cF$. Montrer que
$\varphi^*h:=h\circ\varphi$ définit une métrique hermitienne sur
$\varphi^*\cF$ et que sa courbure est telle que $\Theta_{\varphi^*\cF,
\varphi^*h}=\varphi^*\Theta_{\cF,h}$ (voir la feuille 8 pour la définition
de la courbure). En déduire la relation attendue entre 
$\deg\varphi^*\cF$ et $\deg\cF$.
\medskip

{\bf 3.} Soient $X,Y,\varphi$ comme dans l'exercice {\bf 1}. On désigne 
par $c_j$ les points critiques de $\varphi$ et par $r_j$ les indices
de ramification associés (de sorte que $r_j-1$ est l'ordre d'annulation
de $\varphi'$ au point ~$c_j$). 

(a) Montrer qu'il existe un morphisme injectif de faisceaux inversibles
$$
\cT_X\to \varphi^*\cT_Y,\quad\xi\mapsto d\varphi(\xi).
$$

(b) Ce morphisme n'est pas surjectif au voisinage des points critiques,
et son image coïncide avec $\cO_X(-\sum(r_j-1)[c_j])\otimes_{\cO_X}\varphi^*\cT_Y
\subset \varphi^*\cT_Y$.

(d) Déduire de ce qui précède la formule générale de Riemann-Hurwitz
$$
\deg\cT_X = d\deg\cT_Y-\sum_j(r_j-1),
$$
et la relation qui existe entre le genre $g_X$ et le genre $g_Y$ (on admettra
que l'on a $\deg\cT_X=2-2g$, ce qui est une propriété de topologie 
différentielle des surfaces, impliquée par la formule de Gauss-Bonnet).
\medskip

{\bf 4.} On considère la courbe de Fermat projective $\Gamma:x^d+y^d-z^d=0$, 
dont la partie affine est $\Gamma^\circ:x^d+y^d-1=0$. Montrer que
la projection $\varphi:\Gamma\to\bP^1_\bC$,
$[x:y:z]\to[x:z]$ (soit $(x,y)\mapsto x$ dans la version affine), est un
revêtement ramifié de degré $d$ dont les points de ramification $c_j$
sont au nombre de $d$ et d'indice de ramification égaux à $d$. En déduire
que le genre de $\Gamma$ est $g={(d-1)(d-2)\over 2}$.
\medskip

{\bf 5.} ({\it Points d'inflexion des courbes projectives planes})

On considère dans le plan projectif $\bP^2_\bC$ une courbe $X$ définie
en coordonnées homogènes $z=(z_0,z_1,z_2)$ par $P(z_0,z_1,z_2)=0$ où $P$
est un polynôme homogène de degré $d$.

(a) On se place au voisinage d'un point lisse $[m]\in X$ tel que $P(m)=0$
et $dP(m)\neq 0$. Montrer, quitte à permuter les coordonnées, que $X$ admet
une paramétrisation holomorphe locale $z=f(t)$, $t\in D(0,r)$, avec
$[f(0)]=[m]$ et, disons, $f_0(t)\equiv 1$, $(f'_1(0),f_2'(0))\neq(0,0)$
[supposer $m_0\neq 0$ et appliquer le théorème des fonctions implicites
avec par exemple $t=z_1/z_0$.]

(b) Montrer, avec les notations de (a), que les autres
paramétrisations holomorphes locales $\tau\mapsto g(\tau)$ de
$P(g(\tau))=0$ avec $[g(0)]=[m]$ et $g'(0)\neq 0$ sont données par
$g(\tau)=g_0(\tau)f(\varphi(\tau))$, où $g_0$ est holomorphe non nulle
et $\varphi$ est un biholomorphisme d'un voisinage de $0$ sur un voisinage
de $0$ dans~$\bC$. Montrer que la condition $f''(0)=0$ équivaut à ce que
$g''(0)$ soit colinéaire à $g'(0)$. On dit alors que $[m]\in X$ est un point
d'inflexion de~$X$. [Le cas modèle est celui de la courbe $y=x^3$
à l'origine, mais pour $y=x^d$, $d\geq 4$, on a un point osculateur
d'ordre plus élevé qui n'est pas toujours un point d'inflexion au sens
strict.]

(c) On note $H(P)(z)$ la forme quadratique hessienne sur $\bC^3$ définie par
la matrice des dérivées secondes $(\partial^2P/\partial z_j\partial z_k)$,
de sorte que
$$H(P)(z)(v)=\sum_{j,k}{\partial^2P\over\partial z_j\partial z_k}(z)\,v_jv_k.$$
On suppose que $[m]$ est un point d'inflexion. En prenant les 4 dérivées
partielles secondes (holomorphes) de la relation $P(uf(t))=0$ par rapport
aux variables $u,t$, en $(u,t)=(1,0)$, montrer $H(P)(m)$ est identiquement
nulle sur le plan vectoriel de $\bC^3$ engendré par $f(0)$ et $f'(0)$.
En déduire que l'on a $\det(H(P))(m)=0$, où $Q=\det(H(P))=
\det(\partial^2P/\partial z_j\partial z_k)$ est un polynôme
de degré $3(d-2)$.

(d) Réciproquement, on suppose que l'on a un point $m\in\bC^3\ssm\{0\}$ tel que
$P(m)=0$, $\det(H(P))(m)=0$ et $dP(m)\neq 0$. Il existe alors un vecteur
$v\in\bC^3\ssm\{0\}$ tel que $v\in\Ker(H(P))$ [on entend par là
le noyau de la matrice $H(P)$]. Montrer en utilisant la
relation d'Euler pour les dérivées de $P$ que $m\notin\Ker(H(P))$,
de sorte que $v$ et $m$ sont indépendants, et enfin que $v\in\Ker(dP(m))$.
Conclure de là que $[m]$ est un point d'inflexion de $X$.

(e) On admet ici le théorème classique de Bézout qui affirme que l'intersection
de deux courbes algébriques projectives planes $Q(z)=0$, $R(z)=0$ de degrés
respectifs $d_1$, $d_2$ admet $d_1d_2$ points d'intersection comptés avec
multiplicités, sauf si $Q$ et $R$ admettent un facteur commun $F$ de
degré${}>0$, auquel cas il y a une infinité de points d'intersection.
Déduire du théorème de
Bézout que si $d\geq 3$, l'ensemble algébrique $\{[m]\in\bP^2_\bC\,;\;
P(m)=\det(H(P))(m)=0\}$ est non vide, et que toute courbe algébrique
lisse de degré $d\geq 3$ admet au moins un point d'inflexion, et en fait
$3d(d-2)$ tels points si on les compte avec multiplicités.
\medskip

{\bf 6.} On appelle cubique du plan projectif $\bP^2_\bC$ l'ensemble $X$ des
points $[x:y:z]\in\bP^2_\bC$ tels que $P(x,y,z)=0$ où
$P\in\bC[x,y,z]$ est un polynôme homogène de degré~$3$, non nul.
L'objet de cette question est de montrer qu'une cubique lisse
quelconque $X=\{P(x,y,z)=0\}$ peut se ramener à la forme dite ``de Weierstrass''
$y^{\prime 2}z'=x^{\prime3}+ax'z^{\prime2}+bz^{\prime3}$ par un
changement linéaire de variable
$(x,y,z)\mapsto(x',y',z')$ de ${\rm PGL}_3(\bC)$. On choisit
$m,v\in\bC^3$ comme dans la question 5~(d) [en s'appuyant sur le résultat
de 5~(e)], et on change les coordonnées en sorte que $v=(1,0,0)$ et
$m=(0,1,0)$, où $t\mapsto m+tv$ est la tangente d'inflexion.

(a) Vérifier qu'il existe $\alpha\in\bC$ tel que $P(m+tv)=P(t,1,0)=\alpha t^3$,
si bien que $P$ est de la forme
$$
P(x,y,z)=\alpha x^3+zQ(x,y,z)
$$
où $Q$ est un polynôme homogène de degré $2$, c'est-à-dire une forme
quadratique.

(b) On a nécessairement $\alpha\neq 0$, sinon les points d'intersection
de $z=0$ et $Q(x,y,z)=0$ seraient des points singuliers.

(c) Quitte à diagonaliser $Q(0,y,z)$ et à changer de nouveau les coordonnées
dans le plan $0yz$ (sans toucher à $x$~!), on peut supposer
$Q(0,y,z)=\beta y^2+\gamma z^2$, de sorte que
$Q(x,y,z)=\beta y^2+\gamma z^2+\delta x^2+\varepsilon xy+\theta xz$.

(d) On a $\beta\neq 0$, sinon le point $[0:1:0]$ ne serait pas lisse, et
un changement $\tilde y= y+(\varepsilon/2\beta)x$ permet de supprimer le terme
$\varepsilon xy$ dans $Q$.

(e) Un changement $x'=\alpha^{1/3}x+\lambda z$, $y'=\beta^{1/2}y$
permet de se ramener à la forme de Weierstrass.

\end


% Local Variables:
% TeX-command-default: "UpTeX"
% End:
