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% Usual sets of numbers  
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\def\bD{{\Bbb D}}
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\def\cL{{\Cal L}}
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\def\cO{{\Cal O}}

\def\gS{{\goth S}}

\def\Id{\mathop{\rm Id}}
\def\Im{\mathop{\rm Im}}
\def\pr{\mathop{\rm pr}}
\def\card{\mathop{\rm card}}
\def\Aut{\mathop{\rm Aut}}
\def\Sk{\mathop{\rm Sk}}
\def\Langle{\langle\!\langle}
\def\Rangle{\rangle\!\rangle}
\def\ssm{\mathop{\hbox{\Bbb r}}}

\def\bu{$\scriptstyle\bullet$\ }

\line{\bf Magistère M1\hfil Université Grenoble Alpes\hfil année 2018-2019}
\vskip5mm
\centerline{\bf Surfaces de Riemann (Jean-Pierre Demailly),
feuille n${}^\circ$3, 07/02/2019}

\vskip5mm

{\bf 1.} {\it Revêtements}\\
On appelle revêtement de base $Y$ et de fibre $F$ (où $Y,F$ sont des espaces
topo\-logiques, $F$ étant supposé {\it discret}), un espace topologique $X$ muni d'une application continue surjective $\rho:X\to Y$ possédant la propriété suivante, dite
de {\it locale trivialité au dessus de $Y$}~: {\it
tout point
$y_0\in Y$ possède un voisinage ouvert $V$ de sorte qu'il existe un 
homéomorphisme
$h_V:\rho^{-1}(V)\to V\times F$ tel que $\pr_1\circ h_V=\rho_{|\rho^{-1}(V)}$,
où $\pr_1$ désigne la première projection $V\times F\to V$.}\\
L'homéomorphisme $h_V$ est
appelé trivialisation de $\rho$ au dessus de $V$.

(a) Montrer que $\pr_1:X=Y\times F\to Y$ est un revêtement (et que $X$
n'est jamais connexe si $\card F\geq 2$)~: on l'appelle
{\it revêtement trivial} de base $Y$ et de fibre $F$.

(b) Si $j\in F$ est vu comme un indice, montrer que les $U_j=h_V^{-1}(V\times\{j\})$ sont des ouverts disjoints de $X$ et que $\rho$ induit un
homéomorphisme de $U_j$ sur $V$.

{\it Définitions} \bu On dit que $U_j$ est le feuillet
d'indice $j\in F$ au dessus de $V$.\\
\bu On dit que le revêtement est {\it fini} si $F$ est fini, {\it connexe} si $X$ est connexe (ce qui entraîne automatiquement que $Y$ est connexe).\\
\bu On dit que $\rho$ est un {\it revêtement holomorphe} si de plus $X$ et $Y$
sont des variétés holomorphes (nécessairement de même dimension), et
$\rho$ une application holomorphe de $X$ dans $Y$. Le cas qui nous intéresse
est celui des surfaces de Riemann ($\dim_\bC X=\dim_\bC Y=1$).

(c) Si $\rho:X\to Y$ est un revêtement et $h_V$, $h_W$ des trivialisations
de $\rho$ au dessus d'ouverts $V,W\subset Y$, montrer que
$h_W\circ h_V^{-1}$ définit un homéomorphisme\break $(V\cap W)\times F\to
(V\cap W)\times F$ de la forme $(y,j)\mapsto (y,\sigma_y(j))$ où
$\sigma_y$ est une permutation de $F$, qui en outre reste constante 
lorsque $y$ parcourt les composantes connexes de~$V\cap W$.

(d) Montrer que $\exp:\bC\to \bC^*$ est un revêtement holomorphe de
fibre $\bZ$, et décrire explicitement les trivialisations
$h_V$ lorsqu'on considère l'ouvert
$V=V_\alpha=\bC\ssm\bR_+ e^{i\alpha}$ de $\bC^*$, $\alpha\in \bR$, et
les feuillets associés
$U_{\alpha,j}=\{z\in\bC\,/\;
\alpha+2j\pi<\Im z<\alpha+2(j+1)\pi\}$, $j\in\bZ$.
Déterminer dans ce cas $h_{V_\beta}\circ h_{V_\alpha}^{-1}$
au dessus de $V_\alpha\cap V_\beta$, d'abord lorsque $\beta\equiv\alpha$
mod $2\pi$, puis lorsque $\beta\not\equiv\alpha$ mod $2\pi$.

(e) Pour $m\in\bN^*$, montrer de même que $\mu_m:\bC^*\to\bC^*$, $z\mapsto z^m$, définit
un revêtement holomorphe connexe à $m$ feuillets, et expliciter
les $h_{V_\beta}\circ h_{V_\alpha}^{-1}$ comme ci-dessus, en posant cette
fois
$$
U_{\alpha,j}=\{z\in\bC^*\,/\;
(\alpha+2j\pi)/m<\arg z<(\alpha+2(j+1)\pi)/m\},~~~j=0,1,\ldots,m-1.
$$
(f) Montrer que $z\mapsto z^m$ définit un morphisme de la sphère de
Riemann $\bC\cup\{\infty\}$ dans elle-même, et qu'il s'agit d'un revêtement 
ramifié ayant en général $0$ et $\infty$ comme seuls points de ramification [$\,=$ points critiques].

(g*) Décrire la situation lorsque $P(z)=az^2+bz+c$ est un polynôme
du second degré $(a\neq 0)$, vu comme revêtement ramifié de la sphère de
Riemann sur elle-même. Quelle est 
la condition sur $a,b,c$ pour que ce revêtement ramifié soit 
équivalent à $\zeta\mapsto\zeta^2$~comme morphisme, resp.\ comme endomorphisme,
modulo les automorphismes de la~sphère~?
\eject

{\bf 2.} {\it Morphismes entre courbes elliptiques}\\
Ce problème est destiné à étudier les morphismes
$\varphi:E_{a,b}\to E_{a',b'}$ entre deux courbes elliptiques, associées
respectivement à des réseaux $\Lambda=\bZ a+\bZ b$ et $\Lambda'=\bZ a'+\bZ b'$.

(a) Montrer que les fonctions méromorphes $f\in\cM(E_{a,b})$ peuvent
s'identifier aux fonctions méromorphes $F$ sur $\bC$ qui
sont périodiques de périodes $\Lambda$, c'est-à-dire telles que
$F(z+pa+qb)=F(z)$ si $p,q\in\bZ$. Montrer que $\cO(E_{a,b})$ se
réduit aux constantes.

(b) On note $\dot z\in E_{a,b}$ la classe d'équivalence de
$z\in\bC$ mod~$\Lambda$.
Montrer que pour tout entier $m\in\bZ$ et tout $\dot w\in E_{a,b}$,
l'application $\dot z\mapsto m\dot z+\dot w$ (induite par l'application
affine $z\mapsto mz+w$) définit un endomorphisme $E_{a,b}\to E_{a,b}$, et que
pour $m\neq 0$, il s'agit d'un revêtement non ramifié de degré $m^2$.

(c) Soit $\varphi:E_{a,b}\to E_{a',b'}$ un morphisme.
Pour $z\in\bC$, on pose $\Phi(z)=\varphi(\dot z)\in E_{a',b'}$.\break
Lorsque $h\in\bC$ est petit, montrer qu'il existe un unique représentant
dans $\bC$ de\break $\Phi(z+h)-\Phi(z)$ mod $\Lambda'$ appartenant
au parallélogramme $\{ua'+vb'\,/u,v\in{}]-{1\over 2},{1\over 2}[\}$,
et qu'on peut définir sans ambiguïté une dérivée holomorphe
$$
\Phi'(z)=\lim_{h\to 0}{\Phi(z+h)-\Phi(z)\over h}\in\bC
$$
en choisissant ce représentant au numérateur [on travaillera pour cela
dans des cartes adaptées]. Déduire de (a) que
$\Phi'$ est une constante, puis que $\varphi$ est nécessairement induit
par une application affine $z\mapsto \eta z+c$ où $\eta,c\in\bC$ sont
des constantes. Montrer en outre que $\eta$ doit être tel que
$\eta\Lambda\subset\Lambda'$, c'est-à-dire que
$\eta a,\eta b\in\Lambda'$.

(d) Montrer qu'une condition nécessaire et suffisante pour l'existence
d'un morphisme $\varphi:E_{a,b}\to E_{a',b'}$ non constant est que les
rapports $\tau={b\over a}$, $\tau'={b'\over a'}$ soient reliés par
une relation de la forme $\tau={\alpha \tau'+\beta\over \gamma \tau'+\delta}$
avec $\alpha,\beta,\gamma,\delta\in\bZ$, $\alpha\delta-\beta\gamma\neq 0$.
En déduire que pour $\tau'\in\bH$ donné,
il y a seulement une famille dénombrable de valeurs de $\tau\in\bH$ pour
lesquels ceci se produit --
on montrera explicitement que si $\tau=i t$ et $\tau'=i t'$ avec
$t,t'\in\bR_+^*$, les morphismes $\varphi$ non constants existent
si et seulement si $t'/t\in\bQ_+^*$ ou $tt'\in\bQ_+^*$.

(e) Déterminer tous les endomorphismes de $E_{a,b}$ lorsque
$\tau={b\over a}=i$, resp.\ lorsque $\tau=j=e^{2\pi i/3}$.

(f*) On suppose que $\tau={b\over a}$ est une racine non réelle d'une
équation quadratique
de la forme $p\tau^2+q\tau+r=0$, $p,q,r\in\bZ$, $q^2-4pr< 0$. Montrer que
$E_{a,b}$ possède alors un endomorphisme autre que ceux décrits en~(b), et que
c'est le seul cas où ceci peut se produire [on dit alors que la courbe
elliptique $E_{a,b}$ possède une {\it multiplication complexe}, et
on veut dire
par là qu'il existe un endomorphisme induit par $z\mapsto\eta z$ avec
$\eta\in\bC$ non~entier].

\end

% Local Variables:
% TeX-command-default: "TeX"
% End:
